‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 145 sur 408 · INCERTITUDE DU SALUT · texte numérisé non relu

INCERTITUDE DU SALUT

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m cooTieiuie qu'il D*est rien de plus désirable ni ■Anft de si désirable. Les plus mondains navent en parler eomme les autres , et souvent mieux que les Htres. Mais qu*est-ce que cela? un langage, des paroles affectées, et rien de plus : car sans nous en tenir aux paroles et aux expressions, mais examinant la chose dans la vérité , peut-on dire que nous désirons le salut ^ lorsque de tous les sentiments et de tous les mouvements de notre cœur, il n'y en a pas un qui tende vers le salut? Nous aimons , mais quoi? est^e ce qui nous conduit au salut? nous haïssons, mais quoi? est-ce ce qui nous détourne du salut? nous nous réjouissons, mais de quoi? est-ce des mérites que nous acquérons pour le balut? nous nous afQigeons, mais pourquoi? est-ce parce que ■oos avons souffert quelque dommage et fait quelque perte qui intéresse le salut? Parcourons ainsi de rune à Tautre toutes nos passions et toutes nos aflèctions : laquelle pourrons-nous marquer, quelle qu'elle soit , qui ait pour terme le salut, et où il ait aucune part? Je ne veux pas faire entendre par là que nous vivions dans une indolence qui ne s'affec- IkMUie à rien et que rien n*émeut : au contraire , toute notre vie se passe en désirs, et en désirs qui nous agitent, qui nous troublent, qui nous dévorent, qui nous consument : car telle est la vie de rbomme dans le monde, et telle est souvent même la TÎe de bien des hommes jusque dans la retraite-, vie de désirs , mais de quels désirs ? de désirs frivoles , de désirs terrestres , de désirs insensés , de désirs pernicieux , de ces désirs que formaient les Juifi , et que Dieu semblait écouter, quand il voulait punir cette nation indocile en les abandonnant à eux-mêmes et à la perversité de leur cœur.

Puissions-nous amortir tous ces désirs qui nous entraînent dans la voie de perdition ! Car voilà , dit Tapôtre, où ils nous conduisent, et à quoi ils se terminent. Us nous amusent pendant la vie, ils nous tourmentent, ils nous trompent, et par une suite immanquable ils nous damnent : effets trop ordinaires, et que mille gens éprouvent, sans apprendre de là à se détromper ; désirs qui nous amusent par les vains objets auxquels nous nous attachons, et les vaines espérances dont nous nous flattons ; ou ce sont des biens qui nous sont refusés et que nous n'obtenons jamais malgré tous les soins que nous y apportons; ou, si nous sommes plus favorisés de la fortune, ce sont des biens dont nous découvrons bientôt, comme Salomon, la fausseté et la vanité : désirs qui nous tourmentent par les inquiétudes, les craintes, les soupçons, les impatiences , les dépits, les mélancolies et les chagrins où ils nous exposent. Interrogeons là-dessus une multitude innombrable de mondains ambitieux, de mondains intéressés, de mondains voluptueux; sMls sont de bonne foi, ils conviendront que ce qui leur ronge

plus cruellement Tâme , et ce qui fait leur plus grand supplice dans la vie, ce sont les violents désirs que leur inspirent l'ambition, la cupidité, Tamour du plaisir, qui les dominent; désirs qui nous corrompent par les crimes où ils nous précipitent et qu'ils nous font commettre ; car on veut les contenter, ces désirs déréglés; et si Ton ne le peut par les voies droites, on prend les voies détournées qui sont les voies de l'iniquité et de l'injustice; de là même enfin , désirs qui nous damnent : au lieu que , par des avantages tout opposées, un vrai désir du salut sert à nous occuper solidement, à nous tranquilliser dans les événements les plus fâcheux et dans toutes les adversités humaines, à nous sanctifier et à nous sauver.

Ce désir du salut est, pour une âme fidèle, l'occupation la plus solide. Elle s'entretient de sa fin dernière ; elle y fixe toutes ses pensés comme à son unique bien ; elle en goûte par avance les douceurs toutes pures, et c'est comme un pain de chaque jour qui la nourrit. Ce même désir du salut, en dégageant l'âme de tous les désirs du siècle, l'établit dans un repos presque inaltérable. A peine s'apercoit-ellede tout ce qui se passe dans le monde , tant elle y prend peu d'intérêt, et tant elle est au-dessus de tous les accidents et de toutes les révolutions. Elle n'a qu'un point de vue, qui est le ciel : hors de là rien ne l'inquiète , parce que hors de là elle ne tient à rien, ni ne veut rien. Par une conséquence trèsnaturelle, autant que ce désir du salut contribue au repos de l'âme chrétienne, autant contribuet-il à sa sanctification : car si c'est un désir véritable , et tel qu'il doit être , c'est un désir efficace qui , dans la pratique, nous fait éviter avec un soin extrême tout ce qui peut nuire, en quelque sorte que ce soit, à notre salut , et nous applique sans relâche à toutes les œuvres capables de l'assurer et de le consommer. Or ces œuvres, ce sont des œuvres saintes et sanctifiantes, et voilà comment le désir du salut nous sauve.

Renouvelons-le dans nous, ce désir si salutaire; ne cessons point de le réveiller, de le ranimer par la fréquente médiation de l'importance infiniedu salut. Que désirons-nous autre chose, et où devons-nous aspirer avec plus d'empressement et plus de zèle , qu'à un bien qui seul nous suffit, et sans quoi nul autre bien ne nous peut suffire ?

INCERTITUDE DU SÂLUT, ET LES SENTIMENTS qu'elle nous DOIT INSPIREE, OPPOSES A UNE FAUSSE SÉCURITÉ.

Affreuse.incertitude , Seigneur, où vous me laissez sur mon affaire capitale, sur la plus essentielle et même la seule affaire qui doive m'intéresser, sur l'affaire de mon salut! Je suis cerUin que vous voûtes me sauvert Je suis certain que je puis me sauver :

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