‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 20 sur 273 · DE LA SAINTE TRINITÉ · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE TRINITÉ

même intelligence, vivent tous ensembie d’entendre, et tous ensembie ne sont qu’une même vie.

• Père saint, dit le Fils de Dieu, gardez en

• votre nom ceux que vous m’avez donnés, afin

• qu'ils soient un comme nous; • c’est-à-dire, qu'ils soient comme nous unis dans la même vie de l'in tel iigence. Mais pouvons-nous bien espérer (pic tous ies lldcies doivent être unis dans la vie de l'inteiiigence? Oui , certes , nous le devons espérer. Regardez les esprits bienheureux qui régnent au ciel avec Jésus-Cbrist : quelle est Icnr vie, quelle est leur lumière? • Leur lumière, - dit l'Apocalypse • , c’est l'Agneau , ■ c’est-àdire, le 'Verbe ineréé qui s’est fait la victime du monde ; donc la lumière des bienheureux c’est ce Verbe, cette paroie que le Père profère dons l’éteniitè. Mais ce Verbe n’est pas une lumière (]ui soit aliumée hors de leurs esprits; c’est une lumière infinie qui luit intérieurement dans leurs âmes. En cette lumière , ils y voient le Fils ; parce que cette lumière , c’est le Fils même : en cette lumière , ils y voient le Père; parce que c'est ,1a splendeur du Père : . Qui me voit, dit le Fils de

• Dieu ■, voit mon Père : ■ ils y voient le Saint- Esprit, en cette lumière ; parce que le Saint-Esprit en procède. En cette lumière, s'ils s'y contemplent eux-.mêmes ; parce qu'ils se trouvent en elle plus heureusement qu’en eux-mêmes ; ils y voient les idées vivantes, ils y voient les raisons des choses créées, raisons éternellement permanentes ; et de même qu’en cette vie nous connaissons les causes par les effets , l’unité par la multitude , l’invisible par le visible : là, dans ce Verbe, qui est dans les bienheureux, qui est leur vie, qui est Icnr lumière , ils voient la multitude dans l'unité même, le visible dans l’invisible, la diversité des effets dans la cause Infiniment abondante qui les a tirés du néant, c’est-à-dire, dans le ^érbe qui en est l’idée, qui est la raison souveraine par laquelle toutes choses ont été faites. Dans ce Verbe, les bienheureux voient : ils voient et ils vivent; et ils vivent tons dans la même vie, parce qu’ils vivent tous dans ce même Verbe. O vue, ô vie, 6 félicité! c’est ainsi que vivent les bienheureux : Ut sint unum tient et

Mais nous qui languissons ici-bas dans ce misérable pèlerinage, vivons-nous d’une même vie par l’intelligence? Oui, fidèles , n’en doutez pas. Ce Fils de Dieu, ce Verbe étemel, cette vie, cette lumière, cette intelligence , qui éclaire les esprits bienheureux ; qui, en les éclairant, les fait vivre d'une vie divine, ne luit-elle pas anssi en nos

' Àpor. XXI, a.-?.

• Joan. *1», B.

cœurs? n’est-clle pas au fond de nos âmes, pour y ouvrir une source de vie étemelle? Voulezvous entendre cette vérité par l’action que nous faisons en ce lieu : chrétiens , si nous l’entendons, nous commciHjons ici notre paradis; puisque nous commençons tous ensemble à vivre de cette parole vivante qui nourrit et qui fait vivre tous les bienheureux. Je vous prêche cette parole selon que je puis, selon que le Saint-hlsprlt me l'a enseignée : je la fais retentir à vos oreilles; puis-je la porter au fond de vos cœurs? Nulle-’ ment ; ce n’est pas un ouvrage humain. Si vous l’entendez et si vous l’aimez, c'est le Fils de Dieu qui vous parle, c’est lui qui vous prêehc sans bruit dans cette profonde retraite , dans cet Inaccessible secret de vos cœurs, où il n’y a que sa parole et sa voix qui soit capable de pénétrer ; si vous l’entendez, vous vivez , et vous vivez en ce même Verbe dans lequel les bienheureux vivent; vous vivez en lui, vous vivez de loi, et vous vivez tous d’une même vie, parce que vous buvez tous ensemble à la même source de vie. O sainte unité des fidèles! mon Père, qu’ils soient un comme nous dans la vie de l’intelligence. Chrétiens, si nous vivons tous de ce Verbe, [soyons étroitement unis par la charité.] O sainte et admirable doctrine I vivons de telle sorte, fidelea, qu’elle ne soit point stérile en nos cœurs, et ne rendons point inutiles tant de grands mystères. Si le Saint-Esprit est en nous, s’il y opère la charité, s’il la fait semblable à lui-même, élevons nos entendements, et apprenons dans le Saint-Esprit quelles doivent être les lois de notre charité mutuelle. Le Saint-Esprit est un amour pur, qui ne souffre aucun mélange terrestre; ainsi, mes frères, aimons-nous en Dieu, pour accomplir la parole de notre Maître : « Père saint,

