SUR L'HUMIUTE DE LA FOL
Jamais une certaine onction qui tempère toutes couses, et qui en est comme l'assaisonnement. Si cette ooctaonn'yestpas, la charité ne peut y être, ou n'y (leut longtemps demeurer.
X. La, ehariié ne pense point de mal. fille n'est point défiante, point soupçonneuse. C'est des soupçons et des défiances que naissent les jugements téinéraireset les aversions; et il n'y a guère d'esprits plus dangereux dans la société et le commerce de la Tie, que ces imaginations fortes et ombrageuses qui fe tounnentent beaucoup elles-mêmes , et qui ne tourmentent pas moins les autres. Un esprit de cette Uempe envisage toujours les choses par un mauvais côté, et les interprète toujours ou à son propre désavantage , ou à celui du prochain. Ce ne sont commuoément que des chimères et des fantômes qu'il M forme ; mais ces fantômes et ces chimères , c'est ee qui le prévient, ce qui l'envenime, ce qui l'irrite, ee qui le nourrit dans les ressentiments les plus injustes et les plus mal fondés. Une âme bien faite, et surtout une âme chrétienne et charitable , est au eontraire disposée k prendre tout en bonne part. Ce D'est pas qu'elle approuve le mal, mais elle ne le croit pas aisénient. Elle se ferait même, et avec raison, une peine de conscience et un scrupule d'écouter d*abord toutes les idées qui se présentent , et de les loivre avant que de s'être donné le temps de les approfondir. Cependant elle se tient en paix, et elle aime mieux être trompée par une trop grande facilité à bien juger , que de l'être par une trop grande rigueur â condamner.
XI. La charité n'a point de Joie de rif^ustice^ siais die en a de la vérité. Si je me réjouis du mal de mon prochain, si je suis bien aise qu'on le blâme, qu'on le mortifie, qu'on le persécute, qu'on se tourne contre lui, parce qu'il s'est tourné contre moi, nonseulement c'est une joie basse et indigne d'un cœur généreux , mais c*est une vengeance absolument incompatible avec cette loi d'amour qui nous impose une obligation rigoureuse de pardonner à nos ennemis et de les aimer. De même, si je n'ai pas une sainte joie de la justice qu'on rend a mes frères, et que je leur dois rendre aussi bien que les autres; si je ne bénis pas Dieu de leur avancement, de leurs progrès, du bien qu'ils font, du crédit qu'ils acquièrent dans le public, c'est une preuve certaine qu'il y a peu de charité en moi, pour ne pas dire qu'il n'y en a point du tout, puisqu'il n'y a pas même de bonne foi, de droiture, ni d'équité. Y en a-t-il plus ailleurs? et suivant ces deux seules règles, où trouverons-nous de la charité parmi les hommes, et n*aurons-noos pas lieu de nous plaindre qu'il n'y en a presque nulle part?
Xn. Enfin, l'apôtre conclut par ces paroles : La charité endure tout, ellecroUtout, elle espère tout, eUe supporte tout. Qu'elle supporte et qu'elle
endure tout , c'est ce que fait la patience , dont nous avons déjà parlé. Mais comment croit-elle tout? Cela ne se doit entendre que de ce qui est à l'avantage du prochain ; car pour le mal , ainsi que nous l'avons dit, elle est extrêmement réservée et difficile à se le persuader. Tout ce qui va donc à la justification d'autrui, elle le reçoit avec une prévention fevorable, et une certaine simplicité , qui , sans être tout à fait aveugle, évite aussi de se rendre trop pointilleuse et trop pénétrante. Mais comme il y a néanmoins des sujets et des occasions où l'évidence des choses ne permet pas de les justifier par aucun endroit , ce que £ait du moins la charité, c'est d'espérer tout. Elle espère , par exemple , que cet homme changera de conduite, qu'il reviendra de ses égarements, qu'il se comportera mieux en d'autres rencontres, qu'il reconnaîtra son erreur, qu'il se détrompera de ses préjugés, qu'il réparera le passé, et qu'il en fera une pleine satisfaction. Or, cette espérance, dont on ne doit jamais se départir, est une raison de le cultiver, de l'épargner, d'avoir pour lui des égards : et voilà ce qui faisait dire à saint Augustin, que nous devons aimer les libertins mêmes et les impies, parce qu'ils peuvent devenir un jour des élus de Dieu et des saints. Ayons la charité dans le cœur, et il ne sera point nécessaire de nous four nir de bons tours et de bonnes pensées en faveur du prochain; nous les trouverons d'abord nousmêmes.
Xin. Notre charité ne sera pas sans récompense : et saint Paul lui-même nous la promet, lorsqu'il lyoute que la i^hax'iXénedoU jamais finir. (1. Cor. y 13. ) Elle nous conduira au ciel , et nous Ty conserverons éternellement. Tous les autres dons cesseront, celui de prophétie, celui de science , celui des langues, celui des miracles; mais dans la félicité éternelle, bien loin que la charité soit détruite, élis n*y sera que plus abondante et que plus parfaite. Commençons dès ce monde à nous mettre dans l'heureux état où nous espérons être pendant toute rétemité.
INSTRUCTION
SUR