‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 200 sur 273 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

De tous les sermons de Jésus-Christ , les plus remarquables par la circonstance du temps, sont ;

Premièrement , celui qu’il a fait sur la montagne au commencement de sa prédication , où sont compris les principaux préceptes de la loi nouvelle, et où l’on voit quel en est l’esprit ;

Secondement, ceux qu’il a faits sur la fin de sa vie, depuis son entrée triomphante en Jérusalem, jusqu’à sa mort : dont le plus remarquable est encore celui qu’il fit au temps de la Cène; et depuis, jusqu’à la nuit de ton agonie dans le jardin des Oliviers.

Noos allons distribuer par journées la lecture du sermon de Notre-Seigneur sur la montagne, et de ceux dont nous venons de parler : en sorte qu’à chaque journée on puisse employer à de pieuses méditations on quart d’heure le matin , et autant ■e soir.

A chaque vérité qui sera proposée, il faut s’arrêter on peu , en faisant un acte de foi : le crois ; cel a est vrai : celui qui le dit est la vérité même.

Ainsi, il faut regarder cette vérité particulière

* L’orifÿnal de œlt«lcUree*tcoii«ervé par oetialotn filial

arec l'oavrage même, comme dd dépôt précieux, et comme une preove honorable de l’anectlOD ainii^Uère qu’avait pour '

ellea Iwr aaiot éréqoe . qu'ellea recardaleot eomme leur V rat

père, et qu'ellea pleoreot encore tooa lea joun. [Note de Véditicn «riginale.) '

qu’il a révélée , comme une parcelle de la vérité qui est Jésus-Christ même ; c’est-à-dire, qui est Dieu même ; mais Dieu s’approchant de nous, se communiqii.mt et s’unissant à nous. Car voilà ce que c'est que Jésus-Christ.

Il faut donc considérer cette vérité particulière qu’il a révélée de sa propre bouche ; s’y attacher par le coeur; l'aimer : parce qu’elle nous unit à Dieu par Jésus-Christ, qui noua l’a enseignée, et qui nous a dit qu’il éuit la vole, la vérité et lavteK

SERMON

OB ROTBE-SEIGHBUB SUB LÀ MORTAGHB.

Matth., chap. T, Tl. TU.

PREMIER JOUR

AbréBé du lenDon. La félicite étcroelle propoaéc toux divers Doos dans Ica bull béaUtuda. Matth. v, i , ij.

Tout le but de l’homme est d’être heureux. Jésus-Christ n’est venu que pour nous en donner le moyen. Mettre le bonheur où il faut , c'est la source de tout bien; et la source de tout mal est de le mettre où il ne faut pas. Disons donc ; Je veux être heureux. Voyons comment : voyons la fin où consiste le bonheur : voyons les moyens d'y parvenir.

La fin est à chacune dos huit béatitudes : car c'est partout la félicité étemelle sous divers noms. A la première béatitude, comme royaume. A la seconde, comme la terre promise. A la troisième, comme la véritable et parfaite consolation. A là quatrième, comme le rassasiement de tous nos désirs. A U cinquième, comme la ;demière miséricorde qui êtera tous les maux, et donnera tous les biens. A la sixième , sous son propre nom, qui est la vue de Dieu. A la septième , comme la perfection de notre adoption. A la huitième, encore une fois, comme le royaume des deux. Voilà donc la fin partout; mais comme il y a plusieurs moyens, chaque béatitude en propose un; et tous ensemble rendent l’homme heureux.

Si le sermon sur la montagne est l’abrégé de toute la doctrine chrétienne, les huit béatitudes sont l’abrégé de tout le sermon sur la montagne.

Si Jésus-Christ nous apprend que notre justice doit surpasser celle des scribes et des pharisiens , cela est compris dans cette parole : Bienheureux ceux qui ont faim et toi/ de tajiatice. Car, s’ils la

* /mu. ut. fiv

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

désirent comme leur véril.ible nourriture, s'ils en sont véritablement affamés ; avec quelle abondance la recevront-ils, puisqu’elle se présentedetous cités pour nous remplir? Alors aussi nous garderons jusqu’aux moindres des préceptes, comme des hommes affamés qui ne laissent rien , et pas mime, pour ainsi parler, une miette de leur pain.

Si l’on vous recommande de ne pas maltraiter votre prochain de parole, c’est un effet de la douceur, et de cet esprit pacifique à qui est promis le royaume et la qualité d'enfant de Dieu.

Vous ne regarderez pas une femme avec un mauvais désir ; Bienheureux ceux qui oni le coeur pur : I et vous l’aurez parfaitement pur lorsque vous l’aurez purifié de tous les désirs sensuels.

Ceux-là sont heureux , qui passent leur vie plutit dans le deuil et dans une tristesse salutaire, que dans les plaisirs qui les enivrent.

Ne jurez point; dites : Cela est , cela n'est pas. Cest encore un effet de la douceur : qui est doux, est humble ; il n'est point trop attaché à son sens, ce qui rend l’homme trop affirmatif : il dit simplement ce qu’il pense , en esprit de sincérité et de douceur.

On pardonne aisément toutes les injures , si l’on est rempli de cet esprit de miséricorde , qui noua attire une miséricorde bien plus abondante.

On ne résiste pas à la violence; on se laisse même engager à plus qu’on n’a promis ; parce qu’on est doux et pacifique.

On aime ses amis et ses ennemis , non-seulement à cause qu’on est doux , miséricordieux , pacifique ; mais encore parce qu’on est affamé de la justice , et qu’on la veut faire abonder en soi-méme plus qu’elle n’est dans les pharisiens et dans les gentils.

Cette faim qu’on a pour Injustice foit aussi qu’on la veut avoir pour le besoin, et non pour l'ostentation.

On aime le jefine , quand on trouve sa principale nourriture dans la vérité et dans la justice.

Par le jeûne, on a le cœur pur, et on se purifie des désirs des sens.

On a le cœur pur, quand on réserve aux yeux de Dieu ce qu’on fait de bien : qu’on se contente d’étre vu de lui ; et qu’on ne fait pas servir la vertu comme d’un fard pour tromper le monde, et s’attirer les regards et l’amour de la créature.

Quand on a le cœur pur, on a l’œil lumineux, et l'intention droite.

On évite l’avarice et la recherche des biens, quand on est vraiment pauvre d’esprit.

On ne juge pas , quand on est doux et pacifique; parce que cette douceur bannit l’orgueil.

pureté de cœur fait qu'on se rend digne de l’Eucharistie , et qu’on ne prend pas comme un chien ce pain céleste.

On prie, on demande, on frappe, quand on a faim et soif de la justice ; on demande à Dieu les vrais biens, et on les attend de lui , quand on n’aspire qu’à son royaume et à la terre des vivants.

Ou entre volontiers par la porte étroite, quand on s’estime heureux dans la pauvreté, dans les

pleurs, dans les afflictions qu’on souffre |>our b justice.

Quand on a faim de la justice, on ne se contente pas de dire de bouche : Seigneur, Seigneur; et on se nourrit au dedans de sa vérité.

Alors on bâtit sur le roc, et on trouve le solide pour affermir dessus tout son édifice.

Les béatitudes sont doue l’abrégé de tout le sermon ; mais un abrégé agréable t parce que la récompense est jointe au précepte; le royaume descieui , sous plusieurs noms admirables, à lajustice; la félicité, à la pratique.

II' JOUR

Première béatitude : Être pauvres d'esprit. MaUh. v, a.

Pour venir au détail , Jésus-Christ commence en cette sorte : Bienheureux sord les pauvres d'esprit, c’est-à-dire, non-seulement ces pauvres volontaires qui ont tout quitté pour le suivre , et à qui il a promis le centuple dans cette vie; et dans la vie future , la vie étemelle ; mais encore tous ceux qui ont l'esprit détaché des biens de la terre ; ceux qui sont effectivement dans la pauvreté sans murmure et sans impatience ; qui n’ont pas l’esprit des richesses , le faste , l'orgueil , l'injustice , l'avidité insatiable de tout tirer à soi. La félicité éternelle leur appartient sous le titre majestueux de royaume. Parce quelemaldela pauvreté sur la terre, c’est de rendre méprisable, faible, impuissant; la félicité leur est donnée comme un remède à cette bassesse, sous le titre le plus auguste, qui est celui de royaume.

A ce mot : Bienheureux , le cœur se dilate, et se remplitdejoie.il se resserreà celui de la pauvreté; mais il se dilate de nouveau à celui de royaume, et de royaume descieux. Car, que ne voudrait-on pas souffrir pour un royaume, et encore pour un royaume dans le ciel , un royaume avec Dieu, et inséparable du sien, éternel, spirituel, abondant en tout, d'où tout malheur est banni?

0 Seigneur, je vous donne tout, j’abandonne tout pour avoir part à ce royaume : puis-je être assez dépouillé de tout pour une telle espérance! Je me dépouille de cœur et en esprit : et quand il vou.s plaira de me dépouiller en effet, je m’y soumets.

C’est à quoi sont obligés tous les chrétiens. Mais l’humble religieuse se réjouit d’être actuellement dessaisie, dépouillée, morte aux biens du monde, incapable de les posséder. Heureux dépouillement, qui donne Dieu!

III' JOUR

SMonde bèaUlude : Êlrè doux. MuM. v, 4.

Bienheureux ceux qui sont doux. Apprenez de moi que je suis doux ' , sans aigreur, sans enflure, sans dédain, sans prendre avantage sur personne, sans insulter au malheureux, sans même choquer le superbe , mais tâchant de le gagner par douceur,

* SiaUk. XI , 39.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

doux même à ceux qui sont aigres, n'opposant point i l'humeur à l'humeur, la violence à la violence; mais oorrigeantlesexcèsd'autruipardes paroles vraiment | douces. I

Il y a de feintes douceurs, des douceurs dédai- | gueuses , pleines d’une fierté cachée : ostentation ^ et affectation de douceur, plus désobligeante, plus [ insultante que l’aigreur déclarée. j

Mais considérons la douceur de Jésus-Christ, dont le Saint-Esprit parle ainsi dans Isaïe: Mon fils, | mon serolteur que J'ai élu, nwn-bien-aimé où j'ai ; mis ma complaisance : je mettrai en lui mon es- I prit, et U annoncera la justice aux nations. Il ne I sera point contentieux ; il ne criera point, et on j n'entendra point sa voix dans les places publiques ; il ne brisera pas k roseau cassé, et n'éteindra pas ta mèche qui /urne encore ■- C’est ce qu'Isaïe en a vu en esprit, c'est ce que saint Matthieu a trouvé si beau, si remarquabie, si digne de Jésus-Christ, qu'ii prend soin de le relever >.

Il est doux envers les plus faibles : quoiqu’un roseau déjà faible soit rendu encore plus faible en le brisant, loin de prendre aucun avantage sur cette faiblesse, il se dkournera pour ne pas appuyer le pied dessus. Faites-en autant à votre prochain infirme. Loin de chercher l'occasion de lui nuire, prenez garde que, par mégardeet comme en passant , vous ne marchiez sur lui , et n’acbcviez de le rompre. Mais quel est ce prochain infirme, si ce n'est le prochain en colère et le procliain qui s'emporte? Il est brisé par sa propre colère , et ce faible roseau s'est cassé en frappant; n'achevez pas de le rompre en le fpulaut encore aux pieds. C'est encore ce que veut dire la mèche fumante. Elle brille; c'est la colère dans le coeur: elle fume; c'est quelque injure que le prochain irrité profère contre vous. Gardez-vous bien de l'éteindre avec violence ; écoutez ce que dit saint Paul ^ : Ne vous vengez point, ne vous défendez point, mes bien-almés; mais donnez lieu à la colère. Laissez-la fumer un peu, et s'éteindre comme toute seule. Si elle fume, c'est qu'elle s'éteint ; ne l'éteignez pas avec force; mais laissez cette fumée s'exhaler et se perdre inutilement au milieu de l'air, sans vous blesser ni vous atteindre.

C’est ce que fait le Sauveur, lorsqu’il souffre tant d'injures sans .s'aigrir, t ous êtes possédé du malin esprit , lui dit-on. ()«i est-ce qui songe à vous faire mourir < ? et il répond sans s'émouvoir : Je ne suis point possédé du malin esprit ; mais je rends honneur a mon Père, et vous me déshonorez * . Et encore en un .autre endroit, lorsqu'on lui fait le même reproche : t'ous vous fâchez contre mol, parce que j'ai fait un mirack le jour du sabbat , pour guérir un homme^. Vous le voyez; il n'éteint pas la mèche fumante; mois il la laisse s’évaporer, pour voir si ces malheureux , lassés d’accabler d’injures un homme si humble et si doux , ne revien- 1 drout point eu ieur bon sens.

' /». XLII, I, }, 3. — ‘ IVaUli. XII, 18. 19. 20. Xll,

t®. — * Juan. VII, 20. — * /tld. VIII, iO. — * Joa/l. VU, 23.

■OS.UET. — TOUT. ni.

Teilea été en général la conduite du Fils de Dieu ; en particulier dans sa passion. Quand on k maudit, U ne maudit pas ; quand on k frappe , il ne se plaint pas ‘.

Si j'ai mal parli^, dit-il à celui qui lui donnait un soufflet ‘ , faitesle-moi connaître; si j'ai bien dit, pourquoi nu- frappez-vous f U lui appartient dedire : dpprenez de moi que je suis doux Il est comparé à un agneau , le plus doux des animaux , qui se laisse non-seulement tondre, mais encore mener à la boucherie sans se plaindre *.

On est bien heureux dans sa douceur, et on possède la terre. La terre sainte promise à Abraham est appelée une terre coûtante de lait et de mieQ. Toute douceur y abonde ; c’est la ligure du ciel et de rEglise. Ce qui rend l'esprit aigre, c’est qu'on répand sur les autres le venin et l'amertume qu’oii a en soi-méme. Lorsqu’on a l’esprit tranquille par la jouissance du vrai bien, et par la joie d'une bonne conscience, comme on n’a rien d’amer en soi, on n'a que douceur pour les autres; la vraie marque de l'innocence , ou conservée, ou recouvrée, c’est la douceur.

