PREMIÈRE PARTIE
Oui, chrétiens, c'était depuis la naissance du monde où l'homme rebelle et criminel osa se révolter contre l'ordre de son créateur et de son Dieu : c'était, dis-je, depuis ce premier péché que la justice du ciel attendait une victime capable de l'apaiser , et demandait un sacrifice digne de la majesté du Seigneur violée et outragée. Ce n'est pas que dans le cours de tant de siècles écoulés depuis cette chute fatale à toute la nature humaine, les hommes n'eussent offert à Dieu des hosties , et qu'ils ne lui eussent présenté divers sacrifices pour reconnaître sa souveraine grandeur et pour l'honorer; mais ces hosties n'étaient ou que des fruits de la terre, ou que de vils animaux; et de tels sacrifices ne pouvaient être proportionnés à la dignité du Maître dont il s'agissait de réparer l'honneur et de venger les intérêts. Il n'y avait donc qu'une personne divine, il n'y avait que le sang d'un Dieu qui pût effacer pleinement et laver l'offense faite à un Dieu. Or, voilà ce qui s'accomplit au Calvaire, et c'est là que cette justice si rigoureuse et si inflexible dans la défense de ses droits, trouve enfin toute la satisfaction qu*elle avait si longtemps exigée sans la recevoir, et qui lai était due par tant de titres. Çir quelle victime lui est immolée sur l'autel de / , h eroix? Un Homme-Dieu , le Fils éternel de Dieu , i." %ri à too Père, et possédant comme lui toute laplé-
nitude de la divinité : In ipso inhabUat omnis pienUudo dioinitatis. (Coloss., 2.) Dès le moment de son incarnation, il avait déjà commencé ce grand sacrifice, puisqu'il n'était descendu sur la terre qu'en qualité de victime, et qu'il ne s'était revêtu d'un corps mortel que pour en faire hommage an Créateur de l'univers, et pour le lui offrir en holocauste. Dans le temple de Jérusalem, il avait continué et comme perfectionné oe même sacrifice, lorsqu'il voulut être porté solennellement entre les bras de Siméon, et présenté par les mains de Marie. Mais tout cela n'était encore que le sacrifice du matin , et nous voici présentement au sacrifice du soir; à ce sacrifice où la victime doit être consumée tout entière; à ce sacrifice où tendaient depuis trente-trois ans toutes les vues , toutes les démarches , toutes les actions du Rédempteur des hommes; à ce sacrifice par où toute la gloire du Seigneur devait être réparée et tous les droits de sa justice rétablis.
Mais, que dis-je, et quelle dette le soumettait à cette inexorable justice, cet agneau de Dieu, cet agneau sans tache ? de quelle offense pouvait-il être coupable, et qu'avait-il fait qui lui attirât la colère d*en haut, et qui l'exposât à un tel opprobre et à une telle mort? Ah! chrétiens auditeurs , c'est un mystère que vous ne pouvez ignorer, et c'est sur ce fondement qu'est établie et que roule toute la religion. Vous savez que de lui-même et de sa nature, ce Sauveur du monde est la sainteté par excellence; que dans le céleste séjour et dans les splendeurs éternelles, il reçoit les adorations de tous les esprits bienheureux , et en fait toute la félicité ; que même dans cette terre d'exil où il a paru, et que dans cette vallée de larmes où il a voulu converser avec nous, il ne connut jamais le mal que pour le combattre et pour le détruire; enfin , que c'est à lui que fut rendu plus d'une fois cet éclatant témoignage, qui retentit le long du Jourdain, et qui se fit entendre sur le Thabor : Voilà mon Fils bienaimé, l'objet de mes complaisances : Hic est Filius meusdiledus in quo mihi benecomplacui, (Matth., 27. ) Vous en êtes instruits , et ce sont autant d'ar* ticles de votre créance. Mais ce que vous enseigne aussi la même foi que vous professez, c'est que, pour l'expiation du péché , ce Sauveur, si saint en lui-même, a pris toutefois la forme de pécheur; c'est que n'ayant jamais commis de péclié, et étant incapable d'en commettre, il a néanmoins voulu porter sur son corps tous nos péchés : Quipeccata nostra ipsepertulit incorpore suo (P£TB.,2);que son Père l'en a chargé, et qu'il en a été tout couvert : Posuil in eo iiiiqtUtaiem omnium nostrum. (ISAi., 53.) Tellement que nous le pourrions comparer à cette nuée qui conduisait les Israélites dans le désert et qui, toute lumineuse d'une part, était de l'autre toute ténébreuse. Or, c'est justement
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sous cet aspect si dîffonne et si affreux, que le ciel aDjoord*hui le considère, et c'est sous cette lèpre da péché que la justice de Dieu Fenvisage comme un objet digne de toutes ses vengeances. Voilà pourquoi elle s'arme contre lui , pourquoi elle le poursuit le glaive à la main , pourquoi elle prononce Tarrét de sa mort.
