SOIN DD SALUT
dit : Cherchez d*abord le royaume dé Dieu , et pour 66 qui est du vêtement, de la nourriture, des biens Je la vie , n'en soyez point en peine. Vous pouvez roos en reposer sur votre Pçre céleste, qui vous ame, ei qid wnu donnera toutes cet choses par mrcroU (Luc. , 13. ) Mais nous , au contraire , nous lisons : Cherchons d*abord les biens de la vie; it pour ce qui regarde les biens de l'éternité, le vijaume de Dieu, le salut, n'en soyons point en «îiie, mais conûons-nous en la miséricorde du (eîgneur : il est bon , il ne nous abandonnera pas.
Nous le disons, sinon de bouche, du moins en catique» et c'est ainsi que raisonnèrent les conviés le rÉvangile. Ils étaient invités à un grand repas ; il rilait, pour y assister, certains habits de cérémolie, certains préparatifs; mais eux, tout occupés le leuirs affiures temporelles, ils crurent qu'ils y levaient vaquer préférablement h l'invitation qu'on enr avait faite. Ils ne doutèrent point qu'ils n'euseoteur cela de bonnes raisons pour s'excuser; et, tan de confiance, l'un dit : Je me marie, et il faut pie j'aille célébrer les noces; l'autre dit : J'ai acheté ne terres et je ne puis me dispenser de l'aller voir ; m antre dit : J'ai à ûJre l'essai de cinq paires de NBofs qu'on m'a vendues. Tous conclurent enfin lirïls avaient des choses plus pressées que ce repas loot il s'agissait , et répondirent que.'ce serait pour nie autre fois. Or, qu'est-ce que ce grand repas? lans le langage de l'Écriture, c'est le salut. Dieu loos y appelle, et nous y appelle tous. Il ne se conpate pas, pour nous y convier, de nous envoyer M ministres et ses serviteurs , mais il nous a même nroyé son Fils unique. On nous avertit que de la wrt du Maître tout est prêt, et qu'il ne reste plus pie de nous préparer nous-mêmes, et de nous mette en état d'être reçu^au festin. Mais que réponlona-nous? J'ai d'autres affaires présentement, dit in mondain; et quelles sont-elles ces autres afïiaires? L'affaire de mon établissement, lyoutc-Ml, .^a&ire de mon agrandissement, les affaires de ma maison; en un mot, tout ce qui regarde ma fortune Moporelle.
JPoor ces affaires humaines, que ne fait-on pas! t eette fortune temporelle, h quel prix ne Tachètek>n pas! Est-il moyen qu'on n'imagine? est-il noyen, quelque pénible et quelque fatigant qu'il soit, ia*on ne mette en œuvre pour se pousser, pours'araneer, pour se distinguer, pour s'enrichir, pour se osaintenir, soit à la cour, soit à la ville? Il semble joe le monde ait alors la vertu de faire des mirasles^ et de rendre possible ce qui, de soi-même, [laraîtrait avoir des difficultés insurmontables, et !tre au-dessus des forces de l'homme. 11 donnede la noté aux faibles, et leur fait soutenir des travaux, les veilles, des contentions d'esprit capables de ruiner les tempéraments les plus robustes. II. donne de
l'activité aux paresseux, et leur inspire un feu et une vivacité qui les porte partout, et que rien ne ralentit. Il donne du courage aux lâches, et malgré les horreurs naturelles de la mort, il les expose à tous les orages de la mer et à tous les périls de la guerre. Il donne de l'industrie aux simples, et leur suggère les tours , les artifices , les intrigues , les mesures les plus efficaces pour parvenir à leurs fins et pour réussir dans leurs entreprises. Voilà comment on cherche les biens du monde, et comment on croit les devoir chercher. De sorte que si Ton vient à bout de ses desseins, quoi qu'il en ait coûté, on s'estime heureux, et l'on ne pense point à se plaindre de tous les pas qu'il a fallu faire; et que si les desseins qu'on avait formés échouent , ce n*est point de toutes les fatigues qu'on a essuyées que l'on gémit, mais du mauvais succès où elles se sont terminées. Tant on est persuadé de cette fausse et dangereuse maxime , que pour les affaires du monde on ne doit rien épar^ gner, et qu'elles demandent toute notre applieation.