L’homme est si porté à l’aigreur, qu’il s'aigrit trèssouvent contre ceux qui lui font du bien.U n malade, combien s’aigrit-il contre ceux qui le soulagent ? Presque tout le monde est malade de cette maladielà : c’est pourquoi on s’aigrit contre ceux qui nous conseillent pour notre bien , et encore plus contre ceux qui le font avec autorité , que contre les autres. Ce fonds d'orgueil qu’on porte en soi en est lacause. Bienheureux donc ceux qui sont doux: ils posséderont ta terre où abonde toute douceur , parce que la joie y est parfaite.

IV' JOUR

Trolsièine Isialllude : Être dau la pleun. lUaUh. v, s.

Bienheureux ceux qui pleurent soit qu’ils pleurent leurs misères, soit qu’ils pleurent leurs péchés, ils sont heureux , et ils recevront la consolation véritable, qui, est celle de l’autre vie, où toute affliction cesse , où toutes tes larmes sont essuyées 7.

Abraham disait au mauvais riche • : Tu as reçu tes biens en ce monde , et Lazare a reçu ses maux : c'est pourquoi il est consolé, et tu es dans les tourmenJs. Il est heureux , car il a souffert avec patience ; son état pénible le forçait souvent à pleurer des maux extrêmes , et il n’avait point de consolation du côté des hommes : le riclie impitoyable ne daignait pas le regarder. Mais parce qu’il a'souffert avec patience, il est consolé ; Dieu l’a reçu dans le lieu où il n’y a point de douleur et de peine.

Le monde se réjouira, et vous serez affligés: mais votre tristesse sera changée en joie 9. C’est b promesse du Sauveur à ses disciples. La tristesse et la Joie viennent tour à tour : qui s’est rqoui sera affligé; qui s’est affligé sera réjoui : Bienheureux

' I. Par. 11,23. — • Joa». xvul.23. — ‘ Malth xi , an * h. un, 7. — *Êxod. III, 8, et ailleurs.— ! Slatlh. v 6>

’ XXI, 4. — • inc. XVI, 2S. — • Jmh XVI , 21). '

aa

MEDITATIONS SUR L’EVANGILE

doue cf«x qui pleurent, car ils seront consolés.

Mais parmi tous ceux qui pleurent, il n'y en a |)oint qui soient plus tdt consolés que ceux qui pleurent leurs péchés. Partout ailleurs la douleur, loin d'étre un remède au mal , est un autre mal qui l'augmente ; le péché est le seul mal qu'on guérit en le pleurant. Pleurons sans fin, pécheurs, tous tant que nous sommes : que nos yeux soient changés en sources intarissables, dont le cours perpétuel creuse nos joues, comme parle le psalmiste. La rémission des péchés est le fruit deces pieuses larmes. Ah ! mille et mille fois heureux ceux qui pleurent leurs péchés : rar ils seront consolés.

Mais ceux qui pleurent d'amour et de tendresse, qu’en dirons-nous.’ Heureux, mille fois heureux! Leur cœur se fond en eux-mêmes , comme parle l'Ecriture, et semble x-ouloir s'écouler par leurs yeux. Qui me dira la cause de ces larmes? qui me la dira? (ieux qui les ont expérimentées souvent ne la peuvent dire, ni expliquer ce qui les touche. C'est tantôt la bonté d'un père : c'est tantôt la condescendance d’un roi : c’est tajitôt l'absence d’un époux ; tantôt l’obscurité qu’il laisse dans l'ôme lorsqu’il s’éloigne, et tantôt sa tendre voix lorsqu'il se rapproche, et qu’il appelle sa fidèle épouse : mais le plus souvent c’est je ne sais quoi qu’on ne peut dire.

V* JOUR

Quatrième béatitude :'Avolr taira et wif de lajuxttce.

Slallk. V, «.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif rte la Justice, car ils seroitt rasstuiés. Faim et soif, c'est une ardeur vive, un désir avide et pressant, qui vient d’un besoin extrême.

Cherches le royaume de Dieu et sa Justice'. La justice règne dans les deux : elle doit aussi régner dans l’Eglise, qui est souvent appelée le royaume des deux. Elle règne lorsqu’on rend h Dieu ce qu’on lui doit : car alors on rend aussi pour l’amour de Dieu tout ce qu’on doit à la créature qu’on regarde en lui. On se rend ce qu’on se doit il soi-même : car on s’est donné tout le bien dont on est capable , quand on s'est rempli de Dieu. Alors on a accompli toute justice, comme Jésus-Christ disait à saint Jean. L'ôme alors n’a plus de faim, n'a plus de soif ; elle a sa véritable nourriture : A/a nourriture est de faire la volonté de mon Père, disait le Sauveur ■, et d'accomplir son œuvre. C’est aussi là ce que le Sauveur appelle toute justice , d'accomplir en tout la volonté toute juste du Père céleste , et d'en faire la règle de la nôtre. Mais, quand nous faisons la volonté de Dieu , il fait la nôtre. Le psalmiste a chanté : Il fera la volonté de ceux qui le craignent et ainsi il rassasiera tous leurs désirs. Bienheureux ceux qui désirent la justice avec le même empressement qu'on désire manger et boire, lorsqu’on est travaillé de la faim et de la soif; car alors on sera rassasié. De quoi sera-t-on rassasié, si ce n’est de la justice? On le sera dès cette vie : car le juste se rendra plus

• Viltlh. Tl, 31. — ^ Jûun tv, M. — ^ Pt. r.TLlT, 19.

juste, et le saint se rendra plus saint pour contenter son avidité. Mais le parfait rassasiement sera dans le ciel , où la justice éternelle nous sera donnée avec la plénitude de l’amour de Dieu. Je serai rassasié, disait le psalmiste ■ , lorsque votre gloire m'apparaitra.

Doit-on toujours avoir soif de la justice ? Puisque le Sauveur a dit à la Samaritaine > : Celui qui boit de cette eau, c’est-à-dire des plaisirs du monde, a encore soif ; mais celui qui boira de l'eau dont Je lui donnerai, n'aura Jamais soij ; mais l'eau que Je lui donnerai deviendra en lui une fontaine Jaillissante pour la vie étemelle : il n'aura donc point de soif ? Il n’en aura point en effet, parce qu'il ne désirera plus d’autre plaisir, d'autre joie, d'autre bien, que celui qu’il godte en Jésus-Christ. Il aura pourtant toujours soif; car il ne cessera point de désirer ce bien suprême , et voudra le posséder de plus en plus. Le voilà donc qui a toujours soif ; mais toujours aussi il se désaltère, parce qu'il a en lui la fontaine éternellement jaillissante. Il n'aura point cette soif fatigante et insatiable de ceux qui cherchent les plaisirs des sens. Il aura toujours soif de la justice; mais la bouche toujours attachée à la source qu'il a en lui-même, sa soif ne le fatiguera , ni ne l’affaiblira jamais : Celui qui croit en moi , dit le Fils de Dieu ‘ , des fleuves d'eau vive couleront éternellement de ses entrailles ; qu'il vienne donc, et qu'il boive. Venez, âmes saintes, venez à Jésus : désirez, buvez, engloutissez : ne craignez point que cette eau céleste vous manque : la fontaine est au-dessus de votre soif ; son abondance est plus grande que votre besoin : Fons vincit sitientem, disait saint Augustin.

vr JOUR.

cinquième bé.'ilitude : Être mlréricordieux. Slatth. v, 7.

Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde *. I.e plus bel effet de la charité, c’est d'être touché des maux d'autrui. Il est plus heureux de donner que de receuoir, disait Jésus- Christ Cette parole n'avait pas été rapportée par les évangélistes ; mais Dieu a voulu donner à saint Paul la gloire de la recueillir : Souvenez-vous , dit cet apôtre de cette parole du Seigneur Jésus : Il est plus heureux de donner que de recevoir. Bienheureux donc ceux qui donnent , et qui aiment mieux donner que de recevoir. Bienheureux , encore un coup, celui qui appelle à son festin, non point les riehes, qui peuvent lui rendre le festin qu’il leur aura fait; mais les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles. Alors , dit le Sauveur 7, vous serez heureux, cor ils n'ont rien à vous rendre : et il vous sera rendu à la résurrection des Justes. Bienheureux donc les miséricordieux qui donnent sans espérance de rien recevoir de ceux sur qui ils exercent la miséricorde ; car ils obtiendront de Dieu une miséricorde infinie.

' Pl. XVI, \S. — 'Joun. VI, 13, 14. — > Id. VII, 37, 33. — • T , 7. — • -èrt. XX , 35, — • ;è. - ' Luc. XIV , 13 . 13 ,

MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Ainsi ceux qui sont inflexibles, insensibles, sans tendresse, sans pitié, sont dignes de trouver sur eux un ciel d'airain, qui n'ait ni pluie ni rosée. Au contraire , ceux qui sont tendres à la misère d'autrui auront part aux grSces de Dieu , et à sa miséricorde; il leur sera pardonné comme ils auront pardonné aux autres; il leur sera donné comme ils auront donné aux autres ; ils recevront selon la mesure dont ils se seront servis envers leurs frères ' ; c'est Jésus-Cbrist qui le dit; et autant qu'ils auront eu de compassion, autant Dieu en aura-t-il pour euxinémes.

Il faut exercer la miséricorde envers tous eeux qu'on voit souffrir ; envers les malades , envers les affligés : adoucir leurs maux par des paroles de consolation, et par de sages conseils, si on ne peut autrementleur aider à les porter; les partageravec eux autant qu'on peut. C'est le plus beau de tous les sacrifices : J’aime mieux la miséricorde que le sacrifice, comme il l'a dit lué-méme *.

VTI« JOUR.

Sixième béatitude : Avoir le cœur pur. Mattk. v, s.

Bienheureux ceux qui ont le cœur pur. Qui pourrait dire la beauté d'un cœur pur? Une glace parfaitement nette, un or parfaitement affiné, un diamant sans aucune tache, une fontaine parfaitement claire, n’égalent pas la beauté et la netteté d’un coeur pur. il faut en éter toute ordure, et celles principalement qui viennent des plaisirs des sens : car une goutte de ces plaisirs trouble cette belle fontaine. Qu'elle est belle, qu’elle est ravissante cette fontaine incorruptible d’un cccur pur! Dieu se plaît à s'y voir lui-méme comme dans un beau miroir ; il s'y imprime lui-méme dans toute sa beauté. Ce beau miroir devient un soleil par les rayons qui le pénètrent : il est tout resplendissant. La pureté de Dieu se joint à la nôtre, qu'il a luiméme opérée en nous ; et nos regards épurés le verront briller en nous-mêmes, et y luire d’une étemelle lumière. Bienheureux donc ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu

Aimons la chasteté plus que toutes les autres vertus ; c'est elle qui rend le cœur pur.

A chaque objet qui nous touche, craignons toujours en l’aimant de ternir la pureté de notre cœur, ou de l'enfoncer davantage dans l'ordure , d'où il fallait le retirer.

Bienheureux le cœur pur; il verra Dieu. Il ne faut que ces deux mots pour nourrir l’âme tout un jour. Il verra Dieu : il verra toute beauté, toute bonté , toute perfection , le bien , source de tout bien, tout le bien uni, comme il disait à Moïse ; Je te montrerai tout te tient, lorsqu'il se montra lui-méme. Voir un objet si parfait, et l’aimer, c’est la même cliose. Il verra donc, et il aimera; mais s il aime, il sera aimé : il chantera les louanges de Dieu , qu’il verra et qu’il aimera sans fin. Il sera rassasié de l'abondance de sa maison, et enivré du

• i«C VI,37,M. -*#««4. n.ia. -•»««A.V,8. -

‘ tz. XXXIII I».

torrent de ses délices. Heureuse créature! mais pour cela il faut avoir le cœur pur. Bienheureux donc celui qui a le cœur pur. Que celui qui est pur ne cesse de se purifier davantage. Que celui qui n’est pas pur se tire de l’ordure où il croupit : qu'il lave la saleté qui le déshonore et le défigure.

VIII' JOUR

SepUéae Walilude : Être padüques. MaUU. v. 9.

Bienheureux tes pacifiques, car Ut seront appelés eifants de Dieu ■. Dieu est appelé le Dieu de paix • : il fait habiter dans sa maison ceux qui

sont desnéme esprit et demémecœurrlmtAwrAKE

VACIT umlls IIOBIS(UHANIIIXS) IN DOMO, dit Ippsalmiste Sa bonté concilie tout. Il a composé cet univers des natures et des qualités les plus discordantes : il fait concourir ensemble la nuit et le jour, l’hiver et l'été, le froid et le chaud , et ainsi du reste' pour la bonne constitution de l'univers, et pour la’ conservation du genre humain. Il reçoit ses ennemis en sa paix; et il faut, dit Jésus-Christ*, qu’à son exemple, vous aimiez vos ennemis, et que vous fassiez du bien à ceux qui vous haïssent. Il faut que vous le priiez pour ceux qui vous persécutent , afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste , qui fait lerer son soleil sur les bons et sur les mauvais, et qui pleut sur les justes et sur les injustes : comme nous verrons dans la suite. Bienheureux donc les pacifiques, ceux qui aiment la paix , et qui la procurent ; Us seront appelés enfants de Dieu , parce qu’ils porteront le caractère d’un si bon père.

Le soleil n’en est pas plus nébuleux dans les pays où Dieu n’est pas connu : la pluie n’en arrose pas moins abondamment les champs et les pâturages, et n’y est pas moins rafraîchissante, ni moins féconde. Ainsi , comme disait saint Paul *, Dieu ne se laisse point sans témoignage. Le soleil, quand il se lève, nous avertit de son immense bonté, puisqu il ne se lève pas plus tard, ni avec des couleurs moins vives, pour les ennemis de Dieu que pour ses amis. Adorez donc, quand il se lève, la bonté de Dieu qui pardonne : et ne témoignez pas à votre frère un visage chagrin , pendant que le ciel , et Dieu même, si l’on peutparlerde la sorte . lui en montre un si serein et si doux.

Jésus.christ, le fils unique du Père céleste, est le grand pacificateur. Qui a annoncé la paix à ceux qui étaient de loin , et à ceux qui étaient de prés, faisant mouriren lui-méme toutes les inimitiés et pacifiant .parle sang qu’il a répandu sur la croix, tout ce qui est dans te ciel et dans la ferreJ, comme dit saint Paul.

A l’exemple du Fils unique, les enfants d'adoption doivent prendre le caractère de leur père, et se montrer vrais enfants de Dieu par l'amour de la paix.