Comment donc , afin de vous tracer encore de tout ceci une figure plus naturelle et plus propre, comment paraît-il au Calvaire? Représentez-vous , mes chers auditeurs, cette malheureuse victime doDt parlait saint Paul aux Hébreux, sur laquelle on mettait toutes les iniquités du peuple pour les expier, et qu*on jetait hors du camp peur la brûler. Ainsi Dieu Pavait ordonné dans Tancienne loi : et qu'était-ce là, dit Tapôtre, qu'une image sensible de ce qui devait s'accomplir dans la personne de Jésus-Christ? On le conduit hors de la ville, on le fait monter au Calvaire : c'est le dernier théâtre où il va paraître, et c'est là que l'attend la divine justice à qui il s'est rendu responsable, et qu'elle vient ordonner de son supplice et l'exécuter par les ' mains des bourreaux qu'elle a choisis pour ses ministres. Car souffrez, mes frères, que je vous fasse part d'une pensée qui me touche , et qui doit vous renpiir comme moi d'une horreur toute religieuse. Quand Dieu chassa le premier homme du paradis terrestre où il avait péché , l'ange du Seigneur se fit voir armé de Tépée, et ferma pour jamais l'entrée de ce jardin de délices. Ce fut encore par le ministère de l'ange exterminateur que Dieu frappa l'armée de Sennachérib , et que pour le salut de son peuple il fit éclater contre ce pri nce orgueilleux toute sa puissance. Mais quand pour lé salut du monde entier, il est question de consommer le sacrifice de ce divin Médiateur, sur qui sont tombés tous les péchés des hommes et qui les doit effacer de son sang, je m'imagine que la suprême et souveraine justice descend elle-même, et que, sans se montrer, elle préside à tout ce qui se passe dans cette sanglante et terrible exécution.
Kon, chrétiens, ne croyons pas que ce soit seulement ici la fureur des Juifs qui agisse, ni la cruauté des soldats : c'est la justice de Dieu. C'est elle, prenez garde, c'est elle qui veut que ce Dieu-Homme soit encore une fois dépouillé de ses habits, et qu'il ne lui reste pas même une robe qui le couvre : pourquoi? afin que par ce dépouillement total et cette extrême pauvreté, il porte la peine de toutes les injustices où nous a engagés et où nous engage tous les jours une envie démesurée d'avoir, un attachement excessif aux biens de la vie. C'est elle qui Tent qu'on l'étende sur la croix, et qu'en l'y étenr dant on lu! disloque tous les membres ; que pour l'y attacher, on sç serve, non de liens, mais de dous, qu'on lui en perce les pieds et les mains, et
qu'on les y enfonce avec violence : pourquoi ? afin que dans sa chair il expie tous les dérèglements de la notre; tant de sensualités, tant de commerces criminels , tant de sales plaisirs , tant d'excès et d'abominations. C'est elle qui veut qu'il obéisse à d'infâmes bourreaux , que sans résister un moment ni prononc-er une parole, livré à leur pouvoir et sou« mis à leurs ordres, il se laisse remuer, traîner, tourmenter selon qu'il leur plaît : pourquoi? afin que par une telle soumission il répare cette fatale désobéissance de nos premiers parents qui nous a tous perdus, et que ce soit encore le châtiment de tant de transgressions de la loi du Seigneur, qui nous sont particulières et personnelles, de tant de résistances à ses adorables volontés , de tant de révoltes intérieures dans les afOictions qu'il nous envoie, et de tant de murmures et de plaintes. C'est elle qui veut qu'il soit placé au milieu de deux voleurs et crucifié avec eux ; que dans cet état on l'élève , on le fasse voir, on l'expose aux yeux de Jérusalem, et que le ciel et la terre soient témoins de sa honte : pourquoi ? afin que cette ignominie publique soit la juste punition de toutes les enflures de notre cœur, de toutes ses complaisances et ses vanités, de tous ses projets ambitieux et de tout son orgueil.
