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nécessairement à la science des pronostics. C'est ici que les astrologues , mêlant dans leurs vaines spéculations la curiosité et la flatterie , leur font des promesses hardies, dont ils donnent pour cautions des influences cachées. C'est dans ce même dessein que les orateurs tâchent de faire valoir l’art des conjectures ; et ainsi l'ambition humaine ne pouvant se contenir dans cette simple modestie, que la nature tâche de nous inspirer, elle s’enfle et se repaît de doutes et d'espérances.
Grâce à la miséricorde divine , nous sommes appelés aujourd’hui à la naissance d'une Princesse qui ne demande point ces vains ornements. Gardons-nous bien, mes sœurs, de célébrer sa nativité avec ces recherches téméraires, dont les hommes se servent en de pareilles rencontres : mais plutôt considérant que celle dont nous parlons est la mère du sauveur Jésus, apprenons de son Évangile de quelle manière il désire que nous solennisions la naissance de scs élus. Les parents de saint Jean-Baptiste nous en donnent un bel exemple : ils ne pénètrent pas les secrets de l’avenir avec une curiosité trop précipitée; toutefois adorant en eux-mêmes les conseils de la Providence, ils ne laissent pas de s’enquérir modestement entre eux quel sera un jour cet enfant : Quis, putas, puer iste erit? Je me propose aujourd'hui de faire pour la mère de notre Maître , ce que je vois pratiqué pour son précurseur.
Ames saintes et religieuses qui voyez cette incomparable Princesse faire son entrée en ce monde, quel pensez-vous que sera cet enfant? Quis , putas, puer iste erit? Que me répondrezvous à cette question, et moi-même que répondrai-je? Tirons la réponse du saint évangile que nous avons lu ce matin , dans la célébration des divins mystères ; De gua natus est Jésus, gui vocatur Christus *. • C'est d'elle qu’est né Jréus, « qui est appelé le Christ. - Viendra , viendra le temps que Jésus, la sagesse du Père, l'unique rédempteur de nos âmes, la lumière du genre humain , en qui nous sommes comblés de toutes sortes de grâces , sc revêtira d'une chair humaine dans les entrailles de ee bénit enfant dont nous honorons la naissance. C'est (>ar cet éloge, mes sœurs, qu’il nous faut estimer sa grandeur, et juger avec certitude quel sera un jour cet enfant. La nativité de ia sainte Vierge nous fait voir le temple vivant où se reposera le Dieu des armées , lorsqu’il viendra visiter son peuple : elle nous fait voir le commencement de ce grand et bienheureux jour que Jésus doit bientôt faire luire au
> Mat(h. I, 16.
SUR LA NATIVITÉ
monde. Nous aurons bientôt lesalut ; puisque nous voyons dôjà sur In terre eelle qui doit y attirer le Sauveur. La malédiction de notre nature commence à se changer aujourd'hui en bénédiction et en gréce ; puisque de la race d'Adam , qui était I si justement condamnée , naît la bienheureuse ; Marie : c'est-à-dire, celle de toutes les créatures qui est tout ensemble la plus chère à Dieu , et la plus libérale aux hommes , car la grandeur de la sainte Vierge est une grandeur bienfaisante , une grandeur qui se communique et qui se répand ; et la suite de ce discours vous fera paraître , que sa dignité de mère de Dieu la rend aussi la mère des fidèles : de sorte qu'il n'y a rien , âmes chrétiennes, que nous ne puissions justement attendre de la protection de cette Princesse que le ciel noos donne aujourd'hui pour être, après le sauveur Jésus , le plus ferme appui de notre espérance.
Et c'est ce que je me propose de vous faire entendre par ce raisonnement invincible, dont les deux propositions principales feront le partage de ce discours. Afin qu'une personne soit en état de nous soulager par son assistance près de la Majesté divine, il est absolument nécessaire que sa grandeur l’approche de Dieu , et que sa bonté rapproche de nous. Si sa grandeur ne l’approche de Dieu, elle ne pourra puiser dans la source ou toutes les grâces sont renfermées : si sa bonté ne l'approche de nous, nous n'aurons aucun bien par son influence. La grandeur est la main qui puise, la bonté, la main qui répand ; et il faut ces deux qualités pour faire une parfaite communication. Marie étant In mère de notre Sauveur, sa qualité i'élève bien haut auprès du l’cre éternel ; et la même Marie étant notre mère , son affection la rabaisse jusqu’à compatir à notre faiblesse, jusqu'à s'intéresser à notre bonheur. Par conséquent il est véritable que la nativité de cette Princesse doit combler le monde de joie , puis qu’elle le remplit d'espérance : et l'explication que je vous propose de ces vérités importantes, établira la dévotion à la sainte Vierge sur une doctrine solide et évangélique.
