‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 121 sur 408 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Cest le caractère des œuvres de Dieu et de tous les desseins qu'il forme sur nous , d'être toujours accompagnés de sa miséricorde , et de tendre au salut de l'homme et à son éternelle prédestination : Universœ viœ Domini misericordia ( Psalm 24) : tellement, remarque le prophète, qu'il n'oublie point cette infinie miséricorde jusque dans sa plus grande colère et dans les plus sévères châtiments de sa justice • Cum iratus fueris, misericordias recordaberis. (Habac. , 8. ) Il n'y a que l'enfer d'où cette bonté divine se tienne éloignée, et où elle ne fasse point couler ses grâces, parce qu'elle n'y trouverait point de sujet en état de les recevoir et d'en profiter. Mais partout ailleurs il lui est si naturel de se communiquer, que dans tous les ouvrages du Seigneur elle a toujours la meilleure part, et qu'à bien exa* miner même les plus rigoureux jugements de Dieu, ce sont moins des jugements de justice que de miséricorde : Superexaltat misericordia Judicium. (Jacob., 2. ) Or, si jamais elle a paru, cette miséricorde souveraine et sans bornes , et si jamais elle a répandu ses richesses avec abondance, il est évident et incontestable que c'est dans ce mystère de Jésus-Christ crucifié et mort pour la rédemption du monde. Découvrons-en, mes frères, autant que la faiblesse de nos esprits peut le permettre , et admirons-en l'ineffable et adorable conduite.

Il fallait une victime à la justice de Dieu, et une réparation authentique du péché de l'homme ; je Pal dit, et c'est ce que nous avons déjà médité. L'homme de lui-même et de son fonds n'avait rien, ni n^était capable de rien qui pût en aucune sorte égaler Finjure faite à la majesté du Très-Haut, et par conséquent il ne pouvait de son fonds ni de lui-même la réparer; c'est encore ce que j'ai tâché de vous fain comprendre. De là s'ensuivait, par une conséquenee non moins nécessaire , que sans les mérites d'an Homme-Dieu, l'homme était immanquablement perdu, et qu'il ne pouvait être sauvé que par les souf- ^ frances et par la croix de ce puissant Médiateur,

SUB LE CRUCIFIEMENT ET LA MORT DE JÉSUS- CHRIST

«irquoi Jésus-Christ est venu, voilà quelle io de sa mission et le fruit de sa mort. Tout mi . chrétien;; mais tout cela ne nous ap- (mit que Jésus-Christ, absciument et indis- Bment, ait dû souffrir, qu'il ait dû mourir, autrement, et mettons la chose dans un i vous fasse mieux entendre ce point de revit venir ce Verbe de Dieu , et prendre une mblable à la nôtre. Dans cette chair passi- M>rtelle, il devait souffrir, il devait mourir : mment le devait-il? concevez-le. Il devait, ouffrir, et il devait mourir : mais dans cette tion toute gratuite de sa part, et toute de ix, savoir, qu'il voulût sauver le monde. Car quoi il était pleinement le mattre , et à quoi bligation ne l'engageait. 11 pouvait laisser e dans Tablme où il s'était précipité ; il pou- Ivrer à son propre malheur, et par là s'éparntes les douleurs et toutes les ignominies de . Oui , mes frères , il le pouvait , selon louloîs de sa justice, mais c'est ce que sa misén*a pu voir sans s'y opposer. Toutes ses enen ont été émues , ces entrailles de charité mpassion : Fiscera misericordix. ( Lu c.,1 .) suivi les mouvements, et il n'a pu, si je l'ose isister à des sentiments si tendres et si affeo- Ainsi, de deux partis qu'il avait à choisir, landonner le salut de l'homme, ou de s'aner lui-même à toute l'infamie d'un supnssi cruel et aussi honteux que la croix, il t aimé nous racheter à ce prix, au prix de ig , au prix de sa vie , que de consentir à note éternelle. Or de là même, n'ai-je pas droit dure, qu'il s'est donc sacrifié sur l'autel de i comme une victime de miséricorde?

