‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 78 sur 273 · SUR LES DEVOIRS · texte numérisé non relu

SUR LES DEVOIRS

et de soumission parfaite , sans murmure ni chagrin. En toutes choses soumettez votre Jugement h celui de l'obéissance, avec une entière docilité, ne donnant point lien à votre esprit propre de raisonner et de réfléchir surceque les supérieurs vous ordonnent , et sur les dispositions qu'ils font de vous. Obéissez-leur comme é Jésus-Christ : cherchez, mes filles, la pais et le repos dans l'obéissance; vous ne la trouverez pas ailleurs.

Je vous raidit au commencement , et Je vous le dis encore : Soyez soumises, soyez dociles et parfaitement résolues de travailler à votre perfection , vous y devez tendre et aspirer incessamment par la fidéltté en la pratique de ces vertus. C'est votre état qui vous y oblige expressément, pour remplir dignement les devoirs de votre vocation et vous acquitter de vos promesses et de vos vœux. Voilà l'unique désir que vous devez avoir; votre salut en dépend : car rarement , faites attention à ceci , fait-on son salut en religion , si on ne tend à la perfection. Non, je ne crois point, et ce n'est point mon opinion , qu'une religieuse se sauve quand elle n'est point dans la résolution de tendre à celte perfection, quand elle n'y aspire point, et qu'elle n'y veut point travailler. Portez-y donc, mes filles, tous vos désirs; aspIrez-y de tout votre cœur; travaillez-y sans relâche Jusqu'à la mort : envisagez toujours le plus parfait ; ayez à cœur de garder les plus petites règles , sans toutefois trop de scrupule. Attachez-vous aux pratiques solides qui conduisent à la perfection, et non pas à ces craintes scrupuleuses qui ne sont point la véritable vertu. Necraignez point de vous soumettre à certains petits soulagements, aux Jours de Jeûne, que l'obéissance ordonne de prendre à celles qui sont dans l'emploi de l'institut. Cen'est pas pour satisfaire la nature, que l'on désire cela et qu'on vous l'ordonne ; mats pour soulager et subvenir à la faiblesse, et pour mieux supporter la fatigue et le travail de l'instruction. Vos règles sont bien faites; elles ont été examinées et approuvées : celles qui vous ont précédées en ont usé de même. Allez en esprit de confiance; marchez avec sûreté en obéissant, et quittez ces appréhensions frivoles : Je vous décliarge de toutes ces vaines craintes ; Je lève tous les scrupules : ce n'est point sur ces sujets que vous devez tant craindre; mais vous devez toujours appréhender la négligence en l'acquit de vos devoirs. Estimez et embrassez toutes les pratiques de la vie religieuse avec ferveur et amour; car toutes ces choses vous conduiront infailliblement à la plus haute perfeetion : ce sont des degrés qui vous y doivent acheminer tous les jours. C'cbt dans rexaelc observance de v os vœux

et de vos règles, que vous devez faire consister toute votre perfection. Ce n'est pas dans ces entretiens, ni dans ces belles paroles, ni même dons ces sublimes contemplations, vaines et apparentes, qu'elle consiste : non, ce n'est point dans toutes ces élévations de l'esprit; mais elle est uniquement et très-assurément dans la pratique d'une profonde bumilité et parfaite obéissance.

Croyez-moi, mes filles, et ne pensez donc plus qu'à votre perfection. Laissez-vous conduire sans résistance : Je vous en conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu. Jusqu'à présent Je ne vous ai parlé qu'avec douceur, charité, béniguité et miséricorde : Je n'ai fait peine à personne; J'ai tout ménagé, tout épargné : J'ai même tout pardonné et tout oublié. Je n'ai point voulu faire confusion à personne; il n’y en a pas une qui paisse se plaindre d'avoir été traduite devant les autres : personne ne peut dire qu'on ait diminué sa réputation, ni qu'on l’ait déshonorée en la présence de ses sœurs. Mais que disje, déshonorée? serait-ce un déshonneur pour une religieuse, de lui faire trouver et pratiquer l’humilité? Bien loin donc de reprendre et corriger personne , Je vous al toutes mises à couvert Jusqu’à présent; J'ai usé de toutes sortes de douceur : mais si , à l'avenir, il y en avait, à Dieu ne plaise I quelques-unes indociles, désobéissantes à nos ordres, rebelles à nos lois, et qui ne fussent pas disposées à profiter de notre douceur et bénignité ; qu'elles prennent garde d’irriter la colère de Dieu , et de nous contraindre de changer notre première douceur en sévérité et en rigueur : qu'elles ne nous obligent pas à exercer sur elles la puissance ecclésiastique. Nous savons le pouvoir que l’Église nous donne par notre autorité épiscopale : nous n’ignorons pas que Dieu nous met en main cette puissance de l'Église pour châtier les .esprits rebelles , et pour leur faire sentir toute sa sévérité.

