‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 65 sur 273 · DU SILENCE · texte numérisé non relu

DU SILENCE

VOUS soulagerai et donnerai le repos à vos âmes. Veoez;puisque je vous recevrai avec douceur et avec joie, voulant bien vous écouter, quand il sera nécessaire : nuis toutefois faites que cela n'arrive que dans de grands besoins, et dans les occurrences de choses de conséquence. A cela nous discernerons les esprits , et nous en connaîtrons la sagesse et la prudence , par l'importance des choses que l’on viendra nous dire.

Cependant, mes fllles , observez ce que nous vous prescrivons pour votre salut et pour votre perfection. Écoutez Dieu parler en vous : écoutez-le parlant par vos supérieurs; et par le saint ministère de vos confesseurs et directeurs ; puisque c'est le Saint-Esprit qui vous conduit, par eux : enfin écoutez encore ce même Dieu parler par votre supérieure; parce que la supérieure en sa manière vous tient aussi la place de Jésus- Christ. Vous devez avoir pour elle respect , amour et confiance. C'est une mère spirituelle, qui vous doit porter toutes dans ses entrailles : c'est pourquoi il faut qu'une supérieure reçoive avec un cœur vraiment maternel et qu'elle porte dans son sein les fortes et les faibles, et que sa charité s'étende sur toutes en général et en particulier, sans favoriser plus les unes que les autres. Il faut (|u'elle parle à toutes dans leurs besoins avec douceur et bonté : mais aussi il ne faut pas qu'il y en ait qui se féchent et qui observent Sicile parle plus souvent è quelques-unes. Croyez que celleslà en ont plus de besoin , et que leurs nécessités sont plus grandes et plus pressantes que les vôtres; et que, cela étant, celles-là doivent recourir plus fréquemment à la charité de la supérieure, pour être conduites sûrement dans le chemin de la perfection. Sachez, mes filles, que Dieu a attaché votre perfection à l'obéissance que vous devez rendre à votre supérieure. Assurezvous que la voix de votre supérieure est la voix de Dieu même, et que c'est lui qui voua parle qiBiid elle vous ordonne quelque cbbse. Respectez donc l'autorité de Jésus-Christ qui est en elle et qui y réside. Écoutez ses paroles avec autant de respect que vous feriez celles de Jésus-Christ même ;puisqu'ilditen la personne dessupérieurs :

• Qui vous écoute , m'écoute. » Je sais bien que les choses qu'elle ordonne peuvent paraître quelquefois n'étre pas si Justes. Ué bien I il y a de l'infirmité : mats je sais aussi qu'elle peut avoir des raisons que les particulières ne peuvent pas pénétrer.

Voilà , mes sœurs, comme vous devez écouter Dieu parler; c'est ainsi qu’il faut entendre et pratiquer ces paroles de saint Jacques ; > Que

• tout homme soit prompt à écouter. • Soyez donc promptes n écouter Dieu parler dans votre cœur.

et par la bouche de ceux qu'il vous donue pour votre conduite : mais aussi soyez tardives à parler. Aimez le silence, la retraite et la solitude; ne dites jamais aucune parole dont vous puissiez ensuite vous repentir : soyez fort circonspectes à parler ; et ne dites jamais rien , comme dit saint Augustin, sans l'avoir conçu dans le cœur, et ensuite pesé et ordonné par la raison , avant que de le laisser échapper ou sortir de votre bouche. I>e désir de parler est commun à tout homme , mats surtout à votre sexe ; cette inclination vous est naturelle, toutefois il la faut combattre. Vous n'aurez jamais regret d'avoir gardé le silence, quelque peine et contrainte qu'il faille souffrir. Il y a de la mortification, je vous l'avoue , à garder le silence. Hé bien! on dira une parole piquante, de mépris ou de raillerie : on se satisfait, on se fait justice à soi-méme par ses plaintes et ses murmures; mais aussi combien blessez- vous la charité, et combien de fautes fait-on pour ne savoir pas garder le silence en ces occasions I

Dieu m'a fait connaître , dans la lumière de son esprit, que la cause principale du trouble et do la division de la communauté ne vient point d'ailleurs que de ce qu'on est trop prompt à parler, et du défaut de silence. Si donc le silence y était bien observé , je crois que ia charité y serait parfaite , et les fruits de la paix se trouveraient en cette maison. C'est ce que vous avez vousmémes fort bien remarqué, et chacune de vous a justement mis le doigt sur la source du mal. Presque toutes m'ont dit leur pensée sur ce sujet, m'avouant que le silence n'était point gardé religieusement, et que cette grande liberté de parler en tout temps , de communiquer ses sentiments sur toutes choses , et de se dire des paroles contre la charité et la douceur, était l'unique cause de tous les désordres qui troublaient la paix et le repos de chacune Puis donc (pie vous reconiMissez ce défaut être une source de discorde, apportez toutes vus diligences pour le retrancher tout à fait.

Je vous puis dire pour votre consolation , mes filles, que j'ai trouvé beaucoup de bien dans cette maison : il y a de la vertu , de bons principes de piété. Presque toutes m'ont fait paraître de grands désirs de renouvellement : toutes désirent la paix; et dans toutes les plaintes qui nous ont été faites assez exactement pour et contre, je n'ai trouvé aucun sujet considérable , et capable de désunir les esprits, et de les aliéner les uns des autres. Hél faut-il donc, pour un entêtement et pour je ne sais quelle préoccupation d'esprit, que l'union et la charité ne soient pas parmi vous au point ou elles y devraient

Page 1