INCERTITUDE DU SALUT
mais me saoverai-je en effet, mais serai-je un jour dans votre royaume, au nombre de vos prédestinés ; mais parviendrai- je à cette éternité bienheureuse pour laquelle vous m'avea créé, et qui est mon unique fin ? Voilà mon Dieu , ce qui passe toute mon intelligence ; voilà ce que toute la subtilité de l'esprit humain, ce que tous mes raisonnements ne peuvent découvrir : car de tous les hommes vivant sur la terre, en est-il un qui sache s'il est digne de haine ou d'amour; et par conséquent, en est-il un qui sache s'il est dans une voie de salut ou dans une voie de damnation?
Je ne puis douter. Seigneur, que je n'aie péché contre vous, et péché bien des fois, et péché en bien des manières , et péché jusqu'à perdre votre grâce : mais puis-je me répondre que j'y suis rentré, dans cette grâce, que j'ai fait une vraie pénitence, et que vous m'avez pardonné? en suis-je asssuré? Quand même il en serait ainsi que je le désire, et quand je pourrais me flatter de l'avantage d'être actuellement et pafaitement réconcilié avec vous, suis-je assuré de persévérer dans cet état? et si je m'y soutiens quelque temps, suis-je assuré d'y persévérer jusqu'au dernier moment de ma vie? suis je assuré d'y mourir?
Tout cela, mon Dieu , ce sont pour moi d'épaisses ténèbres, ce sont des abîmes impénétrables. Dès que je veux entreprendre de les sonder, l'horreur me saisit, et je demeure sans parole. Et qui n'en serait pas effrayé comme moi, pour peu qu'on vienne à considérer l'importance de cette affaire, dont le succès est si incertain? Car de quoi s'agit-il? de tout l'homme, c'est-à-dire du souverain bonheur de l'homme ou de son souverain malheur. Il s'agit, par rapport à moi , d'être mis un jour en possession d'une félicité éternelle, ou d'être condamne à un tourment éternel. Quelle sera la décision de ce jugement formidable? quel sera le terme de ma course? sera-ce une gloire sans mesure, ou une réprobation sans ressource ? sera-ce le ciel ou l'enfer ? Encore une fois, dans ces pensées, mon esprit se trouble, mon cœur se resserre, toute ma force m'abandonne, et je reste interdit et consterné.
Ce ne sont point là , Seigneur, de ces craintes scrupuleuses , dont les âmes timorées se tourmentent sans raison ; ce ne sont point de vaines terreurs ; combien y a-t-il de réprouvés qui, pendant un long espace de temps, avaient mieux vécu que moi et paraissaient être plus en sûreté que moi? Qui l'eût cru, qu'éloignés du monde et retirés dans les clottres et dans les déserts , ils y dussent jamais faire ces chutes déplorables qui les ont damnés? Suis-je moins en danger qu'ils n'y étaient , et ne serait-ce pas la plus aveugle présomption, si j'osais me promettre que ce qui leur est arrivé ne m'arrivera pas k moi-même? Une telle témérité suffirait pour ar-
rêter le cours de vos grâces , et mon salut alors se trouverait d'autant plus exposé, que j'en serais moins en peine et que je le croirais plus à couvert.
Je ne vous demande point, d mon Dieu! qu'il vous plaise de me révéler l'avenir; je ne vous prie point de me faire voir quel doit être mon sort, et de tirer le voile qui me cache cet adorable, mais redoutable mystère de votre providence. C'est un secret où il ne m'appartient pas de m'ingérer, et qui n'est réservé qu'à votre sagesse. En le dérobant à . ma connaissance, et le tenant enseveli dans une si profonde obscurité, vous avez vos vues toujours saintes et toujours salutaires, si j'apprends à en profiter. Vous voulez me préserver de la négligenee où je tomberais, si j'avais une certitude absolue de ma prédestination ou de ma réprobation. Car l'un et l'autre , ou plutôt l'assurance de Tnn et de l'autre, me porterait à un relâchement entier. Que dis-je? l'assurance même de ma réprobation me précipiterait dans le désespoir et dans les plus grands désordres. Vous voulez que par de bonnes (Btmrei, suivant l'avis du prince des apôtres,^ mV/tr(2^ de plus en plus à rendre sûre ma vocation et mon élection, de sorte que Je sois pourvu abondamment de ce qui peut me donner entrée au royaume de Jésus-Christ. ÇPETn.j 12, v. 10.) Vous voulez çtte Je m'humilie sans cesse sous votre main toute-puissante, comme un criminel qui attend une sentence d'absolution ou de mort , et qui , prosterné aux pieds de son juge, n'omet rien pour le toucher en sa faveur, et pour obtenir grâce. Vous voulez que je vive dans un tremblement continuel , et dans une défiance de moi -même, qui m'accompagne partout, et qui me fasse prendre garde à tout. Vous le voulez , Seigneur, et c'est cela même aussi que je vous demande. Par Ta, l'incertitude où je suis, toute effrayante qu*elle est, bien loin de m'être nuisible et dommageable, me deviendra utile et profitable.