le théologie que l'apôtre nous a si bien exen deux courtes paroles , dont il était viveouché, et qui , dans leur simplicité et leur é^ sont pleines d'onction et de consolation : i me, et tradidit semetipsumpro me ( Ga- ); 11 m'a aimé, ce Dieu essentiellement et ainement miséricordieux, disait le maître des ;; et parce qu'il m'a aimé , il s'est donné pour ^nez garde, s'il vous platt, à l'ordre qu'obe grand apôtre , et à la liaison qu'il met entre IX choses. 11 ne sépare point l'une de l'autre, eai l'une était indépendante de l'autre; mais loît ensemble comme la cause et l'effet. Il m'a voilà le principe; et il s'est donné pour moi , 'efiet et la suite. De sorte que c'est avant tout •dessus tout son amour, qui lui a fait accepboire le calice de sa passion : DUexU me, et H semetipsum pro me.

si demandez au même saint Paul, ce que faiians-Christ sur le Calvaire , où ses bourreaux

BOimOALOCJB. — T. m.

l'avaient conduit , et où ils accomplissaient contre lui avec tant de barbarie les ordres qu'ils avaient reçus. Cette peinture est admirable, mes chers auditeurs , et voici sans doute des expressions dignes de l'esprit de Dieu, dont le saint apôtre était inspiré : écoutez-le. On l'attachait à la croix, ce Médiateur des hommes, on l'y clouait : mais lui cependant, d'une main invisible et par un excès de miséricorde, il y attachait l'acte qui avait été écrit contre nous, l'arrêt qui nous condamnait comme pécheurs ; il l'effaçait de son sang et il l'annulait : Dekns quod adoersus nos erat chirographum, de^ creti, et ipstm tulit de medio, affigens illud eruci. (Coloss., 2.) On lui donnait la mort ; et lui, en mourant , il nous rendait la vie par la rémission et l'abolition de tous nos péchés : Et vos cum mortui essetis in deUclis, convwJficavU, donans vobis omnia delicta, (Ibid.) Il succombait à la violence des coups qu'il avait reçus, et à la rigueur des tourments qu'il avait endurés; mais dans cette défaillance même, où la nature ne pouvait se soutenir, et était obligée de céder, plus fort néanmoins que toutes les principautés et toutes les puissances infernales, il défendait contre elles notre cause, il les combattait,il leur arrachait les dépouilles que ces esprits de ténèbrea avaient enlevées et dont ils se glorifiaient, il les confondait à la vue de tout l'univers, il les désarmait et il en triomphait, content de mourir dans ce corn* bat, pourvu que sa victoire, qui lui coûtait si cher, fût auprès de son Père notre rançon et notre salut : Expolians principatus etpotestates, traduxit con' ûdenter, palam triumphans iUos in semetipso. iÇo» loss, , 2. )

De là, chrétiens, nous ne devons point nous étonner des témoignages particuliers, ou plutôt des prodiges d'amour et de miséricorde qu'il fait paraître à cette dernière heure , qui doit terminer sa course et consommer sa charité pour nous. Plus il avance vers la fin de sa carrière, plus son cœur s'attendrit. 11 semble ne plus respirer que la misérioorde. Il prie, et c'est une prière de miséricorde', il promet, et c'est une promesse de miséricorde ; il donne , et c'est un don de miséricorde ; il témoigne sa soif, et cette soif qu'ir souffre, quelque pressante qu'elle puisse être, n'est après tout que l'image d'une soif mille fois encore plus ardente, qui achève de le consumer, et qui est un sentiment de miséricorde. Appliquez-vous.

Il prie, et c'est une prière de miséricorde, et de la plus grande miséricorde; car il prie pour ses eimemis mêmes et ses propres persécuteurs. Il prie pour les prêtres et les docteurs de hi synagogue, qui ont conspiré contre lui, pour les soldats qui Tont arrêté, pour le peuple qui l'a insulté, pour les faux témoins qui l'ont caloomié, pour Pilate qui ra eoodaoïaébMwktJboHrfaan qui Tont cnieifié.

SUR LE CRUCIFIEafENT ET LA MOBT DE JÉSUS-CHRIST.

