X.XXIV' JOUR
Considérer ce que Dieu fait pour le commun de* plante*
et de* animaux ; le regarder comme ton truupeau favori.
Luc. XII, 33 , 34 , au et eutv.
C'est pour cela que je vous dis ; Ne soyez point en inquiétude ■■ consUÏérez les corbeaua *.
Dans saint Matthieu il est dit en général tes oiseaux du ciel^. Dans saint Luc on lit les corbeaux, animal des plus voraees; et néanmoins sans greniers , ni provision : qui sans semer, etsans labourer, trouve de quoi se nourrir. Dieu lui fournit ce qu'il lui faut , à lui et à ses petits qui l'invoquent, dit le psalmiste *. Dieu écoute leurs cris , quoique rudes et désagréables : et il les nourrit aussi bien que les rossignols, et les autres, dont la voix est la plus mélodieuse et la plus douce.
Jésus-Christ nous apprend , dans ce sermon admirable, à considérer la nature, les fleurs, les oiseaux, les animaux, notre corps, notre âme, notre accroissement insensible; afin d'en prendre occasion de nous élever à Dieu. Il nous fait voir toute la nature d'une manière plus relevée, d’un (cil plus périmant, comme l'image de Dieu. Le ciel est son trône : la terre est Tescabeau de scs pieds ; la capitale du royaume est le siège de son empire : son soleil se lève , la pluie se répand pour vous assurer de sa bonté. Tout vous en parle : il ne s'est pas laissé sans témoignage.
Nous .avons déjà remarqué que pour signiDer l'inquiétude , Jésus-Christ se sert de ce mot dans saint Luc : Ne demeurez jms comme suspendus, en l'air s, comme quand on ne sait ni comment ni sur quoi on est soutenu , et qu'on se croit toujours prêt à tomber. Ne soyez point dans cette terrible inquiétude ; mais croyez que Dieu vous soutient.
Mais de toutes les paroles qui sont particulières à saint f.iic dans ce discours du Fils de Dieu , les plus capables de nous inspirer du courage parmi nos misères et nos faiblesses sont celles-ci : Ne craignez jmint, petit troupeau; parce qu’il a plu à votre Père céleste (Je vous donner son royaume^. Dans tout ce qui précède , on nous apprend à ne pas craindre de manquer de nourriture : car Dieu y pourvoit; et sa conduite ordinaire est de ne pas laisser manquer du nécessaire ceux qui se fient en lui. Mais ici , il nous élève plus haut. Car, après tout, quand vous viendriez à manquer de pain , qu’en serait-il? Vous auriez encore un royaume. Et quel royaume? Celui
' Luc. \ll . 31 — ' f W. 33 . 34. — ’ V«lM. 41,28. P».
r.M.Vt, 0. — ' Luc. XII, 39. — " Ibid. 37.
MÉDITATIONS SUR I.'KVANGILE.
de Dieu. .Ve craignez i>as, petit troupeau, car Dieu pour donne ton royaume. Ce royaume n’esl pas pour les grands du monde ; c'est pour les petits , c’est pour les humbles , c'est pour ce petit troupeau que le monde compte pour rien, mais que le Père regarde : qui en effet semble n’étre rien en comparaison de la multitude immense, et de l'éclat des impies. Mais c est pour ce petit troupeau que Dieu conserve le reste des hommes.
Que craignez-vous donc? De mourir de faim? Combien de martyrs en sont mortsdans les prisons ! cette tnort les a-t-elle empêchés de recevoir la couronne du martyre? Au contraire, c’est par elle qu'elle a été mise sur leur tête. Ne craignez donc rien, petit troupeau, t'endez tout, donnez tout aux pauvret ; et faitet-rout un tréior qu'on ne puitse ni coter, ni diminuer ■ : c’est celui des bonnes œuvres.
XXXV' JOUR
U meme sujet Se aanter de toute avarice. Lue. an, ta, SI.
On ne saurait trop méditer cet admirable discours de Notn'-Seigneur : Donnez-rout de garde de toute avarice •. Il y a plusieurs sortes d'avarice. Il y en a une triste et sordide , qui amasse sans lin et sans jouir ; qui note toucher à tet richettet, et qui temhle , comme dit le sage, ne t'étre rétervé tur ellet aucun droit , que celui de tet regarde r, et de dire : Je tet ai >. Mais il y a une autre avarice plus gaie et plus libérale, qui veut amasser sans lin commel'autre; mais pour jouir, pour se satisfaire : et telle était l'avarice de l'homme qui nous est dépeint dans cet évangile.
Un tel avare a beaucoup de dédain pour cette sorte d'avarice, où l'on se plaint tout à soi-même au milieu de l’abondance. Il s'imagine être bien plus sage, parce qu’il Jouit : mais cependant Dieu l'appelle intenté *.
L'un est fol par trop d'épargne, et parce qu'il s'imagine pouvoir être heureux par un bien dont il ne fait aucun usage : mais l'autre est fol pour trop jouir, et parce qu'il s'imagine un repos solide dans un bien qu'il va perdre la nuit suivante. Donntz-vout donc de garde de toute avarice ; et autant de celle qui jouit , que de celle qui se refuse tout. ■Soyez riche en Dieu : faites de Dieu et de sa bonté tout votre trésor. C'est ce trésor-là dont on ne peut trop jouir ; c'est ce trésor-là où il n’y a jamais rien a épargner, parce que plus on l'emploie plus il s'augmente.
XXXVI' JOUR
Ne poitg Juger. Vntth. VII, I , S et sulv.
Ne jugez pat Il y a un juge au-dessus de vous ; un juge qui jugera vos jugements , qui vous en demandera compte; qui, par un juste jugement, vous punira d'avoir jugé sans pouvoir et sans connaissance, qui sont les plus grands défauts d'un jugement.
• Luc. »ii, aa — ■ un. 16. — > Eccl. v,a. IC. — ‘ Luc. XII, 20. — VS/fl.'IA. VII, I.
Sans pouvoir. Oui (tet-rous pour juger le terrileur d’autndf .S'il tombe, ou s'il demeure ferme, cela regarde ton maître ■ : c'est à lui de le juger.
Ne jugez donc pas celui dont vous n'êtcs pas le jupe.
Ce que saint Paul ajoute, juge téméraire, vous ferme encore plus la bouche. Vous prononcez snr l'état du service d’autrui , et vous dites, ou qu'il tombe , ou qu'il va tomber. Mais il ne tombera pas, dit saint Paul • -.Dieu est assez puissant pour raffermir. Ne jugez donc pas qu’il va tomber.
Saint Paul continue : Pourquoi jugez-cout rotre frtrei ou pourquoi méprisez-vous rotre frère C'est votre frère , c'est votre égal : il ne vous appartient pas de le juger. Vous êtes tous deux justiciables du grand juge devant qui tous les hommes ont à comparaître . Nous avons tous à comparaître
devatU le tribunal de Jésus-Christ Chacun y
rendra compte pour lui-méme s. Ne songez donc point à juger les autres : songez au compte qu'il vous faudra rendre de vous-même.
Saint Jacques n'est pas moins fort. Il n'y a, ditil qu'un législateur et qu'un juge , qui peut perdre im homme, ou le délicrer. D'où il conclut : (>«( êtes-vous donc , vous qui jugez rotre frère f t> qu'il tire de ce beau principe ; Celui qui juge ton frère, ouqui inédit de ton frère, juge ta loi,elmédit delà loi^. Car la loi vousa interdit ce jugement que vous usurpez. Mais, poursuit ce grand apdtrer, si vous jugez la loi , vous ne roulez donc pas rous en rendre l'observateur, mais te juge. Vous vous élevez au-dessus de votre règle : la loi retombera bientôt sur vous de tout son poids , et vous en serez accablé. Voyez , en deux versets de cet apôtre, quelle force et quelle lumière de la vérité contre vos jugements téméraires.
Vous voyez que vous jugez sans pouvoir ; mais vous jugez encore sans connaissance. Vous ne connaissez pas celui que vous jugez : vous n’en voyez pas l'intérieur : vous ne savez pas son intention, qui peut-être le justiBe; et si son crime est manifeste, vous ne savez pas s’il ne s'en repentira point, ou s’il ne s’en est pas déjà repenti , et s'il n’est point un de ceux dont la conversion réjouira le ciel. Ae jugez donc pas.
