CS
toute votre adorable personne. Vous ne refuserez point ce sacriflce; et par les mérites infinis de ce sacrifice J'obtiendrai la grâce de Thonorer toujours et d'en profiter.
INSTRUCTION
POUR L'OCTAYE.
DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
Cette fiSte, dans son institution et dans le dessein de l'Église, comprend trois choses, auxquelles le jour de Tassomption est particulièrement consacré; savoir, la mort de la sainte Vierge , sa gloire dans le ciel , et le culte qu'on lui rend sur la terre. Sa mort, qui doit être pour nous le modèle d'une mort précieuse devant Dieu; sa gloire, que nous devons envisager pour nous former une juste idée de ce qui fait la véritable gloire des élus de Dieu ; et le culte que lui rend TÉglise, qui doit nous servir dérègle pour lui en rendre un raisonnable, c'est-àdire pour rhonorer saintement et utilement en qualité de Mère de Dieu. Voilà les trois fruits que nous devons retirer de cette octave. Apprendre de Texemple de Marie à mourir de la mort des saints. Apprendre de la personne de Marie à bien discerner en quoi consiste et sur quoi est fondé le bonheur des saints. Apprendre de la pratique et de Fusage de rÉgUse envers Marie, à avoir une dévotion pure et solide pour celle qui a été la mère du Saint des laints. Ce sont les effets salutaires que ce mystère bien médité doit produire en nous, et par où nous leconnaîtrons si nous célébrons cette fête en esprit et eo vérité.
S I. Comment l'exemple de Marie nous apprend à mourir de la mort des saints.
I. Il n'y a jamais eu de mort plus précieuse devant Dieu que celle de la Vierge , parce qu'il n'y a jamais eu de vie plus remplie de mérites que la (ienne. Tirons la conséquence de ce principe ; et puisque nous convenons qu'une mort sagement prévue et précédée d'une bonne vie, est la voie la plus droite et la plus sûre pour arriver au terme du salut, concluons de là que toute notre application doit donc être à amasser ce trésor de mérites, qui doit sanctifier selon Dieu notre mort et la rendre heureuse. Et en effet tout nous quitte à la mort : il n'y aura que nos bonnes œuvres qui nous suivront. Ces bonnes œuvres faites pour Dieu (car il n'y en a point d'autres de méritoires), ce sont les seuls biens qui nous resteront et que nous emporterons avec nous. Ainsi il s'agit maintenant de nous enrichir de ces so]rtes de biens , et nous de-
vons user là-dessus d'une diligence d'autant plu» grande que nous avons peut-être le malheur d'être du nombre de ceux qui sont venus des derniers, et qui n'ont commencé que tard à travailler. Faire un fonds de mérite pour la mort , voilà à quoi doivent se rapporter toutes les actions de notre vie*, voilà ce qui doit nous animer à n'en pas négliger une seule, puisqu'il n'y en a aucune dont le prix et la sainteté de notre mort ne dépendent. Si toutes nos pensées n'aboutissent là , c'est à nous, bien plus justement qu'à Marthe, que s'adresse aujourd'hui ce reproche du Sauveur : f^ous vous empressez, et vous vous troublez du soin de plusieurs choses : cependant itn'y en a qu'une denécessaire. (Luc, 10. )
II. La mort de la sainte Vierge n'a pas été seulement précieuse devant Dieu par lee mérites qui l'ont précédée , mais par les grâces et les faveurs divines qui l'ont accompagnée. L'une de ces grâces est que la sainte Vierge en mourant n'éprouva point les douleurs de la mort , qui sont les inquiétudes et les regrets que nous ressentons communément à la vue d'une mort prochaine. La parole de l'Écriture s'accomplit singulièrement en elle : Les âmes justes sont dans la main de Dieu, et les douleurs de la mort ne les affligeront point. (Sap,, 3.) Or, cette grâce fut donnée à Marie, et parce qu'elle était juste par excellence, et parce qu'elle était parfaitement détachée de toutes les choses de la terre. Car le péché, dit saint Paul, est l'aiguillon de la mort; et ce qui redouble encore la peine et les douleurs de la mort, c*est l'amour du monde. Voilà les deux causes qui sont capables de nous rendre un jour la mort affreuse : le péché , parce que c'est particulièrement à la mort qu'il se fait sentir; et l'amour du monde, parce qu'on ne peut quitter quavec douleur ce qu'on possède avec attachement. Retranchons l'un et l'autre, si nous voulons participer au privilège de la Mère de Dieu, et mourir comme elle dans le calme et dans l'assurance. Travaillons à détruire dans nous le péché par la pénitence. Dès là , quelque terrible que soit la mort , elle ne le sera plus pour nous , et nous pourrons avec une humble confiance nous écrier : O mort ! oit est ton aiguillon? il. Cor., 15.) De même, détachons notre cœur de toutes les choses dont il faudra bientôt nous séparer : par là nous nous épargnerons les amertumes de la mort; car la mort n'est amère, selon le Sage , qu'à celai qui a mis ou voulu mettre son repos dans lajouissance des biens de ce monde. {Eccles., 14.)
IH. Mais ce qui a rendu par-dessus tout la mort de Marie précieuse devant Dieu, c'est la disposition d'esprit et de cœur avec laquelle elle la reçut. Disposition d'esprit : elle envisagea la mort dans les vues les plus pures de la foi , je veux dire comme l'accomplissement de ses vœux, comme le moyen
POUR L'OCTAVE DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
d*ètre promptement réunie à son fils et à son Dieu , dont elle gémissait depuis si longtemps de se voir séparée. Disposition de cœur : regardant ainsi la mort , elle la désira avec toutes les ardeurs de la plus fervente diarité, et elle souhaita bien plus vivement que saint Paul, d'être enfin dégagée des Hens du corps, pour vivre avec Jésus- Christ ( Philip.y 1 ) ; car ces paroles de Tapôtre ne convinrent jamais mieux à personne qu'à Marie. C'est de cette sorte que ^devraient mourir tous les vrais chrétiens; mais à la honte de la vraie religion, la plupart meurent comme des païens, qui n'ont ni foi , ni espérance, ou du moins comme des hommes en qui l'espérance des biens éternels est infin i ment affaiblie et presque entièrement étoufifée par l'amour des biens visibles et présents. Désordre que nous déplorons tons les jours dans les autres, mais dont peut-être nous ne pensons pas à nous garantir nous-mêmes. Faisons- nous donc un capital de nous disposer par de fréquents désirs à cette mort sainte, après laquelle les justes et les amis de Dieu ont soupiré; et que ce ne soit pas seulement de bouche, mais sincèrement et de cœur, que nous disions chaque jour à Dieu : Que votre régne arrive pour nous. (Matth., 6.) Car il n'y a que la mort par où nous puissions parvenir au royaume de Dieu , et nous sommes incapables de faire à Dieu cette prière, si nous ne regardons la mort comme l'a regardée la Mère de Dieu.
S II. Comment Marie nous apprend sur quoi doit être fondé le bonheur des saints,
I. La sainte Vierge, immédiatement après sa mort, est entrée en possession de sa béatitude et de sa gloire : c'est le mystère que nous célébrons , et c'est proprement ce que nous appelons son assomption. Mais pourquoi pensons-nous qu'elle ait été élevée au plus haut des cieux , et comment croyons-nous qu'elle soit montée à un degré si éminent ? Dieu , en la couronnant , n'a-t-il eu en vue que sa maternité divine? Reconnaissons plutôt que ce n'est point précisément sa maternité divine qu'il a prétendu couronner, mais sa sainteté et ses bonnes œuvres. Combien d'ancêtres de Jésus-Christ ont été réprouvés de Dieu , parce qu'avec cette qualité d'ancêtres de Jésus-Christ, ils n*ont pas laissé d'être des impies et. des infldèles?
