‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 122 sur 408 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

LE TEMPS DE L'AVENT

Le dessein de l'Église, dans l'institution i vent, a été d'honorer le Verbe incamé dans le sein de la Vierge, et de nous disposer ain glorieuse nativité de cet Homme-Dieu. Ne pouvons donc mieux nous occuper pendac ce saint temps, que du grand mystère de 1 nation; et quoique le Fils de Dieu s'y soit i fondement humilié et comme anéanti , nous vons néanmoins considérer comme un myst gloire pour Dieu même, selon qu'il nous ea I que dans ce sacré cantique que chantèn

POUR LE TEMPS DE L'AVENT

I à la naissancede Jésus-Christ : Gloire à Dieu mfilKf haut des deux. En effet, c'est en se révélait d'Boe oatare semblable à la nôtre « et en se faittot hoamie, que le Verbe divin est venu sur la tarre, 1. découvrir sensiblemeait aux hommes la lloire de Dieu; 3. combattre parmi les hommes, et f détruire tous les ennemis de la gloire de Dieu ; S^àllumer dans le cœur des hommes un zèle ardent pour la gloire de Dieu. Appliquons-nous à méditer m à bien pénétrer ces trois vérités. Ce sera pour

lun fonds inépuisable de réflexions et de seules plus propres à nous édifier.

ih Comment Jésus-Christ vient découvrir sensiblement aux hommes la gloire de Dieu.

1. Que le Verbe étemel , en s*încamant , soit venu iéeofovrir aux hommes la gloiro de Dieu, c'est {expresse doctrine de Tévangéliste saint Jean : Le Tatej dit-il, s'est fait chair; il a demeuré et convené parmi nousj et nous avons vu sa gloire, (JOAN., 1.) Quelle conséquence! et le saint évan- Itéhste oe devait-il pas, ce semble, conclure tout autrement, et dire : Le Verbe s'est fait chair, et dans cette diair mortelle dont il est revêtu , il nous aeaché la gloire de sa divinité ? S'il disait , Le Verbe l'est fait diair, et nous avons été témoins de ses iofinnités volontaires , de ses abaissements et de ses anéantissements, nous n'aurions pas de peine à comprendre la pensée de ce disciple bien-aimé, et elle nous paraîtrait très-naturelle; mais que le Verbe te soit £ait chair, qu'en se faisant chair comme nous, il se soit assujetti à toutes nos misères, et qu'en cela néanmoins il ait fait éclater sa gloiro, c'est ce qui parait se contredire, et de quoi nous ne voyons pas d'abord la liaison. Rien toutefois n'est plus juste . que ce raisonnement, dit saint Augustin, et il ne ûiut qu'un peu d'attention pour en voir toute la solidité et toute la vérité. Car si la gloire de Dieu devait être révélée aux hommes d'une manière sensible, c'était justement par les humiliations du Verbe ; et il n'y avait que-ce Verbe humilié , qui pût nous faire connaître l'excellence d'un Dieu glorifié : telleraent^ condutsaint Augustin, que si saint Jean a'avaît pas dit , Le Verbe s'est fait chair, nous n'aurions pu dire que nous avons vu sa gloire. Qu'estce. que la gloire de Dieu dont il est ici question , et en quoi consiste-t-elle? Cette gloire de Dieu, telle que nous la devons maintenant entendre, c'est-àdire , cette gloire qui est dans Dieu, et que nous désirons de connaître, n'est autre; chose que les perieetions de Dieu, Par; conséquent, découvrir aux hommes Jeu perfections.de Dieu, c'est leur découvrir la gloira de Dieu. Or, n'est-ce pas ce que nous découvre admirablement et sensiblement le Fils de Dieu dans son admirable incarnation?