Cependant, mon Dieu, je ne perdrai rien de ma confiance, et je n'oublierai jamais que vous êtes le Dieu de mon salut. {Psalm. 17.) Dieu de mon salut, parce que je ne puis me sauver sans vous et que par vous ; Dieu de mon salut , parce que vous voulez que je me sauve, et que vous-même vous voulez me sauver. Dieu de mon salut , parce que pour me sauver vous ne me refusez aucun des secours nécessaires , et que vous me mettez dans un plein pouvoir d'en user. Voilà, Seigneur, ce qui me rassure, et ce qui calme mes inquiétudes. Vous m'oroonnez de les jeter toutes dans votre sein , et de m'y retirer moi-même comme dans un asile toujours ouvert pour me recevoir. De là , sans présumer de vos miséricordes , je défierai tous les ennemis de mon âme, et je ne cesserai point de dire avec votre prophète : Le Seigneur est ma lumière , U est ma défense {Psalm. 26) ; de quoi dois-je m'alar-
INCERTITCDE DU SALUT.
flMr? Quand je marehends aa milieu des ombres de [a mort, mon oceur n'en serait point ébranlé, parce que mon espérance étant dans le Seigneur, il est auprès de moi. Je ne veux de lui qu'une seule chose , ce je la diercberai , je tâcherai de la mériter : c'est d*étre avec lui pendant tous les siècles des siècles dans sa sainte maison et dans le séjour de sa gloire. Cest là que se portent tous mes désirs : tout le reste ne m'est rien.
Confiance ehétienne, mais qui, pour être chrétienne, doit avoir ses règles, et n'aller point au delà des bornes. Car il est certain d'ailleurs qu' il y a dss gens d'une sécurité merveilleuse , ou plutôt d'une présomption énorme touchant le salut. Ce ne sont point, il est vrai, des libertins et des impies; ce ne sont point des pécheurs scandaleux et plongés dans la débauche; ils n'enlèvent point le bien d'autnii, et ne font tort à personne ; enfin , je le veux , ce sont de fort honnêtes gens selon le monde. Ij^ais soBt-ee des apôtres? Bien loin de s'employer au salut et à la sanetification du prochain en qualité d'apôtres, à peine pensent-ils à leur propre sanctification , et à leur propre salut en qualité de chrétiens. Sont-ee des hommes d*oraison , accoutumés aux ravissements et aux extases? jamais iisn'eurent oolle connaissance ni le moindre usage de ces exereiees intérieors où l'âme s'élève à Dieu , et s'entretieot affectueusement avec Dieu. Quelques pratiques communes dont ils s'acquittent avec beaucoup de négligence et de tiédeur, voilà où se réduit tout leur christianisme. Sont-ce des pénitents ennemis de leur chair et exténués d'austérités et de jeûnes ? ils ont toutes leurs commodités, où du moins ils lei cherchent; ils mènent une vie douce, tranquille et agréable; ils écartent tout ce qui pourrait leur être pénible et onéreux, et ils ne se refusent aucun des divertissements qui se présentent et qui leur semblent propres de leur état. Avec cela ils vivent en paix, sans crainte, sans inquiétude sur l'affaire du salut; et parce qu*ils ne s'abandonnent pas à certains désordres , ils ne doutent point que Dieu , selon leur expression , ne leur fasse miséricorde. Or qu'ils écoutent un apôtre, et un des plus grands apôtres, un prédicateur de l'Évangile et le docteur des nations. Qu'ils écoutent un saint ravi jusqu'au troisième ciel , et qui , dans la plus sublime contemplation, avait appris des secrets dont il n'est permis à nul homme de parler. Qu'ils écoutent un pénitent consumé de travaux , crucifié au monde et à qui le monde était crucifié : c'est saint Paul. Que dit-il de lui-même? Je châtie mon corps, je le réduis en servitude : pourquoi ? de peur qu'après avoir prêché aux autres , je ne sois réprouvé moimême. (1. Cor., 9.)