N'est-ce pas assez, justice de mon Dieu, et n'étes-vous pas enfin satisfaite? Sur quelle partie de ce corps sacré frapperez-vous encore, qui ne soit déjà toute couverte de plaies? Voyez et considérez : voyez ces yeux tout éteints , cette bouche toute livide, ce visage tout meurtri, ce sein tout déchiré et tout ouvert par le nombre des blessure qu'il a reçues : voyez ces pieds, ces mains , changés en des sources de sang. Quels nouveaux opprobres a-Ml à essuye]r? Le voilà comme abîmé, comme anéanti dans la confusion : il en est rassasié, selon l'expression de votre prophète , et , si je l'ose dire , il en est comme enivré. Il n'importe : cette implacable justice a néanmoins toujours le bras levé , et ne le retirera point que sa victime n'ait été détruite : Sed adhuc manus ejus extenta. ( Isai., 5. )
C'est donc elle, suivez-moi, c'est elle qui veut qu'on s'assemble autour de ce Dieu souffrant , et que bien loin de le plaindre, on vienne insulter à ses souffrances; qu'on lui reproche qu'il ne peut se sauver lui-même, après avoir sauvé les autres; qu'on le traite de profanateur et de destructeur du temple; qu'on blasphème son saint nom , et qu'en profère contre lui mille anathèmes : pourquoi? parct que c'est à lui d'acquitter par là tant de discours injurieux , tant de railleries malignes et piquantes, tant de paroles outrageantes, de paroles licencieuses et dissolues, de paroles impies et scandaleuses, que nous met dans la bouche et contre le prochain , et èp|gg|jB|||i|||||||^Jf| médiiance »
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ou ranîmosité et la colère, ou le libertinage et rirréligion : Sed adhue manus ejus extenta. C'est elle qui veut que dans la soif qui le presse, et que lui cause rextrémité de sa faiblesse et le dernier épuisement où il est réduit, on ne lui présente à boire que du vinaigre et du fiel : pourquoi ? parce que c'est dans Taigreur et l'amertume de ce breuvage que doivent être lavées, si je puis m'exprimer de la sorte, les grossières débauches et les intempérances de tant de mondains , leur avidité insatiable, leurs délicatesses infinies à flatter leur goût et à contenter tous leurs appétits : Sed adhuc manus ejus extenta. C'est elle qui veut que dans un accablement si général toute ressource lui manque, même de la part de son Père : qu'il en soit comme abandonné; qu'il n'en reçoive nul secours , nul appui sensible; que plus rigoureusement traité qu'il ne le fîit au jardin , où le ciel au moins parut s'intéresser en sa faveur, et prit soin , par le ministère d'un ange, de le conforter, il soit désormais destitué de tout soutien; c'est-à-dire, que son humanité soit délaissée de sa divinité , et que livrée à elle-même, elle tombe dans la plus profonde et la plus mortelle désolation : pourquoi? parce qu'il ne peut mieux satisfaire que par cet abandonnement , pour toutes les fausses joies du monde dont nous sommes si enchantés , pour toutes les vaines consolations que nous cherchons dans les créatures, pour la confiance trompeuse que nous y avons, pour l'indigne préférence que nous leur donnons, et le prodigieux oubli de Dieu où nous vivons. Que puis-je encore ajouter ? Sed adhuc manus ejus extenta; c'eut elle qui, sans se relâcher jusques au dernier souffle de vie qui lui reste, veut enfin qu'il expire entre les bras de la croix, et qu'avec ce grand cri qu'il pousse vers le ciel, il achève de rendre l'âme, et mette le sceau à Tœuvre de notre rédemption : pourquoi , parce que c'est par cette mort temporelle d'un Dieu, que nous devons être délivrés d'une mort éternelle : Jésus autem, emissa voce magna, expiravit, (MàBC, 15.)
Quelle terreur, chrétiens, et quelle consternation ! la seule frayeur de ce lugubre spectacle et d'un tel acte de justice sur une personne divine ne dutelle pas suffire pour ébranler toute la nature et la déconcerter? aussi la terre en trembla, le voile du temple se déchira, le soleil s'éclipsa, les pierres se fendirent, et les tombeaux en furent ouverts. Or, si cet effroi a pu se communiquer aux êtres mêmes inanimés , et agir sur eux , comment doit-il se faire sentir à nous, et quels effets doit-il produire dans net cœurs?