La charité n’est point soupçonneuse : elle ne pense pas le mat : elle est douce : elle est patiente . elle souffre tout : elle croit tout : elle espère tout elle ne se réjouit pas du mat d'autrui ; mais elle te réjouit quand tout le monde fait bien en vérité'. Ainsi elle ne se plaît pas à juger.
D’autant plus qu'en jugeant les autres, elle te jugerait et se condamnerait elle-même, fout êtes inexcusable , û tout homme qui jugez, parce qu'en ce que vous jugez tes autres , rous vous condamnez roua-méme; puisque vous faites les mêmes choses que vous condamnez. Vous vous jugez par votre propre bouche, mauvais serviteur, et vous-même vous prononcez votre sentence. £'« telle forme que
• Uom. XIV, * — » Ibkt — * Ibid. lo. -V * Ibid. 10, 12. —
* Jac. iT. 13. — • Ibid. 1 1. — * Ibid. — * I. Cor. xm, 4. fc. «, 7. — ’ Hom. Il , I.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVaNGILE.
vous Jugerez, vous serez Jugé i et ta mesure gut vous aurez faite aux autres, sera votre régie
Quelle joie à un criminel d’entendre de la propre bouche de son juge : S'ous ne serez pas Jugé • ! Mais pour cela, il faut qu'il ne juge pas.
XXXVIl* JOUR.
Voir les moindres fautes d'autrui . et oe voir pu eu aol les plus grandes. Mailh. vu, 3,4,6.
Voici une autre raison de ne juger pas, que Jésus- Christ nous explique ; c’est que votre crime est plus grand que celui que vous condamniez. Pourquoi royez-vous un fétu 1 Une poutre vous crève tes yeux , et vous ne la voyez pas
Hypocrite! La plus mauvaise hypocrisie , c'est de condamner tout le monde. On fait par là le vertueux, on prétend faire admirer la régularité de ses mœurs , la sévérité de sa doctrine ; c’est un homme incorruptible, qui ne flatte et qui n'épargne personne; mais l'hypocrite qu'il est, il ne songe pas seulement à se corriger. Il épilogue sans cesse sur les défauts les plus légers des autres ; et il ne songe pas seulement aux vices énormes qui l'accablent. Il n'y a point d’hommes plus indulgents pour eux-mémes , que ces impitoyables censeurs de la vie des autres.
XXXVIII' JOUR
La chose sainte : discernement dans Is prédication de l'Évangile. SSatth. vu, S.
Ija chose sainte , c’est le corps de Jésus-Christ, it ne le faut pas donner aux chiens < , aux impurs, aux impudents, à ceux qUi jappent indifféremment contre tout le monde; àceuxquiretoinbentdans leurs péchés , et que saint Pierre nous a figurés sous l’image d'un chien qui retourne à son vomissement; et d'un pourceau qui, s'étant lavé, se vautre de nouveau dans ta boue Nous en avons parlé dans les méditations précédentes , à l’occasion d'un passage de saint Pierre.
En général , la chose sainte signifie tous les mystères que les pasteurs de l’Église sont avertis de donner avec beaucoup de discernement ; et de ne les pas donner à profaner aux indignes.
Ixs perles devant les pourceaux , sont les saints discours devant ceux qui sont incapables de les godter; et qui pour cette raison se tournent avec une espèce de fureur contre ceux qui leur présentent une chose si peu convenable à leur nature.
Considère , chrétien , à quoi tu te réduis par ton péché ! Dieu qui t'avait fait à son image , et qui avait mis ton fime, renouvelée par la grâce, au rang de ses épouses, te met au rang des chiens et des pourceaux. Aie pitié de ton état, et songe à t’en retirer, ayant recours à la prière, dont il va être encore parlé ci-après.
XXXIX' JOUR
Prier avec fol : denuinder : chercher : frapper.
MiiWt. VII, 7.
Après avoir fait voir au pécheur l'état déplorable
■ TU, 3. — • im. TU, I. -• IM. a, - • Ibid.
vu, s, — ‘ Il Pe/r, 1, 21, 23.
et honteux où il tombe, Notre-Seigneur lui montre dans la prière le moyen d’en sortir.
Demandez : cherchez : frappez • : ce sont trois degrés , et comme trois instances qu’il faut faire persévéramment, et coup sur coup. Mais que fautil demander à Dieu pour sortir de cet état plus que bestial où le péché nous avait mis? Il faut l’apprendre de ces paroles de saint Jacques > : Si quelqu'un manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne abondamment à tous , sans Jamais reprocher ses bienfaits : mais il ta faut demander avec foi , et rans hésiter.
C'est ce que Notre-Seigneur nous apprend luiméme ; En vérité , Je vous te dis : St vous avez ta foi, et que vous n'hésitiez pas, vous obliendreztout. Jusqu'à précipiter les montagnes dans ta mer. Et Je vous te dis encore un coup : Tüut ce que vous demanderez dans votre prière, croyez que vous le recevrez, et II vous arrivera^.
R^ardez donc où vous en êtes par votre péché , et demandez avec foi votre conversion. Ne dites pas qu’elle est impossible : quand vos péchés seraient d’un poids aussi accablant que celui d’une montagne, priez, et il cédera à la prière : Croyez fermement que vous obtiendrez ce que vous demanderez ; et il vous sera donné. Jésus-Christ se sert exprès de ces comparaisons si extraordinaires, pour montrer que tout est possible à celui qui prie.
Animez votre courage, ch^tien, et ne désespérez jamais de votre salut.
XL' JOUR
PenéTéraace et humilité dans la priere. Uattb. vu, 7, s.
Luc. XI, 6 ri tuiv.
Frappez persévérez à frapper, jusqu’à voua rendre importun, s'il se pouvait. Il y a une manière de forcer Dieu, et de lui arracher ses gnlces; et cette manière est de demander sans relâche, avec une ferme foi. D'où il faut conclure avec l'Évangile : Demandez , et on vous donnera . cherchez , et vous trouverez : frappez , et il vous sera ouvert 4. Ce qu'il répète encore une fois , en disant : Car quiconque demande , reçoit ; et quiconque cherche, trouve ; et on ouvre à quiconque frappe. Il faut donc prier pendant le jour, prier pendant la nuit , et tout autant de fois qu'on s'éveille. Et quoique Dieu semble ou n'écouter pas, ou même nous rebuter, il faut frapper toujours; attendre tout de Dieu, et néanmoins agir aussi. Car il ne faut pas seulement demander comme si Dieu devait tout faire lui tout seul ; mais encore chercher de son cdté , et faire agir sa volonté avec la grâce; car tout se fait par ce concours. Mais il ne faut jamais oublier que c'est toujours Dieu qui prévient ; cor c'est là le fondement de l'humilité.
XLI' JOUR
Prière perpétuelle. Luc. XVIII, I , s.
Il faut prier toigours, et ne cesser Jamais^. Cette prière perpétuelle ne consiste pas en une per-
• Matlk. VII, 7. — > Jac. l, 5, A. — * Vnl/A, XXI, 21 . 22. Marc. XI , 23, 24. — * Luc. xi , 9, 10. — ‘ Luc. xviii , I.
sso
MKmTATlONS SLR LÉVANGILE.
p^tucllr tonsinn de l'esprit, qui ne ferait qu’épuiser I les forces , et dont on ne viendrait peut-être pas à bout. Cette priera perpétuelle se fait, lorsqu' ayant prié h ses heures , on recueille de sa prière et de sa lecture quelque vérité, ou quelque mot, qu'on conserve dans son cœur, et qu'on rappelle sans effort de temps en temps ; en se tenant le plus qu'on peut dans un état de dépendance envers Dieu, en lui exposant sou besoin ; c'est-à-dire en l'y remettant devant les yeux sans rien dire. Alors, comme la terre entrouverte et dessécJiée semble demander la pMie, seulement en exposant au ciel sa sécheresse ; ainsi l’Ame , en exposant ses besoins à Dieu. Et c’est ce que dit David : Mon âme, û Seigneur, est devant cous comme une terre desséchee'. Seigneur, je n’ai pas besoin de vous prier; mon besoin vous prie; mon indigence vous prie; ma nécessité vous prie. Tant que cette disposition dure, on prie sans prier; tant (ju’on demeure attentif à éviter ce qui nous met en |iéril, on prie sans prier; et Dieu entend ce langage. O Seigneur, devant qui je suis , et à qui ma misère parait tout entière , ayez-en pitié ; et toutes les fuis qu’elle paraîtra à vos yeux , ô Dieu très-bon , qu’elle sollicite pour moi vos miséricordes! Voilà une des manières de prier toujours , et peut-être la plus efficace.
