‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 7 sur 273 · AUTRE EXORDE · texte numérisé non relu

AUTRE EXORDE

E'r FRAGMENTS DU MÊME SERMON.

Lgteia nccidlÇ, Splrilus aulem vivificat.

IM lettre tue; mais l'Esprit vivifie. II. Cor. ni , r».

Si vous me demandez, chrétiens, pour quelle cause la Pentecôte, qui était une fête du peuple ancien, est devenue une solennité du peuple nouveau, et d’où vient ((ue, depuis le levant jusqu'au couchant , tous les fnlèles s’en réjouissent non moins que de la sainte nativité ou de la glorieuse résurrection de notre Sauveur,je vous en dirai In raison, avec l'assistance de cet Esprit saint qui a rempli en ce jour sacré l’ârac des apôtres. C’est aujourd’hui que notre Église a pris naissance ; aujourd'hui, parla prédication du saint Évangile , la gloire et la doctrine de Jésus-Christ ont commencé d’éclairer le monde ; aujourd’hui la loi mosaïque, donnée autrefois avec tant de pomi>c , est abolie par une loi plus auguste ; et les sacrifices dis animaux étant rejetés, le Saint-làprit envoyé d’en haut se fait Ini-même des hosties raisonnables et des sacrifices vivants îles ctcurs des disciples. Les Juifs offraient autrefois à Dieu à la Pentecôte les préndci'S de leurs moissons : aujourd’hui Dieu sc consacre lui-même parsonSainl-Esprit lesprémicesduehristianisine,

' I. fvr MU, 8.

DE LA PENTECOTE.

c'est-i-dire, les premiers froits du sang de son Fils; et rend les commencements de l’Église illustres par des signes si admirables, que tous les spectateurs en sont étonnés. Par conséquent, mes Mres, avec quelle joie devons-nous célébrer ce saint Jour I et si aujourd'hui les premiers chrétiens paraissent si vivement échaurfés de l'Esprit de Dieu, n'est-il pas raisonnable que nous montrions, par une sainte et divine ardeur, que nous sommes leurs descendants? Mais , aGu que vous pénétriez plus à fond quelle est la fête que nous célébrons , suivez , s'il vous plaît , ce raisonnement.

A la vérité le sang du Sauveur nous avait réconciliés à notre grand Dieu par une alliance perpétuelle; mais il ne sufüsait pas pour notre saint que cet alliance eût été conclue, si ensuite elle n'eût été publiée. C’est pourquoi Dieu a choisi ce jour, ou les Israélites étaient assemblés par une solennelle convocation, pour y faire publier hautement le traité de la nouvelle alliance qu’il lui plaît contracter avec nous. Et c’est ce que nous montrent ces langues de feu qui tpmbent d'en haut sur les saints apAtres ; car d'autant que la nouvelle alliance, selon les oracles des prophéties, devait être solennellement publiée par le ministère de la prédication, le Saint-Esprit descend en forme de langues pour nous faire entendre par cette figure qu'il donne de nouvelles langues aux saints apAtres; etqu’autant qu'il remplit de personnes , il établit autant de hérauts qui publieront les articles de l’alliance et les commandementsde la loi nouvelle partout où il lui plaira de les envoyer.

En effet, entendez l’apAtre saint Pierre aussitAt après la descente du Saint- Esprit; voyez comme il exhorte le peuple, et annonce la rémission des péchés au nom de Notre-Seignenr Jésus-Clu-ist, déclarant aux habitants de Jérusalem , que ce Jésus qu’ils ont fait mourir, • Dieu ■ l'a établi le Seigneur et ie Christ : ■ Quia Dominum eum et Chrisium fecil Deus. C’est ce que saint Pierre prêche aujourd'hui, comme il est écrit aux Actes ■ ; et cela, dites-moi, chrétiens, n'est-ce pas faire la ptiblication de la lui nouvelle et de la nouvelle tüiiance? Je joins ensemble l'alliance et la loi , parce qu’elles ne sont toutes deux qu’un même Évangile, que les apAtres, comme les hérauts du grand Dieu, publient, premièrement dans Jérusalem, confurmément à ce que dit Isaïe : - I.a loi sortira de Sion , et la parole « de Dieu de Jérusalem ‘. >

Hais encore que la publication du saint Évangile dût être commencée dons Jérusalem , elle ne devait pas y être arrêtée. Tous les prophètes

■ Ml. Il . 3».

