SUR LA PERFECTION
raainc : il faut qu'il n'y ait rien entre Jésus-Christ et l'Ame, entre l'Époux et l'épouse; il faut être pures comme les aiigi», afin de pouvoir être dignes d'être présentées devant le trdne de Dieu.
Quelle doit être enfln , mes filles , votre obéissance I Elle ne doit pas seulement être extérieure et pour quelque temps; mais toujours la même et perpétuelle , accompagnée des sentiments du coeur, de l'esprit et de la volonté. Car qu'est-ce qu'une obéissance extérieure et forcée? On dira ; Il faut obéir seulement & l'extérieur; car si je me révolte et que je marque de l'empressement, on ne m'accordera pas ce que je demande : parce qu'on pourrait croire que je suis préoccupée de passion. Il faut avoir encore patience trois mois ; on verra ce qu'il fera. On met ainsi des bornes, et on marque l'obéissance jusqu’à un certain temps. Est-ce là une obéissance ; ou plutôt , pour la bien nommer par son propre nom , n'est-ce pas une vraie désobéissance?
Je demande de vous , mes sœurs , une obéissance et soumission d'esprit parfaite. Il faut prendre ce glaive dont Jésus-Christ parle dans son Évangile ■ , cette épée , ce couteau à deux tranchants qui divise le corps d'avec l'esprit; qui coupe, qui tranche, qui sépare, qui anéantisse la volonté, le jugement propre. Quand on veut ouvrêr un corps , on se sert des rasoirs les plus Ans et les plus délicats pour couper et séparer les muscles des nerfs , des tendons ; on fouille partout dans les entrailles, jusqu’au cœur et aux veines les plus délicates ; on sépare et on divise tout , iusqu'aux moindres petites parties. Ainsi il faut prendre cette épée à deux tranchants, qui coupe de tous côtés , à droite et à gauche ; qui sépare et divise , qui anéantisse et retranche tout ce qui est contraire à l'obéissance, jusqu’aux moindres libres.
Ces paroles de l’Évangile sont considérables et méritent une grande attention, pour atteindre a la pratique de l’obéissance ; « Que celui qui ■ veut venir après mol , se renonce sol-même ’. • AhI que ces paroles sont dures, je l’avoue, et qu'elles sont difficiles à embrasser I Ces paroles sont bientôt dites , et sont plus aisées à dire qu'à faire. Mais il faut que le sacriAcc soit entier ; il faut que l’holocauste soit parfait , qu'il soit jeté ou feu, entièrement brûlé, détruit et consumé, pour être agréable à Dieu. Et comme il ne désire autre chose de vous, mes Ailes, qu’une parfaite obéissance , travaillez-y donc ; c'est le vrai moyen de parvenir à cette perfection à laquelle vous devez tendre incessamment. Tous les chrétiens y sont obligés ; combien devez-vous plus vous y
■ AfoM». x.st.
* Ibid. XVI , a*.
avancer, puisque vous avez beaucoup plus de moyens I N’ayez donc que ce soin , de vous occuper sans cesse de votre perfection. Car j'ai plus de désir, de soin et de sollicitude de votre perfection , que vous n’en pouvez avoir vous-mCmes.
Je puis vous rendre ce témoignage , et me le rendre à moi-même comme étant sous les yeux de Dieu , que je vous porte toutes écrites dans mon cœur et empreintes dans mon esprit. Je n’ai pour vous que des entrailles de miséricorde : je connais tous vos besoins , je sais toutes vos nécessités ; et , comme je vous al dit plusieurs fois , j’ai tout entendu, et n'ai pas oublié un seul mot ni une seule syllabe : rien n'est échappé à ma mémoire de tout ce que vous m'avez dit chacune en particulier. Ce n'est donc point pour m’exempter d'avoir cette sollicitude et cette sainte inquiétude , que je ne me rends pas à ce que vous souhaitez : au contraire plus je verrai que vous aurez d'obéissance , plus je serai porté à prendre un grand soin de votre avancement. Donnez-moi donc cette consolation : que je dise que vous êtes mes véritables filles sons ma main; car je suis jaloux du salut de vos âmes.
Pourquoi croyez-vous, mes filles, que je demande de vous une si grande perfection? est-ce pour moi ? m'en revient-il quelque chose ? Point du tout ; je recevrai seulement bonne édification de votre vertu et de votre obéissance. Mais croyez que c'est principalement pour vous , pour votre salut, et pour éviter ce jugement terrible et cette condamnation qui se fera d'une àmc qui n’aura pas fait usage des moyens de perfection pour assurer son salut Travaillez incessamment à l’acquérir ; et demeurez toujours dans les bornes d’une parfaite soumission à tout ce que l'on souhaitera de vous. Et pour ce sujet il est à propos et convenable de vous faire connaître, comme par degrés, les principes qui doivent vous diriger, et de vous instruire de l'ordre et de la discipline de l'Église. Car je crois que vous êtes filles de l'Église; et par conséquent vous êtes plus capables d’en concevoir les règles, qu'il ne faut pas que vous ignoriez.
Apprenez donc, mes filles, aujourd'hui sa conduite, et qu'elle ne se porte pas facilement ni légèrement à changer les personnes qui servent , par leur ministère , à la conduite des Ames , et comme il y a une subordination dans les règles qu’elle observe.
Par exemple les prêtres sont amovibles, et les évêques sont perpétuels. Les prêtres dépendent et sont sous l’autorité des évêques, et ce sont les évêques qui les établissent dans les fonctions de leur ministère. Or, quoique cela soit, on observe de ne les point ôter que pour des causes