XLII' JOUR
Importuner Dira par dm cria vita et redoubica.
Luc. XVIII, a, s, 7.
I/importunitédont il faut se servir envers Dieu, c'est cette manière pressante dont il a été parle cidevant.
Songez à ce cri des élus , qui s’élève nuit et jour devant Dieu.II faut être persuadé que nos injustices, nos scandales, tout ce que nous faisons qui édifie mal les saints, et qui les fait souffrir, crie vengeance nuit et jour contre nous; et que nous ne pouvons apaiser ce cri que par un cri continuel de pénitence. Miséricorde, mon Dieu , miséricorde! C’est ce qu’il faut crier nuit et jour ; c’est ce que notre besoin crie sans cesse.
Songez au triste état de ce juge qui ne se soucie ni de Dieu, ni des hommes *. Quand rien ne retient, il n’y a plus d’espérance. Quand on a quelque frein , et qu’m ne craignant point Dieu, on est du moins un peu retenu par la crainte des hommes ; on peut espérer, et les passions souffrent quelque sorte de modération.
xun* JOUR.
WoUti d’espérance dans la prière. Matth. vu, il.
I.,e fondement assuré de celte foi que Jésus-Christ ex’ige pour prier et pour obtenir, c’est de bien comprendre que Dieu est un père. Combien plutêt , dit-il, rotre Père céleste sera-t-il libéral envers vous^i
Si vous donnez , vous qui êtes mauvais * , combien plus. Dieu qui est la bonté même.’ Si vous donnez ce qui vous a été donné , et que vous n’avez que par emprunt ; combien plutôt Dieu donnera-t-il , lui qui
■ Pc. fxni, a. — ' Luc iviu, t. — > Maitt vil. Il - • /4;d.
est la source du bien, et dont la nature est, pour ainsi parler, de donner.’
Si cous qui êtes mauvais, biais est-on mauvais, même à ses enfants i Le Fils de Dieu nous veut faire entendre que l'homme est mauvais , même à ses enfants. I,’cx|>èrience ne le fait que trop voir, et qu’on se regarde soi-même plutôt qu’eux dans 1rs biens qu’on leur procure. Il n'y a que Dieu qui étant la bonté même et le bien par essence, ne |icut donner que du bien à ceux qui ont recours à lui.
Disons-nous toujours à nous-mêmes : On peut tout espérer d’un père. Disons encore avec Jésiis- Oirist : Qu’est-ce qu’un corbeau? Notre Père oélesie le nourrit. Qui nourrit les serviteurs laissera-t-il 1rs enfants sans secours? Mais qui nourrit les animaux sera-t-il insensible au besoin de scs enfants? On peut donc tout demander ; et on doit espérer de tout obtenir dès qu’on demande à un père.
XLIV JOUR
Demaodrr par Jénu-Christ : Qaalltéa iTiine parfaite prière.
Jonn. XVI, 13, 37.
Il faut apprendre à demander par Jésus-Chr'ist. Demander par Jésus-Christ, c’est demander ce qu'il commande; c'est demander sa gloire; c’est interposer le nom du Sauveur ; c'est mettre sa confiance en ses bontés et aux mérites infinis de son sang. Ce qu'on demande par le -Sauveur doit regarder principalement le salut; et le reste comme un accessoire. En demandant en un tel nom, auquel le Père ne peut rien refuser, onestassuréd’obtenir; car Jésus- Christ l’a promis : et douter, c’est faire Jésus-Ciirist menteur. En vérité , en vérité Je vous le dis ; Ai vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera'.
Quand donc on n’obtient pas , il faut tenir pour assuré qu’on a mal prié, selon ce que dit saint Jacques > ; / ous demandez, et n'obtenez pas , parce que vous demandez mal, pour avoir de quoi satisfaire vos mauvais désirs.
Demander mal , c’est demander sans foi , connue dit le même saint Jacques’ : Si vous avez besoin de la sagesse, demandez-ta; mais demandrz-ia avec foi, sans hésiter, sans craindre, en croyant certainement que vous obtiendrez si vous demandez bien , si vous demandez avec foi , si vous demandez avec persévérance.
Le Sauveur ne nous donne pas ce que nous demandons contre notre salut. Demandons notre conversion : attachons-nous à cela ; nous l’obtiendrons.
Ame religieuse! le fruit de la doctrine de Jésus- Christ sur la prière doit être principalement d'être fidèle aux heures qu'on y consacre. Fussiez-vous distiaitc au dedans, si vous gémissez de l'être, si vous souliaitez seulement de ne l’être pas , et que vous demeuriez fidèle, humble et recueillie an dehors; l’obéissance que vous y rendez à Dieu, à ft glise, et à la règle , en conservant les génuflexions, les inclinations, et tout le reste de l'extérieur de la piété, conserve l’esprit de prière. On prie alors |ur
» ' Juan. XVI , -i j. Jtie. IV , 3. — ’ Jbut i , s . c.
uiyiiiziiu uy vjOOgIc
MKDITATIONS SUll L’EVANÜU.E.
SS
<0at, par dispusition, par \olonlr : mais surtout si on s'hiiinilir do ses s<-dieressi's et de ses distrnctinns. O que cette prièn^ est agréable à Dieu ! qu’elle mortUie le corps et l'dme ! qu’elle obtient de grâces , et qu’elle expie de péchés!
XLV' JOUB.
de la morale ctirétienne, et It quoi elle se lenntoe.
Maith vl,IS,2o.
Fallet commevoiis roulez qu'on rmit fatse. Rien de plus simple que ce principe, rien de plus étendu dans la pratique ; toute la société humaine y est renfenmle. Ij nature même nous enseigne cette | règle. Mais Jésus-Christ l’élève, en ajoutant. C’est [ ici la loi et lei prophètes ’ . C’en est le précis , et l’a- 1 brégé de toute justice. La racine en est dans ce précepte : Cous aimerez votre prochain comme rous-mfme ■-
Ffforcez-wut Le salut ne doit pas être entrepris avec mollesse. La porte est étroite par la mortUlcation, la pauvreté, et la pénitence, le chemin est large iansiz licence. I.,e grand nombre, le petit nombre : sujet inflni de méditer, et inépuisable consolation pour les humbles.
L'n bon arbre porte de bons fruits ; un mourais arbre en porte de mauvais i. C’est ce qui fait discerner la bonne pénitence d’avec la mauvaise.
Étrange état d’une créature raisonnable, qui, faute de porter de bons fruits, n’est plus propre que pour le feu.
Fous contiailrezleshonsarbrespar leurs fruits », et non par leurs feuilles; c’est-à-dire par leurs oeuvres, non par leurs paroles. Le nguier que Jésus- Christ maudit avait dos feuilles : mai.s parce qu’il n’avait pas de fruits, Jésus-Christ le rendit sec. Que jamais fruit ne naisse de loi Par punition d’étre infructueux, il le devient encore davantage. Si on ne produit des fruits d,ans le temps, et lorsque le maître en attend, il vient un temps qu’on n’en peut produire aucun.
Un sage confesseur doit demander à son pénitent du fruit, et non des feuilles. Il ne faut pas se contenter de l’apparence d’un bon arbre dans scs feuilles, ni des fruits commencés dans la lleur. Il faut de vrais fruits ; autrement il a raison de douter que la pénitence soit sincère.
XLVI' JOUR
En quoi consUtc la vraie vertu. Matth. vii»2i.
Jésus-Christ vient de parler des arbres qui n’ont point de fruits : en voici une mauvaise es()éi-e. C’est le clirétlen qui n’a que l’apparence du bien , et ([ui en effet ne porte rien de Imii ; celui qui parle beaucoup et ne fait rien : Seigneur, Seigneur, dit-il. Il vaudrait bien mieux ne pas tant répéter qu’il est le Seigneur, et faire ce qu’il dit.
Il y en a qui ne résistent à rien; tout ce que vous leur proposez, ils l’entreprennent. Oui , je le ferai , je parlerai , je prierai , j’assisterai à tout ;
• Vtitth. VII . U. — * Pli*/, XXO . 3D. — » Ihid. vu . 1.1 . 1 i. — ♦ Ibid. 17, IH. 19 — * — « Ibid- \\l . 19. ao.