II. Importante leçon qui doit tout à la fois nous instruire, nous confondre, nous consoler. Nous instruire : car il est donc vrai , et si nous ne l'avons pas assez bien compris jusques à présent, l'exemple de Marie doit achever de nous en convaincre : il est, dis-je, certain et indubitable que nous ne serons gloriflés dans le ciel qu'autant que nous aufpo* travaillé sur la terre. Quoiqu'on ne parvienne
communément à rien dans le monde sans travail a et que le monde même nous vende bien cher les vains avantages que nous y obtenons, cette règle n'est pas néanmoins si universelle qu'elle n'ait ses exceptions; et nous avons souvent la douleur de voir au-dessus de nos têtes , et dans les premières places, des gens qui n*ont pas fait à beaucoup près ce que nous faisons , et sur qui nous devrions l'emporter, si les récompenses étaient partagées et mesurées selon les services. Mais quel est ce serviteur fidèle qui entrera dans la joie du Seigneur, et que le Seigneur placera dans le séjour des bienheureux et des élus? C'est celui qui aura fiait valoir le talent qu'on lui avait confié; c'est celui qui se sera conservé dans une sainte innocence , ou qui aura reparé ses désordres passés, et satisfait à Dieu par la pénitence. Ce juste vigilant, appliqué, laborieux, qui , sans se contenter d'éviter le mal , aura pratiqué le bien, et l'aura pratiqué chrétiennement, l'aura pratiqué pleinement, l'aura pratiqué constamment; c'est à celui-là que les bénédictions divines sont réservées, et que l'héritage céleste est promis. Tout autre en est exclu , c*e8t-à-dire, que quiconque n'aurait pas ce fonds de richesses spirituelles et de bonnes œuvres, ne pourrait espérer d'y être admis ; et cela par une loi si absolue et si générale , que la Mère de Dieu n'en a pas elle-même été dispensée.
m. Cette vérité, en nous instruisant, doit en même temps nous confondre. Le monde, frappé d'un certain éclat qui nous environne et qui nous éblouit, nous honore peut-être, et nous rend de faux hommages. Une grande naissance, un grand nom, une grande réputation , de grands biens, et une grande fortune, autorité, crédit, dignités, titres d'honneur, qualités éminentes de l'esprit, habileté, savoir, tout cela nous attire de la part des hommes des respects et des adorations gui flattent notre vanité, et qui nous enflent le cœur. Il semble qu'il n'y ait rien au-dessus de nous , et que nous soyons des divinités. Mais si nous sommes encore assez heureux pour ne nous être pas laissé aveugler jusques à perdre la foi, et qu'il nous en reste quelque rayon, que faut-il pour rabattre ces hautes idées, et pour nous faire rentrer dans notre néant? Une seule pensée suffit : c'est que tout cela pris en soi-même ne nous donne pas devant Dieu le moindre degré de mérite, ni ne peut par conséquent nous être de la moindre valeur dans l'estime de Dieu. C'est que bien loin que Dieu dans le choix qu'il fera de ses prédestinés, en les séparant et les recueillant dans son royaume, ait égard à tout cela, il ne les y recevra au contraire, et ne les y élèvera , qu'autant qu'ils auront méprisé tout cela , qu'ils se seront détachés de tout cela, qu'ils auront renoncé d'affection et de volonté à tout cela. Cesl
POUR rOCTAYE DE UASSOMFnON DE LA VIERGE.
qa'areo tout eela oous pouvons encourir la disgrâce de Dieu , la malédiction de Dieu, la réprobation étemelle de Dieu; et qu'en effet des millions d'autres avec tout cela, et même avec des avantages encore plus éclatants ^ selon l'opinion humaine, ont été rejetés de Dieu,, et seront à jamais l'objet de sa haine et de ses vengeances.
rv. Mais cette même vérité doit aussi nous consoler; et en esMl un sujet plus solide que cette réflexion : U ne tient qu'à moi de gagner le ciel, parce qu'il ne tient qu'à moi de me sanctiGer par l'observation de mes devoirs , et que c'est là Tunique voie qui me conduit à cette souveraine béatitude? La différence des conditions, des dons naturels, des conjonctures et des événements, peut bien faire les heureux du siècle et les malheureux ; mais elle ne fait rien auprès de Dieu ; et devant lui tout est renfermé dans ce seul point , qui dépend de moi avec le secours de la grâce, et qui est de répondre, selon mon état, quel qu'il soit , aux desseins de Dieu , de lui obéir en toutes choses , et d'accomplbr exactement ses saintes et adorables volontés. Je n'aidoncqu'à laisser le monde juger, parler, agir, distribuer ses faveurs comme il lui plaira. Il aura beau me dire qu'heureux sont les riches et les grands de la terre , je n'aurai qu'une maxime à lui opposer, mais une maxime fondamentale et inébranlable; c'est celle de Jésus-Christ : plus heureux mille fois, et même heureux uniquement ceux qui sont soumis à Dieu , et qui dans leur condition exécutent fidèlement les ordres de Dieu, puisque ce n*est qu'à ceux-là que Dieu destine une gloire immortelle.
y. Entre les vertus de Marie, il y en a trois principales qui l'ont sanctifiée, et que Dieu a aussi singulièrement glorifiées dans cette sainte Mère; savoir, sa pureté, son humilité, sachante. Son inviolable pureté a sanctifié son corps, sa profonde humilité a sanctifié son esprit, et son ardente charité a sanctifié son cœur. Or, cette pureté virginale est glorifiée par l'incorruptibilité de ce même corps, qui jamais ne fut flétri de la moindre tache. An lieu que nous sommes tous condamnés par l'arrêt de Dieu à retourner en poussière, Marie, par Un privilège particulier de sa mort, fut exempte de la corruption du tombeau, de même que par une prérogative extraordinaire de sa conception elle avait été exempte de la corruption du péché. Cette bamilité est glorifiée par le plus haut point d'élévation où puisse atteindre une créature auprès du trône de Dieu. Différence admirable qui se rencontre entre la gloire du monde et celle des élus du Seigneur. L'orgueil est pour l'ordinaire le fondement de la gloire du monde, et la gloire du monde ne manque guère d'inspirer l'orgueil ; mais la gloire des élus de Dieu n*est fondée que sur l'humilité.
n'inspire que l'humilité , est d'un merveilleux accord avec l'humilité, en est même inséparable, et ne peut subsister sans l'humilité. Enfin, cette charité ardente est glorifiée par la plus intime union avec Dieu et la plus parfaite possession de Dieu. Tant que Marie a vécu sur la terre, elle a toujours aimé Dieu, et elle en a toujours été aimée : mais on peut dire du reste que son amour faisait en quelque sorte son martyre. Elle était , surtout depuis l'ascension de Jésus-Christ , comme cette Épouse des Cantiques, qui saintement passionnée pour son Époux, mais ne le voyant pas et ne le possédant pas selon toute l'étendue de ses désirs, le cherchait avec des empressements extrêmes, et ne cessait point de gémir qu'elle ne l'eût trouvé. Le moment fortuné qu'elle attendait est venu, et c'est celui de cette assomption glorieuse qui la met en état de goûter éternellement la présence de son bien-aimé, et de pouvoir, comme la même Épouse des Cantiques, s'écrier dans le ravissement de son âme : fai trouvé celui que j'aime; Je le tiens, et jamais rien ne sera capable de me l'enlever. (Cant., 3.)