Cette grâce d'étre enfants de Dieu se consomme

I MuMi. V, O. — ■ I. Cor. XIV, sa. — • Pt. ixm, 7. — ' .VuIIA. V, 44, 4S. — V .Set. XIV, 19. Bp. II, 14, 16, 19, 17. — ' Cot.l.on.

se.

MÉDITATIONS SUR 1,’ÉVANGILE

dans la vie future, selon ce que dit le Sauveur : ils seront vrais enfants de Dieu, parce qu'ils seront des enfants nouvellement engendrés par la résurrection ' .

Soyons donc vraiment pacifiques : ayons toujours des paroles de réconciliation et de paix , pouradoucir ramertume que nos frères témoigneront contre nous , ou contre les autres : cherchant toujours à adoucir les mauvais rapports; à prévenir les inimitiés, les froideurs , les indifférences ; enfin à réconcilier ceux qui seront divisés. C’est faire l'oeuvre de Dieu, et se montrer ses enfants, en imitant sa bonté.

Combien sont éloignés de cet esprit ceux qui se plaisent à brouiller les uns avec les autres ; qui , par de mauvais rapports, souvent faux dans le tout, souvent augmentés dans leurs circonstances, en disantes qu'il fallait taire, en réveillant le souvenir de ce qu'il fallait laisser oublier, ou par des paroles piquantes et dédaigneuses, aigrissent leurs frères et leurs sœurs déjà émus et infirmes par leur colère!

IX' JOUR

nuiUSme et demiere béatitude : Souffrir pour ta Justice.

Malin. V. 10.

Bienheureux ceux qui souffrentpersécutionpour la justice, parce que le royaume des deux leur appartient *. Tous ceux qui souffrent pour avoir bien fait , pour avoir donné bon exemple , pour avoir obéi simplement, et avoir confondu par leur exemple ceux qui ne vivent pas assez régulièrement, en sorte qu'on se prend à eux des reproches qu'on fait aux autres, souffrent persécution pour la justice. Ceux qui portent leur croix tous les jours, et persécutent persévérainment en eux-mémes leurs mauvais désirs , souffrent persécution pour la justice.

Cest ici la dernière et la plus parfaite de toutes les béatitudes; parce que c’est elle qui porte le plus vivement en elle-même l’empreinte et le caractère du Fils de Dieu.

C'est pourquoi il s'arrête sur celle-ci. Non content d'en avoir parlé comme des autres, il reprend encore le discours , en disant : f-'ou» serez heureux, quand vous serez maudits et persécutés, et qu’on dira de vous, pour l’amour de moi , toute sorte de mal. B^ouissez-cous , et soyez remplis de joie , ravis , transportés ; parce qu'ils ont persécuté de ta même sorte tes prophètes qui ont été avant vous > ; et non-seulement les prophètes, mais encore le Messie lui-même.

On revient donc ici au commencement, et au royaume des cieux , qui avait paru dès la première béatitude. La puvreté et la persécution pour Is justice attirent également le royaume des cieux.

X' JOUR

Vrai caractère du chrétien dans Ira huit béaUludra : Avec

Ira caractèrra opposés. Mallh. V, 3, 12. Luc. n, 20, 27.

Que la semaine s’est heureusement écoulée , en

* Luc. XX, 38. — r Matin. V, 10. — > fd. V, 11, 11.

parcourant sept béatitudes, et revenant au commencement dans la huitième : la belle octave ! où l'on tâche d'imprimer en soi-même huit caractères du chrétien, qui enferment un abrégé de la philosophie chrétienne ; la pauvreté , la douceur, les larmes ou le dégodt de la vie présente, la miséricorde, l'amour de la justice, la pureté de coeur, l'amour de la paix , la souffrance pour la justice.

Trois de ces caractères paraissent assez sembla, blés , la douceur, la miséricorde , l’amour de la pais : néanmoins ils ont chacun leur propriété. C'est autre chose d’être pacifique, et de savoir finir toutes les querelles qu'on nous fait , et qu’on fait aux autres : autre chose d’être doux sans jamais offenser ui aigrir personne : autre chose d’être bienfaisant et miséricordieux.

Les caractères opposés aux huit qu'on vient de voir sont : l'esprit de propriété ou de richesses , l’aigreur, l'amour du plaisir, l’injustice , la dureté, la corruption du cœur, l'esprit de querelle et de brouillerie, l’impatience dans les alllictions, et la crainte qui fait abandonner la règle de la vérité et de la justice.

Nous trouverons dans saint Luc ■ l'abrégé des béatitudes réduites à quatre : d'être pauvre, d'être affamé, de pleurer, d'être haï et persécuté pourfamour.du Fils de Dieu. A ces quatre béatitudes, Jésus-Christ joint quatre malédictions contre les hommes du monde * ; Malheur à vous , riches! car vous avez votre consolation. Malheur à vous qtd êtes contents et rassasiés des biens de la terre! parce que viendra te temps que vous aurez faim, et que vous manquerez de tout. Malheur à row qui riez, et qui vous laissez emporter aux joies du siècle! car vos joies seront changées en pleurs. Malheur à vous , lorsque les hommes t ous applaudissent! c’est ainsi qu’on faisait aux faux prophètes. Craignons donc d'avoir notre consolation sur la terre, craignons de la chercher, craignons de la recevoir, craignons les louanges et les applandissements du monde. Aimons cet enclialnement de béatitudes, qui de l'amour de la pauvreté nous pousse jusqu'à celui des souffrances , et par celui des souffrances nous ramène jusqu'à celui delà pauvreté , et nous fait trouver le même royaume des cieux dans l’un et dans l'autre.

Pour conclusion, la doctrine des béatitudes est renfermée dans ces trois mots , que je vous laisse à peser.

Toute la doctrine des mœurs tend uniquement à nous rendre heureux. Le maître céleste oommeooe par là. Apprenons donc de lui le chemin du vrai et éternel bonheur.

XI* JOUR

Quatre caractèrra du chrétien. Muttk. v, I3, 20.

Après cet abrégé du christianisme, que Jésus- Christ prépare à ses disciples, il nous marque trois caractères éminents de ses disciples’ .- D’être le sel

' Luc. VI, 20 , 21, 22,23. Ibid. U , tic. Mallh. J , IS ft $uiv.

MEDITATIONS SUR L'EVANGILE

de la terre ; d'eire lu lumiire du motide : d'dre d'une extrême exactitude dans l'observance des commandemenls : le goût vif de la pKU, l’exemple, la régularité et l'exactitude. Il en ajoute après un quatrième, qui est l'éminence et la perfection ; Si votre justice n'abonde : et voilà l’id^ entière de la justice chrétieiftie.

Le sel assaisonne les viandes ; il en relève le goût; il eu empêche la fadeur; il en prévient la corruption. Ainsi la conversation du vrai chrétien doit ranimer dans les autres le goût de la piété. C'est ce qui a fait dire à saint Paul ' : Que votre discours soit plein de grdee , et assaisonné de sel. Et c’est de quoi sont bien éloignés ceux qui n'ont quedela langueur et de la mollesse dans toute leur conduite. Il faut dans les paroles du chrétien une sainte vivacité; il faut reprendre avec force , et quelquefois piquer jusqu'au vif, comme fait un grain de sel. Mais ne mettez point trop de sel ensemble : au lieu de piquer la I anguc pour réveiller l'appétit, vous mettriez en feu toute la bouche.

Être la lumière du monde, est un degré encore audessus du précédent; car il emporte l’exemple qui édifie et qui éclaire la maison de Dieu. C'est ce que nous nous devons les uns aux autres. Et au conti aire, si nous nous sommes à scandale les uns aux autres, cette malédiction du Sauveur tombera sur nous : Malheur au monde! à cause des scandales qui ar riveront. Il est impossible qu'il n'arrive des scandales : mais malheur à celui par qui ils arrivent ! il vaudrait mieux pour lui qu'on le jetât dans la mer avec une meule de moulin autour du cou *. Pesez , pesez ces paroles , chrétiens , qui ne craignez pas de scandaliser les infirmes et les petits de l'Êglise.

fous êtes la lumière du monde ; cela s’entend non-seulement des pasteurs , mais encore de tous les chrétiens. Saint Paul le dit ainsi t : l'eus devez luire au milieu d'une nation mauvaise et corrompue, comme étant les luminaires dont te monde doit être éclairé. Si quelqu'un parte, comme dit saint Pierre < , que ce soit comme des discoui s de I Dieu : comme si Dieu parlait par sa bouche. Saint Mathias disait , ainsi que le rapporte saint Clément d’Alexandrie, que lorsque quelqu'un faisait mal dans le voisinage d'un chrétien, il fallait s’en prendre à ce voisin , qui ne lui donnait pas assez bon exemple.

Enfin, la vie chrétienne demande une extrême exactitude. Il faut prendre garde aux moindres préceptes, et n’en mépriser aucun. Le relâchement commence par les petites choses , et de là ou tombe dans les plus grands maux. Qui méprise les petites choses , tombe peu à peu *.

Pour établir cette exactitude de la justice chrétienne, Jésus-Christ pose un beau principe : que la parole de Dieu est inviolable, et s'accomplira jusqu'au moindre trait.

Il regarde ici en particulier ce qui avait été prédit de lui dans la loi et dans les prophètes ; et c'est puur-

' Coton. IV, 6. — ■ Malth.svm. Marc. Il , 41. Luc. XVU , I. — * Vhtiipp. n, 15. — ' I. Petr. iv. II. — */Tcc/i. iix, I.

quoi il dit : Je viens tout accomplir. Dans ce qui a été prédit dans la loi, il y a les grands traits : la naissance de Jésus-Christ, sorti d'une vierge, ses souffrances, sa croix, sa résurrection, la conversion du monde et des gentils , avec la réprobation et le juste châtiment des Juifs ; voilà les grands traits; mais ce n'est pas tout : il y a Yiota et les moindres traits, qui doivent aussi s'accomplir. Il faut qu’on divise ses vêtements ; il faut qu'nn joue sa tunique sans couture. Voyez quelle précision dans une distinction si subtile et si exacte : c’est Yiota, c’est le petit trait. Il sera vendu ; ce peut être un grand trait : mais ce sera trente deniers; mais on achètera le champ d’un potier ; c’est Yiota , c'est le petit trait, qui ne doit point échapper non plus que les antres. C’est ainsi qu’il faut qu'il ait soif, et qu'il soit abreuvé de vinaigre. Il souffrira ; voilà le grand trait ; mais ce sera hors la porte de la ville ; voilà l’iofa II sera immolé comme l’agneau pascal ; mais ses us ne seront pas brisés sur la croix, non plus que ceux de cet agneau : voilà Yiota; et ainsi du reste. Jésus-Christ veut dire encore plus généralement, que tout ce qui est dit en figure et en ombre dans la loi, sera accompli en vérité dans l’Êvangile, jusqu'aux moindres circonstances. Tout, jusqu'aux moindres choses , est significatif dans la loi ; tout , jusqu'aux moindres choses , sera accompli dans l'Évangile. l'aus ne lierez pas la bouche du boeuf qui foule le grain *. Saint Paul l’applique aux prédicateurs '. Il en est ainsi de ces autres traits : Fous ne ferez point cuire l'agneau dans te lait de sa mère. Quand vous prendrez la mère dans le nid, vous la laisserez aller en gardant ses petits ’. Que vos habits ne soient point tissus de laine et de lin. Ayez des bordures et des franges dans vos habits *. Tous ces petits traits ont de grandes significations , pour inspirer aux chrétiens la douceur, la modération, la simplicité, la droiture , et toutes les autres vertus.

Et ce que Jésus-Christ eonclut de là, c’est qu’il ne faut pas oublier les moindres préceptes ; car si tout ce que Dieu dit pour son Fils doit être accompli jusqu’au moindre trait, et qu'il n'en doive échapper aucun , il faut aussi accomplir tout ce qu’il a dit pour nous.

F^t voyez jusques à quel point : le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront pas *. Si le soleil tout d'un coup allait disparaître, et que ce flambeau du monde s'éteignit au milieu du jour ; si le ciel se mettait en pièces, ou se retirait comme un rouleau qui se renveloppe en lui-même; si la terre manquait sous nos pieds , et qu’un fondement si solide fût tout d’un coup réduit en poudre : quel malheur ! tout serait perdu pour nous. Le malheur est bien plus grand, et tout est perdu bien davantage , si le moindre des commandements de Jésus- Christ n’est pas observé.

Que si on ne les observe pas , Jésns-Christ , qui a dit qu’ils seraient inviolablement observés, serat-il menteur? A Dieu ne plaise! car il y a une con.

. * Devt. \\y y 4- — * l.TVw, ▼, IR, — ^ T1V. Il

I — ' /6. IXll, 6, 7, n , lî. — * \tsiUh- \\ui\ ,

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

dition , que, si on manque à les observer, OD sera puni. Donc si vous faites la faute, et que vous évitiez lu châtiment, Jésus-Cbrist se sera trompé : mais si vous ne faites pas la moindre faute dont il ne soit parlé au jugement, et qu'il y faille rendre raison, non-seulement des paroles d'injustice et de médisance , mais encore des inutiles , la vérité de Jésus-Christ demeure ferme.

La peine rectifie le désordre : qu’on pèche, c'est un désordre; mais qu'on suit pum quand on pèche, c’est la règle. Vous revenez donc par la peiuedans l'ordre, que vous éloigniez par la faute. Mais que l'on pèche impunément, c’est le comble du désordre : ce serait le désordre, non de l'homme qui pèche, mats de Dieu qui ne punit pas. Ce désordre ne sera jamais , parce que Dieu ne peut être déréglé en rien , lui qui est la règle.

Comme cette règle est parfaite, droite parfaitement, sans la moindre courbure, tout ce qui n'y convient pas y est brisé , et sentira l'effort de l'invincible et immuable rectitude de la règle.

Mais si les menaces sont accomplies, les promesses le seront aussi. Viens , chrétien , à ton crucifix : regarde-s-y toutes tes prédictions accomplies, jusqu'aux plus petites. Dis donc en toi-méme : Tout s’accomplira, et le bonheur qui m’est promis ne me manquera pas. Je verrai Dieu, je raimerai,je le louerai durant les siècles des siècles : et tous mes désirs seront rassasiés, toutes mes espérances, accomplies : Amen , amen.

XII* JOUR

Ezceltcoce de ta Joat<oe chrétienoe au-deisui de celle des païens et des Juifs. Matth. v, 30 , 47.