J^avooe que je ne lis point, ou n'entends point ces paroles sans frayeur. Quel langage! Quel senti-
ment! cet apôtre, ce mattre des gentils, ce vaisseau d'élection, ce pénitent , Paul tremble; et mille gens dans le monde, tout au plus chrétiens , et chrétiens encore très-imparfaits , se tiennent en assurance! Il tremble, et que craint-il? Est-ce seulement de déchoir en quelque chose de la perfection apostolique, et de ne parvenir pas dans le ciel à toute la gloire où il aspire ? Ce n'est point là de quoi il est question : mais il craint pour son salut , il craint pour son âme, il craint d'être condamné et rejeté parmi les réprouvés : et tant de gens dans le monde , n'observant qu'à demi les commandements de la loi , bien loin de tendre à sa perfection , n'ont pas le moindre trouble sur leur disposition devant Dieu , et se mettent comme de plein droit au rang des prédestinés! 11 tremble, et où? et en quelles conjonctures? en quel ministère? c'est en prêchant la parole de Dieu; c'est en répandant la foi dans les provinces et dans les empires, c'est en s'exposant à toutes sortes de périls et de souffrances pour le nom de Jésus-Christ. Au milieu de tout cela et malgré tout cela , il est en peine de son sort éternel ; et une infinité de gens dans le monde, tout occupés des affaires du monde, engagés dans toutes les occasions du monde , jouissant de toutes les douceurs du monde, sont au regard de leur éternité dans un repos que rien n'altère! Il faut, ou que saint Paul ait été dans l'erreur, ou que nous y soyons : c'est-à-dire, il faut que saint Paul, par une timidité scrupuleuse, et par Teffet d'un imagination trop vive, portât la crainte à un excès hors de mesure, ou que, par une aveugle témérité , nous nous laissions flatter d'une espérance ruineuse et mal fondée. Or, de soupçonner le grand apôtre, inspiré de l'esprit de Dieu, d'avoir donné dans une pareille illusion , ce serait un crime. C'est donc nous-mêmes qui nous abusons, et qu'estce de se tromper dans une affaire d'une telle conséquence ?
A Dieu ne plaise que je tombe dans un si terrible égarement ! Pour m'en garantir, il n'y a point de vigilance que je ne doive apporter, ni de précaution que je ne doive prendre. Car ce ne sont point là de ces erreurs qu'on peut aisément réparer, ou dont les suites ne peuvent causer qu'un léger dommage. La perte pour moi serait sans ressource ; et pendant l'éternité tout entière, il ne me resterait nul moyen de m'en relever. Cest donc à moi d'être incessamment sur mes gardes , et d'observer tous mes pas , comme un homme qui , dans une nuit obscure, marcherait à travers les écueils et les précipices , et se trouverait à chaque moment en danger de faire une chute mortelle et sans retour. Toute mon attention ne suffira pas pour me mettre dans une pleine assurance, et, quoi que je fasse , j'aurai toujours sujet de craindre : car il sera toujours vrai , mon Dieu , que vos voies sont incompréhensibles.
«t vos jugements impénétrables. Mais après tout, vous aurez égard aux mesures que je prendrai , aux vœux que je vous présenterai, aux œuvres que je pratiquerai, à tout ce que pourra me suggérer le 2èle de mon salut , que vous avez confié à mes soins , et que vous avez fait dépendre , après votre grâce, de ma fidélité. Si ce n'est pas assez pour m'ôter toute défiance de moi-même, c'est assez pour affermir mon espérance en votre miséricorde, et pour la soutenir. Ce sage tempérament de défiance et d'espérance me servira de sauvegarde, et me préservera de deux extrémités que je dois également éviter : Tune est une défiance pusillanime , et l'autre une espérance présomptueuse. Par là j'attirerai sur moi la double bénédiction que le prophète a promise au juste qui , tout ensemble, craint le Seigneur et se confie dans le Seigneur.