VI. Voilà sur quoi il est d'une extrême conséquence pour nous de nous examiner à fond pour connaître nos véritables dispositions, et pour y remédier, supposé qu'elles ne soient pas telles qu'elles doivent être. Souvenons-nous que rien de souillé et d'impur n'entrera dans le royaume de Dieu, qui est la pureté même : et ne pensons pas qu'il suffise de nous préserver de certaines taches grossières, mais défions-nous des plus légers sentiments de notre cœur, et ne craignons point d'avoir là-dessus trop de délicatesse. Marie se trouble à la seule vue d'un ange, et l'Écriture nous témoigne que les deux mêmes ne sont pas purs aux yeux de Dieu : que sera-ce de nous ? Si Dieu nous a donné quelque distinction dans le monde, soyons persuadés que ce qui nous élève et nous distingue dans le monde , non-seulement n'est rien devant Dieu , mais qu'il est réprouvé de Dieu, quoi que ce puisse être, s'il n'est sanctifié par l'humilité. Ce n'est point assez que nous ayons de la modestie : les païens en ont eu, et souvent cette modestie n'est pas même une vertu. Il faut, pour nous garantir de la contagion du monde, que nous ayons l'humilité chrétienne dans le cœur. Car Dieu n'a de récompenses que pour les humbles de cœur; et si l'humilité de cœur n'a part dans notre modestie , il réprouve notre modestie comme une vertu chimérique , qui , sous les apparences de l'humilité, cache peut-être tous les désordres de la plus subtile vanité. Être humble & proportion des avantages que nous avons reçus de Dieu, c'est la perfection où Dieu nous appelle. Cela demande une grande fidélité et une grande attention sur nous-mêmes, il est vrai : mais la chose le mérite bien. Car à quoi nous reodronB-nooi donc
POUR L'OCTAVE DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
tctentifs, si ce n'est à nous défendre du poison le plus dangereux et le plus mortel , qui est Torgueil du monde ? Marie , avec la dignité de Mère de Dieu , a bien su conserver un cœur et un esprit humbles : pourquoi, parmi de vaines grandeurs, ne conserverions-nous pals l'un et TautrePQuoi qu*îl en soit, nous ne trouverons jamais grâce auprès de Dieu, si nous ne sommes humbles, et qu'autant que nous serons humbles. Ajoutons h cette sincère humilité une charité toute divine. Cet amour de Dieu est la consommation de toutes les vertus et de tous les mérites; et comme il doit faire dans la vie future notre bonheur, il faut qu'il fasse dans la vie présente notre sanctification.
$ m. En quoi consiste la vraie dévotion envers Marie.
L Le vrai culte de la sainte Vierge est celui qui nous porte , avant toutes choses , à la prendre pour notre modèle, et à régler toute la conduite de notre vie sur ses exemples. Car en vain , dit saint Bernard, faisons- nous profession de Thonorer, si nous ne sommes touchés en même temps du désir de nous y conformer. Cette obligation regarde tous les dirétiens, a qui la vie de Marie doit être un tableau raccourci de tous leurs devoirs et de toute leur perfection. Ils doivent continuellement apprendre de cette Vierge ce qu'ils ont à éviter, à retrancher, à reformer, et ce qu'ils ont à observer et à pratiquer. En un mot, le dessein de Dieu a été de leur proposer dans la personne de Marie une image sensible et vivante, dont ils étudiassent tous les traits pour les exprimer en eux et se les appliquer. Or nous n'avons qu'à lire les divers endroits de l'Évangile où il est parlé de la Mère de Dieu. Car sans chercher ailleurs un plus grand détail de l'histoire de Marie , nous trouverons dans ce que l'Ëvangile en a rapporté, les exemples les plus touchants des plus héroïques vertus; et il ne nous en faudra pas davantage pour avoir le précis et Tabrégé de toute la sainteté de notre état. Faisons-nous , s'il est nécessaire , un recueil de ses principales actions ; méditons SQUvent ce qu'elle a fait , et la manière dont elle l'a fait; retraçons-nous-en le souvenir dans les occasions : nous éprouverons combien son exemple est efficace et engageant. Non-seulement il nous servira d'une règle sûre pour nous bien conduire, mais il nous fortifiera et nous animera par une certaine onction de grâce qui lui est propre.
H. Ce que nous pourrons particulièrement r^ marquer dans l'Évangile au sujet de la sainte Vierge, c'est, outre sa pureté, outre son humilité et son amour, la reconnaissance envers Dieu , le zèle pour Thonneur de Dieu, la foi et la confiance
en Dieu, la préparation aux souffrances qui sont les épreuves de Dieu. La reconnaissance envers Dieu : jusqu'à quel point n'en fut-elle pas pénétrée, quand elle clianta dans 1 a maison d'Elisabeth oe merveilleux cantique : Mon âme, glorifie le Seigneur l (Luc, 1 .) Récitons-le tous les jours comme elle, et dans le même esprit qu'elle. Il y a des sentiments fort affectueux et fort tendres, et il est difficile que nous n'en ressentions pas l'impression. Le zèle pour Dieu : avec quelle ferveur n'offrit-elle pas à Dieu le sacrifice de son fils dans le temple de Jérusalem ! Est-ce ainsi que nous sommes résolus de sacrifier tout à Dieu , et même ce que nous avons de plus cher? La foi et la confiance en Dieu : c'est par là qu'elle obtint de Jésus-Christ tout ce qu'elle lui demanda. Pourquoi désespérons-nous de mille choses à quoi Dieu veut que nous travaillions, et qu'il accordera peut-être à la persévérance de nos prières et de notre foi ? La préparation aux souffrances : avec quel courage n'entendit-elle pas la prédiction de Siméon , qui lui annonçait que son âme serait transpercée d'un glaive de douleur! Sommes-nous disposés de la sorte aux afQictions et aux adversités? Quand Dieu nous enverra des croix, représentons-nous Marie au pied de la croix de son fils; car elle ne l'abandonna pas comme les disciples. Voilà l'usage que nous pouvons faire de ses exemples : il en est de même de toutes les autres vertus.
III. Une autre partie du culte que nous devons à la sainte Vierge, est de nous adresser à elle dans nos besoins, et de la reconnaître pour notre protectrice et notre avocate. Après la médiation de Jésus- Christ, nous n'eu pouvons avoir de plus puissante que celle de Marie. Aussi toute l'Église a-t-elle sans cesse recours à cette Mère du Sauveur. Prionsla comme l'Eglise la prie. Recommandons-lui nos intérêts auprès de Dieu , comme l'Église lui recommande les siens. N'employons pas seulement son intercession pour nous-mêmes, mais pour tous ceux dont le salut nous est cher. Si nous sommes à la tête d'une maison , d'une famille, mettons sous sa protection toute cette famille, toute cette maison. Ne nous déterminons à aucun parti sans la consulter; ne nous engageons dans aucune affaire sans l'y appeler. Excellente pratique, dont les effets ont été si salutaires à une infinité de pères chrétiens et de mères chrétiennes ! Ils ont vu par là toutes leurs entreprises réu.ssir, leurs vœux accomplis et leurs familles comblées de toutes les bénédictions temporelles et spirituelles. Aimons au reste toutes les dévotions instituées en l'honneur de Marie. Du moment que l'Église les a établies, ou qu'elle les approuve, elles nous doivent être vénérables. Autorisons-les par notre exemple , et soutenons-les par notre piété. Pratiquons oelles qui
SUR ÏA MORT.