Jésus-Christ, qui jusqu'ici a donné plus en général la forme et les caractères de la vie chrétienne, commence ici les préceptes particuliers : et il donne pour fondement cette belle règle • , que \a Juillet chrétienne doit surpasser celle des plus parfaits d'entre les Juifs, et les docteurs de la loi. Prenons donc garde ici à bien entendre la perfection de la loi évangélique, dont nous avons juré l’observation dans notre baptême.

Pour noos y obliger, Jésus-Cbrist a pris soin de nous élever à la perfection de la justice chrétienne par trois degrés.

Premièrement, il faut s’élever au-dessus des plus sages des païens. Cest pour cela qu’il a dit ; Ut païens ne te font-ils pas » ? Voulant dire , Vous devez donc faire davantage. On vous parle de mépriser les richesses : les sages païens ne l’ont-ils pas fait? D'être fidèle à vos amis : les païens ne l'ont-ils pas été? D'éviter les fraudes et les tromperies ; les païens ne les ont ils pas détestées ? De ^ir l’adultère ; les païens les plus licencieux n'en ont-ils pas eu de l’horreur?

Le second degré est de s’élever au-dessus de la justice de la loi, et de ceux qui connaissent Dieu. Kt cela encore par trois degrés, en évitant trois défauts de la justice judaïque. Le premier, c'est qu'elle

• .Vallh. V , 20. — ■ AfoMS. V , 47.

n'était qu’extérieure : F'oui autres pharitient, vaut êtes soigneux de lacer l’extérieur du coiuem ; et c'est pourquoi il les appelait des sépulcres blanchit >. Voyez la justice de ce pliarisien dans saint Luc ; Je ne suis pas, disait-il *, comme le reste des hommes. Et en quoi excellez-vous donc ? Je jetât deux fois la semaine ; je page la dime de tout ce que j'ai de bien. Il ne vante que l'extérieur : et ceuxlà lui ressemblent , qui ne s’attachent qu’aux observances extérieures. Dire son bréviaire, aller à l'église , assister au sacrifice , à matines , à l'oraison , prendre de l'eau bénite, se mettre à genoux, sans prendre l'esprit de tout cela, c'est une justice pbarisaïque qui semble avoir quelque exactitude, mais qui s'attire de Jésus-Christ ce juste reproche : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais ton coeur est loin de moi Cest une fausse justice. Mais que dirons-nous de ceux qui n'ont pas même cette justice et eette exactitude extérieure , si ce n'est qu'ils sont pires que les pharisiens et que les Juifs?

Le second défaut de la justice judaïque, c'est, comme dit saint Paul t , qu'en ignorant la justice par laquelle Dieu nous fait justes, et cherchant a établir leur propre justice, se croyant justes par eux-mêmes , Ut ne te sont point soumit à lajusiice de Dieu; parce qu'ils ont cru faire le bien par euxmêmes , au lieu de reconnaître que c'est Dieu qui l’opère en eux.

Saint Paul avait eu cette justice : mais voyez comment il en parle ’> : Ma conduite était sans reproche selon la justice de la loi. Remarquez ces paroles, tant reproche: on ne pouvait, ce semble, porter la perfection plus loin ; et cependant il ajoute aussitôt après ; Mais ce qui m’était un gain selon la loi, ^e fai estimé une perte à cause de ta connaissance éminente que j'avais de Jésus-Christ , pour qui tout m'a été une perte , et comme du fumier et de l'ordure ; afin de gagner Jésus-Christ , et avoir en lui, non pas ma propre justice gui vient de la loi, mais la justice qui vient de la foi en Jésus- Christ ; justice qui vient de Dieu par la foi.

Voilà donc le second défaut de la justice judaïque : c'est qu'on se croyait juste par soi-mrine ; ce qui fait que cette justice est impure , et n'est qu'ordure, selon saint Paul, parce qu'elle n'estqu'oo gueil. Étudions-nous donc à l'éviter, en rapportant humblement à Dieu le peu de bien que nous faisons.

Mais le troisième défaut de la justice des Juifs, c'est que les oeuvres en étaient fort imparfaites, en comparaison de la perfection où l'homme est élevé par l'Évangile. On y est obligé à une plus grande perfection que ceux qui faisaient bien. Et pourquoi ? d cause de la connaissance èminenle qu’on a de Jésus-Christ , disait saint Paul; et c’est une des vérités que Jésus-Christ renferme dans cette parole : Si votre justice n'est plus abondante que celle des docteurs de la loi et des pharislens, etc*.

' MaUh. XXIII, 2S, 27. — * /-ec. XVIII, Il , 13. — • StuUS. XV,S. - ' Rom.x,3. — ‘ Philipp. lll,c,7,a,

MEDITATIONS SUR LÉVANGILE.

Voila donc la justice chrttienne élesée de deux degrés au-dessus de la justice des sages païens, au-dessus de la justice des Juifs. C'est pourquoi et les païens et les Juifs s'élèveront contre nous , les Tiiniïites, la reine de Saba, .Sodome et Goinorrhe, dont nous aurons surpassé les iniquités, nous qui devions surpasser la justice des plus sages. C’est ainsi qu’il se faut former une grande idée de la justice chrétienne.

Mais voici encore quelque chose de plusexcellent ; et c’est le Uoisième d^ré et la perfection : c’est que Injustice chrétienne se doit élever au-dessus d’elle-niémc. Non , mt» fréret , disait saint Paul ' , je ne crois )>as encore avoir atteint la justice ou je tends , nique je sois parfait ;je poursuis ma course comme un homme qui ne croit pas avoir obtenu ce qu’il souhaite, t/num aulem ; mais tout ce que je fais , tout mon but , toute ma pensée , c’est qu oubliant ce qui est derrière moi ( voyez, tout le progrès qu’il a fait ne lui est rien , il ne s’y arr«e pas , il ne s’y repose pas, je m'étends à ce qui est devant. Entendez ce mot, il s'étend ; il fait effort) il sort en quelque manière de lui-inéme : il se disloque lui-méme , en quelque sorte , par l’effort qu’il fait pour s’avancer.

Voilà donc le vrai chrétien, le vrai juste. Il croit n’avoir rien fait : car s’il croit être sufDsamment 1 juste , il ne l’est point du tout. Il faut donc toujours j avancer, et Bortircontinuellement de son état. Soyez parfaits comme votre Père céleste ». Ayez-en du moins la volonté : car c’est renoncer à la justice que de se reposer dans celle qu’on a , comme si on était assuré qu'elle fdt sufTisalile; d'autant plus que si vous n’avancez, vous reculez, fous regardez en arrière, contre le précepte de l’Évangile. Et que décide le Sauveur ? que voua n'étes pas propre au royaume de Dieu

Voilà pourquoi il disait, qu'il fallait avoir faim et soif de la justice. Ce a' tsi pas undésir ordinaire; c’est un désir comme celui qui nous porte à nous nourrir, et à vivre : désir ardent et invincible , que vous devez sans cesse exciter. En quelque état que vous soyez , vous devez toujours avoir cette faim et cette soif: parce que la capacité de votre intérieur est iiiUnie, comme l’est aussi la justice que vous cherchez.

Sur ce fondement de la perfection de la justice chrétienne, Jésus-Christ bâtit tout l’édiDce, c’està-dire tous les préceptes de son Évangile, pour nous élever au-dessus des païens, des Juifs, et de nousmêmes. Ce qu’il a compris dans cette parole : Soyez parfaits comme votre Père céleste; et ce que son apdtre a exprimé de la manière que nous avons vue.

XIII' JOUR

Haine, colère, parole injnrleuie ; quelle en mI la puniUoo.

Mauh. V, SI, SS.

Après cette belle préparation , après cette belle idée de Injustice chrétienne, Jésus-Christcominence à régler ce qu’on doit au prochain , et il noua ap-

■ Pmtipp. III , IS. 13. — » NaM. V , 48. — ’ lue. II , 63.

: prend jusqu’où l’on doit éviter de lui nuire. Saint I Jean dit que celui qui hait son frère est un meur- I trier ». Jésus-Clirist le réputé tel. C’est pourquoi il dit que ce n’est pas seulement en le tuant qu’on se rend digne d'élrepuni par te jugement; mais encore si on se fâche contre lui : et que si on témoigne son indignation par quelque parole de colère ou de mépris, on mérite d'étre condamné par I le conseil, on est digne d’une plus grande peine;

I mais que si on s'emporte jusqu' à Cappeter insensé,

I on n’évitera pas le feu étemel ».

Il faut ici peser ces trois degrés : se mettre en I colère; témoigner sa colère par quelque paroled’emportement; dire des injures atroces, et traiter son frère de fou; et les comparer avec les trois peines : le jugement , le conseil , le feu.

Le jugement emportait la peine capitale , puisqu’il est attribué , selon les anciens , au meurtre , que la loi punissait de mort irrémissiblement. Mais Jésus-Cbrist, pour faire voir combien la justice humaine était faible en comparaison de la divine qu'il venait déclarer aux hommes, met le jugement , c’est-à-dire la peinecapitale des jugements humains, pour le plus faible degré, qui est la colère. Il veut donc dire que la colère contre un frère est par ellemême un péclié digne de mort devant Dieu. Et ainsi il ne faut pas douter qu’on ne commette un péché mortel, lorsqu’on demeure volontairement aliéné de son frère : ce qui arrive lorsqu’on demeure fâché contre lui ; parce qu’alors la colère s’est tournée en haine. En cet état , rien n’excuse de péché mortel, que la résistance qu’on apporte à une’ disposition et impression si mauvaise : car lorsqu’elle domine dans le cœur, la charité s’y éteint.

Le second degré de supplice est le conseil ; ce qui se dit par rapport à la police des Juifs. Au-dessus du jugement où l’on punissait les crimes particuliers jusqu’à la mort, s’il le fallait, il y avait le sanhédrin, ou le conseil suprême de la nation qui était d’autant plus sévère qu’on y jugeait les crimes publics, qui regardaient l’état du peuple de Dieu dans la religion et dans le gouvernement , sans aucun appel. Pour exprimer le juste supplice de celui qui s’emporterait au second degré de colère , c’est-à-dire jusqu'à témoigner sa haine par quelque parole de fureur ou de mépris, Jésus-Cbrist va de ce degré à ce qu'il y a de plus rigoureux et de plus inévitable parmi les hommes, qui est la rigueur extrême du souverain conseil de la nation.

Le dernier degré suit après cela , qui est de dire des injures atroces , comme d’appeler son frère fou : et pour cela, il n’y a plus rien parmi les hommes par où l’on puisse exprimer la vengeance qui en sera faite, qu’une vallée auprès de Jérusalem, qu’on réputait abominable, et qu’on appelait la Vallée des cadavres et des cendres , parce que c’était celle où , du temps des idolâtries du peuple de Dieu, les Israélites brûlaient leurs enfants en l’honneur de l’infâme idole de Molodi , et où on jetait leurs cendres et leurs cadavres à demi brûlés.

' 1. Joem. ni, IS. — ’ .ViiHS. V. 21 , il. — 'Jotepk. Snliit. Judilic. iiv, n.

MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

La tradition enseignait encore que les cadavres des soldats de Sennachérib y avaient été jetés à tas; de sorte qu'elle fourmillait de vers qui sortaient de ces cadavres : les marques du feu étaient dans les cendres, et dans les cadavres à demi brdiés dette vallée s'appelait la Valiee du lils d'Knnom, Beu-I'àinom * ; en changeant le U en G , Gehennom, Gehenna, Gelienne. Par où l'on exprima ensuite l'enfer, le feu dont li's damnés y sont dévorés, et les vers qui les y rongent, dont le Sauveur dit : Ijeur ver ne meurt point , et leur feu ne s'éteint jamais ’ .

C’est donc à cette Vallée des cadavres, qu’on appelait aussi la Vallée de la mort , que Jésus-Christ compare le supplice affreux de ceux qui traitent leurs frères d'insensés et de fous. Que s'il ordonne ce supplice pour les injures, combien seront tourmentés ceux qui frappent, ceux qui tuent? Le Fils de Dieu n'en parle pas , comme ne voulant pas supposer que cela puisse arriver parmi les siens ; et laissant assez entendre combien les actions violentes seront punies, si les paroles le sont avec une si terrible rigueur.

Pesons donc toutes nos paroles, puisqu'elles sont pesées avec une telle rigueur dans le souverain jugement de Dieu.

XIV' JOUR

RéconcUàaUon. fiatth. v, 23, 2A.

C’est encore un beau et grand précepte , et par lequel nous pouvons entendre combien Dieu aime la paix, de nous ordonner, comme il fait, de nous réconcilier avec notre frère , avant que d'approcher de l'autel. Il ne veut point de l'oblation qui lui est offerte avec un cœur plein de ressentiment, et avec des mains portées à la vengeance.

On doit encore beaucoup remarquer cette parole : St votre frire a quelque chose contre vous *, et nonseulement si vous lui en avez donné sujet , mais encore s'il l'a pris mal à propos; il faut s'éclaircir charitablement avec lui , de peur que vous ne veniez è le haïr, lorsque vous saurez qu'il vous hait. Le premier présent qu'il faut offrir à Dieu , c'est un cœur pur de toute froideur, et de toute inimitié avec son frère.

N’attendez pas même le jour de la communion : celui de l'oblation, où l'on se trouve ensemble, et où l'on assiste même seul au saint sacrifice; ce jour doit être précédé de la réconciliation.

Il fbut encore porter plus loin l’amour de la paix ; et saint Paul dit : Que le soleil ne se couche point sur votre colère^. Les ténèbres augmenteraient notre chagrin ; notre colère nous reviendrait en nous éveillant, et deviendrait plusaigre. Les passinnstristes et sombres , du nombre desquelles sont la haine , la vengeance, la jalousie, s'aigrissent pendant la nuit , ainsi que les plaies, les fluxions , les maladies.

Dans les querelles, dans les procès, dans toutes les dissensions, on se livre l'un l'autre au juge,

* Joseph. AfïUq. Judaic. XV, 8. et xvill, I8. — ’ IV. Reg. XXm. 10. II. Parut. XXTIII, 3. — * hlarr. ix , 47. — * Matth. V , 33. — ’ Pp. IV , 26.

parce qu'on s’offense mutuellement : on doit donc craindre la prison, d'où ion ne sort qu'aprés avoir tout payé dans la dernière rigueur : et il faut s'accorder volontairement l'un avec l'autre , plutdt que d'en venir a un jugement qui augmenterait l'aigreur. C’est ce qu’il faut bien considérer.

