‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 56 sur 273 · DE L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DE L'ÉTAT RELIGIEUX

elles de la terre , voilà ers gens qui éblouissent les yeu\ de tout le genre humain I

\ icrges pauvres , épouses de Jésus-Christ ot- Inehé nu sur la rroi.x , oseriez-vous vous eomparer avec les riches 7 Vous avez promis de tout quitter : iis font profession de chercher et de posséder les plus grands biens. ISe faites point cette comparaison par leurs biens et par les vAtres, mais par vos besoins et par les leurs. Quels sont vos vrais besoins auxquels' on ne satisfait pas? Combien de besoins de leur condition auxquels ils ne peuvent satisfaire? Mais encore leur pauvreté est honteuse et sans consolation ; la vAtre est glorieuse, et vous n’y avez que trop d’honneur à craindre.

Cette pauvreté , si toutefois on peut la nommer telle , puisque vous ne manquez de rien , est pourtant ce qui effraye , ce qui fait murmurer, ce qui fait qu'on porte impatiemment le Joug de Jésus- Christ. Qu'il est léger, qu’il est doux , ce joug I ou s’en trouve pourtant accablé. Quelle commodité de trouver tout dans la maison où l'on se renferme pour tonte sa vie, sans avoir besoin du dehors, sans recourir à aucune industrie, sans être exposé aux coups de la fortune, sans être chargé d’aucune bienséance qui tyrannise , sans courir risque de perdre , sans avoir besoin de gagner, enfin étant bien sAr de ne manquer jamais que d'un superflu qui donnerait plus de peine que de plaisir I Qui est-ce qui pourrait se vanter d'en trouver autant dans sa famille? qui est-ce qui ne serait pas plus pauvre au milieu de ces prétendues richesses , qu'on ne l'est en se dépouillant ainsi de tout dans cette maison?

O mon Dieu I quand cst-ce que vous donnerez des cœurs nouveaux , des cœurs dignes de vous , des cœurs ennemis de la propriété, des cœurs à qui vous puissiez suffire, des cœurs qui mettent leur joie à se détacher et à se priver de plus en plus, comme les cœurs ambitieux et avares du monde s'accoutument de plus en plus à étendre leurs désirs et leurs possessions? Mais qui est-ce qui osera se plaindre de la pauvreté? qu'il vienne, je vais le confondre ; ou plutAt , A mon Dieu ! instruisez, touchez, animez, faites sentir jusqu'au fond du cœur combien il est doux d'étre libre par la nudité , combien on est heureux de ne tenir à rien ici-bas.

Au vœu de pauvreté on joint celui de chasteté; mais vous avez entendu l'apAtrc qui dit ; < Je • souhaite que vous soyez débarrassés. > Et encore ; * Ceux qui entrent dans les liens du ma- ■ riage sentiront les tribulations de la chair : et - je v oudrais vous les épargner '. ■

‘ I. fur. vil,

Vous le voyez : la chasteté n’est point un joug dur et pesant, une peine et un état rigoureux ; c’est au contraire une liberté, une paix, une douce exemption des soins cuisants et des tribulations amères qui affligent les hommes dans le mariage. Le mariage est saint , honorable , sans tache , selon la doctrine de l’apAtre ' ; mais , selon le même apAtre, il y a une autre voie plus pure et plus douce : c’est celle de la sainte virginité. Il est permis de chercher un secours à l'inflrmité de la chair; mais heureux qui n'en a pas besoin et qui p<‘ut la vaincre, car elle cause de sensibles peines à quiconque ne la peut dompter qu'à demi.

Demandez , voyez, écoutez ; que trouvez-vous dans toutes les familles , dans les mariages même qu'on croit les mieux assortis et les plus heureux , sinon des peines, des contradictions , des angoisses? Les voilà, ces tribulations dont parle l’apAtre; il n’en a point parlé en vain. Le monde en parle encore plus que lui; toute la nature humaine est en souffrance. Laissons là tant de mariages pleins de dissensions scandaleuses ; encore une fois, prenons les meilleurs : il n’y parait rien de malheureux ; mais pour empêcher que rien n'éclate, combien faut-il que le mari et la femme souffrent l’un de l’autre I

Ils sont tous deux également raisonnables , si vous le voulez : chose étrangement rare, et qu’il n’est pas permis d'espérer ; mais chacun a ses humeurs, ses préventions, ses habitudes, ses liaisons. Quelques convenances qu'lisaient entre eux , les naturels sont toujours assez opposés pour causer une contrariété fréquente dans une société si longue : on se volt de si près, si souvent, avec I tant de défauts de part et d’autre, dans les occasions les plus naturelles et les plus imprévues, ’i où l'on ne peut point être préparé ; on se lasse le goAt s’use , l’imperfection rebute , l'humanité ! se fait sentir de plus en plus; il faut à toute heure prendre sur soi , et ne pas montrer tout ce qu'on y prend; il faut à son tour prendre sur son i prochain, et s’apercevoir de sa répugnance. La j complaisance diminue , le cœur se dessèche; on se devient une croix l’un à l’autre : on aime sa I croix , je le veux ; mais c’est la croix qu’on porte. Souvent on ne tient plus l’un à l’autre que par devoir tout ou plus, ou par une estime sèche, ou par une amitié altérée et sans goAt , et qui j ne se réveille que dans les fortes occasions. Le j commerce journalier n’a presque rien de doux :

I le cœur ne s’y repose guère; c’est plutAt une con- I formité d’intérêt , un lien d’honneur, un atlache- I ment fidèle, qu’une amitié sensible et cordiale

' • Hfbr. xm, 4.