■ont plus utiles, et qui nous paraissent plus solides. Honorons au moins celles que nous ne pratiquons pas. Ne condamnons pas aisément celles qui ne sont pas de notre goût. Quoique ce soient des dérotions populaires, respectons -les, puisqu*en nnctifiant les peuples elles contribuent à la gloire de Dieu. Par esprit d'opposition à Thérésie , dédarons-nous pour ce culte public et solennel, qui est rendu à la Mère de Dieu dans toute la terre. Joignons-y le nôtre en particulier. Gardons-nous de tomber dans la froideur et Tindifférence qu'ont sur cela de lâches chrétiens , ou de prétendus esprits forts, dont la foi est tiède et languissante. Pleins de la foi de T Église, glorifions-nous de notre zèle pour Marie, et comme Jésus-Christ lui-même n'a pas dédaigné d'être son Fils, tenons à honneur d'être du nombre de ses fidèles serviteurs.
IV. Vous nous reccTrez, Vierge sainte; vous agréerez la résolution que nous formons en ce jour , de nous dévouer plus que jamais à vous et à votre culte. L'éclat de votre gloire ne vous éblouira point jusqu'à nous oublier, et dans votre souveraine béatitude, vous vous souviendrez de nos misères : elles sont grandes , elles sont innombrables, et vous les eonnaissez mieux que nous ne pouvons vous les représenter. Or, voilà, Mère de miséricorde, ce qui vous intéressera en notre faveur, et ce qui excitera toute votre compassion. Tandis que nous ferons monter vers vous nos vœux , vous ferez descendre sur nous les grâces du ciel , et vous userez de tout votre pouvoir pour relever et pour fortifier notre ûdblesse. Vous n'en pouvez faire, j'ose le dire, lante Vierge, vous n'en pouvez faire un usage plus digne de vous, ni plus conforme aux desseins de Dieu sur vous, puisque c'est par vous qu'il a voulu nous donner le Rédempteur qui s'est revêtu de nos infirmités pour les guérir et pour être le salut du monde. En agissant pour nous , vous seconderez les vues de ee Fils adorable que vous avez porté dans vetre sein, que vous avez accompagné au Calvaire, et qu'aujourd'hui vous revoyez au milieu de la cour céleste , fout rayonnant de gloire et couronné de toutes les splendeurs des saints. Que dis-je , 6 Mère seeourablel vous suivrez vos propres sentiments, et vous agirez selon les inclinations de votre cœur. Cest donc de vous, ou plutôt c'est par votre entremise que nous attendons des grâces en quelque sorte semblables à celles que vous avez reçues, et qui vous ont conduite à ce bienheureux ternie où TOUS aspiriez, et où nous devons adresser nousmêmes toutes nos prétentions et toutes nos actions. Oui, Vierge sainte, ce que nous attendons et ce que nous demandons par votre secours, c*est la grâce d'une vie innocente et fervente, la grâce d'une œort chrétienne et d'une heureuse persévérance, la grâee d'une pureté inaltérable et de Tâme et du
eorps, la grâce d'une humilité sincère et d'un vrai mépris de nous-mêmes , la grâce d'un amour solide pour Dieu, d*un amour sensible, d'un amour libéral, généreux, constant; toutes les autres grâces qui vous ont sanctifiée, celle d'un vif ressentiment des bienfaits de Dieu, celle d'une ardeur empressée pour la gloire de Dieu , celle d'une foi pure, simple, soumise, et d'un plein abandonnement au bon plaisir de Dieu, celle d'une patience invincible en tout ce qui nous peut arriver de plus fâcheux par la volonté ou par la permission de Dieu. Ce sont là les moyens qui ont servi à votre élévation , en servant a votre perfection; et ce sont aussi les puissants moyens qui nous serviront à suivre vos traces et à marcher dans la même voie que vous, pour parvenir, sinon au même rang, du moins à la même terre des vivants et au même royaume. Ainsi soit-il.
INSTRUCTION
WVL
LA MORT'
I. Vous devez établir pour principe, que la pensée qui vous est venue de vous préparer à la mort, et de faire désormais de cet exercice votre occupation principale , est non-seulement une grâce, mais la plus précieuse de toutes les grâces que vous pouviez recevoir de Dieu, et que Dieu, qui veille sur -vous par un effet de sa miséricorde, vous a inspiré cette pensée pour vous engager plus que jamais à le servir en esprit et en vérité, et pour vous préserver par là de la corruption du monde, et en particulier des dangers de votre état; car il est évident que le souvenir et la vue de la mort est le moyen le plus efficace et le plus infaillible dont vous puissiez user pour conserver dans votre état, et au milieu du monde, l'esprit de votre religion. Il est donc maintenant question que vous soyez fidèle à cette grâce, et que, répondant aux desseins de Dieu, vous en tiriez tout le fruit que vous en devez tirer, pour la sanctification de votre vie et pour l'accomplissement du grand ouvrage de votre conversion.
II. La première impression que doit faire en vous cette grâce ou cette pensée de vous préparer à hi mort, est un solide et parfait détachement de toutes les choses du monde, Peut-être dans les sentiments que Dieu vous'donne, vous y croyez-vous déjà parvenue; et si cela était ainsi, j'en remercierais Dieu pour vous : mais quand vous aurez bien coii-
> CeUe instrucUon fut faite pour une dame de quaUté.
SUH LA MORT.
sidéré ce que e'est qa*UD détachement parfait et solide, peut-être aussi avouerez-yous que vous en êtes encore bien éloignée. Quoi qu'il en soit, il faut que vous en commenciez la pratique par la méditation fréquente de ces admirables paroles de saint Paul : f'oici dcncj mes frère», ce que je vous dis : Le temps est court; ainsi, que ceux qui possèdent des biens y vivent comme ne les possédant pas; eeux qui sont dans les honneurs , comme n'y étant pas; ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant pas; car la figure de ce monde passe. ( 1. Cor., 7.) Ces paroles ont quelque chose de divin, qui se fait sentir. En effet, être élevé, honoré, heureux dans le monde, et devoir bientôt mourir, c'est comme être élevé et ne Tétre pas , comme être honoré et ne Têtro pas , comme être heureux et ne rêtre pas. Ce terme de mourir efface, détruit tous les autres; et malgré nous-mêmes, pour peu que nous soyons raisonnables , il anéantit dans notre idée et dans notre estime ces prétendus biens et ces prétendus honneurs, que nous sommes à la veille de quitter.