Encore sMls reconnaissaient leur crime, et s'ils en marquaient quelque repentir ; mais les voilà tous au pied de la croix , qui le comblent de nouveaux outrages , qui secouent la tête en se moquant et le raillant, qui se le montrent les uns aux autres comme leur jouet et un objet de mépris, qui par mille impiétés et par les paroles les plus piquantes, Tattaquent dans sa puissance, dans sa sainteté, dans sa royauté, dans sa divinité. C'est au milieu de ce bruit confus et de cette multitude animée, que tout à coup il rompt le silence qu'il avait jusque-là gardé, et qu'il élève la voix. Il porte les yewL au ciel : et que va-t-il lui demander? It}'est-ce point pour en feiredescendre la foudre.' ce serait la juste vengeance de tant d'inhumanités et d'attentats : mais ne craignez point , Juifs sacrilèges et parricides ; c'est la miséricorde qui le fait parler. Il ne prononcera pas une parole que ue lui ait dictée l'amour le plus généreux et le plus désintéressé. Mon Père , s'écriet-il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Il ne dit pas mon Dieu, mais mon Père, parce que ce nom de père est plus favorable pour se faire écouter et pour fléchir la colère divine : Paier. ( Luc . , 33.) Il ne dit pas en détail : Pardonnez à celui-ci et à celui-là moins coupables que les autres , et qui ont eu moins de part à cette conjuration formée contre moi; mais en général et sans distinction, il dit : Pardonnez-leur; ne voulant exclure personne de ce pardon, les y comprenant tous, même ceux qui l'ont accusé et jugé le plus injustement; même ceux qui l'ont firappé, meurtri, traité le plus violemment; même ceux qiy lui ont enfoncé les épines dans la tête, les clous dans les pieds et dans les mains. Sa nr.iséricorde qui remplit toute la terre, est universelle. Pas un seul pour qui ses bras et ses pieds ne soient ouverts ; pas un dont il ne soit l'avocat , et dont il ne se déclare l'intercesseur et le Sauveur : Dimitie illis. Il ne s'en tient pas à une simple prière : mais il tâche, autant qu'il lui est possible, de les justiGer ; et tout criminels qu'ils sont, sa charité lui fait trouver jK)ur leur défense et en leur faveur une raison et un sujet d'excuse. Pardonnez-leur, parce qu'ils sont aveuglés, et qu'ils ne connaissent pas toute l'énormité de l'offense qu'ils commettent : Pater, dimitie iUit; non enim sciunl guidfaciunt. (Luc. , W.)

Il promet, et c'est une promesse de miséricorde. En effet , chrétiens , admirons le pouvoir et la vertu de sa prière. Rien de plus efficace, et le premier miracle qu'elle opère, c'est la conversion d'un insigne voleur. C'était un scélérat, peut-ê^e encore pire que Barabbas, puisqu'on ne l'avait pas même proposé à la fête solennelle pour obtenir sa déli- ▼nnce. C'était un blasphémateur et un furieux, fÊti dCàborû s'était tourné lui-même contre Jésus- Cbrfêi, puisque êëan l'évangile de saint Matthieu '

et celui de saint Marc, les voleurs qui furent «m cifiés avec lui , l'outrageaient de paroles et le char geaient d'injures : El qui a(pi eo cruc{fixi eraM, conviciabantur ei. ( Màbc, 15. ) Mais au bout de quelques moments, et par une secrète merveille de la grâce, voilà ce blasphémateur, ce voleur, cbaogé dans un humble pénitent, qui rend gloire à Dieu , qui confesse hautement ses péchés et se reconnaît digne de la mort, qui publie l'innocence de ce juste contre lequel il s'était élevé, qui s'adresse à loi comme à son Seigneur, comme à son Roi, qui m range au nombre de ses sujets , et lui demande une place dans son royaume; enfin , qui reçoit de la bouche même du Fils de Dieu cette assurance si douée et si consolante : Je vous dis, en vérité, que dès ce jour vous serez avez moi dans le ciel, pour y jouir de la souveraine béatitude, Âmen dico Hbi, kodie mecum eris in paradlso. (Luc, 28.)

