‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 100 sur 408 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est le caractère de l'iniquité de se parer autant qu'elle le peut des dehors de la plus exacte justice , et d'en affecter les plus belles apparences , lorsque dans le fond on en viole les règles les plus essentielles. Ainsi , quoique la mort du Fils de Dieu eût été déjà résolue dans un conseil secret des pba risiens et des pontifes, ils feignent néanmoins d'agir contre lui dans toutes les formes , et de ne manquer à aucune des procédures ordinaires. Il faut donc qu'il soit déféré au tribunal du grand prêtre; qu'il y soit accusé publiquement , et juridiquement examiné. C'est pour cela qu'on cherche des preuves; et dans ce jugement où la passion domine , on ne trouve que trop de délateurs et de prétendus témoins.

Que ne disent-ils point contre Jésus-Christ, et sous quels traits le dépeignent-ils ? Cet homme dont toute la conduite fut toujours la plus droite et la plus irréprochable ; cet homme qui , dans ses paroles et dans ses actions, .fut toujours la douceur même, la patience, la charité, l'humilité, la sainteté même; cet Homme-Dieu , pour qui le font-ils passer? pour le plus méchant des hemmes, pour un perturbateur ^u repos public , qui veut changer |e gouvernement et révolter toute la nation , pour un usurpateur qui prétend se faire roi , et ose attenter aux droits et à l'autorité du prince , pour un impie qui blasphème la loi de Moïse , et qui parle même de renverser le temple de Dieu. Une parole qu'il a dite dans le sens le plus juste, et avec l'intention la plus pure et la plus innocente, ils la relèvent , ils l'empoisonnent, ils l'interprètent à leur gré, et lui en fonti^n sujet de condamnation. Ne nous en étonnons pas; c'est que ce sont des gens prévenus; c'est qu'ils ont le cœur envenimé, et qu'ils sont remplis contre lui d'amertume. Pourvu qu'ils contentent leur haine et qu'ils puissent venir à bout du dessein qu'ils ont formé de le perdre, rien du reste ne les arrête, et ils ne suivent que leur animosité et leur ressentiment. C'est de quoi le prophète, s'expliquant au nom de ce divin Sauveur, se plaignait avec tant de raison : Ils ont ai*

guisé leurs, langues , ils les ont rendues aussi subtiles et aussi pénétrantes que le glaive le mieux affilé, pour me percer des coups les plus mortels : Lingua eorum gladius acutus. (Psalm. 56. )

Or, mes frères, le même crime que commirent à l'égard de Jésus-Christ ces faux témoins , je dis que c'est , par proportion , celui dont tous les jours nous devenons coupables nous-mêmes dans les discours que nous tenons du prochain , et dans les médisances que nous en faisons avec si peu de retenue et si peu de modération. Car prenez garde, s'il vous plaît , et faites-en avec moi la comparaison, autant qu'elle nous peut convenir. Ces accusateurs du Fils de Dieu avançaient contre lui mille impostures ; et je soutiens que rien ne nous est plus ordinaire dans nos médisances que d'y mêler des faussetés, que peut-être nous ne connaissons pas comme telles, mais qui le sont en effet, et dont nous aurions dû mieux nous instruire, pour en parler du moins avec plus d'exactitude , et pour n'y être pas trompés. Ces accusateurs du Fils de Dieu voulaient le noircir dans l'esprit de ses juges, et le faire condamner; et vous savez que l'injustice de la médisance est de s'attaquer à la réputation d'autrui , de la détruire dans l'estime publique , et d'exposer le prochain aux mépris et aux jugements les plus désavantageux. Ces accusateurs du Fils de Dieu n'agissaient que par passion : et l'expérience de la vie nous apprend assez que le principe le plus commun de tant de méxlisances où l'on se porte si aisément et si impunément dans tous les états, même les plus saints, c'est une secrète passion qui nous anime et qui veut se satisfaire. Expliquons-nous, et considérons encore chacun de ces trois articles plus en détail.