II. Et d'abord , la miséricorde de Dieu pouvait-, elle se produire avec plus d'éclat que dans ce mystère ? pouvait-elle nous donner une idée de ce qu'elle est, comparable à celle-ci ? a-t-elle jamais rien fait dans le monde qui en ait approché? O prodige, s'écrie Zenon de Vérone ! un Dieu réduit à la petitesse d'un enfant; et cela pour qui ? par amour pour son image, et pour des créatures formées de sa main. Reconnaissons l'excellence de notre religion dans les vues excellentes qu'elle nous donne du Maître que nous adorons , et de sa bonté sans mesure. Toutes les religions païennes dans la vanité de leurs fables, ont-elles jamais rien Imaginé de pareil ? Nous avons des dieux , disait un des sages du paganisme , mais ces dieux passeraient pour des monstres s'ils vivaient parmi nous, tant ils ont été vicieux et corrompus. Nous, dit saint Augustin, nous servons un Dieu en qui tout est merveilleux ; mais de toutes les merveilles qu'il renferme dans son être divin , ce qu'il y a de plus merveilleux et de phis incompvéhensible, c'est son amour. 11 ne faudrait donc que le mystère de l'incarnation pour confondretoute l'idolâtrie et toute la superstition païenne. Car, selon la belle remarque de saint Grégoire de Nysse, la vraie religion est d*avoir des sentiments de Dieu conformes à la nature et à la grandeur de Dieu : or, ce grand mystère nous fait concevoir une estime de la miséricorde de Dieu si relevée, qu'il n'est pas possible à l'esprit de l'homme de la porter plus haut.

m. Il en est de même de la sagesse de Dieu. Que la prudence aveugle du siècle en juge comme il lui plaira, on peujt dire, et il est vrai qu'un Homme- Dieu est le chef-d'œuvre d'une sagesse toute divine, parce que c'est ainsi que Dieu a pri&le moyen le plus convenable de réparer sa propre gloire et d'opérer le salut des hommes. Il avait été offensé , ce Dieu de majesté; il lui fallait une satisfaction digne de lui , et nul autre qu'un Dieu ne pouvait dignement satisfaire à un Dieu. L'homme s'était perdu : Dieu voulait le sauver en le délivrant de la mort éternelle; et comme il n*y avait qu'un Dieu, qui , par ses mérites infinis, pût le délivrer de cette mort, il n'y avait conséquemment^ qu'un Dieu qui pût le sauver. Il fallait que ce Sauveur fût tout ensemble vrai Dieu et vrai homme. S'il eût seulement été Dieu, il n'eût pu souffrir; s'il eût seulement été hommOr ses humiliations ni ses souf* frances n'eussent pas été des réparations suffisantes. De plus, s!il eût seulement été Dieu, il eût été invisible, et n'eût pu nous donner l'exemple; et s'il eût seulement été homme, son exemple n'eût pas été pour nous une règle tout à fait sûre et à couvert de tout égarement. Mais étant Diea.et homiiM, comme homme il a pu s'abaisser, et c a donné à ses abaissementi ana i

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et saos mesure; comme homme il s'est montré à uos yeux pour nous servir de guide , et comme Dieu il nous a rassurés pour nous faire prendre avec confiance la voie où il est entré et où il a voulu nous conduire. Ainsi , dans ces jours de grâce et de salut, nous n'avons point de sentiment plus ordinaire à prendre que denous écrier avec Tapôtre : O rU' chesses! 6 abime de la sagesse et des jugements de Dieu, (nom., 11.)

IV. Mais quelle vertu et quel pouvoir dans Dieu ne demandait pas Taccomplissement de ce grand ouvrage? Quel effort et quel miracle de la droite du Très-Haut! un Dieu-Homme, conçu par une mère vierge; c'est-à-dire, dans la même personne, dans le même Jésus-Christ, la divinité jointe avec notre humahité, l'immortalité avec notre infirmité, la grandeur avec notre bassesse, l'infini avec le fini, l'être avec le néant ; et dans la même mère, la maternité avec la virginité! Voilà proprement l'œuvre de Dieu. Tout ce qu'il avait fiait jusqu'à présent dans l'univers, n'était pour lui, selon l'expression même de l'Écriture, que comme un jeu; mais c'est ici que sa toute-puissance se déploie dans toute son étendue, et c'est dans la faiblesse d'un Enfant-Dieu qu'il ùit éclater toute sa force.