Saint Augustin dit que cet ennemi avec lequel il se faut réconcilier, pétulant qu’on est dans la voie ' , c’est la vérité , qui nous condamne dans cette vie , et nous livre en l'autre à i exécuteur, qui nous oblige à payer jusqu'au dernier sou ; c’est-à-dire, à demeurer éternellement dans cette affreuse prison , puisque nous ne pouvons jamais satisfaire pour nos crimes.

XV' JOUR

Délleatetse de ta chasteté; s'arracher rœil; se couper la mata : indiaaolubilllé du mariage. MaUh. v, 37, 3s.

F.n ce qui regarde la chasteté, il faut craindre jusqu'à un regard : c'est par là qu’entre le poison. Prenez garde, disait Moïse", de ne point laisser aller t;os yeux et vos pensées, en vous souillant dans les objets qui vous environnent. Job disait aussi dans cette vue : J'ai fait un pacte avec mes yeux^, que je les tiendrais toujours modestes, jamais vagues ni dissi^iés. Le voile des vierges sacrées est la marque et l’instrument de cette retenue ; leur vie est un mystère ; les yeux profanes en sont bannis; elles ne veulent ni voir ni être vues. Cest le premier enseignement de Jésus-Christ sur cette matière.

La seconde est de renoncer aux liaisons non-seulement les plus agréables , mais encore les plus nécessaires, plutdt que de mettre notre salut en péril. Le secret est de fuir, d'éviter les occasions prochaines, c’est-à-dire celles où l'on a déjà fait naufrage; craindre même les plus éloignées, se précautionner de toutes parts, couper jusqu’à sa main droite et jusqu’à son pied , arracher jusqu'à ses yeux ; tout doit être violent dans cette matière. Car il faut, autant qu'il se peut, éviter même d'avoir à combattre; parce qu'on n'est pas longtemps courageux, ni ferme contre soi-même.

Si votre ail,... si votre main droite vous scandalise*, c’est-à-dire si ces personnes qui vous sont si chères vous sont une occasion de tomber, séparez-vous-en. Ajoutez , si elles vous font scandaliser votre frère ; car tout ce qui le fait tomber est aussi pour vous une cliute semblable à celle d’un homme qu’on jetterait dans la mer une meule au cou

Le troisième enseignement sur cette matière regarde le mariage, et son indissolubilité. Mais on peut encore porter plus loin ses pensées. Car comme cet indissoluble lien du mariage signifie l'inséparable union de Jésus-Christ avec son Église , les âmes qui sont entrées dans ce bienheureux contrat doivent garder la foi à Jésus-Christ, et ne faire jamais divorce avec lui.

Pourcela, il faut éviterjusqu'aux moindres choses

* Motth. V, 25. 26. — > A'««. XV, 3f. — " Joh. XXll, 1 — ' tdatth. V , 29 . 30 * Id. xvm , 6.

MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

qui déplaisent à l'Époux céleste. Ce ne sont pas seulement les ruptures qui sont à craindre dans les mariages , mais encore les moindres froideurs. Tout va au divorce, si on n'y prend garde; et il faut promptement réparer les moindres négligences ; la délicatesse de l'Époux en est blessée; l’amour refroidi s'éteint bientôt.

Veille donc, ôme chrétienne, veille sur les moindres choses ; rien ne plaît plus à celui qui aime, que l’attention à le contenter en tout : au contraire , il n'y a rien de plus terrible que cette parole célèbre du Fils de Dieu' ; Je voudrais que vous fussiez froid ou chaud. On vous pourrait tourner au bien , et vous seriez capable de quelque action ; mais parce que vous êtes tiède et sans efficace , on ne peut rien faire de vous , et je vous vomirai de ma bourJie.

XVI' JOUR

Ite Jurer point : ilmplidté cbrétienne. Matih. v, 33 , 37.

Je trouve cet endroit un des plus touchants de la doctrine chrétienne; parce que le Fils de Dieu y établit la plus aimable de toutes les vertus, qui est la sincérité. I.e chrétien ne ment Jamais : il dit : Cela est , cela n’est pas * ; et cette parole tient lieu de tout serment. Car, au lieu de jurer ou par le ciel , ou par la terre , ou par la sainte cité , ou par sa tête , ou en quelque manière que ce soit , on lui ordonne pour toute réponse : Cela est, cela n'est pas ■■ oui et non. Le mensonge ne trouve point de place dans une expression si simple ; elle ne souffre point non plus de déguisement; car sans détour ni embarras, on répond : Cela est, cela n est pas : et la sincérité d’un chrétien doit être si parfaite et si connue , qu’on s’en tienne à sa simple parole, comme s’il avait fait mille serments de toutes les sortes.

Cette parole est bien forte ; Tout ce qui est au delà vient du malin^ ou du mal. Tout ce qu’on dit de plus, que cela est, cela n'est pas, c’est la dureté des coeurs, c’est la malice et la fourberie, c’est le démon en un mot qui l’a introduit. Revenons donc à l’origine : rendons-nous si croyables par notre sincérité , qu’on se fie à nous à cette simple parole ; Cela est, cela n'est pas : oui et non.

Ne soyez pas si décisif, si affirmatif; n’exagérez pas : Ne jurez pas* : c’est une partie de cette douceur dont il est dit : Bienheureux ceux qui sont doux^. Ce que vous direz de plus fort que la simple affirmation ou négation, ne serait pas nécessaire, si les coeurs étaient bien disposés. Soyez de votre côté dans cette disposition : et s’il faut aller au delà, que ce soit uniquement pour les autres qui ont besoin d’être poussés plus fortement.

Renouvelez-vous , quittez le vieux levain^. Le méchant est menteur, parce qu’il a intérêt de cacher et de déguiser ce qu’il fait. Jièvétez-vous de t homme nouveau, qui est Jésus-Christ, qui est créé selon Dieu, en justice, et dans la saintelé de la vérité t. Ainsi , quittant le mensonge, qui ne convient qu’au mauvais qui veut se cacher : Dites-vous la vérité

* jâpee. III, IB, 16. — * .Vnlth- T, 37. — * Ibid. — ' Ibid. — s tbùt. 4. — • I. for. V, 7. — ' Epb. IV , 34.

I les uns aux autres , parce que vous êtes membres I d’un même corps • . La main ne veut pas tromper la tête, lorsqu’elle la prend pour guide parmi les ténèbres; l’oeil ne veut pas tromper les pieds, ni les pieds cacher leur marche aux yeux et à la tête. Si ces membres se pouvaient parler et interroger l'un l’autre, ils se diraient simplement la vérité en toutes choses; oui et non ; cela est , cela n’est pas. Vivez ainsi , chrétien : ne faites point le mystérieux ni l'important. Taisez-vous par modération et par prudence, et non pas en faisant l’homme sage et l’homme grave. N’ayez point de dissimulation ; surtout ne faites rien de mal, de douteux, ni de suspect, afin que vous n’ayez rien à déguiser. Si vous péchez, car qui ne pèche point.’ et qu’il vous faille découvrir votre péché à un confesseur, comme la plaie à son médecin ; dites , Cela est , cela n’est pas , sans cherclier de vaines excuses à votre faute , ni de longues circonlocutions pour l’envelopper. I.’humilité vous fera sincère : vous guérirez infailliblement, pourvu que vous gardiez la sincérité.

On jure par le nom de Dieu , et on le prend à témoin, afin que notre parole, faible par elle-même, devienne ferme et inviolable par l’interposition du nom de Dieu. Mais si nous sommes remplis de Dieu et revêtus de Jésus-Christ, la vérité est en nous; et nos discours étant fermes par le mérite de la source d'où ils sont partis, ne demandent pas d’être appuyés parla religion du serment.

Il y en avait qui croyaient qu’on ne jurait pas, à moins d'interposer le nom de Dieu. Ils ne prenaient pas pour serment de dire : Par le ciel, ou Par la terre, ou Par la sainte cité; et ainsi do reste. Mais Jésus- Christ décide qu’il y a dans tout cela quelque chose qui , ayant rapport à Dieu , doit être regardé avec une espèce de religion, sans qu'il soit permis à l'homme de le profaner par ses serments.

Cette parole est remarquable : Ne jurez point par cotre tête; car vous ne pouvez faire blanc ou noir un de vos cheveux'. De tout ce que vous appelez vôtre, il n’y a rien dont vous puissiez disposer; pas même de la couleur de vos cheveux. Ne dites donc pas, Je jure par ma tête, c’est-à-dire, je me dévoue, ou comme on parle , je dévoue ma tête à telle et à telle peine : car loin d'avoir pouvoir sur votre tête, vous n’en avez pas même sur vos cheveux pour les faire venir ou croître, ni pour en changer la couleur. Soyez donc soumis à Dieu , et ne parlez jamais comme pouvant disposer de la moindre chose.

XVII' JOUR

Charité fralemelle : élrndae de la perfection ehrétleone.

S/ellA. V, 36, 43.

Jésus-Christ revient encore à l’obligation de la charité fraternelle, dont il avait déjà dit que, loin qu’il fdt permis de tuer ou de frapper, il ne fallait pas même se fâcher contre son frère, ni lui marquer de l’aigreur par aucune injure ; que si on avait quelque démêlé, il fallait être facile à se raccommoder ;

' EfS. IV, as. — > ,VoHA. V, M.

MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE

D'employer point de juge, s'il se peut, pour ter- ^ rainer nos difl'ércnds ; ni même de médiateur pour concilier les esprits aliénés. Nous avons un médiateur naturel de notre réconciliation mutuelle, qui est Jésus-Christ, et l'esprit de charité et de grâce qui nous anime. Il faut donc se rendre traitables, et cliacun s'accommoder de gré à gré avec son frère. 11 a dit que si nous sentions quelque aigreur dans le cœur de notre frère , il fallait le prévenir pour le calmer, et préférer la réconciliation au sacrifice. Maintenant il pousse plus loin l'obligation ; et il déracine tout à fait fesprit de vengeance.

UF.il pour œil et dent pour dent'. C'est ce qu'on permettait au\ anciens ; il paraissait là une espèce de justice ; mais Jésus-Christ ne permet pas au clirétien de se la faire à lui-méme, ni de la rechercher pour se satisfaire. Si la justice publique réprime les violences , leclirétien ne l'empéche pas, et il respecte les ordres publics : mais pour lui , loin de se venger de celui qui lui donne un soufliet , il tendra plutôt l'autre joue : il abandonnera plutôt son manteau à celui qui lui dispute sa tunique , que d'entreprendre un procès pour peu de chose , et entrerdansun esprit de chicane et de ressentiment ■.

Il accordera plutôt de son bon gré deux mille pas à celui qui l’aura forcé à en faire mille , qu’il ne se fera justice à lui-méme, ou qu’il ne songera à se venger de la violence qu’on lui aura faite. La tranquillité de sou cœur lui est plus chère que la possession de tout ce qu’on lui peut ravir avec injustice : et s’il faut manquer à la charité pour recouvrer les biens dont on l'a privé, il n’en veut point à ce prix. O ftvangile, que tu es pur! ô doctrine chrétienne, que tu es aimable! Mais,ô chrétiens, que vous y répondez mal , et que vous êtes peu dignes d’un si beau nom I

Donnez à qui vous demande. Ne fuyez pas , comme on fait ordinairement , celui qw vous emprunte dans son besoin ’. Faites ce que vous pourrez pour le soulager ; soyez libéral et bienfaisant. Toutes les richesses de l’univers n’égalent pas le prix de ccs deux vertus, ni la récompense qu’elles nous attirent.

Voici donc trois degrés de charité envers ses ennemis : les aimer, leur faire du bien, prier pour eux. Le premier est la source du second : si on aime , on donne. Le dernier est celui qu on croit pouvoir faire le plus aisément ; mais c’est pourtant le plus difDcile, parce que c’est celui qu’on fait par rapport à Dieu. Rien ne doit être plus sincère , ni plus cordial, ni plus véritable, que ce qu’on présente à celui qui voit tout jusqu’au fond du cœur.

XVUI‘ JOUR.

glcndue de U perfection chréüemie. Matth. T, 46 , 47 , 4S.

Examinez-vous sur ces trois degrés : aimer, faire du bien, prier. Qu’est-ce qu'aimer ceux qui nous aimenIT Uspublicains le font bien. Qu’esl-ce que saluer ceux qui vous saluenlf les païens le font bien. Ce n’est pas pour rien qu’on vous propose un

' £iod. XXI, t. — 'MaUk. V, au, etleq. — > Itid. 4S.

héritage éternel , et une immuable félicité : ce n'est pas pour vous laisser demeurer à l’égal , ou même au-dessous des païens. Dites-vous la même ehoseî ô chrétiens, dans tout le reste de votre conduite. Quelle récompense méritez-vous, femmes chrétiennes, si vous méprisez les vaines parures.’ Les païennes l’ont bien fait. Quelle sera votre gloire, si vous méprisez les richesses.’ Les philosophes font bien fait. Dites-vous la même chose sur la chasteté ; les vestales l’ont bien gardée : sur la cordialité; les païens , les sages du monde en ont fait gloire. Portez donc plus haut vos pensées , et soyez parfaits ■ . Mais comme qui ? Comme les philosophes? comme les païens? comme les Juifs, ou comme les pharisiens et les docteurs de la loi , qui étaient les plus parfaits d’entre les Juifs? Non ; Jésus-Christ vous a dit, que vous n'aurez point de part à son royaume, si votre justice ne surpasse la leur'. Soyez parfaits comme voire Père céleste est parfaip. Et comme vous ne pouvez jamais l’égaler, croissez toujours pour vous approcher de cette perfection. L’entreprise est grande ; mais le secours est égal au travail : Dieu , qui vous appelle si haut , vous tend la main : son Fils, qui lui est égal, descend à vous pour vous porter. Dites donc avec saint Paul ; Courage, mon âme : je puis tout avec celui qui me fortifie 4.

O chrétien, qui es si loin do la perfection de ton état, quand commenceras-tu à surmonter ta nonchalance?