Il donne, et c'est un don de miséricorde. Car dans cette extrémité, voulez-vous savoir quel est, si je puis m'exprimer de la sorte, son testament de mort? Sont-ce des héritages temporels? hélas! que posséda jamais sur la terre ce Dieu pauvre, qâ dans tout le cours de sa vie n'eut pas mêgie où se retirer ni où reposer sa tête? Qu'est-ce donc? Ahl mes frères , du haut de sa croix , il baisse la vue : et qu*aperçoît-il devant ses yeux? Marie, sa mère, et Jean , son disciple. Voilà son trésor, voilà sa plus précieuse succession. A ce double aspect, tout épuisé qu'il est, il sent encore toute la tendresse de son cœur s'exciter et se réveiller. Dans l'état d'accablement où il se trouve, et que chaque moment augmente, il n'est pas néanmoins encore tellement occupé de ses extrêmes douleurs , qu'il ne pense à l'une et à l'autre. Il ne les veut pas quitter sans leur donner une dernière preuve et leur laisser un gage authentique de son amour. Femme, dit-il à Marie, lui présentant son bien-aimé disciple « voici votre fils : MuUer, ecce fiUus tvus. (Joan ., 19.) Mon fils, dit-il à Jean , lui présentant sa sainte mère, voici votre mère : Ecce mater tua. ( Id. ) Il sait qu'il ne peut mieux confier Tune qu'au plus fidèle de ses disciples; et il sait qu'il ne peut mieux disposer de l'autre qu'en le remettant dans les mains de la plus tendre de toutes les mères. Que dis-je, mes chers auditeurs ? dans ce don mutuel , dans ce riche don , tout est mystérieux. Ce n'est précisément, ni sa mère, ni son disciple, que ce Dieu des miséricordes envisage. Ses vues s'étendent bien plui loin , et ses faveurs n'ont point de bornes. Il veut que Marie , dans la personne de Jean , adopte généralement tous les hommes pour ses enfants , qu'elle en soit la mère, la protectrice, la médiatrice; et il veut que tous les hommes en l'acceptant eomfli Jean, en l'honorant et s'y confiant , aient dans eili une source abondante de toutes les grâces du i

SUE LE CRUCIFIEBiENT ET LA MORT DE JESUS-CHRIST.

un Mlle toujours ouvert, et des secours toujours iSBiirés et présents : EtexWa hora accepU eam iUcipuius In sva. (Joan., 19.)

^nên^ il témoigne sa soif ; et cette soif qu'il souftetiï*est queFimage d'une autre soif bien plus près* swte, qui est le désir de notre salut et le sentiment et sa miséricorde. Quand autrefois ses apôtres, Toyant qu'après une pénible marche et depuis un long espace de temps, il n'avait pris encore nulle nourriture, et qu'il devait ressentir la faim , l'invitèrent à se reposer et à manger : Il y a bien une autre viande , leur rîépondit-il , que cette viande'matérielle, dont j'ai besoin, et dont je me nourris. L'aliment que je désire , et que je cherche en tout , c'est d'aceomplir la volonté du Père qui m'a envoyé , et de doDoerà l'ouvrage pour lequel je suis descendu, toute la perfection qu'il demande. Telle était alors sa fiùm, et telle est présentement sa soif. Cette soif, e*est son amour, que toutes les eaux de sa passion n'ont pu éteindre ; cette soif, c'est le zèle des âmes, éb ees Ames que l'enfer tenait captives, et qu'il est iCDU racheter; cette soif, c'est une sainte impatieoee de consommer le chef-d'œuvre de sa misérieorde en consommant le sacriGce de sa vie : Sitio, (Id.) Plus l'heure approche, plus le feu crott, ce fta sacré dont est dévorée cette divine hostie. Malgré tout l'opprobre et tout le tourment de la croix, il ne regrette point la vie qu'il va perdre , parce qoll voit par avance le fruit de sa mort. Il ne peut aa refuser le témoignage qu'il se rend à lui-même, qu'il a exécuté de point en point tout ce qui lui était prescrit, et qu'il a rempli toute sa mission : ùmMumwMtum est. ( Id. ) Il ne lui reste plus que ds porter son âme entre les bras de son Père , pour laeevoir la récompense de tant de travaux : Pater, ' k numtis tuas commendo spiritum meum. (Luc, 2S.) n ne lui faut pour cela qu'un soupir, et ce deniier soupir, en terminant sa carrière , couronne aes combats, et dans le sein de la mort même eommence son triomphe : Et hxc dicens expimU. (Id.)