I niais quand il faut venirà re.\4 ('uUon, tout deineurt'.
I I.es Juifs ét.iient de ceux qui disent beaucoup; et I Jésus, leur dit : l£t femmes de mauvaise vie et les pu/dieakis font mieux que roits Votre piété, tout extérieure, vous entretient dans une fausse opinion de vertu. Oux qui sont manifestement mauvais ont honte d'eux*mêmes et se convertiront à la fin plutôt que vous.
Considérez ees deux jeunes hommes de la parabole *. L'un a honte de désobéir ouvertement à son père, en lui disant * Je ne veux pas; et après lui avoir dit : Je le veux , il suit pourtant son jK'nch.'int, et il ne/ail rien, l/aiitre dit ouvertement, Jen’en ferai rien . et il a honte de son insolenee, et UoOéits L'un a la présomption de vouloir passer pour vertueux, et il ne l'est qu’en paroles; c’est pourquoi il tombe. L’autre a horreur de sa témérité, et il s'en rejient.
Il ne faut donc ni trop déférer aux di.seours présomptueux de ceux qui promettent tout, ni désespérer de ceux qui semblent tout refuser. lecs içraiids crimes mènent plutôt à la pénitence que la fade et inefficace pudeur, qui fait tout promettre sans avoir un véritable désir de l'exéeution ; ou que la fausse piété, qui ne consiste qu'en paroles, où l'on croit avoir tout fait quand on parle bien de la loi et de la vertu, comme faisaient U's Juifs.
Ame fidèle, évertuez-vous. Avez-vous promis quelque chose? Quelque grande qu'elle soit, faites plus encore. Avez-vous refusé? Ayez -en honte, et faites ce que vous aviez dit que vous ne vouliez ou vous ne pouviez pas.
Celui qui ét»ute et qui fait, en qui la vertu so tourne en habitude par la pratique, c’est l'homme sage qui b&iit sur la pierre *. T.cs tent.ilions viennent, les maladies accablent, les afflictions fondent sur cette âme; elle se soutient. Ceux qui ne font qu'écouter, qui se délectent de ta beauté ou de la vérité de la sainte parole, sans en venir aux effets, ou qui n'y viennent qu'iinparfaitcinent, ont bâti sur le sable : Us tombent à ta première occasion f et leur ruine est grande,
XLVIl* JOUR.
.XilmirablM erfi>ls,e( InxinciMr palMance de la docirlne dit Ji-sua-Chrbt ^ttUh. vu, 2S, 99.
<!onsidércz la doctrine de Jésus-Christ : elle est si belle et si solide, qu'elle cause de l'admiration à tout le peuple. Car qui n'en admirerait In pureté, la sublimité, l’efficace? Klle a converti le monde. : elle a peuplé les déserts : clic a fait prodiguer â des I millions de martyrs de toute condition, de tout âge et de tout sexe , jusqu'à leur sang. Klle a rendu les richesses et les plaisirs méprisables : les honneursdu monde ont perdu tout leur éclat. T/hoinmo est devenu un ange ; et il sVsl porté à se proposer pour modèle Dieu môme. Qui ne l’admirerait donc cette ravissante doctrine? Mais ce n’est pas tout de l’admirer, Jésus enseigne comme ayant puis-
* SlHllh Xli 31 , 39. — * ihid. 3«. 29 . 30. — '/S/r/. VU. 74, 25 . 26 , 27.
MEDITATIONS SUR L’ÉVANülLE.
fonce ; il faut que tout cède, et que tout orgueil humain baisse la tète.
Dieu vous préserve d'un docteur timide, qui n'ose vous dire vos vérités , ou qui vous flatte dans vus défauts , à la manière des scribes et des pharisiens, qui ne songeaient qu'à s'attacher le peuple, et non à le corriger! Demandez à Dieu un docteur qui vous parle avec efDcace et avec puissance , sans vous épargner dans vos vices. C'est à celui-là que votre conversion est réservée. Amen, amen.
PUÉPARATION
A LA DEBNIÉHB SEMAINE DU SAUVEUB.
Les sermons de Notre-Seigneur dans sa dernière semaine sont des plus dignes d'étre médités, par la circonstanee de sa mort prochaine. Pour les lire avec ordre et avec fruit , il est bon de les partager par journées, comme on a fait le sermon sur la montagne.
Avant que d'en venir à celte semaine, si pleine d'instructions et de mystères , pour en prendre l'esprit il faut remonter un peu plus haut. Et c'est à quoi nous donnerons huit Jours.
PREMIER JOUR
Le mystère de le crotz prédit par Jésus Christ, et non oon>. pris par les apOlies ; combien on craint de suivre Jésus à la croix. Malth. xs, n, jusqu'au 29. Marc, x, 32,>us^’au 4S Luc. xvill, 31 , jusqu'au 35.
L'heure de Jésus approchant , il va volontairement à Jérusalem , où il savait qu'il devait mourir ; et il le déclare à ses apôtres.
Saint Paul disait aux disciples ■ : Et maintenant étant lié par te Saint- Esprit, doucement contraint par son impulsion particulière, ye m'en vais à Jérusalem, ne sachant ce qui m'y doit arriver. Mais Jésus va à Jérusalem , sachant très -bien ce qu'il y doit souffrir, et le dénonçant aux apôtres : Eoi/à , dit-il ■ , que nous allons à Jérusalem ; et le Fils de rhomme sera livré entre les mains des méchants. Je ne sais, disait saint PauM, cequl me doit arriver à Jérusalem , si ce n’est que dans toutes les villes on je passe, le Saint-Esprit me fait témoigner, par les prophètes qui y sont, que des chaînes et des afflictions m'y sont préparées. Mais , au lieu qu'on ne montrait les choses qu'en confusion à saint Paul, Jésus explique tout distinctement à ses apôtres, comme la seule lecture le fera connaître.
A ces roots , saint Luc observe * que tes disciples ne comprirent rien de ce que Jésus leur disait, quoique Jésus-Christ leur parlât saas aucune ambiguité; que cette parole était cachée, et qu'Us n'entcndaient point ce^'onleur disait. Cet évangéliste fait voir, par le soin qu'il prend de nous faire ob-
■ /tel. XX , 23. — ■ MuM. XX , 18. — > .Sri. xx , 23. — Xur. xviiit 31. ,
server cette ignorance des apôtres , combien le tayttère de la croix a peine à entrer dans les esprits.
Jésus s'étant expliqué ailleurs de ce mystère en termes moins clairs , le même saint Luc fait cette remarque • ; Les apOlres n'entendaient point celle parole , et elle était comme voilée devant eux , en sorte qu'ils n'en sentaient point la force, et ils craignaient de t'interroger sur cette parole. Us n'eutendaient pas, parce qu'ils ne voulaient pas entendre. Ils virent bien qu'il faudrait suivre leur maître, et ils ne voulaient pas savoir les souffrances où il allait, dans la crainte d'avoir un sort semblable. Cest pourquoi Jésus leur disait : Metiez bien ceci dans vos cœurs : que le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes • : ce qu'il avait soin de leur inculquer dans le temps que tout le monde était en admiration des prodiges qu'il faisait : c'est que, flattés par .sa gloire, ils avaient le cœur bouché à ce qu'il leur enseignait sur l'opprobre qu'il avait à souffrir, sans vouloir en entendre Parler. Mais c'était là néanmoins ce que Jésus vou- I lait qu'ils sussent. Car il avait mis notre salut dans scs souffrances, et dans l'obligation de le suivre, etde porter sa croix après lui. Mettez bien cela dans vos cœurs, leur disait-il.
Songez ici comme l'homme se trompe lui-même, comme il fait le sourd quand on lui veut dire ce qui choque ses passions et ses sens, comme, quelque clair qu'on lui parle, il détourne l'oreille; il ne fait pas semblant d'entendre, et craint d'approfondir la matière. Quitte ce commerce , renonce à ce plaisir, renonce à ta propre volonté : il n'entend pas; il ne veut pas entendre, ni savoir, ni interroger celui qui lui parle. C'est pour la même raison que saint Marc raconte la même chose en ccs termes’ : Comme ils montaient à Jérusalem, Jésus marchait devant eux, et ils en étaient étonnés, et ils craignaient en le suivant; et appelant Us douze , il leur dit : Nous allons à Jérusalem , pour y souffrir tout ce qu'il leur marque.