■ qu’ils soient un en nous. . Le Saint-Esprit est un amour constant, parce que c’est un amour éternel ; ainsi , que notre affection soft constante, que jamais elle ne puisse être refroidie, selon cette parole de l’Écriture : Demeurez en la charité'. Le Saint-Esprit est un amour sincère; parce qu’il procède du fond du cœur, du fond même de l'essence : ainsi , que notre charité soit sincère, qu’elle ne souffre ni feinte , ni dissimulation ; parce que l'apêtre saint Paul a dit : . Ne - vous trompez point les uns les autres ; car vous . êtes membres les uns des autres *. . Enfin le Saint-Esprit est nn amour désintéressé, parce que ce qui fait l’intérêt c’est ce malheureux mot de mien et de tien ; et d’autant que tout est commun entre le Père et le Fils, leur amour est

» Nehr. xiri» J.

> tiphe» . IT, 25.

SUR LA GLOIRE DE DfEU

iiifmiinent désintéressé : ainsi considérons, chrétiens, que tout est commun entre les tidèles, et épurons tellement nos affections, qu'elles soient entièrement désintéressées : Ct sinl unum sicul et nos.

Certes, mes frères, si le Fils de Dieu s'était contenté de nous dire qu'il veut que nous soyons un comme frères, nous devrions respecter, les uns dans les autres , ce nom sacré de soeurs et de frères , et le nœud de la société fraternelle. S'il nous avait ordonné simplement de vivre dans une mutuelle correspondance , comme des personnes qui sont enrôlées dans un même corps de milice, sous l'étendard de sa sainte croix ; nous devrions rougir de honte de n'étre pas tons unis ensemble sous les ordres d'un si divin capitaine. S'il nous avait dit seulement que nous sommes membres d'un même corps , nous devrions méditer jour et nuit cette parole du saint apôtre ; '• Quand une partie de notre corps souffre, toutes

• lesautres y compatissent '.>Maispuisqn'il passe uu-dessus des deux et de toutes les intelligences , et qu'il nous donne pour modèle de notre unité l 'unité même du Père et du Flfs : qui pourrait nous exprimer, chrétiens, quelle doit [être] notre union ; et combien nous nous rendrons criminels si nous rompons le sacré lien de la charité fraternelle qui doit être réglée sur ce grand exemple?

.Mais comme si c’était peu de chose de proposer a tous les fldèles le plus grand de tous les mystères , pour être le modèle de leur unité ; il scelle encore cette unité sainte par un autre mystère incompréhensible , qui est le mystère de l’eucharistie. Nous venons tous à la même table , nous y prenons ce même pain de vie qui est le pain de communion , le pain de charité et de paix ; nous jurons sur les saints autels, nous scellons par le sang de notre Sauveur notre confédération mutuelle ; cependant, ô sacrilège exécrable I nous manquons tous les jours à la foi promise , et nous ne laissons pas d’avoir toujours, et la médisance ,à In bouche, et l'envie ou l'aversion dans le cœur. Le Sauveur nous dit dans son Évangile : • En cela - un reconnaîtra que vous êtes vraiment mes dis-

• cipics , si vous avez une charité sincère les uns « pour les autres ’ ; • et il prie ainsi Dieu son Père : « Je vous demande qu'ils soient consommés en « un; afin que le monde sache que c’est vous qui

• m’avez envoyé •. >

O damnable infidélité de ceux qui se gloriflent du nom clirétien I les chrétiens se détruisent euxmêmes ; tonte l'Église est ensanglontécdu meurtre de ses enfants , que ses enfants propres massa-

* I. Cor. VII, M.

* \MI , 3b.

> ibid. XVII, 21, 33.

crent : et comme si tant de guerres et tant de carnages n étaient pas capables de rassasier notre impitoyable inhumanité , nous nous déchirons dans les mêmes villes , dans les mêmes maisons, sous les mêmes toits, par des inimitiés irréconciliables. Nous demandons tous les jours la paix , et nousmêmes nous faisons la guerre. Car d’où viennent tant d'envies , tant de médisances , tant de querelles et tant de procès? Les parents s’animent contre les parents, et les frères contre les frères, avec une fureur implacable ; on emploie et les médisances et les ealomnies , et la tromperie et la fraude : la candeur et la bonne foi ne se trouvent plus parmi nous ; toutes les rues , toutes les places , tous les cabinets retentissent du bruit des procès : infidèles si féconds en chicanerie , que nous sommes; tant nous avons oublié le christianisme , tant nous méprisons l'Évangile qui est une discipline de paix! Cependant nous souhaitons la paix, nous avons sans cesse la paix ô la bouche : et nous faisons régner par nos dissensions le diable, qui est l'auteur des discordes, et nous chassons l'Esprit pacifique, c'est-à-dire, l'Esprit de Dieu. Que si vous avez voulu , mon Sauveur, que la sainte union des fldèles fût la marque de votre venue ; que font maintenant tous les chrétiens, sinon publier hautement que votre Père ne vous n pas envoyé, et que l’Évangile est une ehi mère , et que tons vos mystères sontuutan t de fables?

SERMON

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