A L’OUVERTURE D’UNE VISITE
F&rTS E.V LA COSVCSACTC DE ftAISTF.-CESLTC DE «EUCt LE 9 AVRIL KI8& *.
Qoclle fsl la fln rt qurls dolvpnt Ftre lea fniita dfl la vLOlp du prélat. Diapoalliona i)pc«aa.i{n>s aua rpliairuaea pour en prullter. EfleU ailmiroblea que pnidult ta grâce dans une dme mil en est remplie. Cruciliemeid qui ermatilue toute la pr-rlectioo rellgieuae. Lea reales de l'amour du monde , combien pernicieux. Obligation impueee aux peraonuea rellgteuaea de prier pour lea beaoins de l'Egllae, el de gémir aur le trlale i-tat dca péeheura. Tendrea invltationa du prêtai pour porter toulca Ica aceura à lui ouvrir leur cœur aana dêgulaemeiit.
Si quia silil , reniât ad me, el bibat.
Si quelqu’un a soi/, qu’il vienne à moi; je lui donnerai à boire d’une eau vive qui rejaillira jusqu’à la vie éternelle, et Un aura plus soi/. Ce sont les parolc-a sacrées que Jésua-Clirist a pronoiieéea dans l’évangile de ce jour, parlant au peuple dans le temple de Jérusalem.
Ce n’est pas sans mystère que Jésus-Christ a proféré ces admirahles paroles au jour que les Juifs célébraient une fête parmi eux, où on apportait de l'eau dans un bassin , pour certains usages dans une cérémonie : ce qu’il n’est pas uécvssaire de vous expliquer ici ; puisque Jésus- Christ ne dit ces mêmes paroles que dans un sens mystique et sublime, qui ne signifiait rien autre chose que l’eau de la grâce qu’il voulait donner ahondamment. Il parlait de cette eau mystérieuse qu’il désirait répandre dans les âmes, et dont il voulait établir la source dans son Église. Ces mêmes paroles signifiaient encore le zèle qu’avait ie Sauveur, de voir venir à lui les hommes pour prendre ces eaux de salut et de grâce ; et la
" Ce dixeoun et les eulvants noox ont été conserréi par lea vellgieOMi nraullnei de la villa de Meaux , qui avalent lola d'écrire lea inatrucUons que Boainel leur faisait. On ne saomit trop louer le xéle de cea dignes rellgleusea pour ac ruiurrlr des veriléa que leur maelgnail ce vigilant pasteur, el pour URnametlre E U poatéritc lea monuments de sa sollicitude.
i£dil. de üejoris. ) '
disposition qui est nécessaire pour les recevoir, représentée par la soif qui marque aussi très-bien le désir et la préparation qu’il faut que. vous apportiez à la grâce qu’il vous veut conférer dans cette occasion par mon ministère.
Remarquez, mes filles, que Jésus-Christ jeta un grand cri , disant ; • Si quelqu’un a soif, qu’il
• vienne àmoi et je lui donnerai àhoire'. » Ce cri est en faveur des pécheurs, pour qui il demande miséricorde; il est en faveur des justes et des âmes fidèles dont il désire la perfection et la sainteté. Il crie pour les appeler à lui ; afin de répandre en elles avec plus d’abondance , l'eau de ses divines grâces. Mais ce cri nous représente encore ceux qu'il jette dans l’Église et dans nos mystères. Il crie dans ce temps par la bouche des prédicateurs, qui excitent les peuples à faire des fruits dignes de pénitence. Il crie a l’autel , quand il dit par la bouche des prêtres ; • Faites ceci en
• mémoire de moi'. » Ces paroles sont un cri de l’amour de Jésus-Christ qui demande le nôtre. Il crie dans les mystères de ce temps ; il criera bientôt de la croix, par toutes ses plaies et par son sang , demandant à son Père le salut de tous les hommes, pour qui il va donner sa vie adorable. Il crie spirituellement dans les âmes , par les mouvements intérieurs que son divin Esprit y forme. Il a crié dans vos coeurs, mes filles ; c’est cet Esprit saint qui a formé ces cris qu’il y a si longtemps que vous faites entendre , et qui sont parvenus jusqu’à mes oreilles , et qui m’ont fait connaître vosdésirs. Combien y a-t-il , mes chères sœurs , que vous me demandez cette visite , et que vous reconnaissez vous-mêmes le besoin que vous en avez! Vous la souhaitez toutes unanimement : vous vous êtes, sans doute, préparées à recevoir les grâces de cette même visite , et les effets qu’elle doit produire chez vous, et pour lesquels je la viens faire. Je viens confirmer et je désire accroître le bien que j’y trouverai, et détruire l’imperfection jusqu'à la racine. Mais il faut que vous ayez un véritable esprit do renouvellement, et un désir sincère de coopérer à nos soins de tout votre pouvoir.
Va, dit Dieu autrefois au prophète Jonos^, comme nous venons de lire en la messe : Lève-toi pour aller à Ninive vers mon peuple, prêche-leur la pénitence , et lesavertis de ma part qu’ils aient à changer de vie; qu’ils se convertissent detout leur cœur à mol qui suis leur Dieu et leur Seigneur : autrement que dans quarante jours Ninive sera renversée ctentièrement détruite. Si ces paroles donnèrent de la frayeur à ce peuple, et
' Joftn. VII , 37.
* Luc. IXIT , 19.
