SUR LE CRUCIFIEMENT ET
sur péchés, et négligeant tous les moyens de les effacer; (l*une justice devant laquelle tout ce que Jésus- Christ a fait et tout ce qu'il a souffert pour lui ne lui sera de nul proût , de nul avantage , de nul usage, et ne doit même servir qu'à sa réprobation, puisqu'il ne s'en sert pas pour sa sanctification ; par conséquent, d*une justice dont il n'a rien de moins à à craindre que la plus affreuse sentence et qu'un tourment éternel : Terribilis quxdam expectatio judiciL (Hebr., 10.) Si toute la religion n'est pas encore éteinte dans son cœur, peut-il n'être pas effrayé de ces réflexions; et pour n'en être point ému, ne faut-il pas qu'il soit tombé dans le plus mortel endurcissement?
Tout cela, dites-vous , ne l'inquiète guère, parce qu'il n'y pense point. Il est occupé de ses affaires, entêté de sa fortune, possédé de son plaisir. Il bannit tout le reste de son esprit, et il sait bien éloigner des pensées si sérieuses , et s'en délivrer. Oui, mes frères, i( le sait bien, et il ne le sait même que trop; mais voilà justement ce que je déplore, et ce que je regarde comme le plus grand de tous les malheurs : car voilà ce qui l'entretient dans son impénitence , ce qui lui fait amasser contre lui un trésor de colère, ce qui le lui fait grossir chaque jour, jusqu'à ce qu'il en ait comblé la mesure, et que cette justice dont il ne tenait nul compte, et qui l'attendait au jour marqué, agisse enfin , ouvre elle-même le trésor de ses vengeances, et le fasse fondre sur lui pour l'accabler.
Je dis plus , chrétiens, et s'il n'y pense point maintenant, il y pensera à la mort. Etrange renversement ! A cette dernière heure où tout Tabandonnera, oi!i tous les secours humains lui manqueront , du moins lui deviendront inutiles ; où ces prétendues divinités qu'il adorait , seront incapables de le soutenir , et où ces faux biens dont il jouissait sur la terre lui seront enlevés et lui échapperont, c'était la croix de Jésus-Christ, ou plutôt c'était Jésus-Christ lui-même attaché à la croix et y mourant, qui devait être sa ressource , son refuge , sa force, et ce sera le sujet de ses plus vives frayeurs et le comble de sa désolation. Le prêtre, pour le toucher, pour l'encourager, pour le consoler, et pour satisfaire au devoir de son ministère, lui présentera le crucifix ; il le fera souvenir que c'est son Dieu , l'auteur de son salut , qui lui tend les bras ; il l'exhortera à se tourner vers lui , et à se confier en lui : mais tandis que la parole du ministre lui frappera au dehors l'oreille sans pé- Détrer jusqu'au cœur , que lui dictera intérieurement sa conscience? Que lui reprochera-t-elle? Sous quel aspect lui montrera-t-elle ce Rédempteur immolé à la même justice qui le cite actuellement à son trîbunalf et dont il ne peut se promettre d'être plus épargné que ne l'a été un Dieu? Quelle peinture lui i-t-el1e de ses désordres passés ? et malgré