‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 95 sur 273 · P>. LU · texte numérisé non relu

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* h tvill, 12. 13. 14.

fascine I II ne peut arracher du cœur de l'homme le principe de religion qu'il y voit trop profondément gravé; il lui donne, non son emploi légitime, mais un dangereux amusement, afin que, déçus par cette apparence , nous croyions avoir satisfait par nos petits soins aux obligations sérieuses que la religion nous impose : détrompezvous, chrétiens. Priez la sainte Vierge, Je vous y exhorte. Elle nous fortifiera dans les tentations, elle nous impétrera la chasteté qui nous est si nécessaire; elle nous obtiendra du vin pour notre banquet , c'est-à-dire , ou de la charité dans notre conduite , ou du courage parmi nos langueurs. Mais écoutez comme elle parle dans les noces de Cana à ceux pour lesquels elle a tant prié ; • Fai- • tes ce que mon iils vous ordonnera : <• Quodcumque dixeril vobis , facile'. J'ai prié , J'ai intercédé; mais faites ce qu'il vous dira ; c'est à cette condition que vous verrez 1e miracle et l'effet de mes prières. Ainsi je vous dis , mes frères : Attendez tout de Marie, si vous êtes bien résolus de faire ce que Jésus vous commandera ; c'est la loi qu'elle vous prescrit elle-même.

Mais vous me dites ; Où me poussez-vous? quitterai-je donc toutes mes prières, jusqu'à ce que j'aie résolu de me convertir tout à fait à Dieu ; et vivrai-je , en attendant , comme un infidèle? Non, mes frères, à Dieu ue plaise I Dites toujours vos prières; j’aime mieux vous voir pratiquer des dévotions imparfaites, que de vous voir mépriser toute dévotion et oublier que vous êtes ehrétiens. Le médeein qui vous traite d’une maladie dangereuse et habituelle , vous ordonne des remèdes forts ; mois il ordonne aussi des fomentations et d'autres remèdes plus doux. Vous pratiquez les derniers, et vous n'avez pas le courage de souffrir les autres ; il vous avertit sagement que vous n'achèverez pas votre guérison. Vous vous Irritez contre lui, ou plutôt contre vous-même ; et vous lui dites que vous quitterez tout régime , et que vous laisserez à l’abandon votre santé et votre vie. Il ne s'aigrit pas contre vous ; et il regarde votre chagrin comme une suite fâcheuse ou plutôt comme une partie de votre mal , et il vous répond : Ne le faites pas ; prenez toujours ces remèdes , qui du moins ne vous peuvent nuire et qui peut-être soutiendront un peu la nature accablée. Mais à la fin vous périrez sans ressource , si vous ne faites de plus grands efforts pour votre santé. Ainsi Je vous dis, mes frercs : Pratiquez ces dévotions, faites ces prières ; j'aime mieux cela qu’un oubli total et de Dieu et de vous-mêmes. Mais ne vous appuyez pas sur ees légères pratiques; elles em^hent

* JfMtn. II. &.

SUR LA NATIVITÉ

peut-être un plus grand malheur : e'est-it-dire , l'impiété toute déclarée, et le mépris tout manifeste de Dieu ; et c’est pour cela qu'on vous les souffre : mais sachez qu’elles n’avancent pas votre guérison , et que , si vous y mettez votre appui, elles en seront bien plutôt un perpétuel obstacle. Car écoutez ce que le Saint-Esprit a dit de vos œuvres et de vos dévotions superstitieuses : •< lis ne cherchent pas la justice et ne jugent pas

- droitement. Ils mettent leur conflance dans des

■ choses de néant, et ils s’amnsent à des vanités.

- La toile qn’ils ont tissue est une toile d’araignée ;

• et pour cela, dit le Seigneur, leur toile ne sera

■ pas propre à les revêtir, et ils ne seront point

• couverts de leurs œuvres. Car leurs œuvres sont

• des œuvres Inutiles, et leurs pensées sont des

■ pensées vaines. Ils marchent dans un chemin de « désolation et de ruine : » Non est gui invocH justitiam, nec qvijudicet vere : confidunt in nihili et toguuntur vanitates.... Telas araneœ texuerunt.... Telœ eorum non erunt in vestimentum, neque operientur operibus suis : opéra eorum, opéra inutilia... cogitationes eorum , cogitationes inutiles ; vastilas et contritio in viis eorum

Telle est la juste sentence que le Saiut-Esprit a prononcée contre ceux qui mettent leur dévotion dans des pratiques si minces , pcrmettcz-nioi la liberté de ec mot, et qui négligent cependant de faire des fruits dignes de pénitence, selon le précepte de l’Évangile. Leur piété superficielle ne sera pas capable de les couvrir ; leur iniquité sera révélée, et leur pauvreté leur fera honte. Ils seront jugés par leur bouche, ces mauvais serviteurs ; et les saints qu’ils auront loués les condamneront par leurs exemples. Voulez-vousdonc être dévots à la sainte Vierge , en sorte que cette dévotion vous soit profitable? Soyez chastes, soyez droits, soyez charitables; faites justice à la veuve et à l’orphelin, protégez l'oppressé, soulagez le pauvre et le misérable. En faisant des œuvres de surabondance, gardez-vous bien d'oublier celles qui sont de nécessité. Attachezvous à la loi, suivez le précepte de Jésus-Christ : Quœeumgue dixerit, facile ; ■ Faites ce qu’il

• ordonne , » et vous obtiendrez ce qu’il promet. Amen.

PREMIER SERMON

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