V. La ckarU ite^foM mal à propos. C'ept
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SUR LA CHARITE
à-dire qu'elle nous rend vigilants, circonspects , at^ tentifii sur nous-mêmes et sur les autres : sur nousmêmes, pour prendre garde à tout ce que nous disons et à tout ce que nous faisons; sur les autres , pour connaître ce qui les offense et pour s'en abstenir. Et en effet, puisqu'il faut si peu de chose pour blesser la charité, et qu'une parole indiscrète, qu'une plaisanterie mal placée, qu'un ton de voix trop élevé est capable d'aigrir certaines personnes, avec quelle précaution ne devons-nous pas ménager leur faiblesse? C'est une erreur de croire qu'il n'y a que ce qui attaque la réputation qui puisse être contre la charité. Ce n'est pas une moindre erreur de penser que la charité ne soit violée que lorsqu'on parle, ou qu'on agit avec réflexion et de dessein prémédité. Ce sont souvent les indiscrétions, les imprudences , les légèretés qui excitent les plus grands troubles. Il est vrai, ce n'est point par malice que vous dites ceci ou cela ; les choses vous échappent avant que vous les ayez bien considérées , et sans que vous y entendiez aucun mal: mais après tout, avec votre ingénuité prétendue, ou plutôt avec cette ingénuité trop pré« cipitée et trop aveugle, vous faites sur ceux qui vous écoutent de très-vives impressions, et vous leur portez des coups très-douloureux. Votre inconsidération vous excuse-t-elle? non sans doute. Que n'avez-vous plus de retenue? Que ne réprimez-vous votre impétuosité? pourquoi vous donnez-vous une telle liberté de déclarer si aisément toutes vos pensées, et que ne mettez-vous un frein à votre langue pour la régler?
VI. La charité ne s'enfle point. Tous ne sont pas dans les mêmes rangs, n'ont pas les mêmes prérogatives, ne vivent pas dans la même distinction ni les mêmes honneurs : mais quiconque se trouve audessus des autres , n'a pas droit pour cela de les mépriser, ni de les traiter avec hauteur. Outre que ces airs hautains et dédaigneux ne conviennent qu'à des esprits vains et frivoles, rien ne leur attire plus l'envie et ne leur suscite plus d'affaires. Qu'on voie dans l'élévation un homme sans faste, sans orgueil, en usant bien avec tout le monde et ne se laissant point éblouir de sa fortune : on ne cherche point à l'humilier, on ne forme point d'intrigues contre lui, il ne se fait point d'ennemis, et chacun, au contraire , est disposé à se déclarer en sa faveur. Mais ai l'on y remarque de la fierté et de l'ostentation , et qu'on lui voie prendre un ascendant impérieux , voilà ce qui engage à le butter en toutes rencontres, à le chagriner, à le déchirer dans les conversations, à renverser toutes se^ entreprises , et à l'abattre luimême si l'on peut. Plus de charité à son égard, comme il témoigne n'en avoir à l'égard de personne.
VII. LacharitéfCestftointambitieuse, Prétendre accorder ensemble la charité et l'ambition, c'est une chimère. Un ambitieux veut toujours monter, il veut
être plus considéré que les autres; avour eo tout h préférence, occuper partout les premierai piaeei, etvoiià justement ce qui ruine la charité datbs son cœur. Car il ne manque point de compétiteiirs et de concurrents. De quel œil les regarde-t-ii , et de quel œil en est-il regardé ? I^ïe sontpce pas ces latales concurrencesqui entretiennent entre les famillesdes défiances, des haines, des inimitiés étemelles? Concurrences, non-seulement entre maisons et maisons, mais entre particuliers et particuliers; non-seulement entre les grands, mais entre les petits; nooseulement entre les séculiers, mais entre les religieux. Il ne faut pas beaucoup d'expérience, soit du monde, soit de la vie religieuse, pour savoir quels désordres sont venus de là , et pour prévoir quels désordres dans la suite il en doit encore venir.
VIII. La charité ne cherche point ses intérêts. Voilà de toutes les épreuves la plus sûre, pour démêler la vraie charité de celle qui n'en a que l'apparence et que le nom. Car il n'en faut pas juger par les démonstrations extérieures, mêmes les plus vives et les plus empressées. On voit des personnes donner toutes les marques du plus parfait dévouement et d'une charité sans réserve. A s'en tenir aux dehors , on ne peut rien , ce semble, lyouter à leur zèle, et l'on ne doute point qu'ils n'agissent dans les vues les plus pures d'une affection toute chrétienne. Mais si l'on pouvait pénétrer le fond de leur cœur, on sedétromperait bientôt, etl'on y apercevrait un intérêt caché qui les conduit. Ausd , que cet intérêt vienne à cesser , et qu'il ne se trouve plus dans ces services qu'on rendait , dans ces assiduités qu'on avait, dans cette ardeur qu'on témoignait, c'est là que le mystère tout à coup se dévoile. Ces gens si serviables et si officieux ne voua connaissent plus, à ce qu'il paraît, et tournent ailleurs lews soins ; parce qu'ils y espèrent un meilleur compte. L'intérêt même est si subtil , que quelquefois on ne le remarque pas soi-même, et qu'on y est trompé comme les autres; mais l'occasion est, pour »\m parler, la pierre de touche ; c'est elle qui découvre l'âme, et qui en révèle tout le secret.
IX. La charité ne s'emporte point. Elle peut reprendre , elle peut corriger, elle peut , selon les be* soins, s'expliquer avec force et avec fermeté; mais tout cela se fait ou se doit faire sans violence et sans emportement. Illusion de dire : C'est pour le bien que jem'intéresse, et c'est ce qui m'anime; votre intention est bonne , mais elle n'est pas assez mesurée : et si vous n'y prenez garde, de ce bon principe sait un mauvais effet, qui est la passion. Car on a beau se flatter, il y a presque toujours de la passion dans ce feu et cette chaleur qui vous agite, et dont vous n'êtes plus maître dès qu'une fois vous vous y abandonnez. La charité, lors même qu'elle est obligée de se montrer plus sévèreet d'user de rigueur,ne perd