Le sujet de leur étonnement était qu'ils savaient que les pharisiens et les docteurs de la loi le elierchaient pour le faire mourir; et ils ne pouvaient comprendre qu'il allât se mettre en leurs mains; et ils le suivaient en tremblant. On craint de suivie Jésus à la croix.
Mais pour nous encourager, il va devant ; et saint Luc remarque qu'if affermit son visage pour aller à Jérusalem * , voyant son heure venue. La nature craignait, comme il parut dans son agonie au jardin. Car il a voulu porter nos faiblesses jusqu'à ce point, afin de nous apprendre à les vaincre. Suivons-le donc , et à son exemple affermissons notre visage lorsqu'il faut aller à la pénitence, à la mortification et à la croix.
Ce fut en cette occasion que ses disciples lui dirent: Maître, U n'y a que pende temps que Us Juifs vous cherchaient pour vous lapider, et vous allez vous mettre encore entre leurs mains Ils voula'ient le détourner de ce voyage ; et il n'y eut que
■ Lur. IX, 45. — > niil. 44. — • .Vart, x, 32, 33. —
* Luc. IX , 51. — » Joan. XI , s.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Thomas qui entendit le mystère , lorsqu'il dit généreusement : Allons, allons aussi, et mourons avec : lui Belle parole , si elle eiU été suivie de l'elfet ! Mais Thomas s’enfuit comme les autres; et il fut 1 le dernier à croire sa résurrection. Voilà l’homme : I celui qui parle le plus hardiment, le plus souvent, ! est le plus faible lorsque Dieu l’abandonne à luiméme. Entends, chrétien, combien il est difOcile d'aller à la croix avec Jésus , et combien on a besoin de sa grâce.
II* JOUR
Iti'niaiide amblUease des enfaeti de Zètièdée; calice et croix Avant 1a gloire. MaUk, xx, SU ri raie. Mare. X, 3S, et *uiV.
L.-1 même lecture, et appuyez en particulier sur 1.1 demande de la mère des enfants de Zébédée. Saint Marc dit distinctement que ce ne fut pas seulement leur mère , mais les deux frères eux-mêmes , c’està-dire saint Jacques et saint Jean , qui firent cette d.-mande. Ce qui nous montre que leur mère agis- .sait à l’instigation de ses enfants. Peut-être même que dans la suite ils se joignirent eux-mêmes ouvertement à la demande. C’est pourquoi aussi le Sauveur leur adresse sa réponse ; l ous ne savez ce que vous demandez ; pouvez-vous boire mon calice ■
Il n’y a rien qui fasse sentir combien on a de peine a entendre la parole de la croix. Jésus venait d’en parler aussi clairement qu’on a vu ; et loin de l’entendre, saint Jacques et saint Jean , qui étaient des premiers entre les apôtres, lui viennent parler de sa gloire, et de la distinction où ils y voulaient paraître.
Pesez ces paroles de Jésus : t'ous ne savez ce que vous demandez >. Vous parlez de gloire : et vous ne songez pas ce qu'il faut souffrir pour y parvenir. Là il leur explique ces souffrances par deux similitudes, par celle d'un calice amer qu’il faut avaler, et par celle d’un baptême sanglant où il faut être plongé. Avaler toute sorte d'amertume; être dans les souffrances Jusqu’à y avoir tout le corps plongé, comme on l’a dans le baptême : la gloire est à ce prix.
la» apôtres ambitieux s’offrirent à tout; mais Jésus, qui voyait bien qu’ils ne s’offraient à souffrir que par ambition , ne voulut pas les satisfaire. Il accepta leur parole pour la croix; mais pour la glaire, il les renvoya aux décrets éternels de son Pere , et à ses secrets conseils. Il aurait bien pu leur dire ce qu’il dit dans la suite à tous les apôtres ; Je dispose de mon royaume en votre faveur, comme mon Pire en a disposé en la mienne *. Mais des gens qui ne voulaient souffrir que par ambition, n’étaient pas dignes encore d’entendre cette promesse : et pour les attacher à la croix , dont ils n’entendaient pas encore la vertu , Jésus-Christ remet a son Père ce qui regarde la gloire , et ne se réserve en ce lieu qu’à praire et à distribuer les afllictions.
Tout cela se faisait par cette profond- économie
• Jrutn. XI, la. — * Multh. XX , 2i. .Veir. X. Je. — ' lluU.
— • /.m*. XXII . ÏS.
si souvent pratiquée dans l'Evangile et dans toute l’Écriture, où, pour certaines raisons et convenances , des choses diverses sont attribuées au Père et au Fils. Mais il faut toujours se souvenir dans le fond de cette parole, que le Sauveur adresse à son Père : Tout ce qui est à vous est à moi; et tout ce qui est à mol est à vous '.
Tous les apôtres furent indignés • de la demande des deux frères. Aveugles , qui ne songeaient I pas qu’ils étaient tous dans les sentiments qu’ils reprenaient dans les autres, puisque un peu aupara- I vaut, et un peu après, Jésus-Christ les surprit pensant en eux-mêmes , et se disputant qui d'entre eux serait le premier C’est ainsi qu’on ne peut souffrir dans les autres le vice qu’on a en soi-même : éclairé pour reprendre , aveugle à se corriger et à se connaître.
Remarquez le changement admirable que les instructions du Sauveur, et l’effusion du Saint-Esprit lit dans les apôtres. Ces gens qui ne cessaient de disputer entre eux de la primauté, la cèdent sans peine à saint Pierre. Ils lui cèdent la parole partout ; il préside à tous leurs conciles et à toutes leurs a.ssemblées. Saint Jean , un des deux enfants de Zébédée , qui venait de demander la première place avec son frère saint Jacques, attend saint Pierre au tombeau du Sauveur, afin qu'il y entre le premier; et l’empressement de voir les marques de la résurrection de son maître , ne l’empêcha pas de reiidn l’honneur qu’il devait au prince des apôtres.
Appuyez encore sur ces paroles de saint Matthieu *, où il rabat toute ambition par son exemple. Ne sois point ambitieux, ô chrétien! et ne désire point 1e contmandement , ni aucun avant.ige parmi les hommes ; puisque tu es le disciple de relui qui étant le Seigneur de tous, s’en est rendu le serviteur, et a mis sa gloire à racheter ses élus par la perte de sa vie. Racheté par l’humilité et la croix de ton Sauveur, ne songe point à t’élever, ni à enfler toi-même ton coeur.
Considérons combien nos passions, et surtout l’ambition, nous aveuglent; et crions, à l’exemple de ces deux aveugles, et de Bartimée, fils de Timée : O Seigneur, rendez-nous la vue ^ ! faites-nous connaître nos défauts.
Que nul reproche des hommes ne nous empêche de crier à Jésus pour en implorer le secours de sa grâce. Quittons nos habits , courons à lui , ouvrons les yeux , glorifions Dieu , cessons de nous niécunnaitre et de nous gloriQer nous-mêmes.
III' JOUR
Viclulre rt puimtHW de Jeeuft-Ctiriit ooolre la mort, dan» U réfturrrcUoo d« Liuare. Joam. \t , i, 40.
Jésus approche de Jérusalem; il est déjà à Béthanie, bourgade qui en était à peine à six-vingts pas, à la racine de la montagne des Oliviers. Sa mort approclie en même temps ; et ce qu'il va faire à cette approche, et pour nous y préparer, est a<U tnirable.
» JfHiH. S\1I, 10. — * MaUh. %t, ■24. — */.««■- l\, 46, 47; \Jkll, '24, 2J». — * Valih, XX, ;V<irr. x, 42. — * XX,
Vtjjv . X, n>, Lur. \4III, 4*2.
MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE
La première chose, c'est la résurrection de Lazare, Il allait mourir, et il semblait que rempirr de la mort allait s’affermir plus que jamais , apres qu’il y aurait été assujetti lui-même. .Mais il fait ce grand miracle de la résurrection de Lazare, afin de nous faire voir qu’il est le maître de la mort.