: III. Soyez bien persuadée que ce détachement du monde ne peut-être en vous ni solide, ni partit , s'il ne renferme le détachement de vous-même ; et que c'est particulièrement dans vous-même qu'est ce monde corrompu, dont la pensée de la mort doit vous détacher; que hors' de là , le détachement de tout le reste ne coûte rien ; qu'il n'y a que le détachement de soi-même qui soit difiQcile, et qui soit une vertu chrétienne , puisque tout autre détachement quecelui-làs'esttrouvé dans les païens; qu'il ne s'agit donc pas de vous détacher des richesses ni des plaisirs du monde dont peut-être vous vous souciez peu, mais de vous-même : c'est-à-dire, par exemple, qu'il s'agit que vous soyez sincèrement préparée à tout ce qui pourrait vous arriver de plus mortifiant et de plus humiliant; à voir paisiblement et sans trouble vos sentiments contredits, vos desseins traversés, vos inclinations choquées, en un mot , à vous voir vous-même, si Dieu le permettait ainsi, méprisée, rebutée, déchue de l'état de prospérité où il lui a plu de vous élever : car voKà ce que j'appelle le bienheureux détachement où vous devez aspirer, et que la vue de la mort doit opérer en vous. Sans cela, quelque détachée que vous soyez du monde , ou que vous paraissiez l'être, vous ne devez jamais compter d'être parfeite selon Dieu. Cette réflexion pourra vous être d'une grande utilité pour le discernement de vos dispositions intérieures.
lY. Prenez bien garde que ce détachement du monde, causé par la vue de la mort, ne se tourne en un ennui, et n'aille quelquefois jusqu'au dégoût des choses à quoi Dieu veut que vous sovez appliuuée; et qui sont pour vous des devoirs dans l'or-
dre de la Providence : car, à force d'envisager la mort , de la voir présente , on peut tomber dans ce dégoût, et dans une certaine indifférence pour toutes les choses du monde, qui fait qu'on se ralentit dans ses devoirs mêmes , parce qu'on ne voit plus rien dans le monde qui vaille la peine, pour ainsi dire, de s'y affectionner. Il faut donc alors monter plus haut, et regarder les choses du monde, non plus dans la simple vue de la mort, mais dans la vue de ce qui la suit; c'est-à-dire , du Jugement de Dieu , où nos actions doivent être pesées selon la mesure de nos obligations. La pensée de la mort ne doit pas, sous prétexte de détachement, nous abattre le courage, et beaucoup moins doit-elle nous porter au relâchement; elle doit retrancher l'excès , l'empressement, l'impatience et l'inquié* tude de nos désirs trop impétueux et trop ardents ; mais elle ne doit pas refroidir les désirs louables et honnêtes , que le z^e de notre condition |et de notre religion nous oblige d'avoir. Retenez bien ces deux maximes, qui, jointes ensemble, font un merveilleux temp^mment dans l'âme chrétienne. Il fnit vivre détaché âe tout, parce qu'il faut être prêt à mourir bientôt; mais en même tem^i il faut s'appifquer, vaquer , pourvoir et satisfaire à tout , parce qu'il faut rendre compte à Dieu de notre vie. Si vous sépariez l'un de l'autre , le détachement même du monde ne serait plus une préparation à la naort, parce que ce serait un détachement mal entendu et mal réglé.
V. Vous appliquant ces paroles de saint Paul : Le temps est court, tirez-en une autre conséquence , qui n'est pas moins essentielle que ce détachement du monde ! savoir, combien il est donc nécessaire que vous vous hâtiez de faire le bien que Dieu demande de vous et qu'il attend de vous : car le plus grand de tous les malheurs qui pourrait vous arriver, serait que vous fussiez prévenue de la mort, en laissant l'ouvrage de Dieu imparfait. Il fiaut, s'il est possible, que vous puissiez dire à Dieu, par proportion , ce que Jésus-Christ disait à son Père : J'ai achevé, Seigneur, ^ouvrage dont vous m'avez chargé. (Joàn., 17.) Dans la condition où Dieu vous a appelée , vous savez à quoi cela s'étend, nonseulement par rapport à vous-même, mais peut-être encore davantage par rapport aux autres. Quelle consolation, si vous pouviez, en mourant, tous rendre le témoignage que Jésus-Christ se rendit sur la croix, en disant: Tout est accompli! (Joan., 19. ) Mais pour cela , encore une fois, il fiaut vous bâter et profiter du temps , dont tous les moments sont précieux ; ne remettant point au lendemain ce que pouvez faire aujourd'hui , ne couvrant point votre paresse du voile d'une fausse prudence, exécutant ponctuellement ce que Dieu vous inspire, et faisant le bien , comme dit saint Paul , pendant que
SUR LA PAIX AVEC LE PROCHAIN
Toas le poa?ez et que Dieu vous donne le temps de le fiiire. Agir de la sorte , c'est se préparer solldement à la mort
YI. Considérez bien que Notre-Seîgneur, instruisant ses disdples sur cette importante matière , ne leur disait pas : Préparez- vous ; mais : Soyez prêts (^TTH., U) ; car il arrive tous les jours aux enûmts du siède, ce qui arriva aux vierges folles. Elles se préparaient, et même avec empressement, pour aller au-devant de TÉpoux : cependant on leur ferma la porte. Combien ai-je connu dans le monde dt personnes qui ont été surprises de la mort , dans le. temps qu'elles formaient des desseins, qu'elles prenaient des mesures, qu'elles faisaient même déjà quelques démarches pour leur salut? Tout eela était un commencement de préparation ; mais parce qu'une préparation commencée ne suffit pas • et qu'il en faut une complète , par un terrible jugement de Dieu , qui était peut-être le châtiment de leurs infidélités passées, malgré leur préparation même, Dieu les rejetait, parce qu'elles n'étaient pas entièrement préparées. Examinez donc les plis et les replis de votre cœur, pour vous rendre cette vérité salutaire. Voyez s'il y a encore quelque diose en vous qui soit un obstacle à cette préparation consommée ou vous devez être pour trouver grâce auprès de Dieu , quand il faudra paraître devant lui; car ce serait assez d'un seul point pour vous faire éprouver le malheureux sort de ces vierges folles de l'Évangile.
Vil. Mais le principal usage que vous devez faire de la pensée de la mort et de Tobligation de vous y préparer, est que cela même vous soit un remède contre le désordre que vous avez le plus à craindre, qui est la tiédeur et la lâcheté dans les cxerdeesde la religion. Or ce remède est non-seulement souverain , mais facile : car vous n'avez pour eela qu'à vous mettre dans la disposition où vous voudriez être, si vous étiez sur le point de mourir : par exemple, ne vous approcher jamais du sacrement de pénitence qu'avec la même contrition que voos voudriez avoir à la mort, ne communier jamais qu'avec la même foi et le même zèle que vous eoninranieriez à la mort. Et celan'est-il pas juste et même dans le bon sens? Cette vue de la mort répandra dans vos actions un esprit de ferveur qui YOQS deviendra même sensible; ces actions ainsi fiâtes sanctifieront votre vie , et vous ne serez point exposée à la malédiction des âmes lâches qui font Tceuvre de Dieu négligemment; une de ces actions TOUS attirera plus de grâces que cent autres : et voilà comment notre vie sera une préparation continuelle à une heureuse et précieuse mort.