PBEMIEB POIKT.
Encore que les idées différentes que nous nous formons à nous-mêmes, pour nous représenter l'essence divine , ne soient pas une véritable peinture, mais seulement une ombre imparfaite ; celle qui semble la plus auguste et la plus digne de cette Majesté souveraine, c'est de comprendre la Divinité comme un abîme immense et comme un trésor infini , où toutes sortes de perfections sont glorieusement rassemblées. En effet, Dieu porte en son sein tout ce qui peut jamais avoir l'être : tontes les grâces, toutes les beau-
tés que nous voyons semées sur les créatures se ramassent toutes en son unité ; et il dit à Moiso son serviteur', qu'il lui montrera tout le bien en lui découvrant son essence. C’est que la nature du bien , que nous voyons ici partagée , se trouve totalement renfermée en Dieu. Mais, mes sœurs , ce n'est pas assez qu’elle y soit ainsi renfermée; il faut que de cette source infinie il coule quelques ruisseaux sur les créatures : sans quoi il est certain qu'elles demeureraient éternellement enveloppées dans la confusion du néant , parce que, n'étant rien par nous-mêmes, nous ne pourrons jamais avoir d’être, qu'autant que cette cause première laisse tombersur nous , pour ainsi parler, quelques rayons ou quelques étincelles du sien. Ainsi, pour produire les créatures, il faut que ce trésor immense , il faut que ce vaste sein de Dieu où toutes choses sont renfermées , s’ouvre en quelque sorte et coule sur nous. Et qu’estce qui l’ouvre 7 c’est la bonté ; c’est là son office et sa fonction, d'ouvrir le trésor de Dieu, pour le communiquer à la créature ; et s'il est permis à des hommes de distinguer les devoirs des divers attributs de Dieu , nous pouvons dire avec raison que comme c'est l’infinité qui renferme en Dieu tout le bien , c’est aussi la bonté qui le communique.
Cest ce qu’il m’est aisé de vous expliquer par une belle division de saint Augustin. Tous ceux qui donnent leurs biens aux autres , dit cet admirable docteur, le donnent par l'une de ces trois raisons : ou par une force supérieure qui les y oblige , et ils donnent par nécessité ; ou par quelque intérêt qui leur en revient , et ils le font pour l'utilité ; ou par une inclination bienfaisante, et c’est un effet de bouté. Ainsi le soleil donne sa lumière, parce que Dieu lui a posé celte loi; c’est nécessité. Un grand seigneur répand ses trésors pour se faire des créatures ; il le fait pour l'utilité. Un père donne à son fils à cause qu’il l’aime; c'est un sentiment de bonté. Maintenant il est clair, mes sœurs, que ce ne peut pas être la nécessité qui oblige Dieu à étendre sur nous sa munificence , parce qu’il n'y a aucune puis- I sance qui le domine ; ni l'utilité , parce qu'il est ! Dieu , et qu’il n’a pas besoin de ses créatures : d’où il résulte que la bonté est l’unique dispensatrice des grâces; que c’est à elle d’ouvrir le tK'sor de Dieu,etàtirerde son sein immense tout ce que les créatures possèdent. C’est pourquoi nous lisons dans les saintes Lettres qu'après la création de cet univers. Dieu, considérant ses ouvrages, æ ! réjouit en quelque sorte de ce qu’ils sont bons : Et emnt vaUle bona' . D’où vient cela , dit saint
> F.xod. xiim, 19.
* Cen. 1,31.
DE LA SAINTE VIERGE
Augnstin ■ ; sinon qu'il sc plaît de voir en scs oeuvres l'image de la bonté qui les a produites? Et de là il s’ensuit manifestement qu'il n'y a que l'amour en Dien qui soit libéral ; parce que comme le propre de cette justice sévère c'est d'agir avec rigueur, et le propre de la puissance c'est d'agir avec eWcacc; ainsi le propre de la lionté , c’est d’agir par un pur amour.
Mais cette belle manière d'agir par amonr parait encore plus visiblement en la personne du Dien incarné. Il sait que c’est l'amour du Père éternel qui l’a envoyé sur la terre : Sic Devs dileiit mundum ■ ; • Dieu a tant aimé le monde,
- qu’il lui a donné son Fils unique. • Il avait montré de l’amour a l'homme dans l’ouvrage de sa création, ■ lorsqu'il le créa, dit Tertullien ,
• non par une parole de commandement , ainsi
• que les autres ; mais par une voix caressante et ■ comme flatteuse : Faisons l’homme; • non imperiati verbo, sedfamilian manu; etiam verbo hlandienle prœmisso : Faciamus hominem^.