Que chacun se dise à soi-même dans le fond du cœur ; Çà, je veux apprendre à être chrétien. Arrêtez-vous partout à ces mots : On a dit aux anciens ; et moi je vous dis. Qui est celui qui nous a donné cette loi nouvelle? Jésus-Christ, le Fils de Dieu en personne, la lumière et la vérité étemelle, le maître qui nous est envoyé du ciel pour nous enseigner ; mais en même temps le Sauveur qui nous aide, et qui, comme on vient de voir, mesure ses grâces au travail qu’il nous impose. Disons donc avec saint Paul’ : Si la loi qui a été donnée aux anciens Juifs par le mlnislére des anges, est demeurée ferme; et que toute transgression et désobéissance contre cette toi ait reçu un juste cAittment; comment l’éoiterons-nous , si nous négligeons une doctrine aussi salutaire que celte qui nous est enseignée par Jésus-Christ, qui, ayant pris son commencement par l'explication qu'il en afaile lui-méme, nous a été confirmée par ceux qui l'ont ouïe de sa propre bouche : Dieu y rendant témoignage par tant de signes , par tant de miracles , par tant de prodiges ; et enfin par l’effusion manifeste de son Saint-Esprit? Et encore avec le même saint Paul* : Si lorsqu'on avait violé la lai rfe.tjolse, qui n’était que le serviteur, on périssait, sans miséricorde , sur la déposition de deux ou de trois témoins ; quel supplice mériteront ceux qui ont foulé aux pieds le Fils de Dieu; qui ont tenu pour profane le sang de l'alliance pas- lequel ils ont été sanctifiés, et qui auront fait outrage à tes-

' Statth. T, 48. — * Ibid. 20. — ’ Ibid. 4S. — * PMipf. IV, IS. —• tkbr. 11,2, 3, 4. — ' Ibid. X , 2S, 22 , W, 31

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

prU de la gràcel Car nous savons combien puissant est celui qui dit : A moi appartient la vengeance, et je ta saurai bien faire. Et encore ; Le Seigneur jugera son peuple. Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant.

XIX* JOUR

Reohatcs. Luc. xi . 21 , se. 5. Paul, titbr. vi , 4 , s. II.

Pelr. Il , 20 , 21 , 22.

Pour noue affermir contre les rechutes , appuyons sur ce qui est dit dans saint Luc du fort armé'.

Le fort arm(, c’est le diinon. Considérez ces paroles : Ce qu'il possède est en paix. Songez i la malheureuse pais dont jouissent les pécheurs. La conscience assoupie, on se voit périr de sangfroid, et sans s’émouvoir, les sens nous enchantent, et le démon régne tranquillement. Jésus-Christ a chassé ce fort armé, quand il a ébranlé ce cœur endurci , et qu'on a fait pénitence. Mais ce n’est pas tout , et il ne quitte pas prise : il revient avec sept démons plus méchants que lui. Pesez tout : ces esprits immondes souillent de nouveau la maison que la pénitence a nettoyée, et ils y établissent leur demeure : Et te dernier étal de cet homme est pire ue te premier'. Si toujours à chaque rechute l'état crient pire , si le joug du démon s’aggrave, si l’on s’enfonce de plus en plus dans le mal , si les forces diminuent sans cesse, où en sera-t-on à la fin, et comment sortir de cet abîme ? Uieu peut nous en tirer; Je le sais ; mais s’il n’y a rien a désespérer, tout est à craindre.

Il est impossible i l’homme , dit saint Paul > , selon le cours ordinaire des choses humaines ; et il n'y a que Dieu qui le puisse faire par un effort, pour ainsi parler, de sa toute-puissance : /lest impossible, dis-je, que ceux qui ont une fois été illuminés par ta grdce du baptême ; qui ont goùlé le don céleste , et ont été faits participants du Saint-Esprit , et qui ensuite sont déchus, soient renouvelés. Si saint Paul parle ainsi de ceux qui ont violé la sainteté du baptême : que doivent craindre ceux qui ont ajouté à cette profanation celle de la pénitence, si souvent réitérée, et si souvent méprisée? Ija terre qui boit souvent la pluie qui tombe sur elle, et qui ne produit que des épines et des chardons , est à la veille d'élre maudite, et enfin on y met le feu*.

Il n'y a rien b expliquer ici : les paroles sont assez claires, et il n'y a qu’à les méditer les unes après les autres avec attention. Après que ces paroles vous auront rempli de frayeur, relevez votre espérance par les suivantes ; et croyez que toute l’r-glise vous dit avec saint Paul : .Vous espérons de vous de meilleures choses *.

Après avoir oui saint Paul , écoutons encore saint Pierre* ; Il vaudrait mieux n'avoir pas connu le chemin de la Justice, que de retourner en arriére : comme un chien qui ravale ce qu'il a vomi ; et comme un pourceau qui se vautre de nouveau

* Luc. XI, 21 H l«n. — • IbA. 26 • ttebr. VI, 4 et

MÙv. — < /but. 7 , A — ‘ Ibid. ». — • II. Petr. Il , 2 1 , 22.

! dans ta boue. Cela fait horreur seulement à enten- ; dre , et ces expressions soulèvent le coeur : mais la ! chose est bien plus horrible, et ce qu'on voit faire b ces animaux est au-dessous de ce qui arrive au péniteut qui retombe.

XX* JOUR

Value gloire dam les Iwauea Œuvres. Matlk. vi , 1 , 4.

Après avoir porté la justice chrétienne au degré de perfection qu'on vient de voir, et jusqu’à nous ; donner pour modèle la perfection de Dieu même , Jésus-Clirist voit que l'bomine, enclin b la vanité,

I voudrait tirer de la gloire des pratiques extérieu- , res d’une justice si parfaite ; et c’est ce qui donne j lieu à ce précepte • : Prenez garde a ne pas faire ! votre Justice devant les hommes pour en être re- I gardé. Il ne défend pas de pratiquer la justice chrétienne en toute rencontre pour édifier le prochain;

' au contraire , il a dit : (Jue votre tumiére tuise devant les hommes , ajin que votre Père céleste 1 soit glorifié dans vos bonnes œuvres : mais prenez , garde de ne les pas faire pour être regardés des i hommes, autrement vous perdez votre récom- , pense ’. Demandez-la aux hommes pour qui vous I agissez : mais n’attendez de Dieu que la punition I qu’il a réservée aux hypocrites.

I Toutes les fois qu’on vous loue, craignez cette I parole du Sauveur : En vérité. Je vous te dis, vous avez reçu votre récompense *. Parole si importante, que Jésus-Clirist la répète b cliaque action qu’il marque en particulier dans ce chapitre.

Souvenez-vous de ce qu'il a dit du mauvais riche ; Il a reçu ses biens en cette vie. Et ailleurs, dans la parabole du festin : On cous a rendu ce qu'on a I reçu de cous *.

I Heureux donc ceux dont la vie est cachée en Dieu ! avec Jésus-Christ , comme dit saint Paul *; que le I monde ne connaît pas ; qui vivent dans le secret de . Dieu; qui se contentent de ses yeux! car quelle er- I reur et quelle folie de ne se pas contenter d'un tel I spectateur! Us sont comme inconnus, dit le même I saint Paul * : car ils ne sont point dans les vains ^ discours des hommes : Mais ils sont connus ; Dieu les regarde d’autant plus que personne ne songe I à eux, et qu’ils sont comme n’étant pas sur la terre.

I Heureux , heureux ! Si je plaisais encore aux hom- I mes , dit saint Paul 7 , je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ.

Il &ut bien prendre garde ici b une certaine nonchalance, qui fait négliger les actions du dehors qui édifient le prochain. On dit : Que m’importe de ce qu’il pense? Comme qui dirait : Que m’importe de le scandaliser? A Dieu ne plaise! Dans les actions du dehors , édifiez le prochain, et que tout soit réglé en vous jusqu’à un clin d’oeil ; mais que tout cela so fasse naturellement et simplement ; et que la gloire en retourne b Dieu.

Gardez - vous bien aussi de vous contenter de

I Matth. VI, I et Mqq. — * Ibid, v, la. — > Ibid, u , 2, s. — ‘Luc. XVI, 2S; XIV , 12. — • Col. III, a, —* tl. Cor. vl, 6. — I Gat. 1 , 20.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

TOU» régler à l’eiUrieur : il faut à Dieu son spectacle , c'est-i^lire , dans le secret, un cœur qui le cherche.

Que votre gauche ne sache pas ce que fait ta droite ■ : Cachez votre aumône à vos plus intimes amis : cachezdadanste seindu pauvre, dit le Sage ■ ; que le pauvre même, s'il se peut, ne vous connaisse point. Il faudrait, s’il se pouvait, vous pouvoir cacher à vous-même le bien que vous faites : cachezen du moins le mérite à vos yeux : croyez toujours que vous faites peu , que vous ne faites rien , que vous êtes un serviteur inutile ; craignez toujours , dans vos bonnes œuvres, que votre intention ne soit pas assez pure , assez dégagée des vues du monde : laissez connaître à Dieu seul le mérite de vos actions : faites bien sans retour sur vous-même , occupez-vous tellement de la bonne œuvre en ellemême, que vous ne songiez jamais ô ce qui vous en reviendra ; laissez tout au jugement de Dieu ; ainsi il TOUS verra seul : vous vous cacherez à vous-même.

Ne sonnez pas de ta trompette devant rous comme ceux qui parlent sans cesse de ce qu’ils font et de ce qu’ils disent. Ils sont eux-mêmes leur trompette , tant ils craignent de n’être pas vus.

xxr JOUR.

Prière et présence de Dieu dans le secret.

MaUh. VI, S, S, 7, S.

Entrez dans votre cabinet , dans le plus intime de la maison; mais entrez dans le plus intime de votre cœur. Soyez dans un parfait recueillement : Fermez ta porte sur cous; fermez tous vos sens : ne donnez accès ô aucune pensée étrangère : Priez en secret : épanchez votre cœur devant Dieu seul; qu’il soit le dépositaire de vos secrètes peines.

Ne parlez pas beaucoup. Il n’est pas ici question d'apprendre à Dieu par un long discours vos besoins secrets : il sait tout avant que vous partiez. Dites intérieurement ce qui peut vous profiter à vous-même , vous exciter, vous recueillir en Dieu. Les prières des païens , qui ne connaissaient pas Dieu , ne sont qu’une surabondance de paroles inconsidérées. Parlez peu de la bouche, et beaucoup du cœur. Ne multipliez pas vos pensées : car c’est ainsi qu’on s’étourdit et qu'on se dissipe soi-même. Arrêtez vos regards sur quelque importante vérité qui aura saisi votre esprit et votre cœur. Considérez, pesez, gorttez, ruminez , jouissez. Ij vérité est le pain de l'âme. Il ne faut pas engloutir d’abord, pour ainsi parler, chaque morceau : il ne faut pas sans cesse passer d’une pensée à une autre , d’une vérité à une autre : tenez-en une : serrez-la jusqu'à vous l’incorporer : attachez-y votre cœur plutôt que votre esprit : tirez-en, pour ainsi parler, tout le suc, à force de la presser par votre attention.

Dieu vous voit dans le secret. Songez qu’il vous voit jusque dans le fond, inGninient plus que vous même. Faites un acte de foi simple et vif sur sa présence. Ame chrétienne, mettez-vous sous ses yeux tout entière. Il est intime, il est présent ; car il

■ UaWi. Tl, a, «. — • «CCI. XXIX, ta. — • Matth. Vl, !.

donne l’être et le mouvement à tout. Ne vous arrêtez pas néanmoins à cette présence dont toutes les créatures animées et inanimées sont également capables. Croyez par une foi vive qu’il vous est présent , comme vous donnant au dedans toutes les bonnes pensées , comme tenant en sa main la source d'ou elles sortent : et non-seulement les bannes pensées , mais encore les bons désirs , les bonnes résolutions et toutes les bonnes volontés , depuis le premier principe , qui les fait naître, jusqu’à la dernière perfection. Croyez encore qu'il est dans les justes, et qu’il y fait sa demeure , selon cette parole du ligueur : Nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui '. Il y est d'une manière stable et permanente : il y établit sa demeure. Souhaitez qu'il soit en vous decette sorte ;oIirez-lui votreintérieur, afin qu’il y soit et qu’il en fasse son temple. Sortez quelquefois de vous-même ; et avec la même fui qui vous le fait voir dans vous-même, regardez-le dans le ciel, où il se manifeste à ses bien-aimés. C’est là qu’il vous attend. Courez, volez, rompez vos liens, rompez toutes ces attaches qui vous lient à la chair et au sang. O Dieu, quand vous verrai-je? quand aurai-je ce cœur pur, qui fait qu'on vous voit en soi-même , hors de soi-même , partout ? O lumière qui éclairez tout! ô vie qui animez tout! ô vérité qui nourrissez tout! ô bien qui rassasiez tout! ô amour qui unissez tout! Je vous loue, mon Père céleste , qui me voyez dans le secret.

XXII* JOUR

Oraison dominicale : Notre Père. Matth. vi , s.

Regardez , dans toutes les demandes , un exercice d’amour.

Notre Père. Dès ce premier mot de l’Oraison dominicale , le cœur se fond en amour. Dieu veut être notre Père par une adoption particulière. Il a un Fils unique qui lui est égal , en qui il a mis sa complaisance : il adapte les pécheurs. Les hommes n’adoptent des enfants que lorsqu’ils n'en ont point : Dieu, qui avait un tel Fils, nous adapte encore. L'adoption est un effet de l'amour, car on choisit celui qu'on adapte : la nature donne les autres enfants ; l'amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fils unique de tout son amour, et jusqu'à l'infini, étend sur nous l'amour qu'il a pour lui. C’est ce que dit Jésus-Christ dans cette admirable prière qu'il fait à son Père pour nous : Que l'amour dont vous m'aimez soit en eusc : et moi, je suis en eux'. Aimons donc un tel Père. Disons mille et mille fois : Notre Père, notre Père, notre Père, ne vous aimerons - nous jamais? Ne serons-nous jamais de vrais enfants pénétrés de vos tendresses paternelles?

ïincore une fois, Notre père. Qu'est-ce qui nous fait dire, Notre Père ? A pprenons-le de saint Paul > : Parce que vous êtes enfants , Dieu envoie en vous t'esprit de son Fils', qui crie en vous : Père, Père. C'est donc le Saint-Ksprit qui est en nous : c'est lui qui forme en nous ce cri intime de notre cœur.

• Jotnt. XIV, sa. — • Ibid. XVII. ta. — • Co(. IV, 8,

MÉDITATIONS SUR LÉVANGILE.

par lequel nous invoquons Dieu , comme un Père toujours prêt à nous entendre.