Vin. Servez-vous de la pensée de la mort pour ▼oas détemdner et pour vous résoudre sur toutes Ib difficultés que vous pourrez avoir dans la con-
duite de votre vie. Il n'y a' point de règle plus sûre que celle-là : Que penserai-je à la mort de ce que f entreprends aujourd'hui? Cette vue de la mort vous servira de conseil et de lumière pour ne prendre jamais un mauvais parti, et pour ne vous repentir jamais de ce que vous aurez fait; rien ne décidera mieux vos doutes, ni n*éclaircira mieux les choses où il vous paraîtra de l'obscurité; et au défaut de celui que vous avez choisi pour votre guide dans la voie du salut éternel, vous aurez toujours dans vous-même un conseiller fidèle, qui ne vous trompera point et quine vous flattera point. De cette manière, vous vous préparerez encore efficacement à la mort, puisqu'à la mort votre conscience ne vous reprochera rien et ne vous objectera rien à quoi vous n'ayez déjà pourvu par une anticipation de la mort même : heureux état pour s'assurer tout à la fois, autant qu'on le peut , une vie sainte et une mort tranquille!
INSTRUCTION
LA PAIX AVEC LE PROCHAIN '
Je ne puis trop vous exhorter de contribuer, autant que vous le pourrez , à établir la paix dans votre maison , et à l'y conserver. Tai cru même devoir vous marquer sur cola quelques pensées; et quoique je Taie fait sans beaucoup d'ordre, vous verrez néanmoins aisément qu'elles se rapportent à trois points , qui sont l'importance de cette paix dont je vous parle , les obstacles les plus ordinaires qui la troublent dans une communauté, et les moyens enfin les plus propres à l'y maintenir.
$1. Importance de la paix avec le prochain.
I. Jésus-Christ, en quittant ses disdples et les laissant sur la terre, ne leur recommanda rien plus expressément ni plus fortement que la paix. Dans un seul entretien qu*il eut avec eux, il leur répéta jusqu'à trois fois : Que la paix soU avec vous. ( JoAN., 20. ) Il ne se contenta pas même de la leur souhaiter, ni de la leur recommander, mais il la leur donna en effet : Je vous donne ma paix. (Id., 14.) Pourquoi l'appela-t-il sa 'paix? Pour la leur faire estimer davantage , et pour la distinguer de la fausse paix du monde : car la paix du monde n'est communément qu'une paix apparente, et n'a pour principe que l'intérêt propre, que le déguisement et l'artifice; au lieu que la paix de Jé-
CeUe iostnicUon regarde lortoot les communaatés reU-
SUR LA PAIX AVEC LE PROCHAIN
sus-Christ est toute sainl«, toute divine, et n*est fondée que sur une charité sincère et une parfaite union des cœurs. Voilà quels ont été les sentiments de notre adorable Maître; et puisque nous faisons une profession particulière de l'écouter et de le suivre, avec quel respect devons-nous recevoir ses enseignements sur un point qu'il a eu si fort à cœur, et avec quelle fidélité devons-nous accomplir ses ordres?
n. Cette paix où nous devons vivre les uns avec les autres, est un des plus grands biens que nous puissions désirer. C'est le plus précieux trésor de la vie , et sans elle tous les autres biens ne nous peuvent rendre heureux en ce monde. Ainsi raisonnerait un philosophe et un païen. Mais nous qui sommes chrétiens, et qui avons de plus embrassé l'état religieux, nous devons surtout envisager cette paix comme un des plus grands biens par rapport à notre perfection et à notre salut. Car, sans cette paix, il n'est pas possible que nous travaillions solidement à nous avancer dans les voies de Dieu. Et le moyen qu'ayant sans cesse l'esprit agité et le cœur ému contre le prochain , nous puissions avoir toute la vigilance nécessaire sur nous-mêmes , et toute l'attention que demandent nos exercices spirituels pour nous en bien acquitter? A quoi penset-on alors? de quoi s'occupe-t-on ? d'une parole qu'on a entendue et qu'on ne peut digérer ; de la réponse qu'on y a faite, ou qu'on y devait faire et qu'on y fera à la première occasion qui se pourra présenter; de la manière d'agir de celle-ci, d'un soupçon qu'on a conçu de celle-là, de telle injustice qu'on prétend avoir reçue, de telle affaire dont on veut venir à bout, malgré toutes les oppositions qu'on y rencontre ; de mille choses de cette nature, qui jettent dans une dissipation perpétuelle, et qui ôtent presque à une âme toute vue de Dieu. En de pareilles dispositions, quel recueillement, quelle dévotion, quel goût peut-on trouver à la prière et à toutes les observances religieuses ? Et Dieu, d'ailleurs , qui est le Dieu de la paix , comment répandrait-il son esprit au milieu de ce trouble , et comment y ferait-il sentir son onction ?
III. Il y a plus ; car dès que la paix ne règne plus dans une communauté , et que les esprits y sont divisés , combien de péchés s'y commettent tous les jours, combien de plaintes et de murmures, combien de médisances y fait-on? combien d'aigreurs et d'animosités nourrit-on au fond de son cœur? quels desseins quelquefois y forme-t-on , et même à quelles vengeances secrètes se porte-t-on ? péchés d'autant plus fréquents , que les sujets en deviennent plus ordinaires par le commerce journalier et continuel qu'on a ensemble ; péchés d'autant plus dangereux qu'ils n'ont point l'apparence de certains péchés grossiers, dont la honte en est
comme le préservatif et le remède; péchés où Ton se laisse aller avec d'autant plus de facilité , qu'on y est poussé par la passion, et que d'ailleurs on en voit moins la malice et la grièveté. Car chacun, au contraire, se croit très-justement et très-solidement autorisé en tout ce qu'il dit et en tout ce qu'il fait; et si dans les discordes et les dissensions on veut entendre les deux partis, on trouvera, à les croire, qu'ils ont de part et d'autre les meilleures raisons du monde, et que leur conduite est droite et irréprochable. Mais quoiqu'ils en puissent penser, péchés néanmoins réels , péchés souvent grie£i et très-griefs : tellement qu'au lieu de se sanctifier dans la religion, on s'y rend par là devant Dieu très-criminel, et l'on se charge d'une multitude infinie des dettes dont il nous demandera un compte exact et rigoureux.
IV. Il ne faut point s'étonner après cela que peu à peu toute la discipline régulière vienne à se renverser. Car suivant la parole de Jésus-Christ : Tout royaume où il y a de la division sera désolé, et l'on verra tomber maison sur maison. ( Luc, 1 1 . ) Les personnes qui gouvernent , ou qui devraient gouverner et tenir toutes choses dans l'ordre, ne sont plus obéies. On les fait entrer elles-mêmes dans les différends qui naissent. Pour peu qu'elles, semblent pencher d'un côté, l'autre se tourne contre elles. D*où il arrive qu'elles n'osent presque parler ni agir, et que pour ne pas allumer le feu davantage, elles sont obligées de dissimuler et de tolérer les abus qui demanderaient toute leur fermeté. Ainsi le relâchement s'introduit, les fautes demeurent impunies; chaque jour ce sont de nouvelles brèches qu'on fait à la règle : plus d'unanimité, plus de concert. Une maison est alors comme un vaisseau abandonné aux vents, et prêt à donner dans tous les écueils où il sera emporté.