avaient promis que la loi nouvelle serait porlée jusqu'aux extrémités de la terre, et que par elle toutes les nations et toutes les langues seraient assujetties au vrai Dieu. Comme donc la loi de notre Sauveur n’était pas faite pour un seul peuple, certainement il n’étalt pas convenable qu'elle fût publiée en un seul langage. Aussi les premiers docteurs du christianisme , qui avant ce jour étaient ignorants, aujourd'hui étant pleins de l’esprit de Dieu , parlent toutes sortes de langues , ainsi que remarque le texte sacré. Que veut dire ceci , je vous prie? qui ne voit que le Saint- Esprit nous enseigne que si autrefois , sous la loi , il n'y avait que la seule langue hébraïque qui fût l’interprète des secrets de Dieu; aujourd’hui, par l'Évangile de Jésus-Christ , toutes les langues sont consacrées, selon cet oracle de Daniel :

• Toutes langues serviront au Seigueur ' ? • Étrange et inconcevable opération de cet Esprit qui souflle où il veut ! de toutes les parties de la terre où les Juifs étaient dispersés, il en était venu dans Jérusalem pour y célébrer la fête de la PentecAte ; les apAtres parlent à cet auditoire mêlé de tant de peuples divers et de langues si différentes; et cependant chacun les entend : le Romain et le Parthe, le Juif et le Grec , 1 e Méde, l'Égyptien et l’Arabe, l'Africain, l'Européen et l'Asiatique : bien plus, dans un même discours des apAtres ils remarquent tous leur propre langue ; Il semble à chacun qu'on lui parle la langue que sa nourrice lui a apprise; et c'est pour cela qu'ils s'écrient : • Ces hommes ne sont-ils pas Galiléens?

• comment est-ce donc que chacun entend la

• langue dans laquelle II est né *? > Fidèles, que signifie ce nouveau prodige? C'est que, par In grâce do christianisme, toutes les langues seront réunies; l’Église parlera tous les langages : il n’y en aura point, ni de si rude, ni de si barbare ,dans lequel la véritéde Dieu ne soit enseignée, et, les nations diverses entrant dans l'Église, l'articulation , à la vérité , sera différente ; mais il n’y aura en quelque sorte qu'un même langage : parce que tous les peuples fidèles, parmi la multiplicité des sons et des voix, n’auront tous qu’une même foi à la bouche , et une même vérité dans 1e cœur.

Autrefois, A la tour de Babel, l'orgueil des hommes a partagé les langages’ ; mais l'humilité de notre Sauveur les a aujourd'hui rassemblés, et la créance qui devait être commune à toutes les nations de la terre est publiée dès le premier jour en toutes les langues. Par où vous voyez, chrétiens, selon que je l’ai déjà dit, que le mys-

* Dan. Tii, II.

» Qfuri. XI, 9,

POUR LE JOUR

Irrn qnc nous honorons aujourd'hui avec tant de solennité , c'est ta publication de la loi nouvelle. Or noire Dieu ne s'est pas contenté qu'elle ait été publiée une fuis; il a établi pour toujours les prédicateurs , qui succédant à la fonction des a|H>trcs, doivent être les hérauts de son Évangile. Et ainsi que puis-jefaire de mieux, en cette sainte et bienheureuse juurnée, que de rappeler en votre mémoire sous quelle loi vous avez à vivre'/ lOcoutezdonc, peuples chrétiens, je vous dénonce nu nom de Jésus par la parole duquel cette chaire vous doit être en vénération ; je vous dénonce , dis-je, au nom de Jésus, que vous n'êtes point sous la loi mosaïque : elle est annulée et ensevelie ; mais Dieu vous a appelés à la loi de grâce , à l'Évangile, au Nouveau Testament, qui a été signé du sang du Sauveur, et scellé aujourd'hui par l'Esprit de Dieu.

Kt afin que vous entendiez quelle est la loi dont on vous delivre , et quelie est la loi que l'on vous impose , je vous produis l'apôtre saint Paul , qui vous enseignera cette différence. ■ La lettre tue , . dit-il , r&prit vivifie. » La lettre , c'est la loi mosaïque ; l’Esprit, comme vous verrez, c'est la loi de grâce : et ainsi, en suivant l'apôtre saint Paul , faisons voir, avec l'assistance divine, que la loi mosaïque nous tue et qu'il n'y a que la loi nouvelle qui nous vivifie.

