DE LA VIE RELIGIEUSE
est capable d'offenser les yeux de votre divin Epoux.
Renouvelez-vous donc aussi, mes filles, dans l'esprit de votre vocation : souvenez- vous de votre consécration, de l'oblation et du sacrifice de vos voeux de chasteté , de pauvreté et d’obéissance.
Et premièrement la chasteté ; la perfection de cette noble vertu est un retranchement général de tous plaisirs des sens. Je n’entends pas parler ici de ces vices grossiers , qui ne se doivent pas seulement nommer parmi nous , ni de la privation des plaisirs légitimes du monde : mais vous devez surtout la faire consister dans cette pureté intérieure de l’éme, dans cette mortification parfaite des sentiments de la nature; ne souffrir nulle attache ni aucun désir de satisfaire les sens , pas le plus petit plaisir hors de Dieu ; et de plus, ne soufféir aucun amour étranger, qui puisse partager vos cœurs : car des épouses de Jésus- Christ ne le doivent jamais partager ni diviser pour la créature. Ce cœur est à lui : vous le lui avez donné tout entier lorsque vous vous êtes consacrées à son service. Fuyez donc, mes filles, et ayez en horreur ces amitiés qui le divisent. Évitez , comme un très-grand mal , ces liaisons particulières ; fuyez , comme la peste , les partialités , ces liens particuliers qui vous désunissent du général : c’est à quoi vous devez penser sérieusement. Qu’il n’y en ait donc point entre vous , mes filles, à l’avenir, si vous voulez être parfaitement à Jésus-Christ votre époux.
Le vœu de pauvreté vous oblige premièrement à être pauvres en commum ; c’est-à-dire , mes filles, qu'il faut que vous ménagiez toutes le bien de la communauté , prenant garde à ne le point consommer sans véritable besoin : que toutes aient le nécessaire ; mais rien de superllu et d’inutile : non point par épargne, ni par une avarice sordide; mais par un esprit de pauvreté et de vrai dénùment intérieur , qui vous fasse passer légèrement sur les choks de la vie humaine, et qui vous rende fidèles à ne vous y pas répandre et attacher, mais plutôt à vous en dégager pour l’amour de Jésus-Christ, en qui vous avez toutes choses. Que l’esprit de cette humble pauvreté soit donc parmi vous : ayez soin de ne rien perdre, de ne rien dissiper, et de ne rien laisser ^ter. Épargnez le bien de la maison ; parce que vous êtes des pauvres, et parce que c’est le bien de Dieu , dont il vous donne l’usage seulement pour votre besoin , et non pour vous permettre aucunes superfluités ni satisfactions inutiles. Les gens pauvres ne portent leurs pensées qu’aux choses expressément nécessaires dans leur état d’indigence , où nous voyons que le
moindre déchet leur est de conséquence. Dans un triste ménage , un pot cassé est une perte considérable. Souvenez- vous donc, mes filles que vous êtes des pauvres, et que vous dete.: par conséqueut ménager le bien de la religion , qui appartient à Dieu ; et qu’étant les épouses de Jésus-Christ pauvre, vous devez chérir sa pauvreté. Il y a des occasions qui sont de légitimes objets de libéralité , et où la piété l'inspire ; comme la charité envers les pauvres , le soulament des misérables et des affligés, et encore lo zèle pour la décoration des saints autels , selon les moyens que Dieu en donne.
Mais il y une seule chose, mes filles , où vous devez toujours être libérales; c’est envers vos pauvres sœurs infirmes et malades. Il ne faut point craindre ici de l’être trop à leur égard ; puisque vous devez même prévenir jusqu’à leurs petits besoins, pour éviter les sujets de plaintes et de murmures, quoiqu’il faille togjours mortifier la nature ; mais quand elle est surchargée et accablée par la maladie, c’est alors qu’il faut la soulager avec douceur et charité, sans rien obliger ni épargner pour son soulagement. Toutefois, il ne faut pas avoir égard aux petites délicatesses : il ne faut rien accorder à la nature, mais tout au besoin. Estimez donc, mes filles, les malades ; aimez-les, respectez-les et les honorez, comme étant consacrées par l’onctiou de la croix, et marquées du caractère de Jésus-Christ souffrant. Comme il faut représenter les vrais besoins à la mère supérieure, 'c’est à elle aussi à y pourvoir charitablement : mais il se faut abandonner, et se dégager des trop grands empressements de la nature. Faites état , mes Allés, de la pauvreté que vous avez vouée et que vous professez; aimez-la, même dans le temps de la maladie, et, partout, accoutumez-vous à faire tous les jours une circoncision spirituelle, qui vous fosse éviter l’Iuatilité et retrancher le superflu. C’est a quoi vous devez tendre , et ce que votre saint état vous demande et vous prescrit.
Pour ce qui est de l’obéissance , c’est le fondement solide de la vie religieuse. C’est eu cette vertu , mes filles, que l’on trouve la joie, la paix véritable du cœur , et la sûreté entière dans l'état que vous avez embrassé : ainsi vous devez mettre en cette vertu toute votre perfection. Do plus vous devez y trouver le repos de vos âmes , et chercher en elle un véritable contentement ; car hors de là vous ne rencontrerez qu'incertitude , qu’égarement et que trouble. Reposez-vous donc, mes Allés, entièrement sur l’obéiasancc , et regardez-la toujours comme le principe de vo • tre avancement et de votre salut. Obéissez à vos supérieurs avec un esprit de douceur, d’humilité