‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 149 sur 408 · POSSIBILITÉ DO SALUT · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ DO SALUT

«à Dim , par une suite immanqaable, donne à chaflon dei grâces de salut et de sanctification , et nonseulement des grâces communes, mais des grâces fNnopres et particulières que nous appelons pour cela giioes de Tétat : enfin, puisque c'est un état où un nombre infini d'autres, avant nous, ont vécu trèsrégulièrement, très-chrétiennement, très-saintemeot , et où ils ont consommé , par une heureuse Gn, leur prédestination étemelle. Reprenons , et de tous ces points, comme d'autant de vérités connues, tirons, pour notre conviction, les preuves les plus certaines et les plus sensibles.

Un état que Dieu a établi. Car le premier inslituteur de tous les états qui partagent le monde et qui composent la société humaine, c'est Dieu même, c'est sa providence. Il a été de la divine sajçesse, en les Instituant, d'y attacher des fonctions toutes différentes ; et de là vient cette diversité de conditions , qui sert à entretenir parmi les hommes la subordination , l'assistance mutuelle, la règle et le bon ordre. Or, Dieu qui , dans toutes ses œuvres, envisage sa gloire, n'a point assurément été ni voulu être Fauteur d'une condition où l'on ne pât garder sa loi, où l'on ne pût s'acquitter envers loi des devoirs de la religion , où Ton ne pût lui rendre, par une pratique fidèle de toutes ses volontés, rhommage et le culte qu'il mérite. Et comme c'est par là qu'on opère son salut, il faut donc eooclure quiln'y a point d'état qui , de lui-même, y soit opposé, ni qui empêche d'y travailler efficacement.

Un état qui, établi de Dieu, est de la vocation êe Dieu. C'est-à-dire qu'il y en a plusieurs que Dieu destine à cet état, puisqu'il veut, et qu'il est êobien public, que chaque état soit rempli. Que servirait-il, en effet, d*avoir institué des professions, des ministères, des emplois, s'ils devaient demeurer vides, et qu'il ne se trouvât personne pour y vaquer? Mais d'ailleurs, comment pourrions>nous accorder, avec l'infinie bonté de Dieu notre créateur et notre |>ère, de nous avoir appelés à un état où il ne nous fût pas possible d*obteoir la souveraine béatitude pour laquelle il nous a formés, ni de mettre notre âme à couvert d'une éCemeile damnation?

Un état où Dieu veut qu'on se sanctifîe et qu'on se sauve. C'est le même commandement pour toutes les conditions, et c'était à des chrétiens de toutes les conditions que saint Paul disait sans eseeption : La volonté de Dieu est que vous deve^ nU% saints. (1. Thés., 4.) Voilà pourquoi il leur recommandait à tous d'acquérir la perfection de leur éMj et leur promettait au nom de Dieu, le laiut comme la récompense de leur fidélité. D'où il ert évident que Dieu nous ordonnant ainsi de nous sanctifier dans notre état, quel qu'il soit, et

voulant que par la sainteté de nos œuvres nous nous y sauvions , la chose est en notre pouvoir, suivant cette grande maxime, que Dieu ne nous ordonne jamais rien qui soit au-dessus de nos forces. Un état aussi où Dieu ne manque point de nous donner des grâces de salut et de sanctiGcation. Grâces communes et grâces particulières; grâces communes à tous les états; grâces particulières et conformes à l'état que Dieu , par sa vocation , nous a spécialement destiné : les unes et les autres, capables de nous soutenir dans une pratique constante des obligations de notre état; capables de nous assurer contre toutes les occasions, toutes les tentations , tous les dangers où peut nous exposer notre état; capables de nous avancer, de nous élever, de nous perfectionner selon notre état. De sorte que , partout et en toutes conjonctures, nous pouvons dire, avec l'humble et ferme confiance de lapûtre : Je puis tout par le secours de celui qui me fortifie. {Philipp., 4.)

Un état enfin où mille autres avant nous se sont sanctifiés et se sont sauvés. Les histoires saintes nous rapprennent : nous en avons encore des témoignages présents : et quoique dans ces derm'ers siècles le dérèglement des mœurs soit plus général que jamais, et qu1I croisse tous les jours, il est certain néanmoins que si Dieu nous faisait connaître tout ce qu'il y a de personnes qui vivent actuellement dans la même condition que nous, nous y trouverions un assez grand nombre de gens de bien, dont la vue nous confondrait. Il est difficile que nous n'en connaissions pas quelques-uns , ou que nous n'en ayons pas entendu parler. Que ne faisons-nous ce qu'ils font? que n*agissons-nous comme ils agissent? que ne nous sauvons nous comme ils se sauvent? Sommes-nous d'autres hommes qu'eux , ou sont-ils d'autres hommes que nous ? Avons-nous plus d'obstacles à vaincre, ou les moyens de salut nous manquent-ils? Reconnaissons-le de bonne foi : l'essentielle et la plus grande différence qu'il y a entre eux et nous, n'est ni dans l'état, ni dans les obstacles, ni dans 'les moyens, mais dans la volonté. Ils veulent se sauver, et nous ne le voulons pas.

De là qu'arrive-t-il? parce qu'ils veulent se sauver, et qu'ils le veulent bien , ils se font des peines et des engagements de leur état autant de sujets de mérite pour le salut ; et parce que nous ne voulons pas nous sauver ou que nous ne le voulons qu'imparfaitement, nous nous faisons, de ces mêmes engagements et de ces mêmes peines , autant de prétextes pour abandonner le soin du salut. Je sais que pour se conduire en chrétien dans son état, que pour n'y pas échouer, et pour se préserver de certains écueils qui s'y rencontrent par rapport au salut, on a besoin de réflexion, d'attention dut

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