‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 97 sur 273 · DE LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DE LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE

En quoi corniste U Rrandeur de Marie : combien Jésus a le CŒur pénétré d'amour pour elle. L’alliaoce d« ce divin fils avec Marie, commencée dés la naissance de cette v ierA(e m«*re. De quelle manière nous pouvons participer à la dqiiiilé de mère de Dieu. En Marie uoe double fécofulité. Tous les fidèles donnés h Marie pour eofaots : extrême affecUou qu'elle leur porte : quel* sont ses vérilabiee enfaots. Dons quelles ülvposltioos U faut implorer son secours.

QuU , puUs , puer iste erit?

Quel, pensei-votu , que sera cet enfant? Luc. i, 6A.

C’est en vain que les grands de la terre , s’emportant quelquefois plus qu’il n’est permis à de*

DE LA SAINTE VIERGE

hommes , semblent vouloir cacher les faiblesses de la nature, sous cet éclat trompeur de leur éminente fortune. Je reconnais, mes sœurs , avec l'apôtre ’ , que nous sommes obligés de les honorer comme les lieutenants de Dieu sur la terre, auxquels sa providence a commis le gouvernement de ses peuples ; et c'est ce respect que nous leur rendons qui établit la fermeté des Etats , la sûreté publique et le repos des particuliers. Mais comme il leur arrive souvent qu'enivrés de cette prospérité passagère ils se veulent mettre audessus de la condition humaine , c'est avec beaucoup de raison que le plus sage de tous les hommes entreprend de confondre leur témérité. Il les ramène au commencement de leur vie, il leur représente leurs infirmités dans leur origine ; et bien qu’ils aient le cœur enflé de la noblesse de leur naissance , il leur fait bien voir que si illustre qu’elle puisse être, elle a toujours beaucoup plus de bassesse que de grandeur. Pour moi, dit Salomon*, quoique je sois le maître d'un puissant État , j’avoue ingénument que ma naissance ne diffère en rien de celle des autres. Je suis entré nu en ce monde , comme étant exposé à toutes sortes d'injures : j'ai salué , Comme les autres hommes, la lumièredu jour par des pleurs ; et le premier air que j'ai respiré m’a servi comme A eux à former des cris : Primam vocem similem omnibus emisi plorans^. Telle est, continue-t-il , la naissance des plus grands monarques ; et de quelque grandeur que les flattent leurs courtisans, la nature, cette bonne mère qui ne sait point flatter, ne les traite pas autrement que les moindres de leurs sujets : Nemo enim ex regibus aliud habuit nativilatis initium *.

Voila, chrétiens, où le plus sage des rois appelle les grands de ce monde, pour convaincre leur ambition ; et d'autant que c'est là sans doute ou elle a le plus à souffrir, il n'est pas croyable combien d’inventions ils ont recherchées pour se tirer do pair, même dans cette commune faiblesse. Il faut , à quelque prix que ce soit , séparer du commun des hommes le prince naissant : c'est pourquoi chacun s’empresse à lui rendre des hommages qu'il ne comprend pas. S’il parait dans la nature quelque changement ou quelque prodige , on en tire incontinent des augures de sa bonne fortune ; comme si cet grande machine ne remuait que pour cet enfant. Comme le temps présent ne lui est point favorable, parce qu'il ne lui donne rien qui le distingue de ceux de son âge, il faut consulter l’avenir, et avoir recours

■ Som. XIII et seqq.

* Sap. VII . I . X.

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