Elle paraît ici dans tout ce quelle a de plus affreuj. Lazare est mort , enseveli, enterré, déj.i pourri et puant. On craint de lever la pierre de son tombeau, de peur d’infecter le lieu et la personne de Jésus par cette insupportable odeur. Voilà un spectacle horrible ; Jésus en frémit, Jésus en pleure. Dans la mort de Lazare, son ami, il déplore le commun supplice de tous les hommes; il regarde la nature humaine comme créée dans l'immortalité, et comme condamnée à mort pour son péché. Il est l’ami de tout le genre humain; il vient le rétablir; il commcnc.e par en pleurer le désastre, par en frémir, par se troubler lui-même à la vue de son supplice. Ce qui lui parait si horrible dans la mort, c’est principalement qu’elle est causée par le péclié; et c’est plutôt le péché que la mort qui lui cause ce frémissement, ce trouble, ces pleurs. Il est saisi d’un nouveau frtuuissement à mesure qu'il approche du tombeau. En voyant cette affreuse caverne , où le mort était gisant, on dirait qu’il n’y a point do remède à un si grand mal. Celui, dit-on, gui a éclairé l’aveugle-né , ne ]>ou>;ait-il pas empêcher que son ami ne mourût ' ? On ne dit pas. Ne le pourrait-il pas ressusciter? C’est à quoi on ne songeait seulement pas. On croit que son pouvoir n’allait pas plus loin que de l’empécberde mourir; mais le tirer de la mort , quoiqu’il en eût déjà donné des exemples, onne voulait ni s’en souvenir, ni le croire. On croit qu’il n’a que des larmes et eette frémissante horreur à donner à un tel mal. Voilà tout le genre humain dans la mort ; il n’y a qu’à pleurer son sort, on n’y voit aucune ressource. C’est le commencement de l’histoire, et comme la première partie de ce tableau : tout y est rempli d’horreur.
I Mais voici la seconde , et tout y est plein au contraire de consolation. Il n’y parait que puissance contre la mort, et que victoire remportée sur elle.
Jésus dit : Celle maladie n’est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu Lazare en mourut pourtant ; mais le Sauveur voulait dire que la mort serait vaincue, et le Fils de Dieu glorifié par cette victoire.
Il poursuit : Lazare dort, mais je rais le réveiller ’ : appelant la mort un sommeil plutôt qu’une mort; et montrant qu’il lui est aussi facile de ressusciter un mort, que de réveiller un endormi.
A mesure qu’il avance, il paraît de plus en plus le vainqueur de la mort. Si cous aviez été ici , mon frère ne serait pas mort : mais je sais que Dieu vous accordera tout ce epie vous lui demanderez. V’ous avez tout pouvoir, non-seulement pour prévenir la mort , mais encore pour lui enlever la proie qu’elle a déjà entre ses mains.
Cotre frère ressuscitera *. Je le sais, dit Marthe, au dernier jour. Elle ne doute pas que Jésus ne
Joun. M 37. — * Ibitl. 4. — t Ibid. Il , *32. — * Ibid. 23.
puisse le ressusciter avant ce temps ; mais elle ne æ juge pas digne de cette grâce.
Goûtons ces paroles du Sauveur, après lesquelles la mort n’a plus rien d’affreux : 3c suis la résurrection et ta rie; celui qui croit en moi , quand il serait mort , il vivra ; celui qui vit et qui croit en moi, ne mouira point éternellement '. U ne mourra point pour jamais : la mort ne sera pour lui qu’un passage ; il n’y demeurera pas, et il viendra à un état ou il ne mourra jamais.
La foi de Marthe est grande. Les Juifs disaient de Jésus : A'e pouvait-il i>as faire que Lazare ne mounH pas? Celle-ci dit, non-seulement qu’il le pouvait faire , mais qu’il l’aurait fait ; et qu'il pouvait encore le ressusciter s’il voulait. Elle voit eu esprit la résuirection générale, et confesse Jésus- Christ, comme celui qui, étant au ciel et dans le sein de son Père , est venu au monde. Jésus , Fils du Dieu vivant, est vivant de la même vie que son Père. Comme te Père, dit-il ‘,ata rie en soi, ainsi a-t-il ftonné au Fils d’avoir la vie en soi. Il a donc raison de nous dire, qu’il est ta résurrection et la t’/e*; et encore : Je suis la vie'; et encore : Comme te Père ressuscite et vivifie, ainsi le Fils vivifie qui il lui plait*. Il est une source de vie, il est la vie même comme le Père. La vie est venue à nous, quand il s’est fait homme. A'ovs vous annonçons la rie étemelle qui était dans le Père , et qui nous est apparue pour se répandre sur nous, disait saint Jean
Les larmes mêmes de Jésus nous remplissent d’espérance : si le médecin tout-puissant est touclié de nos maux, s’il les pleure, s’il en frémit, il les guérira.
Olez la pierre ® , ouvrez le tombeau ; enlevez la porte de cette éternelle prison. Cest sans doute pour en délivrer ceux qui y sont détenus.
Père, je sais que vous m'écoutez toujours T. Nous sommes donc délivrés, puisqu’on tel intercesseur parle pour nous. Lazare, sortez, paraissez. I.es prophètes avaient ressuscité quelques morts; mais on n’avait point encore traité la mort d’une manière si impérieuse. C’est que le temps devait venir, et déjà il était venu , disait le Sauveur, que ceux qui sont dans le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l’entendront , recevront la vie *. Ce qui se fait maintenant pour le seul Lazare se fera un jour pour tous les hommes.
Lazare sortit à l’instant, quoique lié de bandelettes , à peu près comme un enfant dans le berceau , le visage enveloppé d’un linge s. Un homme vivant ne pourrait se remuer en cet état : cependant un mort se lève, et parait : tant H y a d’efficace dans la parole du Sauveur !
Il importe de bien méditer toutes ces choses, afin de nous affermir contre la crainte de la mort, qui est si extrême dans les hommes , qu’elle est capable de leur faire perdre l’esprit , quand on leur annonce qu’il faut mourir; comme l’expérience le fait voir. On a grand besoin de se munir contre cette crainte.
' Joan. XI . 25, 26. — * Ibid. X , 26. — » Ibid. XI , 25. — * Ibid. V, 21. — S I. J„oe. 1,2. — c Ibid. XI, 30. — ’ Ibul. 42. — * Ibid. V,25. — ® Ibid. XI. 44.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Ce qui se fait princi|ialement, en méditant les promesses de l'Évanitile contre la mort et s’attachant par une vive foi à la vie que nous attendons. On a besoin d’une grande grdee contre une si vive terreur. On ne la sent pas, tant qu'on a de la santé et de l’es|>éranee : mais quand il n’y en a plus , le eoup est terrible. Il est faible pourtant, si nous croyons bien que Jésus a vaincu la mort.
Il l’a encore vaincue dans unejeune fille de douze ans, qui ne faisait que d'espirer, et qui était encore dans son lit '. Il l'a vaincue dans un jeune homme qu’on portait en terre ’. Enfin, il l'a vaincue dans le tombeau, et au milieu de la pourriture, en la personne du Lazare’. Il restait qu’il empêchât même la corruption. Il avait vaincu la mort en des personnes qui étaient mortes naturellement : il fallait encore la vaincre lorsqu'elle serait venue par violence, ('.eux â qui il avait rendu la vie, demeuraient mortels; il restait qu’avec la mort, il vainquit même la mortalité. Cétait en sa personne qu'il devait faire voir une victoire si complète. Après qu’on l’eut fait mourir, il ressuscite pour ne mourir plus, sans nu'me avoir jamais vu la corruption , comme avait chanté le psalmiste : / ous ne permettrez pat que votre Sainte voie la corruption *. Ce qui s'est fait dans le chef s'accomplira dans les membres. L'immortalité nous est assurée en Jésus-Christ à meilleur titre qu'elle ne nous avait d’abord été donnée en Adam. Notre première immortalité était de pouvoir ne mourir pas : notre dernière immortalité sera de ne pouvoir plus mourir.
IV JOUR
Iteme sujet. Les trots morts rrssuscilês par Notre-Setgoeiir,
Itgures (tes trots étals du [KVtipur. Joan. xi, I et suü'.
Hititk. IX. H, ». Man. v, ra, sa. Luc. vu, u, is.
La vraie mort de l’homme c’est le péché, parce que c’est la mort de l'âme.
Dans les trois morts que le Sauveur a ressuscités, les saints ont considéré le péché vaincu en trois états : dans son commencement, en la personne de cette jeune fille : dans son progrès, en la personne de celui qu’on portait en terre ; dans sa consommation, et dans l’état d’endurcissement et d'habitude invétérée, en la personne de Lazare.