Sur cela , mes chers auditeurs, qu'ai-je à vous dire, et quels sentiments doit vous inspirer cette mort d'un Dieu ? viens-je encore vous le représenter eonme un objet de terreur? Il est vrai , toute la terre en fut comme ensevelie dans les ténèbres, et ee fut un deuil universel. Mais après avoir payé d'abord à cet Homme-Dieu, mort pour nous, le JBste tribut de notre reconnaissance et de nos larmes, il nous permet, jusque dans ce triste mystère, de reprendre le même cantique que nous avons cbanté avec la milice céleste, dans le mystère de sa iMeobeureose nativité, et de nous écrier : Gloria te alUêsimis Deo, et in terra pax hominibus; Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix aux isnr la terre. Et eo effet, c'est sur la croix

qu'est ratifiée cette nouvelle alliance que Dieu a voulu faire avec les hommes; c'est là que du sang du Médiateur, notre réconciliation et notre pahc est signée. Paix glorieuse au souverain Seigneur, puisqu'il y reçoit toute la satisfaction que pouvait exiger sa grandeur violée, et que la réparation même est au-dessus de l'offense. Paix générale et commune à tous les hommes, puisque c'est la paix de tout le genre humain , et que sans distinction ni de juste , ni de pécheur, ni de juif, ni de gentil , ni de Gdèle, ni d'idolâtre, il n'y a pas un seul homme qui n'y soit compris. Paix salutaire, où l'homme rentre dans tous ses droits auprès de Dieu; où d'esclave qu'il était de Tenfer et du péché, il devient tout de nouveau enfant de Dieu , et héritier du royaume de Dieu; où toutes les grâces de Dieu recommencent à couler sur lui avec plus d'abondance que jamais, puisque la miséricorde du libérateur qui l'a sauvé, est infinie, et que cette rédemp* tion divine n'est pas seulement une rédemption abondante, mais surabondante : Quia apud DomU nujfi misericordia , et copiosa apud eum redem» ptio. {Psalm. 129.)

Qu'est-ce donc proprement que la croix de Jésus- Christ? Le siège de l'a grâce et le trône de la miséricorde. Et quelle leçon plus importante ai-je làdessus à vous faire, que celle de Fapêtre, par où je conclus : IJabentes ergo Pontiftcem magnum^ JesumFiHumDeij teneamusconfessionem, (Hebr., 4.) Ainsi , mes frères, ayant un aussi grand pontife que le Seigneur Jésus, Fils de Dieu, lequel s'est immolé pour nous, et qui dans ce sacriflce a voulu être, tout ensemble, et le prêtre et la victime, attachons-nous à cet article capital de notre foi; et sans nous contenter de le croire, méditons-le sans cesse et rappelons-en le souvenir, pour nous instruire, pour nous exciter, et surtout pour nous animer d'une sainte confiance en la miséricorde de notre Dieu. Quelles que soient nos misères, ne craignons point d'être rejetés : pourquoi ? en voici la raison sensible et naturelle : Nonenim habemus pontiftcem qui non possit compati infirmif4UibuM nosiris; tentatum autem per omnia pro simiUtU' dine , absque peccato (Hebr,, 4); C'est que nous n'avons pas un pontife qui soit incapable de compatir à nos inflrmités, faute de les connaître, ou qui ne les connaisse qu'en spéculation , et par là soit moins en état d'en être touché. N'a-t-il pas lui* même passé par toutes les épreuves, et hors le péché , qu'y a-t-il en quoi il ne se soit rendu semblable à nous? Encore a-t-il voulu porter l'image du péché, et mourir sous la figure du pécheur. Jdea» mus ergo cumfiducia ad thronum gratiXy ut mU sericordiam coruequamur etgratiam, invetUamut in auxiUo opportune .'Allons donc, chrétiens, allons à la croix dans tous nos besoins^ et comptons ^<^

POUR LE TEMPS DE L'AVENT

nous y serons toujours secourus à propos et selon nos nécessités présentes.