Je sais combien la calomnie, je dis la calomnie délibérée et préméditée, nous paraît odieuse; et je ne puis ignorer que , pour peu ^u'on ait de droiture d'âme et de probité, on ne voudrait pas imaginer des titres d'accusation contre le prochain , ni lui attribuer de pures fictions comme des faits réels et comme des vérités. Ce n'est pas que nous n'en ayons vu de nos jours , et que nous n'en voyions encore des exemples en certaines rencontres et sur certains sujets. Il n'y a rien qu'un faux zèle de religion n'ait employé et qu'il n'emploie pour décréditer, non point seulement quelques particuliers , mais des sociétés entières qui s'opposent à ses progrès. Les plus évidentes suppositions ne lui coûtent plus alors à soutenir, et lui semblent suffisamment justifiées, dès là qu'elles peuvent servir à ses desseins et favoriser ses entreprises. Cependant, chrétiens, je veux bien reconnaître que la médisance ne ^a pas toujours jusque-là , et que ce sont des excès dont nous avons naturellement horreur. Mais voici en même temps cp que j'ose avancer, et de quoi le

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seul usage du monde doit pleinement nous convain cre. C'est qu'il n'y a guère de médisance»où la vérité même, outre la justice et la charité, ne soit au moins blessée en quelque manière; où elle ne soit au moins altérée, déguisée, diminuée. Combien d'histoires se racontent dans les entretiens, comme des choses certaines et avérées , et ne sont néanmoins que de faux bruits et de simples imaginations? On les croit comme on les entend, et on les répète de même. Elles deviennent communes par une démangeaison extrême qu'on a de les publier, et d'en informer toutes les personnes à qui elles ne sont point encore parvenues. S'il était question de les vérifier, quelle preuve en pourrait-on produire.^ point d'autre que le récit qu'on nous en a fait à nous-mêmes; récit aussi mal fondé que la créance que nous lui avons donnée. Mais tout s'éclaircit enfin avec le temps, et l'on a la confusion d'apercevoir l'erreur dont on s'était laissé prévenir, et dont on a prévenu les autres. Je le pensais ainsi , dit-on , et j'en avais ouï parler de la sorte. Belle et solide excuse ! comme si c'était une raison suffisante pour former votre jugement et pour l'appuyer, que quelques rapports vagues et sans autorité; comme si vous ne deviez pas savoir qu'il n'est nen de plus incertain ni de plus trompeur; comme si la sagesse ne demandait pas d'autre examen , lorsqu'il s'agit de flétrir votre frère et de l'outrager. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que des gens, après y avoir été trompés cent fois, n'en sont dans la suite ni plus réservés, ni plus circonspects; et qu'on les trouve toujours également disposés à recevoir tous les mauvais discours qu'on leur tient, et à les répandre.

Accordons-leur néanmoins qu'ils ne disent rien qui dans le fond ne soit vrai : mais dans ce fond qui peut être véritable, combien l'exagère-t-on? quelles circonstances y ajoute-t-on? sous quelles couleurs empruntées le représente-t-on ? de quels prétendus embellissements Fome-t-on. ou plutôt le défigure-t-on ? On fait là-dessus mille raisonnements; on en tire des conséquences; on en veut pénétrer les motifs, les vues, les intentions, les principes les plus secrets : tout cela autant de fantômes qu'on se figure et autant d'idées vaines et chimériques où l'esprit s'égare et se perd. Or n'estce pas là ce qui arrive presque sans cesse dans ces conversations où l'on met si volontiers en jeu le prochain ? et n'est-ce pas ainsi que , sans vouloir être calomniateur, et sans croire l'être, on l'est toutefois, sinon absolument, du moins en partie et sur des points très-essentiels.^

Mais sans aller plus loin, et à se renfermer précisément dans les bornes de la médisance, je n'ai, mes frères , qu'à vous la faire considérer en elle* même, pour vous en faire connaître l'injustice; in-

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justice la plus griève : pourquoi ? parce qu'elle ravit an prochain , de tous les biens naturels , le plus prédenx, le plus délicat, le plus difGcile et à conserver et à réparer, qui est Thonneur. Et en effet , qui ne sait pas queThonneur, dans Topinion du monde, est un bien du premier ordre ? Qu'est-ce qu*un |iomme sans honneur? eût-il tous les autres biens, fût-il comblé de richesses , pût-il goûter dans son état tous les plaisirs , si c*est un homme noté et déshonoré , on le regarde comme le dernier des hommes. Ainsi tout ce qu*un homme du siècle oppose à TÉvangile sur le pardon des injures, quil se le dise à lui-même sur In médisance , et qu1l mesure son péehé par les maximes qu'il établit et qu'il suit en matière de point d'honneur. Il a horreur des coneussions, des usurpations violentes ou frauduleuses , des vols, des assassinats, des meurtres; mais tout cela n'attaque après tout, que les biens de fortune ou que la vie. Or, il préfère l'honneur à tous ces biens; d'où il s'ensuit qu'il doit donc avoir encore plus d'horreur de la médisance , que de tout cela.

