SUR L'HUMILITE D£ LA FOI
chant des matières qui depuis long-temps ont été agitées avec toute la réflexion nécessaire , et sur lesquelles le saiot-siége a prononcé. Vous en raisonnez, vous en disputez, vous vous échauffez même quelquefois, et il vous paraît étrange que, pour couper court à des contestations qui n'auraient point de fin, on se contente de vous répondre en un mot, qu'il n'est plus temps d'examiner, mais de se soufhettre. Cependant cette réponse n'est pas moins solide ni moins vraie, qu'elle est courte et décisive; et vous la goûteriez davantage si vous aviez ce que J'appelle l'humilité delà foi. Avec cette humilité de la foi , que de raisonnements tomberaient tout à coup ! que de difQcultés s'évanouiraient ! que de disputes cesseraient ! Car, sans prétendre parler de vous en particulier, on a toujours remarqué que dans ces sortes de divisions au regard de la doctrine, il se mêlait un orgueil secret qui servait inGniment à les entretenir. Je m'estimerais heureux si je contribuais à vous préserver de cet écueil , et j'espère que ce qu'il m'est venu en pensée de vous écrire, n'y sera pas inutile. Du moins vous fera-t-il voir la nécessité d'une foi humble : je veux dire que , sans une solide humilité il n'est pas possible de conserver une foi bien pure.
I. Vous devez remarquer d'abord , qu'il y a deux choses à considérer dans la foi ; ce quejnous croyons , et 1& manière dont nous le croyons : l'un est comme la matière de notre foi , et l'autre en est comme la forme. Or, l'un et l'autre a une connexion essentielle avec l'humilité , et ne subsiste que sur le fondement de l'humilité. Car ce que nous croyons , c'est-à-dire, les humiliations d'un Dieu et les maximes humiliantes de son Évangile, qui sont les principaux objets de notre foi , pour être crues , demandent nécessairement de notre part une préparation de cœur et une pieuse affection à lliumilité; et la manière dont nous les croyons, n'est rien autre chose qu'un exercice continuel d'humilité. D'où je conclus que c'est donc particulièrement l'humilité qui entretient ce divin commerce quil y a entre Dieu et nous par le moyen de la foi , lorsque Dieu nous parle et que nous croyons à sa parole. Vous pourrez mieux entendre ceci par l'éclaircissement que j'y vais donner.
II. Ce que nous croyons.se réduit surtout à des mystères et des maximes : or, ces mystères et ces maximes ne sont la plupart que des mystères et des maximes d'humilité. Un Dieu fait homme, et par là un Dieu humilié jusqu'à l'anéantissement; un Dieu incarné dans le sein d'une vierge , comme dans le sein de l'humilité; un Dieu né dans une étable et couché dans une crèche, comme dans le berceau de l'humilité ; un Dieu inconnu , méprisé sur la terre, et y vivant comme dans le séjour de Thumilité; un Dieu mourant sur la croix , comme sur le théâtre de lliumilité ; nn Dieu présent sur nos autels , mais ca-
ché sous de viles espèces , comme dans le sacrement de l'humilité : voilà les grands mystères que notre foi nous propose. De plus, un Dieu ne noos préèhant que l'humilité, ne promettant presque ses récompenses qu'à l'humilité, n'agréant nos services et n'acceptant tous nos mérites qu'autant qu'ils sont fondés sur l'humilité, nous donnant pour règle de nous abaisser, de fîiir la grandeur et l'élévation , de prendre partout les dernières places, de préférer aux honneurs les mépris, les outrages, les calomnies : voilà les plus communes maximes de notre foi. Or, comment sera-t-il possible que notre esprit se persuade bien tout cela , et qu'il croie tout cela d'une foi bien vive, à moins qu'il n'y ait dans notre cœur quelques p Aicipes d'humilité , et que par l'humilité, il ne surmonte sur tout cela ses i^pugnances naturelles ? D'autant plus que c' est du cœur et de la volonté que la foi dépend. Car notre foi doit être libre et nous ne croyons par une foi divine que ce que nous voulons croire. Il fout donc un acte du cœur et de la volonté, qui détermine l'esprit à croire. Et si c'est un cœur vain, un cœur orgueilleux et présomptueux , sera-t-il en état de foire les efforts nécessaires pour obliger l'esprit de croire des vérités qui toutes condanment son orgueil et sa présomption? C'est pourquoi le Fils de Dieu reprochant aux Juifs leur incrédulité , au lieu de leur dire qu'ils ne voulaient pas croire en lui, leur disait, en termes plus forts, qu'ils ne pouvaient pas même croire en lui , et cela , parce qu'ils étaient remplis d'orgueil , et qu'ils ne cherchaient que l'honneur du monde. Ce n'est pas , remarque saint Chrysostôme , qu'ils manquassent de lumières , ni qu'absolument ils ne pussent avoir la foi ; car Jésus-Christ alors ne leur eût pas fait ce reproche; mais c'est que l'orgueil qui les possédait, et dont ils ne voulaient pas se défaire, les mettait dans une espèce d'impuissance de croire, et que cette impuissance étant volontaire dans sa c^iuse, elle devenait criminelle dans son effet. Combien y a-t-il de prétendus chrétiens à qui je pourrais adresser ces mêmes paroles du Sauveur : Le moyen que vous puissiez croire y vous qui vous laissez aveugler par la passion de l* honneur f (JOÀN., 5.) Ce n'est pas qu'ils ne croient les mystères de la religion et les maximes de l'Évangile d'une certaine foi vague et superficielle , du moins font-ils profession de les croire, puisqu'ils se disent chrétiens; mais en vérité, quand on les voit* si entêtés des vanités du siècle, de l'estime du siècle, des pompes du siècle , si entêtés d'eux-mêmes et de leur propre mérite, peut-on penser qu*ils croient réellement, qu'ils croient solidement, qu'ils croient fermement des mystères et des maximes qui ne les portent qu'à s'avilir dans l'opinion des hommes et qu'à s'anéantir ?
DL Je n'insiste pasdavantage sur cet article ; mais