Le même saint Paul dit ailleurs ' : Ceux qui sont mus, qui sont conduits par l'esprit de Dieu, sont tes enfants de Dieu... et Dieu nous envoie l'esprit d'adoption , par lequel nous crions : Père, Père. Cest donc encore une fois le Saint-Esprit qui nous donne ce cri filial, par lequel nous recourons à Dieu coninie à notre Père.

Pourquoi l'appelle-t-il un cri? Un grand besoin fait crier. Un enfant ne crie que lorsqu'il souffre ou qu’il a besoin. Mais à qui est-ce qu'il crie dans son besoin , sinon à son père, à sa mère, à sa nourrice, à tous ceux dans qui la nature lui fait sentir quelque chose de paternel? Crions donc, car nos l^oinssont extrêmes. Nous défaillons, le péché nous gagne, le plaisir des sens nous entraîne . Crions, nous n'eu pouvons plus ; mais crions à notre Père. Qu'est-ce qui nous porte à crier? Le Saint-Esprit, le Dieu-amour, l'amour du Père et du Fils, celui qui répand l'amour dans nos cœurs *. Crions, crions donc avec ardeur, et que tous nos os crient : O Dieu , vous êtes notre Père !

dbraham et les autres Pères , dont nous venons selon la chair, nous ont ignorés ; et Israël ne nous a pas connus. Mais vous , ô Dieu , notre vrai Père , vous nous connaissez; et c’est vous qui nous envorez du sein intime de votre'coeur, et de la source infinie qui est votre amour, cet esprit qui nous fait crier à vous comme à notre Père.

Cet esprit , ajoute saint Paul • , rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. O Dieu , qui entendra ce témoignage du Saint-Esprit, qui nous dit intérieurement que nous sommes enfants de Dieu? Quelle voix, lorsque dans la paix d’une bonne conscience , et d’un cœur qui n’a rien è se reprocher qui le sépare de Dieu , je ne sais quoi nous dit secrètement, et dans l'intime silence de notre cœur : Dieu est ton Père : tu es son enfant ! Passons : cette voix est trop intime, trop peu de personnes l'entendent. Passons ; une autre fois nous l'entendrons mieux ; il faut être plus affermi, plus enraciné dans le bien. I.e Saint-Esprit ne rend pas à tous ce témoignage secret. Quant à lui, il voudrait le rendre à tous ; mais tous n’en sont pas dignes. O Dieu , faites-nous-en dignes ! C’est bien fait de le demander à Dieu ; car en effet c’est lui qui le donne ; mais il nous répond : Agis avec moi , travaille de ton cdté, ouvre-moi ton cœur, fais taire les créatures, dis-moi souvent dans le secret ; Notre Père , notre Père.

XXIII' JOUR

Hotr» P*re, qui éta aux deux. Hatih. vi, ».

Encoreuncoup, A'o/re Père: mais ajoutons à cette fois : Notre Père, qui êtes dans les deux. \oas êtes partout ; mais vous êtes dans les deux comme dans le lieu où vous rassemblez vos enfanU , où vous vous montrez à eux, où vous leur manifestez votre gloire, où vous leur avez assigné leur héritage.

' AnM.vtil, 14, IS. — * Ibid, s, b. — * Ibid. VIII, 10.

.Saint Paul nous disait ' : L'esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Mai» écoutons ce qu'il ajoute : Que si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers. Ce n’est pas tout ; concevons le comble de notre bonheur ; Héritiers de D'teu, et cohéritiers de Jésus- Christ nous aurons le même héritage, le même royaume : nous serons assis dans son trdoe , nous aurons part à sa gloire , nous serons heureux eu lui , par lui , avec lui; etc'est pourquoi nous crions ; Notre Père, qui êtes dans tes deux, afin de bien concevoir où il nous appelle.

Aimons celui qui nous fait ses héritiers , et les cohéritiers de son cher Fils Jésus-Christ. Qui pourrait lie l'aimer pas ? qui pourrait ne pas désirer ce bel héritage? Il n'est donné qu'à ceux qui l'aiment. Notre héritage , c’est Dieu même : il est notre bien : il est lui seul notre récompense. Je suis, dit-il >, ton protecteur et ta trop grande récompense. Trop grande pour tes mérites, mais proportionnée à l’immense bonté de tou Dieu.

XXIV' JOUR

Vêk nom tuit sancUlié. MaUh. vi , s , lo.

Cotrenom soit sanctifié ; votre régne arrive; votre volonté soit faite en ta terre comme auciel. C'est la perpétuelle continuation do l’exercice d'aimer. Sanctifier le nom de Dieu , c'est le glorifier en tout, et ne respirer que sa gloire. Désirer son règne, c’est vouloir lui être soumis de tout son cœur, et vouloir qu’il règne sur nous, et non-seuiemeiit sur nous, mais encore sur toutes les créatures. Son règne est dans le ciel , son règne éclatera sur toute la terre dans le dernier jugement. Mettons-nous donc en état de désirer ce glorieux jour: puissions-nous être de ceux dont Jésus-Christ dit J : Quand ces choses commenceront à se faire, quand les signes avantcoureur» du dernier jugement paraîtront; aux approches de ce grand jour, pendant que le reste des hommes séchera de crainte , regardez , et levez la tête, parce que votre rédemption approche.

Jésus-Christ arrive pour chacun de nous, quand notre vie finit. Alors donc, aux approches de ce dernier jour, quand Jésus-Christ frappe à la porte pour nous appeler, il faudrait être en état de le recevoir avec joie, et de lui dire : Que votre régne arrie» ; car je désire que ce qu'il y a en moi demortelsoit englouti par la vies.

Mais qui de nous désire le règne de Dieu? qui de nous dit de bon cœur : Que votre royaume nous arrive? C’est néanmoins où nous préparait cette parole : Notre Père, qui êtes dans les deux. C’est là notre maison; c’est notre demeure, puisque c’est là qu’est celle de notre Père.

Nous ne sommes donc pas de bonne foi , quand nous disons : Que votre régne arrive, ou ce qui est dans le fond la même chose : Que votre royaume nous arrive. Ce qui étouffe en nous ce désir qui devrait être si naturel aux chrétiens, c’est que nous aimons le monde et ses plaisirs; nous aimons cette

* /t(Wl. VIII, 16. 17. — » Cm. XV , I. — * inc. XXI, 38 — * tl. Cor. V , 4.

MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE

vie pleine de toute* sortes de maux, et ee qui est pis, pleine de péché, qui est le plut grand de tous les maux.

Rompons ces liens et disons : fVre volonté toU faite. C'est le vrai et parfait exercice de l’amour, de conformer sa volonté à cell* de Dieu. O notre Père qui êtes dans les cicux ! on vous y aime, et c’est pourquoi on y fait son bonheur de votre volonté. Que ce qui se fait dans le ciel se fasse sur la terre ! Que ce qui s’achève là se commence ici !

Cette vie ne doit pat être aimée, mais supportée , dit saint Augustin : Son amanda , ted toleranda : c'est le lieu de pèlerinage, le lieu d’exil , le lieu de gémissements et de pleurs.

Donc, 6 notre Père céleste* que votre règne arrive , que votre volonté soit faite.

XXV' JOUR

Donnez-nom aujourdtinl notre pain de chaque jour.

MaUk. VI, II.

Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. C'est ici le vrai discours d'un enfant qui demande en confiance à son père tous ses besoins , jusqu'aux moindres. O notre Père, vous nous avez donné un corps mortel : vous ne l'avez pas fait tel d’abord ; mais nous vous avons désobéi , et la mort est devenue notre partage. Ce corps infirme et mortel a besoin tous les jours de nourriture ; ou il tombe en défaillance, ou il périt. Donnez-la-nous, donnezla-nous simple, donnez-la-nous autant qu’elle est nécessaire. Que nous apprenions, en la demandant, que c'est vous qui nous la donnez de jour à jour. Vous donnez à vos enfants , à vos serviteurs , à vos soldats, si on veut qu'ils combattent sous vos étendards, vous leur donnez chaque jour leur pain. Que nous le dem.andions avec confiance ! que nous le recevions comme de votre main avec action de grSces !

Mais si vous trouvez à propos de nous le refuser, d Dieu notre bon Père! cela est rare, que ceux qui vous servent manquent de pain. Vous refusez souvent ce qui nourrit les convoitises et les appétits déréglés ; car ils sont mauvais , et il est plus digne de vous de les modérer que de les contenter. Vlais pour le nécessaire de la vie , vous ne refusez guère à ceux qui vous craignent, et qui vous le demandent avec humilité. Vous avez chargé les riches de la subsistance des pauvres; et vous avez tant attaché de biens à l’aumône, que la source n’en peut point tarir dans votre Église. Mais enfin , s'il vous plaît , ô notre Père, que nous manquions de ce pain ou de quelque autre chose nécessaire, que dirons-nous ? il en faudra revenir à la demande précédente : t 'otre volonté soit faite ; car ma vraie viande, disait Jésus-Christ',c'esf<fe/afre la volonté de celui qui m'a envoyé.

Une autre version porte ; Donnez-nous notre pain , qui est au-dessus de toute substance; par où l’on entend le pain de l’eucharistie. O Dieu ! donnezle-nous aujourd'hui , donuez-le-nous tous les jours. Fussions-nous dignes de communier toutes les fois

* Joam. IV, 34.

que nous assistons à votre sacrifice ! La table est prête, les convives manquent ; mais, ô Jésus! vous les appelez. Désirons ce pain de vie, désirons-le avec ardeur et avidité! Ceux qui ont faim et soif de la justice le désirent; car toute grâce y abonde ; et le parfait exercice de l'amour, c'est de désirer sans cesse de recevoir Jésus-Christ.

XXVI' JOUR

Pardonnez-noui , comme nous pardonnons. Maith. vi,

13, tt, 15.

Pardonnez-nous comme nous pardonnons. Cest une chose admirable comment Dieu fait dépendre le pardon que nous attendons de lui, de celui qu’il nous ordonne d'accorder à ceux qui nous ont ofifensés. Non content d’avoir partout inculqué cette obligation , il nous la met à nous-mêmes à la bouche dans la prière journalière; afin que si nous manquons à pardonner, il nous dise comme à ce mauvais serviteur : Je te juge par ta propre bouche, mauvais serviteur'. Tu m’as demandé pardon, à condition de pardonner ; tuas prononcé ta sentence lorsque tu as refusé de pardonner à ton frère. Vat’en au lieu malheureux où il n’y a plus ni pardon , ni miséricorde.

C’est ce que Jésus-Christ appuie en cet endroit; et c’est ce qu’il explique encore d’une manière terrible dans la parabole du serviteur rigoureux.

XXVII' JOUR

Ite DOUX indatsai point en teotatioo : auii déUvrrz-oous du mal. Itfid. VI , IX

Se nous induisez point en tentation. On ne prie pas seulement pour s'empêcher de succomber à la tentation , mai* pour la prévenir, conformément à cette parole : Peillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation *. Non-seulement de peur que vous n’y suooombiez , mais de peur que vous n'y entriez.

Il faut entendre par ces paroles la nécessité de prier en tout temps , et quand le besoin presse , et avant qu'il presse. N'attendez pas la tentation , car alors le trouble et l'agitation de votre esprit vous empêchera de prier. Priez avant la tentation , et prévenez l'ennemi.

Dieu ne tente personne, dit saint Jacques >. Ainsi lorsque nous lui disons : Se nous induisez point en tentation ; visiblement il faut entendre ; Ne permettez pas que nous y entrions. Cest aussi comme parle saint Paul < : Dieu est fidèle en ses promesses ; et d ne souffrira pas que vous soyez tentés par-dessus vos forces ; mais nos forces consistent principalement dans nos prière*.

Délivrez-nous du mai. L’Église explique : délivreznous de tout mal , passé , présent et à venir. I,e mai passé , mais qui laisse de mauvais restes , c'est le péché commis; le mal présent, c'est le péché où nous sommes encore : le mal à venir est le péché que nous avons à craindre. Tous les autres maux ne sont rien

' Luc. XIX, 23. — * tSatth. XXVI, 41.— • Joe. I, 13. —t I. Cor. X, 13.

MÉDITATIONS SÜR L’ÉVANGILE.

qu'auUnt qu'ils nous portent au péché par le mnrinure et l'impatience. C'est principalement en cette vue que nous demandons d'étre délivrés des autres maux.

Délivrez-nous du mal. Délivrez-nous du péché et de toutes les suites du péché ; par conséquent de la maladie, de la douleur, de la mort; afin que nous soyons parfaitement libres. Alors aussi nous serons souverainement heureux.

Une autre version porte : Délivrez-nout du mauvais ; c'est-à-dire , du démon notre ennemi , et de toutes ses tentations.

Quand nous demandons des forces contre la tentation, ce n'est pas seulement contre le démon, c'est encore contre nous-mêmes , selon ce que dit saint Jacques : Chacun est tenté par sa propre concupiscence , gui l'attire et gui l'emporte ■ : c'est la grande tentation , et le démon même ne nous peut prendre que par celle-là. Quelle est donc notre faiblesse, puisque nous sommes nous-mêmes nos plus grands ennemis ! Et nous ne craignons pas ! et nous dormons! et nous négligeons notre salut! et nous ne concevons pas la nécessité de prier!

XXVIIl* JOUR.

Du Jeûae. AfaUA. vi , IS , 17 , le.

Jésus-Christ joint ici la doctrine du jeûne à celle de l'oraison et de l'aumôme. Ce sont trois sacrifices qui vont ensemble , selon cette sentence de Tobie * ; L’oralsoa est bonne avec te jeûne et l'aumône. Par l'auméne , on sacrifie ses biens : par le jeûne , on immole son corps : par l'oraison, on offre à Dieu les affections, et, pour ainsi dire, le plus pur encens de son esprit.

Ce qui est dit ici du jeûne, est semblable à ce qui est dit de l'oraison et de l'aumjne ; qu'il ne faut le faire que pour Dieu seul , et à ses yeux , sans aucune vue des hommes. Lors pourtant qu'on a mal édiflé l'Eglise, en négligeant ce qu'on devait observer, il est bon de l'édifier sans affectation par des observances plus sévères. Mais cela demande beaucoup de précaution , et il y faut éviter l'ostentation , comme la peste des bonnes oeuvres.