Pour pénétrer le sens de notre passage , il faut examiner avant toutes choses, quelle est cette lettre dont parle l’apôtre, quand il prononce : • La

• lettre tue. » Et premièrement, il est assuré qu’il veut parler de la loi mosaïque ; mais d'autant que la loi masaïque a plusieurs parties, on pourrait douter de laquelle il parle. Dans la loi , il y a les préceptes ccrémoniaux : comme la circoncision et les sacrifices; et il y a les préceptes moraux, qui sont compris dans le Décalogue : • Tu

• adoreras le Seigneur ton Dieu , tu ne te feras

• point d'idole taillée ; tu ne déroberas point , > et le reste '. Quant aux préceptes cérémoniaux, il est très-constant que la lettre tue : d'autantque les cérémonies de la lot ne sont pas seulement abrogées ; mais encore expressément condamnées dans la loi de grâce , suivant ce que dit saint Paul aux Galates : • Si vous vous faites circon- . cire, Jésus-Christ ne vous sert de rien ’. ■ Est-ce donc de cette partie de la loi , qui ordonnait les anciennes observations, que l’apôtre décide que la lettre tue? ou bien cette sentence plutôt ne doit-elle point s'appliquer à certaines expressions figuré-cs, qui sont eu divers endroits de la lui ; qui ont un sens très-pernicieux, si on les cxplii|ue trop à la lettre? desquelles pour cette raison

' /»<■«(. V, », ig.

• tut. ï. J.

on peut dire que la lettre tue; ou si ce n'est ni l’une ni l’autredecesdeuxt-hosesque l'apôtre veut désigner par ces mots, parle-t-il point peut-être du Décalogue? A quelle opinion nous rangeronsnous? Je réponds qu'il parle du Décalogue qui fut donné à Moïse sur la montagne; et je le prouve par une raison invincible. Car dans ce même troisième chapitre de la deuxième aux Corinthiens, où saint Paul nous enseigne que la lettre tue , immédiatement après parlant de la loi , il l'appelle « le ministère de mort qui a été taillé dans la

• pierre,» mïnïs/ra/ïo morlis, litterisdf formata in /a/udéôus'. Qu’cst-ce qui a été gravé dans la pierre ? aucun de nous pourrait-il ignorer que ce sont les dix préceptes du Décalogue ; que eesdix commandements de la loi , qui défendent le mal si oui crtement, c’est ce que l’apôtre appelle la lettre qui tue? Et d'ailleurs le ministère de mort, n’est-cc pas la lettre qui tue ? Concluons donc maintenant et disons : S.ins doute le ministère de mort et la lettre qui tue c’est la même chose : or la loi ((ui a été gravée sur la pierre , c’est-à-dire, les préceptes du Décalogue , selon saint Paul , c’est le ministère de mort ; et partant les préceptes du Décalogue , ces pré-ceptes si saints et si justes , selon

j la doctrine du saint apôtre, sont indubitablement I la lettre qui tue. Et pour confirmer cette vérité , le même aux Romains, que ne dit-il pas de la loi ! » Je ne connaîtrais pas le péché , dit-il * , si « la loi n’nvnit dit : • Tu ne convoiteras point. » Sur quoi l'incomparable saint Augustin raisonne ainsi tri-s-doctement à son ordinaire ’ : Où est-ce que la loi dit ; Tu ne convoiteras point? chacun sait que cela est écrit dans le Dé-caloguc. Cest donc du Décalogue que parle l’apôtre, et c’e,st ce qu’il entend (xir la lui : et par conséquent , lorsqu’il dit : « Les passions des péchés qui sont par

• la loi t, • c'est du Décalogue qu'il (xirlc; et quand il répète si souvent la loi de péché et de mort , c’est encore du Décalogue qu'il parle.

Au lieu que la loi mosaïque avait été gravée sur des pierres; la loi de la nnuvelleallinnre,que Jésus est venu annoncer au monde , a été écrite dans le fond des coeurs , comme dans des tables vivantes. C'est là le mystère que nous honorons ; et c’est ce qu'avaient prédit les anciens oracles , qu’il y aurait un jour une loi nouvelle qui serait écrite dans l'esprit des hommes et gravée profondément dans les cœurs : Dnbn Injern mram in cordibuseorum C'est pour cela que IcSaint-

' II. Ctrr. III, 7

* Wrim. VII, 7.

> t.ib. rf«' SptrU.fl LtU. 0^ 23i 'H, l. X,Col. 96, 99.

* Hnm. VII, 5.

* Arrw. \x\l,33.

I)F. LA PENTECOTE.