La corruption dans un mort de quatre jours fait voir un homme qui croupit, et pourrit, pour ainsi parler, dans son péché. La mauvaise odeur, c’est le scandale et la diffamation qui suit cet état. La caverne où le mort est enterré fait voir l’ablme où le pécheur s’est enfoncé. La pierre sur le tombeau, c’est la dureté dans le emur. Les bandes dont le mort est lié, sont les liens du péché (qu’il ne peut rompre. Il ne parait plus de ressource ; les gens de oien même n’espèrent plus rien. Maître, disait Marthe il sent mauvais , et il y a quaire Jours qu'il est mort. C’est ce qui cause dans Jésus ce frémi.sscment réitéré par deux fois , avec ces larmes amères ; ce qui signifie l’effort , et comme le travail de l’£-
' .v<i»a. IX, is, as. .Vare. V, as, 40, «a. ,ia,
11, IS. —‘Jean, il. Il , 13, 43, 44. — < Pt. XV, 10,11 Met.
Il , 37. — ’ XI, 30.
glise , pour enfanter de nouveau ce mort tout pourri. Le grand cri de Jésus montre encore la même chose. Ressusciter un tel mort, c’est quelque chose de plus miraculeux que la résurrection de Lazare.
Ame malheureuse, ne fais point pleurer Jésus; ne le fais point tant crier, ni tant frémir ; empêchetoi de tomber dans ce péché d'habitude. Mais si tu y es, ne perds pas toute espérance; il te reste une ressource infaillible dans les cris et les larmes de Jésus.
Déliez-le, dit le Sauveur'; êtez-lui ces bandelettes dont il est serré ; c’est le ministère des apôtres. Mais il faut auparavant que Jésus ait parlé; que le mort ait ouï sa voix; qu’il se soit déjà réveillé de son profond assoujiissement , et qu’il commence à vivre en recevant l’inspiration qui l’appelle à la pénitence. Les apôtres peuvent alors user du pouvoir qui leurest donné de délier: mais si le pécheur n’a déjà reçu aucun principe de vie; en un mot, s’il n’est déjà sérieusement converti , c'est en vain qu’on le délierait ; il est tout mort au dedans ; et les sacrements ne peuvent rien pour lui. Convertissezvous donc, ô pécheurs, et vivez!
V JOUR
AinlUé de lésuA, modèle de l« oôlre. Exoclleole manière de prier. Joan. Kl, 1 etmiv.
Voilà les grands mystères de cet évangile. Mais à ne rien regarder que l’histoire , elle est ravissante.
Lazare notre ami, dit Jésus Quel bonheur à des mortels de pouvoir avoir Jésus pour ami ! ivoire ami : Lazare aimait et lui et sa compagnie : ses disciples avaient part à son amitié. Jésus aimait Marthe, et Marie sa saur, et tjizare^, qui était malade. Voilà les amis de Jésus; leur maison était toujours ouverte à lui et aux siens; ce sont ses hôtes et ses amis.
Puisque Jésus n’a pas dédaigné d’avoir des amis sur la terre , suivons ce modèle dans nos amitiés. Aimons ceux qui sont charitables, et qui exercent volontiers l’hospitalité ; car, en la personne de leurs hôtes, c’est Jésus-Christ qu’ils reçoivent. Aimons une Marthe si zélée pour servir Jésus, qu'elle passe jusqu’à un empressement excessif, et jusqu'à une inqiiiétudedont elle est reprise. Si nos amis ont des défauts, que ce soit des défauts fondés sur le bien. Mais aimons surtout une Marie qui est toujours aux pieds de Jésus, toujours attentive à sa parole, et à ta bonne part qui ne pouvait lui être ôtée J. Voilà ceux que Jésus-Christ honorait d'une amitié particulière.
Cetut que vous aimez est malade *. C’est ce que mandent à Jésus les sœurs de Lazare. Excellents manière de prier; sans rien demander, on exposa à celui qui aime le besoin de son ami. Prions ainsi ; soyons persuadés que Jésus nous aime ; présentons- ' nous à lui comme des malades, sans rien dire, sans rien demander. Prions ainsi pour nous-mêmes : prions ainsi pour les autres. Cest une manière de prier des plus excellentes.
* Joan. XI, 44. — * Ibid. II. — * Ibid. 5— x, 3*, 40. 42. — » Joan. XI, 3.
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MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Souvent on dit i Jésus dans son Evangile ; Venez, Seigneur, et guérissez; imposez vos mains, louchez le malade, : ici on dit simplement : Celui que voui almet est malade. Jésus entend la vois du besoin , d'autant plus que cette manière de le prier a quelque chose, non-seulement de plus respectueux et de plus soumis, mais encore de plus tendre. Qu'elle est aimable cette prière! Pratiquonsla principalement pour les maladies de l'âme.
âlarthe et Marie conservent toujours leur caractère. Marthe est toujours la plus empressée : elle parle plus ; elle agit plus. Marie arrive ; d'abord elle se prosterne aux pieds de Jésus ' ; elle ne dit qu'un mot, et c'est assez.
Le Maître vous demande, lui disait Marthe *. Jésus était content de la foi de Marthe : mais pour achever d'étre touché, il voulait voir les pleurs, la tendresse intime et la douceur de âlarie, toujours attachée du fond de son cœur à sa parole.
Jésus pleura Où sont ces faux sages qui veulent qu'on soit insensible ? Ce n'est pas là la sagesse de Jésus.
roijez comment U l'almaU*. Soyez loué, ô Seigneur Jésus! d'avoir bien voulu qu'on piU remarquer la tendresse que vous avez pour vos amis. Qu'il nous soit permis de l’imiter, et d’aimer à votre exemple ; les cœurs durs et insensibles ne sont pas ceux qui vous plaisent. Mais réglez nos amitiés , et soyez-en le modèle. Ne flattons point nos amis, corrigeons-en , comme vous , les empressements inconsidérés : aimons dans nos amis le bon et le solide comme vous.
O Seigneur I que je sois du nombre de ceux à qui vous dites : fous êtes mes amis et encore : Je vous dirai à vous qui êtes mes omis®, ü bon et parfait ami, qui pour exercer envers eux l'amour que vous avez dit vous-méme être le plus grand de tous, avez donné votre vie pour eux, je ne veux d'ami que vous ou qu'en vous. U bon ami , ressuscitez-moi , je suis plus mort que Lazare.
Marthe appelle Marie en secret. Le Maître, ditcller , vous demande. Il y a un certain secret entre Jésus-Christ, et les âmes intérieures qui sont figurées par Marie. Il faut entrer dans ce secret, et ne le pas troubler en y mêlant le monde. Entends , chrétien , ce doux secret , ce secret entre le Verbe et l’âme détachée des sens , qui l'écoute au dedans , et qui ne connaît que sa voix.
.4 l'Instant Marie se lève, et vient à Jésus*. Quand il appelle , on ne peut y apporter trop de promptitude. Les Juifs les voyant partir si vite, disaient : Lite va pleurer au tombeau. On connaissait son bon naturel et son coeur tendre ; mais Jésus avait réglé ses tendresses, dont le principal objet était sa parole.
Déliez-te, et lalssez-le aller*. On n'a point dit ni où il alla, ni ce qu’il fit, ni ce qu'il dit , ni ce qu'on lui dit, ni où il avait été, ni comment il se trouvait ; toutes questions superflues. Dieu , qui , dès
' JoitH. XI, M. — > Ibid. 28. — t Ibid. 35. — ' Ibid. 36. — V Ibtd. XV , U, 15. — • Lui. XII , 4- — * JoUH. X’, ’.’S. — ‘ Ibid 23, 31. — • Ibid. 14.
le moment de sa mort, savait ce qu'il en voulut faire, avait tout réglé; il savait par où nous devaient venir les vérités de l'autre vie. Jésus notre docteur savait tout , et avait tout vu dans la source. La simplicité du narré nous apprend ce qu'on doit consid^r dans les grandes choses, et comme il y faut mépriser les minuties.
Vie JOUR.
Jésus-Chrixt mis en signe de coniradictkn ; tnrtednlIU
des JnlfS après la résurrection de Lsxare. Joan. xi, si
et iuiv.
Ce qui fut dit du Sauveur à sa bienheureux Mère, par le saint vieillard Siméon, est bien vrai: Celui-ci est posé en ruine et en résurrection à plusieurs en Israël, et en signe de contradiction ; ajiu que les pensées de leurs cœurs soient découvertes ' . On n'avait point encore vu la profonde malice du cœur de l'homme, ni jusqu'à quel point il est capable de résister à Dieu.