Gnr, qudqne le plus essentiel et le premier de tous im motifii qui doive nous attacher à Dieu et à la tnHqiiedeiKM obligations, soit la reconnaissance
et l'amour, toutefois une crainte chrétienne de fa justice de Dieu, des vengeances de Dieu et de ses redoutables châtiments, n'a rien que de louable, rien que de saint et de salutaire. Jésus-Christ luimême, dans son Évangile, en a fait la matière de ses plus fortes instructions, et il y a employé les expressions les plus vives et les menaces les plus effrayantes. Ce n'était pas seulement au peuple qu'il les faisait entendre, ni aux pécheurs engagés dans le monde, mais à ses disciples et à ses apôtres, parce que cette crainte des jugements du Seigneur convient à tous les états du christianisme et à tous les degrés de perfection.
Je ne puis donc rien faire de plus important pour votre salut, que de la réveiller dans vos âmes, et de vous apprendre à tirer de la croix du Sauveur et de sa mort que nous méditons et que nous pleurons^ une des conséquences les plus naturelles et les plu» solides, quoiquela moins ordinaire et la moins con* nue, savoir que c'est une chose souverainement k craindre, de tomber dans les mains du Dieu vivant r Horrendum est inddere in manus Dei viventU^ {Hebr.^ 10.) Je dis , conséquence la moins ordinave» et la moins connue. En effet, nous sommes accoutumés à ne considérer le mystère d'un Dieu crucifié que par ce qu'il a de consolant pour nous , et nous n'en tirons presque jamais d'autre conclusion que de nous confier en Dieu et dans l'efficace de sits mérites. Confiance, mes chers auditeurs, trop bien fondée, pour entreprendre de l'affaiblir, et espérance que je suis bien éloigné de condamner, puisque je prétends au contraire vous l'inspirer dans la suite de ce discours, et vous y affermir. Mais ce que je voudrais d'abord vous faire comprendre, et ce qui demande toute l'attention de vos esprits, c'est que ce mystère de grâce est en même temps un mystère de justice, et de la justice la plus formidable; c'est que s'il a de quoi nous encourager et nous rassurer, Il n'y en a pas moins de quoi nous intimider et nous consterner : comment cela? faites-en avec moi la réflexion, et entrez dans ma pensée.
Quand le prince des apdtres, saint Pierre, écrivant aux premiers fidèles , voulait leur donner une idée de la justice de Dieu qui les retint dans le devoir, ou qui les engageât promptement à s'y remettre, si le péché les en avait écartés, il leur proposait l'exemple des anges rebelles et leur condamnation. Craignez, mes frères, disait-il, et n'oubliez jamais à quel Dieu vous avez affaire : on ne s'attaque point à lui impunément, et l'on n'échappe point au bras de sa justice et à ses coups. H n*a pas même pardonné à ces esprits qu'il avait créés dans le ciel et enrichis des dons les plus excellents, mais dès qu'ils se sont révoltés, et dès le premier péché qu'ils ont commis, il les a liés
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ivee les chaînes de Fenfer, il les a chassés de son r dignité d'un Homme-Dieu. Qui que nous soyons
royaume, et prédpités dans Fabtme, pour y être éternellement tourmentés : Deus angelis peccan- Hbtts non pepercU, sed rudentibus infemi detradasimtartarumtradidUcruciandos. (2.Petb., 2.) Or que devons-nous donc attendre de sa colère, si nous rirritons contre nous? et puisque des anges bien supérieurs à nous, et en force , et en puissance , ne peuvent néanmoins soutenir la rigueur du jugement qu'il a porté contre eux , et qui les a rendus autant de sujets d'exécration , que deviendronsnous, fragiles créatures, qui ne sommes devant lui que de faibles roseaux qu*il peut renverser et briser du moindre soufQe : AngeU fortUudine et virtute cum sint majores y non portant adversum se execrabiU judidumf (Id.) Tel était le raisonnement du saint apôtre : mais sans oublier en aucune sorte le respect que je dois à une si grande autorité, je ne fais point difficulté de dire que nous avons dans la mort de notre divin Maître une preuve mille fois encore plus touchante et un exemple plus convaincant. Car ce ne sont plus seulement des anges que Dieu, comme souverain, juge n*a pas épargnés, mais son propre Fils : Proprlo Fîlio suo non pepercU. (Rom.j 8.) D*où nous devons connaître toute la puissance de cette adorable justice y toute sa sainteté, toute sa sévérité, toute sa droiture et son inflexible équité. Remarquez, je vous prie, tous ces traits : il n'y en a pas un qui ne soit capable de nous faire trembler, pour peu que nous soyons susceptibles d'une craÎQte raisonnable, et sensibles à l'intérêt de notre salut.