YOLONTB GBNBBALB DE DIBU, TOUCHÂJfT LE SALUT DE TOUS LES HOMMES.
Dieu veut-il me sauver? ne le veut-il pas? Si je m'attache à la vraie créance, qui est celle de l'Église, je décide sans hésiter que Dieu veut mon salut, et qu'il le veut sincèrement, parce qu'il veut sincèrement le salut de tous les hommes.
Est-il rien qui nous ait été marqué en des termes phis exprès dans les divines Écritures? et qui en croirons-nous, si nous n'en croyons pas Dieu même, lequel s'en est expliqué tant de fois par ses sacrés organes , et en tant de manières différentes ? Il n'y a qu'à parcourir ces saintes Lettres et qu'à les lire , mais sans préjugé et sans obstination , mais avec une certaine bonne foi et une certaine simplicité de cœur, mais dans la vue de s'instruire, et non point dans un esprit de contradiction et de dispute; voici les idées que nous en emporterons, et que tout d'un coup nous nous formerons : Que Dieuneveutpasqu'aucunhommepérisse. (2. Petb., 3); mais qu'il veut au contraire que tous se sauvent. Que c'est pour cela même qu'il use de patience envers les pécheurs qui s'égarent de la voie du salut, et que pour les y faire rentrer, il les appelle tous à la pénitence. Qu'à la vérité il y aura peu d'élus , c'est-à-dire qu'il y en aura peu qui parviendront au salut; mais que le nombre n'en sera si petit que parce que les autres n'auront pas bien usé , comme ils le pouvaient, et comme ils le devaient, des grâces que Dieu, de toute éternité, leur avait préparées , et des moyens qu'il leur avait fournis dans le temps. Qu'entre les réprouvés il n'y en aura donc pas un seul qui puisse imputer à Dieu sa perte; mais qu'ils seront forcés de se l'imputer à eux-mêmes, en reconnaissant qu'il ne tenait qu'à eux de se sauver, et que Dieu ne les a point laissé manquer des secours nécessaires pour arriver au bienbeu-
VOLONTÉ DE DIEU, etc.
reux terme où il voulait les conduire. Qu'il a envoyé son Fils pour être le médiateur, le rédempteur, le sauveur de tout ce qu'il y a eu dliommes dans le monde, et de tout ce qu'il y en aura jusqu'à la fin du monde : si bien que, de même qu'il fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants , ou de même qu'il fait tomber la rosée du ciel sur les uns et sur les autres, de même il a voulu que le sang de Jésus-Christ se répandît, sans exception de personne, sur tout le genre humain, et qu'il effaçât toutes les iniquités de la terre.
Voilà, dis-je, ce que nous comprendrons à la simple lecture des divins oracles du Seigneur, et des saints livres où ils sont exprimés. Voilà ce qu'ils nous feront clairement entendre, quand nous les consulterons , et que nous les prendrons dans le sens naturel qui se présente de lui-même. Il est bien étrange qu'il se trouve des gens qui , sur cela , deviennent ingénieux contre leur propre intérêt, et qui , par de vaines subtilités , cherchent à obscurcir des témoignages si formels et d'ailleurs si fish vorables.