Voilà de l’amour dans lacréation ; mais qui ne va pas encore jusqu'à cette extrême tendresse , que la rédemption nous a fait paraître. Ce second amour du Père éternel, par lequel il a voulu n'-parer les hommes, n’est pas un amour ordinaire; c’est un amour qui a du transport. Dieu a tant aimé le monde 1 Voyez l’excès, voyez le transport : et c’est pourquoi le Dieu incarné brûle d'un si grand amour pour les hommes; parce qu'il ne fait , nous dit-il lul-méme'‘ , que ce
• qu'il voit faire à son Père. • Comme son Père nous l'a donné par amour, c’est aussi par l'amour qu'Ildonne ; etc'est l'amourqu'il a pour les hommes , qui fait la distribution de ses grâces.
Cette doctrine évangélique étant supposée, approchons-nous, mes soeurs, avec révérence du berceau de la Vierge ; et jugeons quelle sera un jour cette fille , par l'amour que Jésus sentira pour elle. Et d’abord je pourrais vous dire que l’amour du sauveur Jésus, qui est une pure libérilité à l'égard des autres, à l'égard de sa sainte mère est comme une dette , et qu’il passe en nature d'obligation, parce que c'est un amour de fils. *
Mais pénétrons plus profondément les secrets divins, sous la conduite des lettres sacrées; et pour connaître mieux quel est cet amour du Fils de Dieu pour la sainte Vierge, considéronsle , chrétieus , comme un accomplisement nécessaire du mystère de l’incarnation. Suivez, s’il
' De Gtn. ûâ litL üb. imptrf. Câp. ? , d* t. III , part, l , cni. fU).
> JtMn. J6.
* Adv. Marcton. Ub. Il, n* 4.
* Joan.y^ 19.
vous plaît , mon raisonnement ; il est tiré du divin apûtrc , en cette admirable épitre aux Uébreux. C’est une sainte et salutaire pensée de méditer continuellement en nous-mêmes, dansl'erfusion de nos cœurs, la tendre affection de notre Sauveur pour les hommes, en ce qu'il n'a rien dédaigné de ce qui était de notre nature. Il a tout pris jusqu’aux moindres choses, tout jusqu’aux plus grondes infirmités. Il a bien voulu avoir faim et soif, tout ainsi que tes autres hommes; et - si vous exceptez le péché, il n’a rejeté de lui aucune do nos faiblesses'. > C'est ce qu’il est venu chercher sur la terre; et au lieu de nos infirmités, qu'il a prises, il nous a communiqué scs grandeurs. Et n'est-ce point, mes sœurs, pour cette raison que l'Église inspirée de Dieu appelle l'incarnation un commerce? En effet , dit saint Augustin ’, c’est un commerce admirabe où Jésus, ce céleste négociateur, étant venu du ciel en la terre, dans le dessein de trafiquer avec une nation élrangcre : qu'a-t-il fait? Ah I il nous a apporté les biens qui sont propres à cette céleste patrie, quiest son naturel héritage, la grâce, la gloire, l’immortalité; et il a pris les choses que cette misérable terre produit , la faiblesse, la misère, la corruption. O commerce de charité, 6 riche commerce, ahi combien il devrait élever nos âmes à l'espérance des biens étemels I Jésus s'est pludans mon néant , et je ne veux point me plaire dans sa grandeur ! son amour lui a fait trouver une douce satisfaction en se revêtant de ma pourriture , et je n'en veux point trouver à me revêtir de sa gloire, et mon cœur aime mieux courir après des délices qui passent et des biens que la mort enlève I
Mais revenons à notre sujet ; et demandons au divin époux d'où vient qu'il ne s'est pas contenté de SC revêtir de notre nature , et qu’il veut prendre encore nos infirmités. La raison en est claire dans les Écritures : c’est que le dessein de notre Sauveur, dans sa bienheureuse incarnation, est de se rendre semblable aux hommes ; et comme tous scs ouvrages sont achevés , et ne souffrent aucune imperfection, de là vient, de là vient, mes sœurs, qu’il ne veut point de ressemblance imparfaite. Écoutez l’apûtre saint Paul : • Il s’est . uni , dit-il ^ , non pas aux anges , mais à la pos- « térité d’ Abraham ; et c'est pourquoi il fallait • qu’il se rendit en tout semblable à ses frères : • il veut être semblable aux hommes. Il faut , dit saint Paul, qu'il le soit en tout: autrement, son ouvrage serait imparfait. C’est pourquoi , dans
■ Hrbr. IV. IB.
’ Bnarr. u, m P», xxx, n* 3, t.