Après un si grand miracle, il semble qu’il ne faut pas s'étonner que plusieurs crussent. La résurrection de Lazare était arrivée en présence de tout le monde, à la porte de Jérusalem, avec le concours qu'attire un deuil dans les maisons considérables : Plusieurs crurent, dit l’évangéliste*. C'était là l’effet naturel d’un si grand miracle, âlais d'autres, qui savaient la haine des pontifes et des pharisiens contre Jésus, et qui y entraient, leur allèrent dire ce qu’ils avaient vu. Sur cela, on assembla le conseil, et la résolution en fut étrange.
Cet homme fait beaucoup de miracles*. Ils ne nient point le fait ; il est trop constant. Que feronsnous t La réponse parait aisée. Croyez en lui : mais leur avarice, leur faux zèle, leur hypocrisie, leur ambition , leur domination tyrannique sur les consciences , que Jésus découvrait , encore qu'il la cachassent sous le masque du zèle de la religion , les aveuglait. En cctétat, ils ne peucent croire*, comme nous verrons bientôt; et ils aiment mieux résister à Dieu, que de renoncer à leur empire.
Ailleurs ils disent encore : Que ferons-nous à ces hommes f car le miracle qu'ils viennent de faire est public. TotU Jérusalem m est témoin , et nous ne saurions le nier*. La réponse natureéle était. Il y faut croire, biais si nous y croyons, nous ne serons plus rien : et c'est à quoi ils ne pouvaient se résoudre.
1.CS incrédules s’écrient : Comment tout le monde n'a-t-il pas cru , s'il y a eu tant et de si grands miracles? Ils n'entendent pas le profond attachement du cœur humain à ses sens, et aux affaires qui les flattent; d'où suit uneindifférence prodigieuse pour le salut. Ce qui fait qu'on ne daigne pas s'appliquer à ce qui se passe qui y a rapport, ni s'en enquérir; et que ceux qui l’ont vu , s’étourdissent eux-n»êines pour n’y pas croire; de peur qu’en y croyant ils ne soient forcés de renoncer à tout ce qu’ils aiment
* Lur. tl, 34 . 35. — * JiHin. XI, S5. — ' Ibid. 47. — S Ibid. XII , 37 . 3.x, 33. — * .Ici. IV , 16.
MÉDITATIONS SUR LÉVANGILE.
et d'embrass«r une rie qui leur parait si insupportable et si triste.
Il faut donc entendre , qu’outre les miracles du dehors, il en fallait un au dedans, pour y changer la mauvaise disposition des coeurs ; et c'est là l’effet de la grâce. De là vient que si peu de gens ont cru ; encore qu’on ait vu tant de prodiges , et qu’ils eussent été écrits dès le commencement avec des circonstances si particulières, qu’il n’y avait rien de plus aisé que d’en découvrir la vérité; comme il n’y eût rien eu de plus impudent, ni de plus capable de détromper les plus crédules, que de leur avancer tant défaits positifs, dont le contraire eût été si constant. Il n’y a eu que ceux qui ont assez aimé leur salut et la vérité, pour prendre soin ou de s’enquérir des choses qui se passaient en Judée à la vue de tout le monde , ou d'y faire , s’ils les voyaient, les réflexions nécessaires, afin de les voir d’un autre oeil que le vulgaire attaché aux sens et aux préventions.
Ce qu’il y a ici de plus étonnant, c’est que ceux qui ne voient pas la volonté de Dieu dans les miracles qui la déclaraient si évidemment , sont les plus savants du peuple , les pontifes, les pharisiens et les docteurs de la loi , parce que des hypocrites comme eux, qui n’employaient le nonf de ï)ieu qu’à tromper le monde, des avares, des orgueilleux , qui faisaient servir la religion à leurs intérêts, devaient être naturellement les plus opposés à la vérité , et les plus incapables de ses secrets. C’est donc ainsi que les pensées de plusieurs furent découvertes, parce qu’on devait voir jusqu'à quel point l’intérêt devait animer les hommes les plus sages en apparence , comme les plus considérables du peuple , contre Dieu et la vérité.
I>oin de profiter du miracle de la résurrection de Lazare , iU rétolurent , non-teulemerU de tuer Jésus, qui était l’auteur du miracle, tuais encore Ijtzare même ■ , en qui il s’était accompli. Trop de monde le venait voir, et c’était un témoin trop vivant contre eux. Ils voulurent donc le tuer, croyant obscurcir par là le miracle de sa résurrection , en montrant du moins que le Sauveur n’avait pas pu le faire vivre longtemps. Ils songèrent donc à le tuer, comme si par cette sorte de mort ils pouvaient lier les mains à Dieu. Et il fallait encore que la gloire de Jésus-Christ révélât au monde ce prodige de malignité et de folie.
Il ne faut donc plus s'étonner de l'aveuglement des Juifs. Celui des impies et des hérétiques est à peu prés de même genre : les secrètes dispositions de tous ces gens-là devaient être découvertes. C’est que l’effort qu’il faut faire contre ses sens et contre soi-même , pour se donner tout entier à la vérité et à Dieu, est si grand, que plutôt que de le faire , ils aiment mieux étouffer la grâce et l’inspiration qui les y porte , et s’aveugler eux-mêmes.
Nous sommes aussi de ceux pour qui Jésus-Clirist est un signe de contradiction; et une de ces pensées du cœur humain, que Jésus-Christ venu au inonde devait découvrir, c'est la prodigieuse in-
' Joae. Il, se. sa; xii, le, il.
sensibilité de ceux qui, élevés dans la foi, et au milieu des lumières , préfèrent encore leurs sens et les plaisirs qui les enchantent , à la vérité qui luit dans leur cœur; et ne craignent pas de vivre comme les impies et les infidèles.
VU' JOUR
Fauue et aveugle poUUque dea iulh dans la mort de Jésua.
Uirlst, flgure de la polUlque du aiecle. Jouh, xi, Vi et
tuiv.
Us Romains viendront, et Us détruiront notre dite , notre temple et toute notre nation '. C'est le prétexte dont ils couvraient leur intérêt caché et leur ambition. Le bien public impose aux hommes; et peut-être que les pontifes et les pharisiens en étaient véritablement touchés ; car la politique mal entendue est le moyen le plus sdr pour jeter les hommes dans l'aveuglement , et les faire résister à Dieu.
On voit ici tous les caractères de la fausse politique, et une imitation de la bonne, mais à contre-sens.
La véritable politique est prévoyante, et par là se montre sage. Ceux-ci font aussi les sages et les prévoyants : Us Romains viendront. Ils viendront, il est vrai, non pas comme vous pensez, parce qu’on aura reconnu le Sauveur; mais au contraire parce qu’on aura manqué de le reconnaître. Ixt nation périra : vous l’avez bien prévu ; elle périra en effet; mais ce sera par les moyens dont vous prétendiez vous servir pour la sauver : tant est aveugle votre politique et votre prévoyance!
lai politique est habile et capable : ceux-ci font les capables. Voyez avec quel air de capacité Caiphe disait : fous n’y entendez rien : il n’y entendait rien lui-même. Il faut qu'un homme meure pour le peuple ‘ : il disait vrai ; mois c’était d’une autre fai;on qu’il ne l’entendait.
I.a politique sacrifie le bien particulier au bien public : etcelaest juste jusqu’à un certain point, tl faut qu’un homme meure pour le peuple : il entendait qu'on pouvait condamner un innocent au dernier supplice, sous prétexte du bien public : ce qui n'est jamais permis. Car au contraire le sang innocent crie vengeance contre ceux qui le répandent.
La grande liabileté des politiques, c'est de donner de beaux prétextes à leurs mauvais desseins. Il n’y a point de prétexte plus spécieux que le bien publicj, que les pontifes et leurs adhérents font semblant de se proposer. Mais Dieu les confondit; et leur politique ruina le temple, la ville, la nation qu'ils faisaient semblant de vouloir sauver. Et Jésus-Clirist leur dit à eux -mêmes : fos maisons seront abandonnées, vous et vos enfants porteront votre iniquité^-, et tout périra par les Romains que vous faites semÙant de vouloir ménager.
Sans être dans les affaires publiques, chacun peut ici considérer ce que c’est que ta fausse prudence, ou la prudence de la chair : ses artifices pour cacher aux autres, et souvent à elle-même, ses mau-
• Jwtn. XI, «. — » Ibid. 49, 60. —> .VoUA. xxlll, 38.