Est-il , mes chers auditeurs , souffrez que je m'exprime de la sorte, est-il une bizarrerie pareille à la nôtre? Nous mettons Thonneur à la tête de tous les autres biens; nous sommes sur cet honneur sensibles à l'excès ; il n'y a rien , pour sauver cet honneur, à quoi nous ne fussions prêts de renoncer; nous nous en déclarons hautement, nous le témoignons dans toutes les rencontres , et la moindre atteinte faite à cet hoimeur est capable d'exciter dans nos cœurs les ressentiments les plus amers : mais par une contradiction qui ne se peut comprendre, et que nous ne justifierons jamais , nous traitons de péché léger ce qui enlève aux autres ce même honneur, ce qui le ternit, ce qui le détruit. Est-ce là raisonner conséquemment? Ou bien abandonnons ces grands principes auxquels nous paraissons si attachés, et que nous faisons tant valoir touchant Thonneur; ou bien reconnaissons notre injustice, lorsque nous le blessons si aisément dans autrui, et que nous en tenons si peu de compte.

Injustice d'autant plus condamnable, que l'honneur est un bien plus délicat, un bien plus difficile à acquérir, à maintenir, à établir. Il n'y a qu'à voir combien il en coûte pour se faire dans le monde une bbnne réputation. On n'en vient à bout qu'après de longues années d'épreuves , et des épreuves les plus critiques et les plus rigoureuses. Est-elle faite, que ne faut-il point pour s'y conformer et pour la défendre de tout ce qui en pourrait obscurcir l'éclat ? Car cet éclat d'une réputation saine et heureusement établie, est comme la glace d'un miroir, à qui la plus faible haleine ôte dans un moment tout son lustre. Nous avons un tel penchant à croire

le mal , nous sommes même si accoutumés à l'augmenter et à l'exagérer, qu'une parole suffit pour perdre un homme, une femme dans notre estime. Nous prenons cette parole dans tous les sens , et toujours dans les plus mauvais, parce que c'est la perversité naturelle de notre cœur, qui nous la fait interpréter. De sorte que la meilleure réputation et la plus juste est tout d'un coup renversée, et que souvent il n'est presque plus possible de la relever. Pour peu que vous touchiez à certain fruit , il perd toute sa fleur, et ne la peut plus reprendre ; et dès qu'une fois l'honneur est endommagé , la tache est presque ineffaçable et le dommage sans remède. Vous direz dans la suite tout ce qu'il vous plaira , vous prendrez tous les soins imaginables pour guérir le coup que vous avez porté . et pour en fermer la plaie; malgré toutes vos réparations et tous vos soms, on se souviendra toujours de tel mot qui vous est échappé, on s'en tiendra là, et l'on traitera tout le reste de discours étudiés et de cérémonies.

Qu'est-ce donc que la médisance? c'est comme une grêle, qui ruine dans un jour, et même en beaucoup moins de temps, l'ouvrage de vingt années de travaux, de précautions, de mesures. On regarde comme une cruauté de ravager des terres cultivées : que sera-ce de détruire une réputation achetée si cher et au prix de tant de peines ? Mais vous ne la détruisez, dites-vous, que par une vérité, et la vérité ne peut être contre la justice. Erreur : car il ne vous est pas permis de faire connaître toute vérité. Quoique ce soit une vérité, tant qu'elle demeure secrète, ma réputation est entière, et vous l'entamez; j'ai droit à cette réputation, et vous m'en privez ; je suis dans une possession actuelle de cette réputation, et vous m'en dépouillez; ce que j'ai fait est caché, et vous le révélez. Voilà votre injustice, et envers Dieu et envers moi-même : envers Dieu , puisqu'il vous avait défendu de me ravir un bien dont j'étais le maître, et que vous violez sa loi ; envers moi-même, puisque sans raison vous attentez sur ce qui m'appartenait le plus légitimement , et que par une espèce d'oppression vous me l'arrachez des mains et le dissipez.