Je dis, toute la puissance de cette justice de Dieu, puisqu'elle a étendu son pouvoir jusque sur un Homme- Dieu. Après cela, qui pourra nous arracher d'entre ses mains? qui pourra lui faire violence et l'arrêter ? que lui opposerons-nous , et qui sera en état de prendre contre elle notre défense et de nous sauver? Je dis , toute la sainteté de cette justice de Dieu, puisqu'elle n'a pu voir le péch^ sans le poursuivre, même dans un Homme-Dieu. Ce n'était dans oet Homme-Dieu que les péchés d'autrui ; ce n'était que des péchés dont il avait contracté la dette sans être coupable de l'offense : comment en poursuivra-t-elle les auteurs, et à quel jugement doivent-ils être réservés? Je dis, toute la sévérité de cette justice de Dieu, puisqu'il a fallu, pour l'apaiser, le sang et la mort d'un Homme- Dieu. Hommes vils et criminels, quoi qu'elle exerce sur vous de rigoureux, sera-ce assez pour elle; et quand elle décharge sur le juste ses plus rudes fléaux, que prépare-t-elle aux pécheurs, et peuvent-ils se promettre d'être ménagés ? Je dis , toute la droiture de cette justice de Dieu et son inflexible équité, puisqu'elle n'a point eu même d'égard à la
et quelque intercesseur que nous ayon^auprès d'elle, en vain compterons-nous de la fléchir sans une satisfaction convenable, et espérerons-nous qu'elle se relâche jamais sur cela de ses prétentions.
Ah! mes frères, quelles vérités! et quand un pécheur, j'entends un de ces pécheurs obstinés qui vieillissent dans leurs désordres, et que toute l'ardeur de notre zèle , que toutes nos remontrances et toutes nos sollicitations ne peuvent ramener de leurs voies corrompues ; quand , dis-je, à la vue du crucifix, un pécheur de ce caractère vient à se retracer toutes ces idées, de quel tremblement et de quelle épouvante doit-il être saisi? car il me semble que je puis bien lui appliquer ce que saint Léon, pape, a dit des Juifs, et que la comparaison n'est que trop juste. Il nous invite à contempler Jésus- Christ sur la croix : mais du reste , mes frères, poursuit ce saint docteur, à Dieu ne plaise que nous le considérions comme les impies, figurés par ces anciens Juifs à qui Moïse disait dans le désert, et au sujet du serpent d'airain : Vous aurez sans cesse votre vie suspendue devant vos yeux; vous la verrez, et bien loin que cet objet, si consolant pour les autres, anime votre confiance et dissipe vos craintes, vous serez toujours en la voyant, dans le même trouble, parce que vous ne croirez pas y devoir trouver votre salut': Et eritvita tua quasi pendens ante te : timebis die et nocte, et non credes vitx tux. {Deut, , 28. ) Voilà , continue le même saint Léon , comment dans la suite des siècles les Juifs incrédules et déicides ont dû encore envisager le Messie qu'ils avaient crucifié. Il n'apercevaient en lui , et dans sa croix , que leur crime ; et demeurant toujours dans leur infidélité , cette vue d'un Dieu livré à la mort devait les remplir, non point de la crainte salutaire qui part d'une vraie foi, et qui sert à nous justifier par la foi, mais de la crainte servile et désespérante dont est agitée et cruellement tourmentée une mauvaise conscience : Isti enim nihU in crvdfixo Domino prseter facinus suum cogitare potuerunt, habentes timorem, non quofides vera justificatur , sedquo conscientia iniqua torqueiur. (Leo.)
Triste image du pécheur ! Qu'est-ce à ses yeux que la croix de son Sauveur et de son Dieu ? Un monument visible, mais terrible, de la justice du ciel , c'est-à-dire , d'une justice dont il dépend mille fois plus encore que ce Dieu-Homme, à qui néanmoins elle a fait sentir son pouvoir d'une manière si éclatante et par un arrêt si absolu ; d'une justice dont il aura en personne à subir lui-même le jugement, et à recevoir sa condamnation ; d'une justice qui n'oubliera rien , qui ne passera rien , qui ne lui pardonnera rien; d'une justice qu'il se rend tous les jours plus ennemie, en accumulant péchés