V. Il n> a que la justice de Dieu qui semble demeurer inconnue et n'avoir nulle part dans ce mystère de grâce. Mais nous nous trompons, si nous le pensons de la sorte; et l'on peut même ajouter, que de toutes les perfections divines qui reluisent dans- la personne du Sauveur, la justice est celle dont les effets y sont plus sensibles, et dont les droits inviolables et souverains y paraissent avec plus d'évidence : jusque-là que saint Chrysostôme n'a pas fait difficulté d'avancer cette étrange proposition , mais qui n'a rien que de solide, toute surprenante qu'elle est, savoir : que dans l'enfer, où Dieu exerce ses plus rigoureux châtiments, il ne fait pas néanmoins autant connaître sa justice, que dans le sein virginal de Marie, où le Verbe s'est incarné. La preuve en est incontestable. Cest que dans l'enfer ce ne sont que des hommes réprouvés qui se trouvent soumis à cette justice; au lieu que dans le sein d^ Marie , c'est un Homme-Dieu qui commence à en devenir la victime et à lui être immolé. Or, qu'est-ce qu'une justice à laquelle il faut une telle hostie et un tel hommage ? d'où vient que le prophète royal, parfaitement éclairé dans la science et le discernement des attributs divins, après avoir dit que Dieu a montré aux hommes l'auteur de leur salut, ajoute ensuite qu'il a révélé la justice à toutes les nations. (Psalm. 97.)

VI. De tout ceci , concluons que le Sauveur du , Monde, en prenant un corps humain et visible, et MHS découvrant ainsi les plus hautes perfections '^ IMaa, nom donna donc par là même la plus

grande idée de la gloire de Dieu. De sorte que sans attendre sa passion et la fin de sa vie mortelle, il peut dire à son Père dès le moment de sa sainte incarnation : Mon Père, j'ai déjà commencé l'office pour lequel vous m'avez envoyé, qui est de vous faire connaître dans le monde. Je n'y entre que pour cela, et je n'en sortirai qu'après avoir consommé cette importante affadre. Car fl est d'mie nécessité absolue que vous soyez connu des hommes , puiique l'ignorance où ils vivent à l'égard de leur Créateur, et du premier de tous les êtres, est un désordre essentiel dans la nature, et la source de tous les autres désordres. C'est pourquoi je viens en ce jour, afin que les hommes , en me contemplant, contemplent dans moi votre gloire, et que la lumière que j'apporte se répande dans toute la terre , et dissipe les ténèbres où elle est ensevelie. VIL Cependant , après une telle manifestation de la gloire de Dieu, n'est-il pas étrange qu'il soit si p^ connu dans le monde? Car ce qu'on appelle le monde, les sectateurs du monde, les esclaves do monde , ces hommes et ces femmes remplis de I'abprit du monde, connaissent-ils Dieu, ne font-ils pas profession de l'ignorer, ou du moins de l'oublier? ne vivent-ils pas comme s'il n'y en avait point? kor grand principe n'est-il pas de l'effacer auUnt qu'ils peuvent de leur souvenir, et de n'y penser presque janutis? C'est la plainte que faisait le disciple saint Jean, expliquant la génération éternelle et temporelle du Fils de Dieu : Dieu était a» milieu ds monde, comme le maître et l'arbitre du monde, et le monde n'en avait nulle connaissance. ( Joan., 1.) C'est la plainte que Jésus-Christ lui-même faisait à son Père : Père saint, le monde ne vous connaît point. (/(/, 17.) Quoi que j'aie fait pour lui annoncer vos grandeurs, son aveuglement a prévalu, et il y demeure toujours plongé. Déplorable aveuglement, s'écrie Salvien; aveuglement qui va jusqu'à mettre Dieu dans notre estime andessous de tout! On le perd sans regret, on se tient éloigné de lui sans inquiétude, on lui préfère le moindre avantage , le moindre plaisir, et on ne lui donne la préférence sur rien. Sa grâce et sa haine nous sont également indififérentes : tout œisi pourquoi ? toujours par la même raison : c'est que le monde ne l'a jamais bien connu. Car si le monde le connaissait, ce Dieu si miséricordieux, oeDiea si sage, ce Dieu si puissant, ce Dieu si juste et si saint , on ne vivrait pas dans le dérèglement oà Fon vit, on ne s'abandonnerait pas à une telle corruption de mœurs, on ne viendrait pas Pootrager au pied de ses autels , on honorerait ses culte, on respecterait ses temples, on pratiquerait sa loi , on redouterait ses vengeances. Mais parce que le monde affecte de le méconnaître, il n'y i point d'excès où l'on ne se porte.