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Stn u;s OBLIGATIONS

Supposons môme ccttc vive amitié ; que fcra-tellc? où peut-elle aboutir? Elle cause aux deux époux des délicatesses, des seusibiiitcs, des alarmes. Mais voici où je les attends : enfin , il faudra <|ue l'un soit presque inconsolable à la mort de l'autre ;et il n’y a point dans riiunianité de plus cruelles douleurs , que celles qui sont préparées pour le meilleur mariaye du monde.

Joignez a ces tribulations eclie des eiifants, ou indignes et dénaturés, ou aimables mais insensibles à l'amitié; ou pleins de bonnes et de mauvaises qualités, dont le mélange fait le supplice des parents ; ou enfin heureusement nés et propres à déchirer le eœur d’un père et d'une mère, qui dans leur vieillesse voient , par la mort prématurée de cet enfant , éteindre toutes leurs espérances. Ajouterai-je encore toutes les traverses qu'on souffre dans la vie, par les domestiques, par les voisins, par les ennemis, par les amis même, les jalousies, les artifices, les calomnies, les procès , les pertes de biens , les embarras des créanciers? Est-ce vivre? O affreuses tribulations, qu'il est doux de vous voir de loin dans la solitude !

O sainte solitude , ù sainte virginité , heureuses les cliastes colombes qui , sur les ailes du divin amour, vont elierclier vos délices dmis le désert I 0 âmes choisies et bicn-aimées, à qui il est donné de vivre avec indépendance de la chair! Elles ont un Epoux qui ne peut mourir, en qui elles ne verront jamais ombre d'imperfection; qui les aime, qui les rend heureuses par son amour : elles n'ont à craindre que de ne l'aimer pas assez , où d'aimer ce qu'il n'airac pas.

Car, il faut l'entendre, la virginité du corps n'est bonne qu’autant qu’elle opère la virginité de l’esprit. [Se contenter de la première ,]ce, serait réduire la religion à une privation corporelle, a une pratique judaïque. Il n'est utile de dompter la chair, que pour rendre l'esprit plus libre et plus fervent dans l'amour de Dieu. Cette virginité du corps n'est qu'une suite de l'incorruptibilité d'une âme vierge, qui ne se souille par aucune affection mondaine. .Aimez-vous ce cpio Dieu n’aime pas; aimez-vous ce qu'il aime, d'un autre amour que le sien ; vous n'étes plus vierges : si vous l’êtes encore du corps, ce n'est plus rien ; vous ne l’étes plus par l'esprit. Celte fleur si belle est flétrie et foulée aux pieds : l'indigne créature, le mélange impur et honteux , enlève l'amour que l'Époux voulait seul avoir. Vous irritez toute sa jalousie, 6 épouses adultères, votre coeur s’ouvre aux ennemis de Dieu. Revenez, revenez à lui ; écoutez ce que dit saint Pierre : . Rendez vos âmes eliastes par l’obéissance a la

■ charité ' ; » c'est-à-dire , qu’il n'y a que la loi du pur amour, qui rapporte tout à Dieu , par laquelle l’âme pui.sse être vierge et digne des noces de r.Agneau sacré.

Si donc on inv ite les vierges à conserver celte pureté virginale , ce n’est pas pour leur demander plus qu'aux autres; et quand même on leur demanderait des clioses au-dessus du commun des chrétiens, ne doivent-elles pas donner h Dieu à proportion de ce qu’elles reçoivent de lui? Heureuses, s'il leur est donné de suivre f.-Agneau partout ou il va. Mais, de plus, cette virginité céleste n'e.st point une perfection rigoureuse qui appesantit le joug de Jésus-Christ. Au contraire, vous l'avez vu par les paroles de l'a|>ôtrc , et par la peinture sensible des gens qui languissent dans les liens de la chair, cette virginité n’est utile que pour rendre l'e.sprit vierge et sans tache , que pour mettre l’âme dans une plus grande liberté de vaquer à Dieu.

L'Eglise désirerait que tous pussent tendre à cet état angélique; et elle dit volontiers, comme saint Paul , à tous ses enfants ’ : ■ Je vous aime

■ d’un amour de jalousie, qui est la jalousie de « Dieu même : je vous ai tous promis à un seul « Époux , comme ne faisant tous ensemble qu'une " seule Épouse chaste ; et cet Eiioux , c'est Jésus-

Christ. > Je sais bien qu'il n'est pas donné a tous de comprendre cia vérités; mais enfin heureux ceux ipii ont des oreilles pour les entendre , et un cœur pour les sentir.

La troisième promesse qu'on fait en renonçart nu monde, c’est d’obéir toute sa vie aux supérieurs de la maison où l'on se voue à Dieu.

L'olH'issancc , me direz -vous, est le joug le plus dur et le plus pesant. N’est-ec pas assez d'obéir à Dieu et aux hommes, de qui nous dépendons naturellement, sans établir de nouvelU-s dépendances? En promettant d’obéir, on s'assujettit non-seulement à la sages.se et à la charité, mais aux passions, aux fantaisies, aux duretés des supi'rieurs, qui sont toujouis des hommes imparfaits, et souvent jaloux de la domination. Voilà ce qu'on est tenté de penser contre l’obéissance. Ecoutez, en esprit de recueillement et d'humilité, ce que je tâcherai de vous dire.

A proprement parler, ce n’est point aux hommes qu'il faut obéir; ce n'est point eux qu’il faut regarder dans l'olvéissance. Quand ils exercent le ministère avec fidélité, ils font régner la loi; et loin de régnereux-mémcs.iisne font que servir à la faire régner : non-seulement ils deviennent soumis à la loi comme les autres; mais

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