SÜR L’UNION DE JÉSUS-CHRIST
Comme il est vif et agissant, il le Ure du profond sommeil où il était comme enseveli : il le blesse pour le guérir ; il le touche pour le ramollir, parce qu’il est dur comme le marbre. Il y déracine ies mauvaises habitudes; il y détruit les inclinations déréglées, et il y plante la vertu. S'il est sec, il l’arrose des eaux de sa grâce; s’il est ténébreux, il l’éclaire de ses lumières ; s’il est fermé, il l’ouvre; s’il est serré , Il le dilate ; s’il est froid, il le réchauffe ; s’il est courbé, il le redresse. Je connais la grandeur de son pouvoir, parce qu’il donne la chasse anx vices ; et qu’il n’a pas plutAt paru, que ces monstres prennent la fuite. J’admire sa sagesse , quand il me découvre mes défauts cachés dans les plus secrets replis de mon Ame. Le changement qu’il opère en moi par l’amendement de ma vie, me fait goûter avec plaisir tes douceurs de sa bonté : le renouvellement intérieur de mon Ame me découvre sa beauté ; et tous ces effets ensemble me remplissent d’un étonnement extraordinaire, et d’une profonde vénération de sa grandeur.
Si les entretiens de l’Époux étaient aussi longs qu’ils sont agréables à l’épouse, elle serait trop heureuse et satisfaite : mais quoiqu’il ne l’abandonne Jamais, si elle ne l’y oblige par quelque offense mortelle, il ne laisse pas de lui soustraire souvent le sentiment de sa présence par un effet tout particulier de sa bonté, que noos avons coutume d’exprimer par ces noms d’éloignement, de fuite et d'absence. C’est une mer qui a son flux et son reflux, ses mouvements réguliers et irréguliers qui nous surprennent. C’est un soleil qui donne la lumière, et la retire quand il lui plaît : sa clarté donne de la joie A notre Ame; son éloignement lui cause bien des soupirs et des gémissements.
Dieu m'est témoin, dit Origène ', que J’ai souvent reçu la visite de l’Époux ; et qu’aprte l’avoir entretenu avec de grandes privautés , il se retire tout d’un coup , et me laisse dans le désir de le chercher, et dans l’impuissance de le trouver. Dans cette absence. Je soupire après son retour ; Je le rappelle par des désirs ardents; et il est si bon qu’il revient. Mais aussitAt qu’il s’est montré, et que Je pense l'embrasser, il s’échappe de nouveau ; et moi Je renouvelle mes larmes et mes soupirs.
Cette conduite est propre à l’état où nous vivons dans cet exil ; état de changement, sujet à plusieurs vicissitudes qui interrompent la Jouissance de l'épouse par de fréquentes privations. Nous n’avons ici qu’un avant-goût, un essai , et comme l’odeur de la béatitude. Dieu s’approche
de nous comme s’il voulait se donner A noos; et lorsque vous pensez le saisir, il se retire A l’instant. Et comme l’éclair, qui sort de la nue et traverse l’air en un moment, éblouit la vue plutAt qu’il ne l’éclaire; de même cette lumière divine, qui vous investit et vous pénètre, fait un Jour dans la nuit, une nuit mystique dans le Jour. Vous êtes touché subitement, et vous sentez cette touche délicate au fond de l’Ame; mais vous n’apercevez pas celui qui vous touche. On vous dit intérieurement des paroles secrètes et ineffables, qui vous font connaître qu’il y a quelqu’un auprès de vous , ou même au dedans de vous qui vous parle; mais qui ne se montre pas A découvert.
Dieu se présente A notre cœur; il lui Jette un rayon de lumière, il l’invite, il l’attire, il pique son désir : mais parce que le cœur ne sent qu’A demi cette odeur et cette faveur délicieuse, qui n’a lien de commun avec les douceurs de la chair, il demeure ravi d’étonnement; et la souhaite avec d’autant plus d’ardeur qu’elle surpasse tous les contentements de la terre : son désir est suivi de la Jouissance. BieûtAt après suit la privation, qui, par la renaissance des désirs qu’elle rallume, fait un cercle de notre vie, qui passe continuellement du désir A la Jouissance , de la Jouissance A l’absence, et de l'absence au désir.
Qui est-ce qui me pourra développer le secret de ces mystérieuses vicissitudes , dit saint Bernard ' 7 Qui m’expliquera les allées et les vennes , les approches et les éloignements du Verbe? L’Époux n'est-il point un peu léger et volage? D’où peut venir et où peut aller ou retourner celui qui remplit toutes choses de son immense grandeur? Sans doute le changement n’est pas dans l’Époux; mais dans le cœur de l’éponse, qui reconnaît la présence du Verbe lorsqu'elle sent l’effet de la grAce : et quand elle ne le sent plus , elle se plaint de son absence , et renouvelle ses soupirs. Elle s’écrie avec le prophète : • Seigneur, mon cœur vous a ■ dit : Les yeux de mon Ame vous ont cherché ’. » Et peut-être, dit saint Bernard’, que c’est pour cela que l’Époux se retire ; afin qu’elle le rappelle avec plus de ferveur, et qu’elle l’arrête avec plus de fermeté : eomme autrefois s’étant Joint aux deux disciples qui allaient A Emmaùs, il feignit de passer outre; afin d’entendre ces paroles de leur bouche même : Mane nobiscum, Domine*. « Demeurez avec nous , Seigneur ; » car il se plaît A se faire chercher ; afin de réveiller nos soins et d’embraser notre cœur.
■ /ji Caul. StTin. uxnr, n* i,ool. ISM, IU7.
* Pm. XXVI, 8.
> S. Bcrn. iHd. n* 3 , ool. 1837.
' Lui. XXIV, 2V.
Ole ■ zed Dy Cooÿlc
' in Cant. üomit. i, d* 7, t. Ul,p. 10.