‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 61 sur 273 · ET LES FRUITS DE LA VISITE · texte numérisé non relu

ET LES FRUITS DE LA VISITE

encore assez ; U faut que le monde soit cmclflé pour vous. C’est, mes Allés, que vous ne devez pas seulement oublier ce malheureux monde, mais aussi le monde vous doit oublier : et pour vivre saintement dans votre état, vous devez souhaiter d'en être oubliées; vous devez désirer d'étre effacées de sa mémoire , comme des personnes mortes et ensevelies avec Jésus-Christ.

Considérez- vous comme mortes au monde , et qu'il est pareillement mort pour vous. Des que vous vous êtes ensevelies dans le sépulcre de la reli;tion , vous séparant du monde , vous avez dù mourir a tout le sensible, par la mortification et on renonecment total à tout ce qui est mortel et terrestre. Faites donc maintenant vivre Jésus- Clirist en vous par sa grâce, ne respirez que pour lui ; n'agissez que par son esprit , et soyezen parfaitement possédi^ ; mourez tous les jours à votre esprit propre et à votre Jugement, le soumettant â l'obéissance ; mourez à vos désirs et à vos sens , mourez à vous-mêmes : étouffez le plus petit mouvement de la concupiscence, dés qu'il s'élève en vous. EiiAn, mes sœurs, rendez le dernier soupir de la vie imparfaite; et encore tant soit peu engagées dans les illusions du monde, dites-lui un adieu général et éternel : autrement, si vous ne mourez de cette mort mystique , prenez garde que quelque reste dangereiu de la corruption de ce monde malheureux ne dessèche et ne détruise en vos âmes ces eaux de grâce que Je viens y verser par cette visite, ou même ne vous rende incapables de les recevoir, et ne les empêche d’entrer.

Il en est des objets du monde qui offusquent notre imagination , qui occupent et amusent notre esprit , comme d'une fontaine pleine d’eau vive , qui ne pourrait rejaillir, ni même retenir ses eaux, si le conduit en était bouché; parce que la liberté de couler et de se répandre lui étant êtée, cette fontaine sans doute viendrait à sécher, et la source en tarirait. La même chose arrive à l'égard de ces eaux de grâce dont Je désire remplir votre cœur. SI ce même cœur est encore prévenu d'inclinations inquiètes , ou occupé des objets de la terre ; si le monde , ou quoi que ce soit de créé , vous remplit l’esprit et possède votre affection, s'il a quelque pouvoir d’y faire des impressions, et s'il se propose encore â vos sens comme un objet attrayant , vous deviendrez comme cette fontaine : vous ne pourrez recevoir CCS saintes et mystiques eaux ; parce qu’il est impossible de remplir ce qui est déjà plein ; ou bien vous ne pourrez conserver longtemps ces grâces dont nous parlons; car l'esprit du monde et l’es- : prit de Jésus-Christ ne sauraient compatir en- | semble, et ne peuvent demeurer dans une âme.

Ces eaux divines ne rejailliront point Jusqu’à la vie éternelle, à moins que, pour les conserver, vous ne vous dégagiez entièrement de tout ce qui vous empêche de vivre à Jésus-Christ et de sa divine vie;à moins que vous ne deveniez insensibles comme des personnes mortes et erneinées au monde , qui l’ont mis si fort en oubli , qu’elles ne pensent jamais à lui qu’avec horreur, ou avec compassion de tant d’âmes qui sont emportées par sa corruption , et aAn de vous employer saiis cesse à demander miséricorde pour ce monde malheureux qui relient tant de personnes continuellement exposées au danger de se perdre et de se damner pour Jamais.

Vous le devez, mes Ailes ; ce sont les obligations de votre état. Je vous exhorte , de tout mon pouvoir, à vous en acquitter avec grand soin. Offrez sans cesse des prières n la divine Majesté , pour toutes la nécessités de l’Église : priez pour obtenir la conversion des inAdélcs, des pécheurs et des mauvais chrétiens , et demandez à Dieu qu’il touche leurs cœurs. Gémissez devant lui pour tant de prêtres qui déshonorent leur caractère , qui'profanent les choses saintes , et qui ne vivent pas conformément à leur dignité et à la sainteté de leur état. AfAigez-vous pour ces femmes et ces Ailes mondaines qui n’ont point cette pudeur qu’elles devraient avoir, qui est l’ornement de votre sexe; pour tant de chrétiens et de chrétiennes qui s’abandonnent à toutes leurs inclinations déréglées, et qui suivent malheureusement les pernicieuses maximes du monde et ses damnables impressions. Ayez, mes Ailes, du zèle et de la charité pour toutes ces personnes qui sont dans le chemin de perdition , prêtes à tomber dans des abîmes étemels. Faites monter vos prières au ciel comme un encens devant le trône de Dieu , pour apaiser sa colère Irritée contre tous ces pécheurs qui l’offensent si outrageusement. Revêtez-vous des entrailles de miséricorde ; pleurez sur ces grands maux, pour ces nésiessités, et pour tant de misères qui vraiment sont dignes de compassionetde larmes. Voilà, mes sœurs, de quelle manière vous devez conserver le souvenir du monde; c’est ainsi qu’il faut y penser, et non autrement : hors de là il vous doit être à dégoôt ; tout vous y doit être fort indifférent, et ne doit point entrer dans vos pensées.

Que toute votre occupation d’esprit soit de vous appliquer sérieusement à opérer votre salut, en travaillant pour vous avancer à la perfection ou vous êtes obligées de tendre sans cesse ; vous ne vous sauverez pas , si vous n’y aspirezavec amour et ferveur le reste de vos jours. Renouvelez donc en vous ce désir, dans cette visite que je commence aujourd'hui, à ce dessein de vous porter

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