Par le jeûne ,' il faut entendre toutes les autres austérités par où l'on mortifie son corps. Il les faut soigneusement cacher, et n'avoir pas un air triste comme les hypocrites : mais oindre sa tête et laver sa face : témoigner à tout le monde de la douceur et de la joie; n'être pas comme ceux qui, portant impatiemment les austérités , semblent s'en prendre à tous ceux à qui ils parlent, en les traitant durement, et leur devenant fâcheux. L’austérité qu'on a pour soi-même doit rendre plus doux, plus traitable ; coi> riger, et non exciter la mauvaise humeur. C'est ce que signifie cette onction de la tête, et ce visage lavé ; c'est la douceur et la joie.

XXIX» JOUR

Trémr dans le ciel ; œil simple : ImpoesibiUté de servir deux maîtres. Ibid. 19, 30, 34.

Jésus-Christ déracine l'avarice, et empêche de

* Jac. 1,14. — ’ Tob. XII, S.

SIS

I craindre jamais la pauvreté, .dvoir son trésor dans le ciel', c'est y mettre son affection et son espé- ! rance ; avoir son trésor dans le ciel , c'est y envoyer ses richesses par les mains des pauvres.

Où est votre trésor, la est votre cœur'. Cette parole est grande. De quoi êtes-vous rempli? Où se tournent naturellement vos pensées, c'est là votre trésor ; c'est là qu'est votre cœur. Si c'est Dieu, vous êtes heureux ; si c'est quelque chose de martel , que la rouille , que la corruption , que la inorta ■ lité consume sans cesse ; votre trésor vous échappe , et votre cœur demeure pauvre et épuisé.

Cet œil simple ^ c'est la pureté d'intention. L'œil est simple, quand l'intentiou est droite ; et l'intention est droite , quand le cœur ne se partage pas. C’est ce qu'on appelle simplicité et droiture. L'intention , c'est le regard de l'ûme. L'œil ne regarde Jamais Gxeinent qu'un seul objet; et l'âme ne peut s'arrêter qu'à un seul bien. Lorsque les regards sont vagues et dissipés, on voit tout et on ne voit rien. Ainsi quand l'âme se dissipe en vagues désirs , elle ne sait ce qu'elle veut, et elle tombe dans la nonchalance. Dieu veut un regard arrêté et fixe.

Cela se confirme par les paroles suivantes : On ne peut servir deux maîtres 4 , ni aimer deux choses à la fois. Quand on ue sait ce qu'on aime , et qu'on se partage entre Dieu et la créature. Dieu refuse ce qu'on lui offre, et la créature a tout. Il faut donc se déterminer, s'appliquer, agir avec efficace dans la voie de la piété.

La bonne intention sanctifie toutes les actions de l'âme, comme le regard arrêté assure et éclaire tous les pas du corps.

Cest cette bonne intention qu'il faut renouveler souvent pendant le jour ; et continuellement prier Dieu de la fortifier. Il faut sans cesse se redresser, et se réduire tout entier à un regard simple.

Cous ne pouvez servir Dieu et les richesses *. Selon saint Paul , l'avarice est un culte des idoles b. Ceux qui aiment la bonne chère ont leur ventre pour leur dieu 7, selon le même apôtre. Nous nous faisans un dieu de tous les objets de notre amour. Tout attachement vicieux est une idolâtrie. Qui estce qui voudrait servir une idole, transporter la gloire de Dieu à une fausse divinité? Cela fait horreur à penser. C'est néanmoins ce que font tous ceux qui aiment quelque chose plus que Dieu. Les pensées, les affections , le plus pur encens du cœur, toute son adoration va là. Ilélas! qu'on est misérable ! Kh! une créature raisonnable se peut-elle donner eJlemême, mais se peut-elle sacrifier à autre qu'à Dieu?

Déracinez l'avarice, déracinez l'ambition, déracinez l'amour du bien sensible, et tout amour de la créature : e'est autant d'idoles que vons abattez dans votre cœur. Que la créature, loin d'avoir tout le cœur, n'en occupe pas la moindre partie. Donnez tout à Dieu : fouillez jusqu'au fond , et videz votre cœur pour Dieu : il saura bien l'occuper, et le remplir.

Se remplir de la créature , c'est se remplir de ces

■ Mattk. VI, 90. — Ibid. 31. — * Ibid. 33. — ‘ lUd. 34. —

» Ibid. — * Col. ni, b. Philipp. m, ID.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

viandes qui chargent , et qui gonflent sans nourrir ; et qui aussitôt vous affament , parce qu'elles n'ont aucun suc, et que rien ne s’en tourne en votre substance. Qu'on est vide quand on n’est plein que de cette sorte !

XXX' JOUR

Ne te poiot Inquiéter pour ceüe vie : se confier eu la Providence. Ti , 2& , 20 et sulv.

Se voue inquiétez point. Cela n’exclut pas une prévoyance modérée, ni un travail réglé : mais seulement l'inquiétude et l’agitation de l’esprit.

La vie eet plus que ta nourriture, et le corps est plus que l’habit ■ . Dieu qui vous a donné la vie , et qui a formé votre corps avant que vou^ pussiez en prendre aucun soin , vous donnera tout le reste. Qui a fait le plus ne dédaignera pas de faire le moins.

Regardez les oiseaux du ciel; ils ne sèment, ni ne moissonnent , ni ne recueillent...; ils ne travaillent ni ne filent ■■ et votre Pire céleste les nourrit. . . et les habille'. Heureux ces petits animaux, heureuses les fleurs, heureuses mille et mille fois toutes ces petites créatures, si elles pouvaient sentir leur bonheur! heureuses des soins paternels que Dieu prend d’elles ! heureuses de tout recevoir de sa main ! Pour nous, notre péché nous assujettit à mille travaux : mais ne les poussons pas jusqu’à l’agitation. Travaillons ; car c’est là la juste peine que Dieu ait imposée à notre péché : travaillons en esprit de pénitence; mais abandonnons à Dieu le succès de notre travail.

Gens de petite foi, votre Père sait que vous avez besoin de ces choses Doutez-vous qu’il ne sache ce qui vous est nécessaire? il vous a faits ; doutezvous qu’il veuille pourvoir à vos besoins ? il vous l’a promis. Lui qui vous a prévenus en tout, et qui vous a donné l’étre qu’il no vous avait pas promis , vous refusera t-il ce qu’il vous a promis pendant que voua n’étiez pas, après vous avoir faits? Se vous inquiétez donc pas.

Voyez comment vous croissez , comment votre corps se nourrit. Pourriez-vous ajouter une coudée à votre taille *? Pendant que vous dormiez. Dieu vous faisait croître; et d’enfant il vous a fait homme. Croyez qu’il fera ainsi tout ce qui convient à votre corps; reposez-vous sursa puissance etsur sa bonté.

A ces mots. Se vous inquiétez pas , que saint Matthieu a rapportés, saint Luc joint ceux-ci : Se soyez point comme suspendus en l'air ?, comme en péril de tomber, et toujours dans l’agitation ; car c’est l’effet de l’inquiétude. .Soyez donc non pas comme suspendus, mais solidement appuyés sur la divine Providence.

XXXI* JOUR

rte rfuembler pai les païens. Ibid. as.

les païens recherchent ces choses ?. Voyez toujours comment Jésus-Christ nous élève au-dessus des vices des païens , et même au-dessus de leurs

■ Mattk. Tl, SS. — ’ Ibid, as, as, 30. — • Ibid. 30, 33. — * Jbid. 37. — » lue. XII, 2, P. — • .ValfA. vi, 33.

vertus, les publlcains le /ont bien , les gentils k pratiquent bien >, nous disait-il tout à l’heure : songeons bien en quoi nous les surpassons. Ce n’est pas sans raison que Jésus-Christ dit que les Simviles, et tous les païens , s’élèveront contre nous au jour du jugement'. A quoi nous sert le christianisme, si nous menons une vie païenne? Hélas, hélas! que de paganisme au milieu des fldèles! Combien de chrétiens vivent comme s’ils ne connais.saient pas Dieu ! Il n’y a point en effet de Dieu pour eux. Hélas! où trouverons-nous assez de larmes pour déplorer notre aveuglement?

XXXII' JOUR

Cheirher Dieu et ta Jiulice . et oommeot. lèatth. vi , 33 , M.

Cherchez donc le royaume de Dieu , et sa fustice : et le reste vous sera donné par surcroît >.

Le royaume de Dieu et sa justice ; non pas une justice simplement morale, à la manière des païens : mais la justice chrétienne, fondée sur l’exemple de Jésus-Christ, et sur les règles de l’Évangile, que vous venez de voir ; une justice qui vous fasse vivre autrement que ceux qui ne connaissent pas Dieu; autrement qu’on ne vivait avant que Jésus-Christ eût paru : une justice conforme à votre vocation, à votre état , et aux grâces que vous avez reques ' car c’est là ce qui s’appelle te royaume de Dieu et sa Justice.

Cherchez : dans tout le reste dont il a parlé, il n’a point dit ce mot , cherchez ; car il suppose que Dieu par sa bonté nous peut tout donner; et le fait sans que nous en prenions aucun soin. Cela arrive souvent à l’égard des biens de la terre ; mais pour le royaume de Dieu , cherchez ; Opérez votre salut avec crainte et tremblement , comme dit saint Paul L C’ast la seule chose qui mérite vos inquiétudes.

Et toutefois , je l’oserai dire : il faut encore bannir l’agitation et l’inquiétude de cette recherche. Car, comme ajoute le même saint Paul * ; Dieu opère en vous le vouloir et le faire, selon sa bonne volonté. Tremblez donc en opérant votre salut : et toutefois ne vous déflez pas trop de vos forces; car Dieu travaille avec vous : c’est lui-même qui fait avec vous tout ce que vous faites. Espérez donc en son secours : abandonnez-vous entre ses bras. Il est bon : il aura pitié de votre faiblesse ; il opérera en vous, par sa bonne volonté, ce qu’il faut aussi que vous opériez. Opérez donc votre salut : travailicz-y avec soin, et même avec tremblement : mais travaillez-y toutefois avec une espèce de repos, comme celui qui attend tout secours d'un Dieu tout-puissant et tout bon.

Se vous inquiétez pas du lendemain : le lendemain sera inquiet pour lui-méme : à chaque Jour suffit son mal b. Ce précepte, si important pour tous les soins de la vie , l’est encore plus pour les affaires du salut. Il y en a qui se tourmentent eu disant ; Voilà qui est bien : je me suis confessé , j'ai

' Malib. V . 4fl , 47. — * Ibid. XII . 4. — • Ibid. VI , 33. —

‘ Phitipp. Il , 13. —I Ibid. 13. — * Saab. VI, 34.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

commencé à me convertir : mais que de peines viendront dons b suite, que de tenlutlons, que d'ennuis ! Je n’y pournii résister : la vie est loiifjue : je succomberai sous tant de travau.v. Allez, mon fils; allez, ma iille; surmontez les dimcultés de ce jour ; ne vous inquiétez pas de celles de demain : les unes après les autres, vous les vaincrez toutes. A chaqve jour suffit son mal. Celui qui vous a aidés aujourd'hui ne vous abandonnera pas demain ; trop de prévoyance et d'inquiétude vous perd.

xx-Viir JOUR.

Encore de l’avarire et de* richesses. Kr mettre pas sa confiance en oe qu'on possède. Luc, su, la, laetsulv.

Joignons ici ce qui est dit dans saint Luc ; Donnez-vous de garde de toute ararice'. Déracinez un sigraudmal tout entier, et jusqu'à la moindre Tibre : n'en souffrez pas en vous le plus petit sentiment.

Quelque riche que vous soyez , il vous manque toujours quelque diose; ou dans les biens, ou dans la santé, ou dans la fortune, et dans la grandeur. Réjouissez-vous de ce manquement; acceptez avec joie et consolation cette partie de la pauvreté qui vous est échue. Aimez-la comme un caractère du | christianisme, comme une imitation de Jésus-Clirist. Aimez votre pauvreté, votre dépouillement. Renoncez à tout esprit de propriété, si vous êtes religieux : réjouissez-vous en Notre-Seigneur, de ce que non-seulement vous no possédez aucun bien ; mais encore de ce que vous êtes par choix et par état incapable d'en posséder.

En quelque abondance qu’on soit ,1a vie ne consiste pas en ce qu'onposséde ‘ . Vous avez beau dire : J'ai de quoi vivre. Vous n'en vivrez pas davantage. Voua avez beau dire : Je n'ai rien à craindre, j'ai tout avec abondance. Insensé , vous mourrez cette nuit. Mais comment explique-t-on la mortî On vous redemandera votre âme * ; elle n’est pas à vous, vous n'avez la vie que par emprunt. On vous la redemandera : on vous en demandera compte. Et quand.’ Cette nuit. On vous trouvera demain mort dans votre lit , sans que tout ce grand bien que vous vantiez vous ait pu procurer le moindre secours , ni prolonger votre vie d'un moment.

Çue ferai-je, dit cet homme riche*, dans une si grande abondance de toutes sortes de biens.’ Voilà le premier effet des grandes richesses : Tinquiétude. Que ferai-je? où les mettrai-je? comment les garder? Mes greniers n'y sufjisenl pas : fen ferai d'autres , et je dirai à mon âme: Iléjnuis-toi ; fais grand'chére* : ne refuse rien à les sens : bois, mange, repose-toi dans ton abondance. Et pendant que tu t’imagines pouvoir te reposer dans tes richesses,on t’ôte, non pas ces richesses, mais cette âme même que tu invitais à la jouissance. El à qui sera ce grand bien que tu avais acquis^? Qui estoc qui en jouira pour loi quand lu n'y seras plus pour en jouir?

.linsi est celui qui amasse des trésors sur ta

* /.UT. XII, 15. —* JSirf. — l/6«t.X0. — *Jbi<t.n. — 1 IH. ~ * Pud. 30.

aii-vn-rr — lour in.

terre, et qui n'est pas rich e en Dieu ' , qui no met p.’Hi eu lui toutes ses richesses. Telle est son aventure tel est son état , telle est la liii 'de sa vie : c'est à cela qu'aboutissent toutes ses richesses.

Après toutes ces réllcxions, revenez encore aux paroles du Fils de Dieu : relisez-lcs, savourcz-les encore une fois : vous les trouverez sans comparaison plus fortes par elles-mêmes que tout ce que nous avons pu dire ou penser, pour vous en faire sentir la vertu.

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