SUR I.E MYSTÈRE
par les Ecritures : que ■ tout ce que le Père fiilt ,
• est fait par son Fils ; - Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil ' ; • Par lui
• toutes choses ont été faites, et sans lui rien n’a . été fuit ». Omnia per ipsum facta sunt; et c’est pourquoi il noos dit lui-même : • Tout ce que < le Pere fait, le Fils le fait semblablement. » Si le Fils fait tous les ouvrages que fait son Père, leurs actions ne peuvent point être séparées : et il ne se contente point de nous dire , qu’il fait tout ce que fait le Père ; mais tout ce que le Père fait , dit-il , le Fils le fait semblablement. Les caractères que la main forme, c'est lu plume qui les forme aussi ; mais elle ne les forme pas semblablement ; la main les forme comme la cause mouvante, et la plume, comme l’instrument qui est mû. A Dieu ne plaise que nous croyions qu’il en soit ainsi du Père et do Fils : « Tout ce que fait le
• Père, dit Notre-Seigneur; cela même, le Fils le
• fait semblablement ; • c’est-à-dire avec la même puissance , avec la même sagesse , et par la même opération : Hoc et Filius similiter facit.
D’où vient que vous dites , A mon Sauveur : I>e Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu’il voit faire à son Père , et le Père montre à son Fils tout ce qu’il fait? Quelle est cette merveilleuse manière par laquelle vous contemplez votre Père , par laquelle vous voyez en lui tout ce que vous faites et tou t ce qu’il fait ? comment est-ce qu’il vous parle et qu’il vous enseigne? et puisque vous êtes Dieu comme lui , d’où vient que vous ne faites rien de vous-même? qui nous développera ces mystères? Écoutons parler le grand Augustin ; Le Fils, dit-il', ne fait rien de lui-même, parce qu’il n'est pas de lui-même ; celui qui lui communique son essence, lui communique aussi son opération ; et encore qu’il reçoive tout de son Père, il ne laisse pas d’être égal au Père ; parce que le Père, qui lui donne tout , lui donne aussi son égalité. Le Père lui donne tout ce qu’il est, et l'engendre aussi grand que lui , parce qu’il lui donne .sa propre grandeur. C’est ainsi, A Père céleste, que vous enseignez votre Fils, parce que vous lut donnez sans réserve la même science qui est en vous.
Mais entendons ce secret, mes frères, selon la mesure qui nous est donnée, et autant qu’il a plu à Dieu de nous le révéler par les Écritures. Il est clair que celui qui enseigne veut communiquer sa science : par exemple les prédicateurs, que l’Esprit de Dieu établit pour enseigner an peuple la saine doctrine ; pourquoi montent-ils dans les chaires? n’est-ce pas afin de faire passer les lu-
' Joan. I , s.
’ /» Joan. Tract, lï , n- 4. t. III, part. Ii, col. 4S0 rl leqU- De Triait, tih. Il , n* 3 , I. VIII , col. 773, 771.
mières que Dieu leur donne, dans l’esprit de leurs auditeurs? C’est ce que prétend celui qui enseigne. Il ouvre son coeur à ceux qui l’écoutent; il tâche de les rendre semblables à lui : il veut qu’ils prennent ses sentiments , et qu’ils entrent dans ses pensées ; et ainsi celui qui enseigne et celui qui est enseigné doivent se rencontrer ensemble et s.’unirdans la participab'on des mêmes lumières. Par conséquent la méthode d’enseigner tend à l’unltédcs esprits dans la science et dans la doctrine ; et ce que J’al dit est très-véritable, que celui qui veut enseigner veut communiquer sa science. Mais ni la nature ni l’art ne font qu’ébaucher cet ouvrage ; cette communication est très-imparfaite, et cette unité n’est que commencée. Cette entière communication de science ne se peut trouver qu'en Dieu même : c’est là que le Père enseigne le Fils d’une manière inflniment admirable; parce qu’il lui communique sa proprescience : là se fait cette parfaite unité d’esprit entre le Père et le Fils; parce que la vie et l'intelligence , la raison et la lumièreduPèresetrouventtellement dans le Fils , qu’il ne se fait de l’une et de l’autre qu’une même vie , une même intelligence et un même esprit. C’est pourquoi le Père enseignant et leFilsquiest enseigné sont également adorables ; parce que le Fils reçoit cette même science du Père, qui ne souffre aucune imperfection.
Et ne nous imaginons pas , chrétiens, que lorsque le Père enseigne le Fils , il lui communique la science comme la perfection de son être ; comme il l’engendre parfait, il lui donne tout en l’engendrant; bien plus , si nous le savons bien entendre , « l’engendrer et l’enseigner c’est la même « chose : » Httc est eum docuisse, quod est scienlem genuisse, dit saint Augustin '. Vous me direz qu’engendrer et enseigner sont des termes bien opposés. Il est vrai dans les créatures, où il est certain qu’engendrer n'est pas un acte d’intelligence , mais eu Dieu dont la vie est intelligence , qui engendre conséquemment par intelligence , il ne se faut pas étonner si en enseignant il engendre : car s’il enseigne son Fils éternel en lui communiquant sa propre science, il l’engendre en ^ lui communiquant sa propre science; parce qu’à | l’égard de Dieu , être c’est savoir, être c’est entendre, comme enseigne la théologie : d'où il s’ensuit manifestement que cela même , que le Père enseigne le Fils , prouve l’unité du Père et du Fils dans la vie de l’intelligence. Il en est de même do Saint-Esprit, puisqu’il procède du Père et du Fils avec la même perfection que le Fils reçoit de son Père. Ainsi le Père , le Fils et le Saint-Esprit, même lumière, même majesté,
> la Joan. Tract. XL, D* S . l. III . p»rt. Il , mil. 667.