V. Avec la paix ce serait un paradis , et Toilà ce que Dieu en voulait faire pour nous , lorsqu'il nous y a assemblés. Il voulait , en nous retirant du tumulte et des embarras du monde, nous faire éprouver la vérité de ce qu'avait dit le prophète : Qu'Uest doux et qu'il est agréable à des frères ou a des sœurs en Jésus-Christ , de se voir renfermés dans un même lieu, d'y être parfaitement unis par le lien d'une charité mutuelle. {Psalm. 132.) Mais sans la paix, cette Jérusalem, ce séjour de la tran» quillité et du repos , n'esf plus qu'un lieu de confusion. De là naissent les chagrins, les dégoûts de la vie religieuse. On n'y trouve pas ce qu'on y avait cherché. On s'était proposé d'y passer ses jours dans un saint calme et dans la pratique de la vertu : on s'était promis d'y être content, et Ton avait styet de l'espérer: mais comment le serait-on parmi des personnes avec qui l'on ne peut compatir, et au milieu d'une guerre domestique, où l'on n'a près-
SDB LA PAIX AVEC LE PROCHAIN
nt de relâebe par les divers iacideots qai Nient sans cesse , et qui excitent les querels combats? Ce qu*il y a encore de bien dé* I et de bien pernicieux pour la religion, Con intéresse les gens du monde dans des 008 qu'il faudrait au moins cacher aux yeux ie et dérober à sa connaissance. Mais soit iserétion, soit pour se donner une vaine tion , soit pour se procurer de Tappui et de la Ion , on s'explique de sa peine avec des amis, ait part à des parents , on émeute toute une Le scandale se répand au dehors, et une nauté tombe dans le déçri. Le monde, naaent enclin à juger mal , se persuade , quoihinjustement et très-faussement, qu'il en est le de toutes les autres maisons religieuses; par où l'état religieux a beaucoup perdu de tre et de son crédit dans une infinité d'esirévenus et trompés par certains exemples ( ont tiré des conséquences trop générales. L'apôtre conjurait les premiers chrétiens f eût point entre eux de schismes ni de parn en prévoyait les suites funestes pour le nisme, et c'est pour cela qu'il s'appliquait nt de soin à en garantir l'Église de Dieu. Il Dtait aux fidèles qu'ils avaient reçu le même e, qu'ils avaient été instruits dans la même ils servaient le même Dieu : d'où il concluait e devaient donc avoir, pour ainsi dire, qu'un sœur et qu'une même âme. Mais outre ces communes et universelles, il y en a encore iculières qui doivent nous lier plus étroi teins la profession religieuse. Nous avons fait les mêmes vœux, nous nous sommes sou- I même règle, nous gardous depuis le, matin i au soir les mêmes observances , nous déis des mêmes supérieurs, nous demeurons même maison, nous portons le même habit , Dmmes membres de la même société et du urdre. L'unité en tout cela est parfaite : n'y A que nos cœurs , entre lesquels elle ne se ra pas, lorsqu'elle y est néanmoins si néces-
£i obstacles les plus ordinaires qui troublent la paix avec le prochain.
pré toutes les remontrances de saint Paul et I fortes exhortations, la paix, du temps même grand apôtre, ne laissa pas d'être troublée es chrétiens. Ainsi, nous ne devons point être t qu'elle le soit encore aujourd'hui dans les mantes religieuses. Elles ne sont pas plus sain- ) rétait cette Église naissante, que le Saint- Tenait de former, et qu'il avait comblée de Dtles plus excellents. Mais c'est justement ce uft doit engager à prendre plus sur nous-
mêmes, et à faire plus d'efforts pour nous préserver d'un malheur où il es t aisé de tomber, et dont toute la ferveur de la primitive Église n'a pas défendu des âmes si pures d'ailleurs, et comme toutes célestes. Voilà, dis-je, pourquoi nous devons redoubler nos soins, et apporter une extrême vigilance à prévenir et à écarter les moindres obstacles qui pourraient altérer la paix et la détruire. Or, entre ces obstacles, les plus communs sont : 1. la diversité des tempéraments et des humeurs; 2. la diversité des intérêts et des prétentions ; 3. la diversité des opinions et des sentiments; 4. la diversité des directions et des conduites; 5. enfin, les liaisons et les amitiés particulières. U y en a d'autres , mais qui la plupart sont compris dans ceux-ci et en dépendent. Je vais m'expliquer davantage sur chacun de ces cinq articles.
I. Les tempéraments ne sont pas les mêmes, et rien n'est plus différent que les humeurs. Il y a des humeurs douces et paisibles , et il y en a de violentes et d'impétueuses; il y a des humeurs agréables et enjouées, il y en a de chagrines e1 de bizarres; il y a des humeurs faciles et condescendantes , et il y en a d'opiniâtres et d'inflexibles. Dans une même communauté, les unes aiment à contredire , et les autres ne peuvent souffrir la plus légère contradiction; les unes prennent plaisir à railler et à médire, et les autres sont délicates jusques à l'excès, et sensibles à la plus petite parole qui les touche. De tout cela et de bien d'autres caractères tout opposés , naît une contrariété naturelle qui demande une attention infinie pour en arrêter les fftcheux efifets. Si l'on ne vivait pas ensemble, ou qu'on ne se vtt que trèsrarement, cette contrariété serait moins à craindre; mais quand des personnes ont tous les jours à se parler, à converser, à traiter les unes avec les autres; quand tous les jours elles se rencontrent dans les mêmes offices, les mêmes fonctions, et à côté l'une de l'autre, n'est-ce pas un miracle de la grâce, si elles se tiennent toujours dans un parfait accord, et s'il ne leur échappe rien qui les puisse déconcerter? Et certes , s'il y a quelque chose en quoi paraissent plus sensiblement la sagesse et la force de Pesprit de Dieu , c'est de savoir assortir et concilier des eœurs à qui la nature avait donné des inclinations et des qualités qui semblaient les plus incompatibles.
II. La diversité des intérêts et des prétentions ne cause pas moins de troubles que la diversité des humeurs et des tempéraments. Tous les sujets qui composent une communauté ne devraient propre* ment avoir qu'un seul intérêt : c'est celui de la corn* munauté. Si même cela était , on y verrait une pleine correspondance et un concours général à s'aider mutuellement et à se prêter la main , parce qu'on n'aurait en vue que le bien commun. Mais ce bien commun n'est pas toujours eequ'on se propose; et il y a un bien partkaliec tt t«KiMiMll^\TA>askfsi^it^\^
SUR LA PAIX AVEC LE PROCHAIN
beaaooup plus , et sur quoi ron n'a souvent que trop de vivacité. Car quoiqu'on ait renoncé au monde, on ne laisse pas dans la profession religieuse de se faire mille intérêts propres , qui , pour être d'un autre genre, n'en attachent pas moins le cœur; et si Ton n'y prend garde, on nourrit dans le cloître les mêmes passions qu'on aurait eues dans le siècle, et il n'y a de différence que dans les objets. On se met en tête d'avoir une telle charge , on veut obtenir une telle permission , on prétend que telle préférence nous est due , et l'on s'obstine à l'emporter. Il faut pour cela des patrons, il faut des suffrages. De là les intrigues pour réussir; de là les jalousies et les dépits si l'on ne réussit pas ; de là les vains triomphes qui piquent les autres et qui les aigrissent, si l'on a l'avantage sur elles. C'est assez pour partager toute la maison. Les unes approuvent, les autres condamnent : les esprits s'échauffent, et de cette sorte l'on n'a que trop vu de fois des bagatelles et des affaires de néant, devenir des affaires sérieuses et bouleverser des communautés entières.