Ke raisonnons point tant, ne soyons point si curieux d'innover, ni si jaloux de soutenir à nos dépens des doctrines particulières. La foi de nos pères nous suffit. Ce qu'ils ont cru de tout temps , nous devons le croire avec la même certitude. Car le moins que nous puissions penser d'eux et en dire , c'est assurément qu'ils avaient des lumières aussi relevées que les nôtres; qu'ils étaient aussi. pénétrants que nous , aussi instruits que nous , aussi versés dans la connaissance des mystères de Dieu et dans la science du salut. Or voyant dans l'Écriture, surtout dans l'Évangile et dans les Épttresdes apôtres , des termes si précis et si marqués touchant la prédestination divine , et le dessein que Dieu a de sauver tout le monde , ils se sont soumis sans résistance à une vérité qui leur était si authentiquement notifiée. Ils n'ont point eu recours , pour en éluder la force, à de frivoles distinctions. Ils n'ont point partagé le monde en deux ordres ; l'un de ceux que Dieu a choisis et favorisés , l'autre de ceux qu'il a rejetés et entièrement délaissés. Ils auraient cru , par ce partage, faire injure à cette miséricorde infinie qui remplit tout l'univers, et en mal juger; ils auraient cru offenseï le Dieu, le Créateur, le Père commun de tous les hommes; ils auraient cru se rendre homicides de leurs frères, en leur fermant ce sein paternel qui nous est ouvert , et d'où personne n'est exclu , si lui-même il ne s'en sépare. Suivons des guides si sûrs, et entrons dans leurs sentiments. Au lieu de nous arrêter à des contestations et à des questions sans fin , ne pensons comme eux qu'à profiter du don de Dieu. Goûtons-le dans le silence de la méditation ; nous y trouverons nonseulement l'appui le plus ferme et la ressource la
VOLONTÉ DE plus solide* mais encore une des plus douces et des plus sensibles consolations.
Car, dans la vive persuasion où je suis que Dieu a Toalu et qu*il yeut le salut de tout le monde, ni'q[ipHqnant à moi-même ce grand principe, j'en tire les plus heureuses conséquences.
Tadore la bonté de Dieu, je l*admire, j*y mets ma confiance; je me jette, ou pour mieux dire, je m'abîme dans le sein de cette providence universelle qui embrasse toutes les nations, toutes les conditions, tous les états. Je vais à Dieu, et dans un soitiment d*amour et de reconnaissance, je lui dis avec le Prophète : O mon Dieu! ô ma miséricorde! Je mesure sa charité, toute immense qu'elle est, on je tâche de la mesurer. J'en prends , pour parler de la sorte après l'apôtre, toutes les dimensions; f en considère la hauteur, la profondeur, la largeur, la longueur. Toutes ces idées me confondent, et je ne puis assez m'étonner de voir que cette charité divine s'étend jusqu'à moi ; jusqu'à moi vile poussière, jusqu'à moi créature ingrate et rebelle, jusqu'à moi pécheur de tant d'années et digne des phis rigoureux châtiments du ciel.
Si je me sens assailli de la tentation, et que je tombe dans la défiance et en certains doutes qui me troublent au sujet de ma prédestination éterneUe, je me retrace fortement dans l'esprit ce souvenir si consolant que Dieu veut me sauver : Et poierquoi vous affligez-vous, mon âme, me dis-je à moi-même, comme David? Pourquoi vous alarmn'Wnu 1 Espérez en DieUj vous le pouvez ; car c'est voire Dieu, et il n*a pour vous que des pensées de paix. (Psalm. 42. ) Si le zèle de ma perfection s'allume dans moi , et que par la pratique des bonnes œuvres je travaille à m'enrichir pour le ciel|, ee qui redouble ma ferveur, c'est de savoir, ainsi qae s'exprime saint Paul, que je n'agis, que je ne eombai* point à l'aventure; mais que Dieu, qui désire mon salut plus que moi-même, accepte tout ee que je (ais, qu'il l'agrée , qu'il l'écrit dans le livre de rie , et qu'il est disposé à m'en tenir un compte exact et fidèle.
Si les remords de ma conscience me reprochent les désordres de ma vie, et que la multitude, la grièveté de mes péchés m'inspirent un secret dé^ sespoir d'en obtenir le pardon; pour me rassurer, je repasse cette parole de Jésus-Christ même : Ce ne sont point les justes que je suis vertu appeler, nuUs le* pécheurs, (Matth., 9.) Touché de cette promesse, je m'anime, je m'encourage à entreprendre l'œuvre de ma conversion. Quelque difficile qu'eUeme paraisse, nul obstacle ne m'effraie, rien ne m'arrête, parce que je me réponds de l'assistance de Dieu, qui, voulant me sauver, veut par conséquent m'aider de sa grâce, et me soutenir dans I retour et dans toutes les rigueurs de ma pé-