Oui, chrétiens, c'est sans raison que le médisant se porte à de pareils attentats contre la réputation de son frère , et c'est aussi ce qui met le comble à son crime. Car je n'ai garde d'appeler de véritables raisons une vengeance outrée , une haine envenimée, une aveugle antipathie, une jalousie mortelle , un esprit d'intérêt , une humeur chagrine et critique , un zèle mal entendu , une envie démesurée de parler, de railler, de plaisanter, une légèreté sans attention , sans réflexion , sans ménagement ni discrétion. Or, ne sont-ce pas là les principes de la médisance? Reprenons.

SUR LES FAUX TÉAIOIGNAGES , etc.

Une vengeance outrée : on se croit bien fondé à rendre médisance pour médisance. U a dit ceci de moi, et je dis cela de lui; il ne m'épargne pas, pourquoi Tépargnerais-je? Conduite en quelque sorte tolérable parmi les Juifs , parmi des idolâtres et des païens; mais si expressément réprouvée dans des chrétiens, à qui Jésus-Clirist a donné cette grande règle de pardonner toute injure , et de bénir ceux qui les chargent d'imprécations! Du moins si Ton y observait quelque proportion : mais pour une chose qu'on a dite de vous , et qu'on n'a dite qu'une fois , peut-être même pour le seul soupçon que vous en avez , il y a des années entières que vous poursuivez sans relâche cette personne et que vous la déchirez.

Une haine envenimée : c'est assez d'être mal ensemble, d'avoir ensemble quelque dispute, quelque contestation , quelque procès , pour conclure qu'on peut publier contre son ennemi tout ce qu'on eu sait , ou tout ce qu'on en croit savoir. De là, dans la défense d'une cause, tant de faits scandaleux que l'on recueille et que l'on produit , sans autre sujet ni d'autre avantage que de contepter son aninosité et de couvrir de confusion l'adverse partie.

Une aveugle antipathie : certaines gens ne nous plaisent pas , et dès lors on n'en peut dire de bien. Mais pourquoi ne nous plaisent-ils pas ? il ne faut point nous demander pourquoi, car nous ne le voyons guère nous-mêmes , et nous aurions de la peine à le marquer. Quoi qu'il en soit, dès qu'ils ne nous reviennent pas, et que nous en avons je ne sais quel éloignement , on ne leur passe rien, on oe leur pardonne rien , on ne les ménage en rien. C'est un plaisir de les faire sans cesse paraître sur la scène et d'en divertir les compagnies.

Une jalousie mortelle : on ne l'avoue pas, parce que de soi-mêmec'est un vice honteux et humiliant ; mais sans l'avouer, on ne la sent pas moins. Jalousie ingénieuse à déguiser la médisance sous les plus beaux dehors et à lui donner les couleurs les plus spécieuses; jalousie du mérite d'autrui , de ses suecès, de ses vertus et de ses perfections; jalousie entre des partis différents , surtout entre des personnes du sexe, plus susceptibles que les autres de cette passion , et par là même plus sujettes à médire et plus piquantes dans leurs traits satiriques et médisants.

Un esprit d'intérêt : examinez bien pourquoi dans la même vocation, dans le même emploi , celui-ci s'étudie tant à rabaisser l'autre et à le décréditer ; c'est qu'il voudrait tout attirer à soi , et proGter aux dépens de celui-là qui lui fait ombrage. Examinez bien pourquoi dans la cour d'un prince la médisance est si fort en r^ne , et pourquoi il s'y répa«d tant de mémoires injurieux : c*est que chaç^n pense à s'avancer, et que tous ne pouvant oc-

cuper telle et telle place, vous vous trouvez par conséquent intéressé à flétrir quiconque pourrait y aspirer préférablement à vous, et les obtenir. Examinez même, si je puis user ici de cet exemple, examinez bien pourquoi dans le cours d'une intrigue criminelle, ce rival se déchaîne à toute occasion et avec tant de violence contre son rival : c'est ^'il travaille à Fécarter, et qu'il prétend posséder seul l'infâme et malheureux objet de ses désirs.