POUK LE TEMPS DE L'AVENT

ym. Quoi donc! le dessein de Jésus-Christ est-il biolainent ruiné? II est descendu parmi nous, et i a Toulu vivre au milieu de nous pour publier dans • monde la gloire de son Père : mais dans la suite Im dècles\ a-t-il été frustré de son attente? Non, us doute; mais, outre ce monde perverti qui Irnme les yeux à la lumière que le Sauveur des hommes est venu nous présenter, il y a un autre monde, un monde fidèle, un monde prédestiné, le petit monde des justes et des élus. Ce sont ceuxlà que Jésus-Christ s*est réservés, et qu'il se réserve encore; c*est à ceux-là qu'il est donné de eonnattre les mystères de Dieu, et en particulier le mystère d'un Dieu fait homme. Oui, c'est à TOUS, dit saint Bernard, à vous qui êtes humbles, à vous qui êtes soumis et obéissants , à vous qui êtes iDodestes dans votre condition , et qui ne cherchez point à vous élever au-dessus de vous-même^ par m orgueil présomptueux ; à vous qui veillez sur toute votre conduite et sur toutes vos démarches pour les régler; à vous enfin qui vous appliquez à nédfiter les perfections de votre Dieu et à pratiquer ttIoL

VL Plaise au ciel que nous soyons de ce monde chrétien! Ouvrons les yeux de la foi, et dans le ooorsde cet Avent, admirons les merveilles du Seiipiear. Rendons-nous attentifs à la voix de cet enduit, qui du sein de sa mère où il est encore caché , nous invite à louer Dieu , à le bénir et à lui dire avec toute l'Église : J'cti considéré vos oeuvres , SdffHeur, et J'en ai été saisi d'étonnement. (Qffic. Eccles.) Car voilà votre ouvrage 6 mon Dieu ! voilà Fouvrage de votre bras tou^puissant. A en juger par les dehors, je n'y vois rien que de commun, rien même que de bas et de rebutant; mais c'est en eda même qu'est le prodige. Où votre gloire devrait tin ensevelie et anéantie , c'est là que vous la faites panttre dans toute sa splendeur ; et plus vous sem- Uez l'obscurcir dans de profondes ténèbres, plus vous lui donnez de lustre et en rehaussez l'éclat Heureux que vous en fassiez rejaillir sur moi les niyotts , et que vous m'ayez dessillé les yeux pour ne la faire apercevoir à travers les ombres qui la eoQvrent! Que le monde envisage vos abaissements. SHc mépris, et qu'il s'en scandalise : pour moi^ Qialgré le scandale du monde et ses fausses idées, je redirai mille fois, et je ne cesserai point de chanter avec toute la cour céleste : Gloire à Dieu éms toute retendue de la terre et Jusqu'au plus kuàdes Cietu;/ (Luc», 2.)

S II. Comment Jésus-Christ vient combattre parmi les hommes, et y détruire tous les enne* misdêia gloire de Dieu.

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