Cependant que fait-on pour le salut, et quand il s'agit du royaume de Dieu , à quoi se tient-on obligé , et quelle diligence y apporte-t-on Mes uns en laissent tout à Cait*le soin , et tout le soin que les autres- en prennent se réduit à quelque extérieur de religion , pratiqué fort h la hâte, et très-imparfaitement. On ne s'en inquiète pas davantage-, comme si cela suffisait, et que Dieu dût suppléer au reste. En vérité, est-ce ainsi que le Sauveur des hommes nous a avertis de chercher ce royaume fermé depuis tant de siècles, et dont il est venu nous tracer le chemin et nous ouvrir l'entrée? Il veut que nous le cherchions comme un trésor; or, avec quelle ardeur agit un homme qui se propose d'amasser un trésor? on est attentif à la moindre espérance du gain, sensible à la plus petite perte , prudent pour discerner tout ce qui peut nous servir ou nous nuire, courageux pour supporter tout le travail qui se présente , tempérant pour s'interdire tout divertissement, toute dépense qui pourrait arrêter nos projets et diminuer nos pro« fits. Il veut que nous le dierchions comme une perle précieuse : or, cet homme de l'Évangile qui a découvert une belle perle ne perd point de temps , court dans sa maison, vend tout ce qu'il a, se défait de tout pour acheter cette perle dont il connaît le prix , et qu'il craint de manquer. Il veut que nous le cherchions comme notre conquête : or à quels frais, à quels hasards, à quels efforts n'engage pas la poursuite et la conquête d'un royaume ? Il veut que nous le cherchions comme notre fin et notre dernière fin : or, en toutes choses la fin, et surtout la fin dernière , doit toujours être la première dans l'intention; on ne doit viser que là, aspirer que là, agir que pour arriver là.
Et voilà pourquoi notre adorable Maître ne nouSw a pas seulement dit : Cherchez ie royaume de IMe^i,
mail il ajoute, et »a justice. Qu'est-ce que cette justice, tînon ces œuvres chrétiennes, cette sainteté de vie sans quoi Ton ne peut prétendre au royaume éternel? Car je viens de le dire, et je ne puis trop le répéter, ce royaume n'est que pour les sainte. Il n'est ni pour les grands , ni pour les nobles , ni pour les riches, ni pour les savants : disons mieux, il est et pour les grands , et pour les nobles , et pour les riches, et pour les savants, et pour tous les autres , pourvu qu'à la grandeur, qu'à la noblesse , qu'à l'opulence, qu'à la science, qu'à tous les avantages qu'ils possèdent, ils joignent la sainteté. Tous ces avantages sans la sainteté seront réprouvés de Dieu , et la sainteté sans aucun de ces avantages sera couronnée de Dieu.
Mais cette justice , cette sainteté de vie, ce mérite des oeuvres , c'est ce qui ne nous accommode pas , et ce que nous mettons , dans le plan de notre conduite, au dernier rang. Du moment qu'on veut nous en parler, une foule de prétextes se présentent pour nous tenir lieu d'excuses, ou de prétendues excuses : on est trop occupé, on n'a pas le temps, on a des engagements indispensables et à quoi l'onpeut à peine suffire, on est incommodé, on est d'une complexion délicate, on est dans le feu de la jeunesse, on est dans le déclin de Tâge*, en un mot, on a mille raisons, toutes aussi spécieuses , mais en même temps toutes aussi fausses les unes que les autres.
Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'on se croit par là bien justifié devant Dieu, lorsqu*on ne l'est pas. Ces conviés qui s'excusèrent ne doutèrent point que le Alaltre qui les avait invités ne fût très-content d'eux, et de ce qu'ils lui alléguaient pour ne se pas trouver à son repas. Mais il en jugea tout autrement : Il en fut indigné, et déclara sur l'heure que jamais aucun de ces gens4à neparaUraU à sa table. (Luc, 13. ) Tel est , de la part de Dieu , le jugement qui nous attend. Dès que nous refusons de travailler à notre salut, et d'y travailler solidement, il nous rejette par une réprobation anticipée , et nous exchit de son royaume. Quel arrêt ! quelle condamnation ! Malheur à l'homme qui s'y expose! Ah! nous avons des affaires : mais du moins , pour ne rien dire de plus , comptons le salut au nombre de ces affaires, .et regardons-le comme une occupation digne de nous.
Non-seulement elle en est digne, mais , par comparaison avec celle-là, nulle ne mérite nos soins, et tout ce que nous donnons de temps à toute au* tre affaire , au préjudice de celle-là , ou indépendamment de celle-là, ne peut être qu'un temps perdu. Je ne dis pas que c'est toujours un temps p«rdu pour le monde , mais pour le salut : or, étant perdu pour le sahit, tout autre emploi que nous •o feisoDS n^est plus qu'un amusement frivole, fl tout autre fruit que nous en retirons n'est que lL\:iMiiii4lltiUoiioa.