> Joan. tn, 3 fI
SUK LA FLN
curviit tant de pou\oir et tant d'effet, celles que je viens de vous dire de la part de Dieu ne vous doivent pas moins émouvoir de respect et de rrninic. Il y a ici plus que Jonas; et celui qui m'envoie à vous est le même Dieu , grand et redoutable.
Je viens donc aujourd'hui de sa part vous prêcher la pénitence, le changement et le renouvellement de vie, ic mépris du monde , le parfait renoncement à vous-mêmes, la soumission d'esprit , la mortiiiention des sens : en un mot , je viens faire cette visite pour réparer tout ce qu’il y aurait de déchet en la perfection' religieuse dans votre maison; pour éteindre, pour détruire et anéantir les plus petits restes de l'amour du monde et des choses de la terre. Il faut faire périr les moindres inclinations de ce monde corrompu ; il faut qu'il meure , qu'il y meure, qu’il expire, qu’il y rende le dernier soupir. Venez donc, mes fdles, travailler toutes avec moi, pour exterminer tout ce qui ressent encore ce monde criminel. Venez m’aider à renverser Ninive : détruisons tout ce qu’il y a encore de trop immortifié , de trop mondain ; enfln tout ce qui est trop naturel et imparfait en vous , sans pardonner à la moindre chose et sans rien épargner.
DItcs-moi, mes soeurs, quelles sont maintenant vos inclinations et vos pensées ; vous êtes , par vos voeux , mortes au monde et à tout ce qui est créé : quesouhaitez-vous à présent? avez- vous d’autres désirs que ceux qui vous doivent élever sans cesse vers les biens de l’éternité bienheureuse, et vous y faire aspirer à tout moment? Si votre cœur a encore quelque mouvement qui le iwsséde, il faut désormais que ce soit pour la justice , pour la perfection et la sainteté de chacune de vous en particulier, et de tout votre monastère, par le moyen de cette visite. Souhaitez véritablement d’en recevoir les grêces; demandez qu’elles soient répandues en vos âmes. C’est là, mes fdles, désirer Injustice; comme dit Jésus-Christ dans son Évangile, lorsqu’il a prononcé cet oracle sur la montagne : - Bienheureux
- ceux qui ont faim et soif de la justice, ils se-
- ront rassasiés'. «Vous serez parfaitement rassasiées,si vous n’avez que cet unique désir.II vous ilonnera à boire de cette eau vive qui éteindra Mitre soif. Demandez-luicomme la Samaritaine’, et il vous donnera cette eau dont je vous parle ; qui n'est autre que la grâce, de laquelle il veut I emplir vos âmes dans cette fonction sainte que je V iens exercer chez vous : car si nous ne méritons pas que ces eaux soient en nous pour nous-
’ Jnatt. IV, 18.
mêmes, Dousies avons toutefois pour les répandre dans les autres. La source en est dans l'Eglise : elle est dans mou ministère pour les épanelier dans vos cœurs; puisque par mon caractère et en qualité de sou ministre , quoique indigne , je vous représente sa personne. Vousen serez toutes pénétrées dans cette action sainte , si vous n'y apportez qu’un esprit soumis et détaché de toutes choses.
La grâce est , selon la théologie , une qualité spirituelle que Jésus-Christ répand dans nos âmes, laquelle pénètre le plus intime denotre substance, qui s’imprime dans le plus secret de nous-mêmes, et qui se répand dans toutes les puissances et les facultés de l’âme qui la possède intérieurement, la rend pure et agréable aux yeux de ce divin Sauveur, la fait être son sanctuaire, son tabernacle , son temple , enfin son lieu de délices. Quand une âme est ainsi toute remplie, l’abondance de ces eaux rejaillit jusqu’à la vie éternelle; c’est-àdire, qu’elle élève cette âme jusqu’à l’heurcuv état de la perfection. ÎVest-ce pas ce que dit Jésus-Christ : ■< Des fleuves sortiront de son ven- • tre ' ; • la fontaine de ces eaux vives rejaillissant jusqu’à la vie étemelle , qui est précédée ici-bas de la grâce et de la sainteté ? On voit l’épanchement de ces eaux jusque sur les sens extérieurs ; sur les yeux , par la modestie ; dans les paroles , par le silence religieux, et par une sainte circonspection et retenue à parler ; en un mot, une personne parait mortifiée en toutes ses actions ; elle se montre partout , possédée de la grâce au dedans d’elle-même, contraire à l’esprit du monde , ennemie de la nature et des sens , mais toute pleine des vertus et de l’esprit de Jésus- Christ.
Je ne sais , mes filles , si vous avez assez bien pesé l’importante vérité contenue en ces paroles de saint Paul • , lorsqu’il dit qu’il est cnicilie au monde et que le monde est crucillé pour lui ? Ces paroles renferment, si vous y prenez garde, toute la perfection religieuse, à laquelle vous devez sans cesse aspirer. Être crucifié au monde, c'est y renoncer, n’y plus penser, n’avoIr que du dégoût et de l’avereion de toutes ses maximes, avoir du mépris pour l’honneur et pour tout ce qui est vain , mépriser le plaisir et tout ce que le monde estime, n’avoir plus la moindre attache à tout ce qui s’appelle complaisance en vo>ismêmes ; au contraire faire état partout et en toutes choses de la simplicité chrétienne, et dé l’esprit de la croix de Jésus-Christ : voilà ce que c’est d’être crucifié au monde. Mais cc n’est pas
' y.MlJ». VII. 38.
* 6'ft/. VI, H.