Esprit remplit aujourd'hui l'h^lisc naissante; et que, non content de paraître aux yeux sous une apparence visible, il se coule criiraremcnt dans les Ames pour leur enseigner au dedans ce que la loi leur montre au dehors.

Mais comme il importe que nous pénétrions ce que c'est que cette loi gravée dans ies cœurs, et quelle est la nécessité de cette influence sécrété de l’Esprit de Dieu dans nos Ames, écoutez l'apôtre saint Paul, qui nous expliquera ce mystère dans les quatre mots que J'ai rapportés ; « La lettre tue, l’esprit vivifie. • Pour comprendre solidement sa pensée, remarquons deux glands efTets de la loi : elle dirige ceux qui la reçoivent, elle condamne ceux qui In rejettent; elle est la règle des uns, le juge des autres : de sorte que nous pouvons distinguer comme deux qualités dans ta loi. Il y a son équité qui dirige, il y a sa sévérité qui condamne, et il faut nécessairement , ou que nous suivions la première , ou que noos souffrions la seconde ; c'està-dire, que si l’équité ne nous règle, la sévérité nous accable ; et que la force de la loi est telle , qu’il faut qu’elle nous gouverne ou qu’elle nous perde : ceux qui s’y attachent se rangent enxmémes en se conformant à la règle; ceux qui la choquent se brisent contre elle. La loi tue lorsquelle nous dit : SI tu n’obéis , tu mourras de mort * ; et la loi aussi vivifie , parce qu’il est écrit dans les saintes Lettres : ■ Fais ces choses et tu • vivras : • elle tue ceux qu’elle condamne, elle vivifie ceux qu’elle dirige. Mais il y a cette différence notable par laquelle nous connaîtrons le sens de l’apôtrc dans le passage que nous traitons : c’est que la loi suffit toute seule pour donner la mort au pécheur, et qu’elle ne suffit pas toute seule pourdonnerlesulutaujuste;et la raison en est évidente. Pour donner la mort au pécheur, c'est assez que la loi prononce au dehors la sentence qui le condamne; et c'est ce qu'elle fait toute seule avec une autorité souveraine : au contraire, pour donner la vie, il faut qu'elle soit écrite au dedans, parce que c’est là qu’elle doit agir ; et elle n’y peut entrer par ses propres forces : elle retentit aux oreilles, elle brille devant les yeux ; mais elle ne pénètre point dans le cœur : il faut que le Saint-Esprit lui ouvTe l’entrée; par où nous pouvons aisément comprendre le raisonnement de l’apôtre. Tant que In loi demeure hors denous, qo’eilefrappe seulement les oreilles, elle ne sert qu’à nouscondamner;c’est pourquoi c’est une lettre qui tue : et lorsqu'elle entre dans l’intérieur pour y opérer le salut des hommes, c’est le Saint-Esprit qui l’y grave; c’est pourquoi c’est

' Fxitd 12 el wi|q

l'Espritqui nous vivifie. Comme nous sommes tout ensemble durset ignorants , il ne suffit pas de nous enseigner il faut encore nous amollir. .Ainsi vous n’avez rien Ihit, ô divin SauveurI de nous avoir préché au dehors les préceptes de votre Evangile, si vous ne parlez au dedans d’une manière seci-éte et Intérieure, par l’effusion de votre Esprit saint. De là il est fiieile d’entendre quelle est l’opération de la loi, et quelle est celle de l’Esprit de Dieu. Farce qu’il voit que la loi nous tue , quand elle agit seulement au dehors, il l'écrit dans le fond du cœur, afin qu'elle nous donne la vie. L'équité de la loi se présente à nous, sa sévérité nous menace; et le Saint-Esprit qui nous meut, afin que nous puissions éviter la sévérité qui condamne , nous fàit aimer l’équité qui règle : de peur que nous soyons captifs sous la loi , comme criminels , il fait que nous l’embrassons comme scs amis, et c’est ainsi qu’il nous vivifie. De sorte que tout le dessein de l’apôtrc , dans le passage* que nous expliquons, c’est en premier lieu de nous faire voir la loi ennemie de l’homme i-échcur, qui le tue et qui le condamne; et ensuite l’homme pécheur, devenu ami de la loi, qui l'embrasse et qui la chérit par l'opération de la grâce. Et qu’est-ce qu’écrire la loi dans nos cœurs, sinon faire que nous l’aimions d’une affection si puissante, que, malgré tous les obstacles du monde, elle devienne la règle de notre vie?

DEUXIÈME SERMOiN

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