Voulez-vous, disait saint Paul à des gens opiniâtres', que Je vienne à vous avec la verge en main et en esprit de rigueur, ou bien avec douceur et suavité? J’en dis de même, si vous m'obligez de prendre cette verge de correction ; cette verge, dis-je, qui est capable de confondre, d'abattre et d'écraser en vous anérmtissant Jusqu’au centre de la terre. Lorsque nous sommes contraints d’en frapper les désobéissants et contumaces, et d'exercer ce pouvoir redoutable, cela est capable de faire trembler, et Je frémis moi-même quand J’y pense; car c’est fe commencement du jugement de Dieu, et même c'ert

» Cor. IV, îl-

DK L\ VIE KEUCIEUSE.

rexécution de la sentence qu'il prononcera intérieurement contre une âme rebeiie et indocile. An nom de Dieu, mes filles, ne me contraignez pas de vous traiter de la sorte; soyez dociles et parfaitement soumises A toutes nos ordonnances : ne méprisez pas la grâce ; ne l'outragez point indignement : prenez-y garde , mes soeurs. Quoi I serait-il possible qu'il y en eût quelqu'une de vous qui voulût nous percer le coeur et en même temps le sein , et me navrer de douleur par sa perte et sa rébellion? Ne me donnez pas ce déplaisir, et celui de me voir obligé d’accuser et citer an jugement de Dieu celles qui n'auralent point fait profit de nos paroles et de nos instructions. Pour éviter ce malheur , gravezles , je vous coqjure , au milieu de vos coeurs et de votre esprit; iraprimez-les dans votre âme, et généralement dans toute votre conduite intérieure et extérieure, et ne les oubliez jamais. Croyez, mes filles , que tons nos soins , nos peines, nos veilles, nos sollicitudes, nos regards, nos paroles , et enfin toutes nos actions sont formées et animées par l'esprit et la charité de Jésus-Christ , qui réside en nous par la dignité de notre caractère; et sortent même des entrailles de la miséricorde de Dieu , pour vous conférer la grâce à laquelle il faut que vous soyez fidèles ; en sorte que vous ne pensiez plus qu'à servir Dieu avec tranquillité et perfection.

Ainsi , mes tilles, â présent que vous m’avez toutes déchargé vos coeurs, soyez en paix; et comme je vous disais au commencement de cette visite : que tout ce que vous me diriez , ma conscience en demeurerait chargée; au contraire, eeque vous me tairiez, voua en demeureriez chap gées vous-mêmes : vous y avez tout déposé , vous m'avez parlé toutes avec simplicité et ouverture de cœur. Demeurez à présent paisibles, sonmises et dans la douceur, comme de véritables servantes de Dieu. Je vous pois rendre ce témoignage, pour votre consolation, qu'il y a dans cette maison de bonnes âmes qui ont de la vertu , qui veulent la perfection , et désirent beaucoup de se renouveler encore. Vivez donc en repos et dans le silence : ayez un soin et une vigilance toute spéciale de vous avancer de jour en jour dans les plus hautes vertus : marchez à grands pas â la perfection de votre état. Si vous continuez , mes filles , dans les bonnes dispositions où je vous vols toutes, vous serez vraiment ma joie, ma consolation et ma couronne au jour du Seigneur. Voilà, mes chères filles, ce que j’attends et espère de vous : donnez-moi cette consolation ; respectez-vous les unes les autres : je vous le dis et vous le recommande derechef. Car enfin , mes filles, vous êtes rornement de l'Église, vous en faites la plus belle

partie; vous êtes la portion et le troupeau de Jésus-Christ. Ne dégénérez pas de ces nobles et sublimes dignités ; ne démentez pas aussi cette qualité si auguste d'être tes épouses de Jésus-Christ : ne déshonorez pas votre mère la sainte Église ; et ne blessez pas le cœur de son Époux, qui serait percé de douleur s'il ne vous voyait pas tendre à la pratique des vertus solides.

Après vous avoir exhortées à la perfection de votre état , comme j’y suis oblige par mon ministère ; quoiqu'en perfectionnant les antres nous nous laissions tomber malheureusement tous les jours dans des fautes , et qu’en veillant sur autrui nous ne prenions pas assez garde à nous-mêmes : je vous dirai comme saint Paul ' , que je crains qu'après avoir enseigné et prêché les autres je ne sois moi-même condamné de Dieu. Demandez donc pour moi sa miséricorde, dont j’ai tant de besoin pour opérer mon salut ; afin que je ne sois pas jugéau dernier jourà lariguuur. Je m’en vais, mais ce ne sera pas pour longtemps; et si les affaires de l'Église m'obligent à m’éloigner un peu de vous , c'est par nécessité; et je puis dire avec saint Paul ’ : que si je m'absente de corps , je demeure en esprit avec vous. Je ne vous oublierai point ; vous serez toutes aussi présentes à mon esprit, et encore plus particulièrement depuis celte visite, que devant.

Mais faites en sorte que j'aie la consolation d'entendre dire à mon retour, qu'il n'y a plus dans cette maison qu'un même cœur en esprit de Jésus-Christ par le lien d’uiie très-étroite charilr ; ■que je ne trouve ici rien de bas, rien de rampant , point d'amusements; en un mot faites que j’apprenne que l'on a profité de nos avis, de nos instructions et de nos ordonnances. Ah! queje.soubaiterais, mes filles, que vous puissiez toutes parvenir à cette parfaite conformité que vous devez avoir avec votre Époux I ce serait pour lors que vous seriez remplies d'une abondance de grâces que l’on oc peut pas exprimer. Quelle gloire pour vous, d'être ainsi pénétrées de Dieu! quel bonheur, quelle félicité, quel excès, quelle joie et consolation I quelle exultation et quel triomphe au jour du ligueur, auquel vous parvien drez toutes , comme J’espère et désire , par la miséricorde de Jésus-Christ , lequel je prlede vous remplir de grâces en ce monde et de gloire en l'autre ; et en son nom , je vous bénis toutes.

Monseigneur ayant fini son exhortation, étant debout, et près de monter au parloir pour revoir en particulier une seconde fois la communauté , du encore, avant que de nous quitte/, ce peu de mots dignes (t être remarqués ;

‘ I. r<tr. IX . 17.

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