‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 83 sur 273 · RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

RELIGIEUSE

eltroordioaires , et après avoir examiné leur conduite. Moi donc, à qui Dieu a commis le soin de ce diocèse , et à qui , tout indigne que je suis , Dieu a mis cette charge sur les épaules, qui me fait gémir et soupirer à toutes les heures du jour, par la pesanteur du poids qui m’accable, estimant mes épaules trop faibles pour le pouvoir porter; moi qui me rends tous les Jours , par mes péchés, digne des plus grands châtiments de la colère de Dieu : or je reviens , et je dis : Si Dieu eilt permis que vous enssiex un méchant évéque , il faudrait bien que vous me souffrissiez tel que je serais; parce que étant votre pasteur, vous êtes obligées de m’obéir. Je le dis de même de ceux qui vous sont donnés par notre autorité pour la conduite de vos âmes , à qui vous devez vous assujettir comme à Dieu ; puisqu'ils vous sont donnés et établis et approuvés de notre autorité.

Vous me direz et me répondrez peut-être que l’Église ne vous contraint et ne vous oblige pas à cela. Il est vrtü; puisque , en quelque façon , vous ne dépendez que de l’évéque seul. Mais que serait-ce, mes filles, si dans le corps humain tons les membres voulaient exercer les mêmes fonctions 7 II faut que chacun demeure à la place qui luiestconvenable. Jedis le même, mes sœurs, de la subordination qui doit être parmi vous. S! l’obéissance n’est point gardée en cette maison , ce ne sera que confusion et un continuel désordre ; tout ira h la division , et & la ruine totale de la perfection.

Savez- vons, mes sœurs, d’où viennent les schismes et les hérésies dans l’Église? Par un commencement de division et de rébellion secrète. C’en est là un commencement que je trouve ici. Prenez-y garde ; car j’ai reconnu, dte le commencement de la visite, que les unes veulent trop, les antres pas assez : cela marque trop d’empressement et d’attachement à ce qui est de l’homme. Écoutez ce que dit Saint Paul au peuple de Corinthe ■ : • J’ai appris qu’il y a des par-

• tialités entre vous ; l’un dit : Je suis à Pierre ;

• l’antre dit , Je sois à Paul , moi à Apollo, moi

• à Céphas, et moi à Jésus-Christ. Jésus-Christ

• est-il donc divisé? Paul a-t-il été crucifié pour

• vous ? avez-vous été baptisés an nom de Paul ? > Mais saint Paul, que répondit-il à ces gcns-la? leur dit-il : Laissez-moi faire , je dirai à Pierre qu’il se retire, et qu’il ne vous parle plus; Apollo, Céphas, ne vous en mêlez plus : ne vous mettez pas en peine , je m’éloignerai moi-même , et ferai en sorte que Jésus-Christ viendra en personne Voua conduire et vous gouverner en ma place? Eh I quel discours, mes filles, ne sommes-nous

' I Oir. I, 11. lï.

pas tons à Jésus-Christ, et Jésus-Christ n’est-il pas pour tous? Qu’est-ce que vous trouvez dans ce prêtre? J’ai examiné et approuvé sa conduite : il est de bonnes mœurs , il a la charité , il est rempli de zèle, il a l’esprit et la capacité de son ministère.

Enfin , on veut pousser à bout : Fera-t-on , ne fera-t-on pas? Ah I le voilà dit ; qu’on ne m’eu parle plus. Je vous déclare que je le veux et que je ne changerai point : je serai ferme , et ne me laisserai point ébranler par tout ce que vous me pourriez dire, jusqu’à ce que le Saint-Esprit me fasse connaître autre chose , et que je vous voie toutes dans une si parfaite obéissance sur ce sujet , qu’il ne reste pas la moindre répugnance ni résistance sur ce qui a été du passé. Je veux vous voir dans une parfaite soumission à mes ordres ; à moins de cela, n'attendez rien autre chose de moi. Abandonnez-vous donc à moi , mes chères filles, pour le soin de votre perfection. Je sais mieux ce qui vous est utile que vous-mêmes : j’en fais mon principal , comme si je n’avais que cela à penser.

Je vous conjure , mes filles , de vous tenir en union les unes avec les autres , par ce lien de la charité qui unit tous les cœurs en Dieu. Que je n’entende plus parler de divisions , de partialités. Que l’on ne tienne plus ces discours : L’on parle plus à eelle-ci , on ne parle point à cette autre; on parle rudement à celle-ci, on parle doucement à celle-là ; on ne me traite pas comme certaines. Eh I les ministres de Dieu ne sont-ils pas à tous, et ne se font-ils pas tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ? Vous vous arrêtez trop à ce qui est humain et extérieur, sans considérer la grâce intérieure qui vous est conférée par le pouvoir du caractère qui est dans ce ministre de Jésus-Christ. Ainsi , vous recevez toujours l’effet du sacrement. Que ce soit de cc monsieur-ci ou de ce monsieur-lâ, que vous importe? Agissez surnaturel lement , et par des vues plus spirituelles et dégagées des sens.

Croyez-moi , mes filles, mettez-vous dans cos dispositions, et vous expérimenterez une grande paix et tranquillité d’esprit. Qu’on ne voie plus entre vous d’ambition , d’envie, de jalousie. Qu’on n’entende plus parmi vous ces plaintes si peu religieuses ; On élève cette personne, on la met dans cet office, et moi je n’y suis pas. Tous sont-ils propres à une même charge ; et , comme dit saint Paul ' , • tous sont-ils docteurs , tous « sont-ils prophètes, » tous sont-ils capables d’un même emploi ? Mais la vertu est utile à tous, et tous sont obligés de se rendre capables de la

« I. Cor. iti I Z9.

Dignuieu uy

SUR LE SILENCE

pratiquer. C'est pourquoi dilatez, dilatez vos coeurs par la charité; n’ayez point des coeurs rétrécis, resserrés et petits : allez à Dieu en esprit de confiance , courez à grands pas dans ia voie de la perfection; afin que vous puissiez croître de vertu en vertu jusqu'à ce que vous parveniez toutes à ia consommation de la gloire, que je vous souhaite en vous bénissant au nom du Père , du Fils, et du Saint-Esprit.

Après que Monseigneur eut achevé sa conférence, il dit encore ce peu de mois en s’adressant à notre mère supérieure :

Ma mère , je vous recommande cette communauté; soyez-leur toujours une bonne mère, comme vous leur avez été jusqu’à présent. Il faut que vous ouvriez vos entrailies , et que vous élargissiez votre sein , pour ies recevoir toutes , et pourvoir à leurs besoins. De leur part il faut aussi qu’elles se rendent obéissantes et soumises a ce que vous leur ordonnerez , sans vous faire peine.

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