IlL Un autre obstacle à la paix encore plus dangereux ' et plus pernicieux , c'est la diversité des sentiments et des opinions en matière de doctrine. 11 n'est rien de plus étrange, ni rien de plus déplorable que de voir des tilles religieuses, et souvent déjeunes filles sans expérience et sans connaissances, vouloir entrer dans des questions, que non-seulement elles n*entendent pas, mais qu'elles n'entendront jamais et qu'elles ne peuvent entendre , parce qu'elles n'ont pas là-dessus les principes nécessaires. Cependant un esprit de présomption, un esprit de curiosité, un esprit de vanité et de singularité, les préoccupe tellement, qu'elles veulent connaître le tout , parler de tout , juger de tout. S'élève-t-il des disputes dans l'Église sur des matières très-subtiles et très-abstraites, il faut qu'elles en soient instruites ; et à peine en ont-elles la teinture la plus faible et la plus superficielle qu'elles se croient aussi éclairées que les plus habiles théologiens. Du moins s'expliquent-elles d'un ton plus assuré et plus décisif que les docteurs mêmes : et parce que tout ce qui est extraordinaire et nouveau donne un certain air de distinction, c'est là communément ce qui leur plaît, et à quoi elles s'attachent, se flattant en secret et se glorifiant de n'être pas de ces^énies bornés qui ne pénètrent rien, et qui s'en tiennent purement et simplement aux premières idées dont on les a prévenus. Encore si elles en restaient là , et qu'elles se contentassent de ne pas penser comme les autres : mais elles vont plus loin, et voilà le plus grand désordre. £Ues se mettent en tête de faire penser les autres eomme elles pensent : elles étalent leur science; elles dogmatisent, à propos on mal à propos. Qu'arrive-t-îl de là ? c'est que toute une communauté ne se 4rouvant pas assez docile pour recevoir leurs leçons,
il y en a une partie qui se tourne contre elles, et une partie qui se joint à elles. Or, du moment qu*il commence à y avoir de la division entre les esprits, il est immanquable qu'il y en aura bientôt entre les cœurs. Qu'a-t-il fallu davantage pour allumer les guerres intestines dans les empires mêmes et dans les royaumes?
IV. De cet obstacle précédent, il en suit un de même espèce et tout semblable : c'est la diversité des directions et des conduites. Car chacune veut avoir un directeur qui soit dans les mêmes sentiments qu'elle, et qui Ty confirme. Souvent c'est ce directeur qui les lui a d'abord inspirés , et qui par là se l'est attachée. Comme donc parmi les premiers chrétiens, les uns étaient pour Apollo, les autres pour Pierre, d'autres pour Paul, et que c'était là ce qui les divisait : de même entre les personnes religieuses, les unessont pour celui-ci, les autres pour celui-là ; et il n'est pas moralement possible que cette variété ne soit la source de mille discordes. Ué! mes frères, disait saint Paul aux Corinthiens , n'es^ ce pas un seul Dieu que nous servons et un seul Jésus-Christ? est-ce au nom de Pierre que vous avei été baptisés? est-ce Paul qui a été crucifié pour vous? voilà l'exemple qu'on devrait s'appliquer, et ce qu'il faudrait se dire à soi-même. Pourquoi tant se mettre en peine d'un homme , quoique ministn de l'Église , et quelque saint qu'il paraisse , si la paix en est endommagée? Et quel malheur, si ceux qui devaient nous sanctifier par leur ministère , et être pour nous des anges de paix , servaient à nous désunir, et par là même à nous dérégler!
V. Un dernier obstacle , ce sont les liaisons et les amitiés particulières, que forment quelquefois ce^ tains esprits qui aiment à dominer et à se faire dans une maison comme chefs de parti. Amitiés dont tout le fruit est de s'assembler en particulier, et eeb pourquoi? pour s'entretenir de la communauté; pour se rapporter de part et d'autre tout ce qui se passe, tout ce qui se fait, tout ce qui se dit ; pour s'épancher en de vaines railleries, en des plaintes amères , en des discours remplis de fiel ; pour tenir conseil contre des supérieurs, ou contre d'autres, de qui l'on n'est pas content et dont on se croit maltraité. Amitiés que tous les saints instituteurs ont toujours étroitement défendues, parce qu'elles dégénèrent très-aisément en cabales, et qu'elles (bol dans une même communauté autant de communautés différentes , qu'il y a de ces sortes d'unions et di ligues.
VL Anathème sur ceux qui sèment ainsi la zizanie dans le champ du père de famille et dans la mai son de Dieu! Car ce sont des enfants d'iniquité Saint Paul souhaitait qu'on les retranchât du eorpt des fidèles ; mais sans porter la chose si loin , 11 es bien à souhaiter que dans la juste crainte d'un s
SUR L\ PAIX AVEC LE PROCHAIN
terrible anathème, ils prennent une conduite toute DOoreUe, et qu'ils réparent tous les désordres dont Os ont été jusqu'à présent les auteurs. Bienheureux u contraire les pacifiques, ces enfants de Dieu qui gardent la paix avec tout le monde , qui du moins h désirent, qui y travaillent de tout leur pouvoir, 0t n'ooiettent pour cela aucun des moyens qu'ils jugent les plus convenables et les plus assurés , quelfie gênants d*ailleurs et quelque mortifiants qu'ils poissent être. En voici quelques-uns.
$ m. Les moyens les plus propres à maintenir la paix avec le prochain.
L S'accoutumer de bonne heure à vaincre son bomeor. Ce n'est pas Taffaire d'un jour : mais si dès les premières années qu'on est entré dans la religion , m s'était fait certaines violences, on se serait peu à peu rendu plus maître de soi-même , et Ton aurait appris à se posséder davantage et à mieux réprimer la saillies de son naturel. Or, cette victoire sur loi -même, consiste en deux choses : Tune intérieare, et l'autre extérieure. La première et la plus parfaite , c'est de corriger tellement en soi le fond de rhumeur, et d'acquérir un tel empire sur son tempérament, qu'on n'en ressente plus même dans rime les atteintes secrètes, et que le coeur n'en reçoive aucune altération. Cela demande une souveraine vertu; et ce degré et si rare, qu'on ne le peut guère proposer pour règle. Les saints néanmoins y sont parvenus , et nous pourrions , aidés de la grâce, y parvenir comme eux , si nous voulions l'entreprendie avec la même résolution et le même courage. Mais avant que nous soyons arrivés a ce point de perfection , Tautre chose à quoi nous devons nous étudier, et qu'il faut au moins gagner sur nous , regnde l'extérieur. C'est de savoir si bien renfermer aa dedans tout ce qui s'élève de troubles et de mouvements involontaires dans le cœur, qu'il n'en paraisse rien au dehors; et qu'on ne laisse pas échapper le moindre geste , le moindre signe , la moindre parole qui fasse connaître l'agitation où l'on est, et qui puisse choquer personne. Ce n'est là ni dissimulation, ni hypocrisie, quand on n'y a en vue que le bien de la paix , et l'effort qu'on est alors obligé de Eure n'est pas devant Dieu d'un petit mérite. Ainsi , malgré l'orage dont l'âme est assaillie , la paix avec le prochain se maintient et ne court aucun danger, parée qu'on se comporte comme si l'on ne sentait rien et qu'on fût dans l'assiette la plus tranquille. Ohl que oela coûte dans la pratique! mais que cela même attire aussi de bénédictions de la part du ciel , et qu'on est bien récompensé dès cette vie, par la consolation qu'on a de pouvoir présenter à Dieu Btt aaeriitee qui lui est si agréable!