Solide dévotion que je voudrais renouveler dans te christianisme , ou du moins parmi vous , mes chers auditeurs : la dévotion au crucifix. Cest là que nous trouverons des grâces de toutes les sortes, puisque Dieu les y a toutes renfermées. Ce n*est pas sans mystère qu'un Dieu mourant, ou qu*un Dieu mort , y paratt les bras étendus et le cdté percé d'une tance. Il veut , «n nous tendant les bras, nous embrasser tous; et dans la plaie de son sacré côté , il veut , comme dans un asile certain , nous recueillir tous. Je dis tous, et c*est ce que je ne puis trop vous redire, afin que nul nefignore : car malheur à moi, si par une erreur insoutenable, et contre tous les témoignages des divines ÉcHtures , j'entreprenais de prescrire des bornes aux mérites et à la miséricorde de mon Sauveur. Sommes-nous dans l'état du péché, séparés actuellement de Dieu et depuis longtemps par le péché; c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâces de pénitence et de conversion , qui nous ouvriront les yeux de l'âme pour voir la grièveté de nos désordres, et qui nous amolliront le cœur pour les détester et les pleurer. Quelque éloignés que nous soyons du salât, nous ne pouvons l'être plus que les Juifis et que les bourreaux de Jésus-Christ : or, combien néanmoins de ces JuiCs si endurcis et de ces bourreaux si intraitables et si barbares, conçurent auprès de la croix des sentiments de repentir, et ne se retirèrent qu'en se frappant la poitrine ! Sommes-nous dans l'heureux état de la justice chrétienne, fidèles à la loi de Dieu , et par là même amis de Dieu ; c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâces de persévérance et de sanctification , qui nous affermiront dans la pratique de nos devoirs , et qui nous élèveront aux plus sublimes vertus. Les saints nourrissaient là leur piété, y allumaient leur ferveur, y amortissaient le feu de leurs passions , y puisaient des forces contre toutes les attaques de leurs ennemis invisibles et contre toutes leurs tentations. Si l'affliction nous abat, et que les peines, soit intérieures, soit extérieures, nous rendent la vie amère, et nous plongent dans la tristesse et dans l'accablement, c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâcesde soutien et de consolation, qui nous relèveront, qui nous mettront dans la tranquillité et la paix, qui nous adouciront les douleurs les plus vives et les maux les plus cuisants. Une âme est étonnée d'un changement quelquefois si prompt et si subit. On avait apporté aux pieds de Jésus- Christ on cœur troublé, un cœur agité, un camr gttrrét on cœur flétri et désolé; mais dans un mo*- ; tout se calme, tout s'éolaircit; ce cœur, à la \ de son Dieu crucifié, revient à lui-même, m leeonMitt , st reproche sa foiblesse , reprend une

vigueur toute nouvelle et se rétablit dans ou inaltérable.

De vouloir ici parcourir tous les autres â ges que nous procure ce recours firéquent vot au crucifix, ce serait m'engager dans oi long détail. Heureux qui fait de la croix, oa de Jésus attaché à la croix, son confident conseil, son maître, son docteur, son pastet guide, son directeur, son médecin, son toi Jé.sus-Christ seul lui sera tout; tout dans la tout à la mort. Pensez bien, chrétiens, cet! nière parole, tout à la mort. Quand il sera ce jour qui doit finir sur la terre toute la si vos jours; quand on vous aura fait entendre rêt dont tout homme, quelque saint qu'il se effrayé, f^ous mourrez ; ou sans qu'on prenr de vous l'annoncer, quand une défaillance c de la nature vous le fera malgré vous sentir; aux approches de ce terrible moment, le pai présent, l'avenir, mille objets s'offriront à pensée pour vous affliger, pour vous iuquiétei vous consterner, ah! mon cher frère, où ser£ ressource alors, où sera votre réconfort? D crucifix. Où adresserez-vous vos regards, o terez-vous vos soupirs? Vers le crucifix. Qu sera-t-on à votre vue , que vous mettra-t-oi les mains , que vous appliquera-t-on sur les I Le crucifix. Quel nom vous fera-t-on pront Le nom de Jésus , et de Jésus crucifié. Ce sei fond de vcftre espérance, si dès maintenant en faites ie sujet le plus ordinaire de vos pietu cices, de vos entretiens les plus intimes, vos plus affectueuses considérations. Plaise i que vous vous disposiez de cette sorte, à pasi bras de Jésus-Christ mourant en croix, enl bras de Jésus-Christ vivant et triomphant d gloire, où nous conduise, etc.

INSTRUCTION

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