Que dirai-je encore ? Une humeur chagrine et critique : le monde est plein de ces censeurs par état qui ne voient dans le prochain que ce qu'il y a de défectueux, ou ce qui en a l'apparence. Du moins est-ce à cela qu'ils s'attachent , sans égard à tout le reste : n'ayant, ce semble , d'autre occupation, ni d'autre satisfaction dans la vie , que de déclamer, tantôt contre l'un, tantôt contre l'autre ; cherchant en tout et y trouvant, selon leurs bizarres idées, de quoi exciter le fiel qui les dévore , et sur quoi le faire couler.

Un zèle mal entendu : ô que de médisances par là sont justifiées, sont consacrées, sont sanctifiées! Un médisant dévot, un médisant zélé ou prétendu tel, est le plus à craindre. D'un air tranquille et composé , d'un ton pieux et modeste , il en dira plus que l'emportement le plus passionné et la plus ardente colère n'en peut inspirer. Encore se flattera-t-il d'avoir en cela rendu service à Dieu, et s*en fera-t-il un mérite auprès du Seigneur. Content de lui-même , il ira devant un autel ou au pied d'un oratoire épancher son âme, et croira pouvoir dire comme David ( Psalm. 100) : Dans un matin, ô mon Dieu ! sans autre glaive que celui de la langue ou que celui de la plume , je combattais tous les ennemis de votre loi et j'exterminais tous les pécheurs de la terre.

Une envie démesurée de parler, de railler, de plaisanter : je n'ai rien contre cet homme, dit-on, je ne lui veux point de mal ; et si j'en parle, ce n'est que pour me réjouir. Divertissement sans doute bien charitable et bien chrétien ! vous n'avez rien contre lui , et vous le frappez aussi rudement que s'il y avait entre lui et vous l'inimitié la plus déda^ rée! vous ne lui voulez point de mal, et vous lui en faites! Vous n'avez en vue que de vous réjouir : hé quoi , de le noircir et de le diffamer, de le rendre au moins un sujet de risée, et de lui ôter par là toute la douceur de la société humaine; de lui causer mille chagrins et de lui aigrir 1^ cœur contre vous , est-ce donc si peu de chose que vous en deviez faire un jeu ! Esprit railleur dont on s'applaudit, dont on tire une fausse gloire, dont on se laisse tellement posséder, qu'on n est plus maître de le retenir. Esprit pernicieux qui trouble la paix, qui rompt les amitiés les plus étroites, qui suscite le^ querelles et les dissensions.

SUR LES FAUX TEMOIGNAGES, btg.

Enfin, une légèreté sans attention, sans réflexion, ■aiM Bnénagement ni discrétion : on raisonne de ioott à propos et hors de propos; ondittout oequ*on sait, et souvent tout ce qu*on ne sait pas; on n*a rien de secret , et quoi que ce soit qui s'offre à la pensée, on le jette d'abord tel qu'il se présente. Ce n'est point dessein prémédité; j'en conviens : c'est vivacité; mais cette vivacité, ne fallait-il pas la modérer ? ne fsdlait-il pas vous en défier? ne fallaitil pas profiter de tant d'occasions, où vous avez reconnu Tous-roéme qu'elle vous avait emporté au delà des bornes? En serez-vous quitte quand vous direz à Dieu : Je n'y pensais pas ? Il vous répondra que TOUS deviez y penser. Car que vous n'y ayez pas pensé, le prochain n'en souffre pas moins; et c'est à vous de voir par où vous pourrez le dédommager.

Concluons, chrétiens : Voilà les principes de la médisance; or, de tels principes , que peut-il venir que de mauvais et de corrompu ? Si donc nous voulons acquérir la vie étemelle et nous garantir d'un des dangers les plus présents d'en être exclus pour jamais; si même dès ce monde nous voulons couler d'heureux jours et couper la racine de mille peines, de mille disgrâces , de mille affaires désagréables ; Qtd vuU dUigere ritom, et dies videre bonos { 1. Pbtb., 3) ; que ferons-nous pour cela ? c'est de suivre l'important avis que nous donne le prophète en ces courtes paroles : Prohibe linguam tuam a malo. {Psalm, 33.) C'est , dis-je, de veiller sur notre langue et de la régler; d'y mettre un frein, et, si je puis m'exprimer de la sorte, un frein d'équité, un Ênein de charité, un frein de circonspection et de sagesse, qui en arrête l'intempérance et qui en réprime les saillies. Ainsi nous éviterons le désordre de celui qui fait la médisance, et vous allez encore apprendre à éviter le désordre de celui qui l'écoute : c'est la seconde partie.

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