‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 151 sur 408 · SOIN DU SALUT · texte numérisé non relu

SOIN DU SALUT

tre nous perdrait par une trompeuse confiance.

Prenons le juste milieu de TÉvangile , et , sans donner dans aucune extrémité, souvenons-nous que la voie du ciel n*est point si étroite qu'on n'y puisse marcher ; mais aussi qu'elle l'est assez pour demander toute notre constance , et pour exercer toute notre vertu.

Cependant, pour la consolation de ceux à qui le zèle de leur salut inspire de suivre cette voie et d'y avancer, voici ce que j'ajoute, et ce que je puis appeler le miracle de la grâce. Car une expérience de tous les siècles depuis Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre foi, a fait connaître que cette voie, tout épineuse qu'elle est, devient d'autant plus douce qu'on y cherche moins de douceurs , et qu'on s'assujettit avec moins de ménagements et moins de réserve à ses austérités les plus mortifiantes. Comment cela se fait-il? c'est aux âmes qui l'éprouvent à nous en instruire, ou plutôt , c'est un de ces secrets dont saint Paul disait qu il n'est permis à nul homme de les expliquer. Mais , tout impénétrable qu'est ce mystère, il n'en est pas moins réel ni moins véritable. Car, de quelque manière que ce puisse être, et en quelque sens que nous puissions l'entendre, il faut que la parole de Jésus- Christ s'accomplisse : c'est une parole divine , et par conséquent infaillible. Or cet adorable Mattre nousa ditgue son jougest]doux et son fardeau léger ; et en nous invitant à le prendre, il nous a promis que nous y trouverons la paix. Ces termes de joug , de fardeau, marquent de la difficulté et de la pesanteur ; mais avec toute sa pesanteur, ce fardeau devient léger, et ce joug devient doux , dès que c'est le joug et le fardeau du Seigneur : pourquoi? parce que la grâce y répand toute son onction, et qu'il n*est rien de si pesant ou de si amer dont cette onction céleste n'adoucisse l'amertume, et qu'elle ne fasse porter avec une sainte allégresse.

On en est surpris, et, pour ainsi dire , on ne se comprend pas soi-même , tant on se trouve différent de soi-même. Au premier aspect de la voie étroite du salut, tous les sens s'étaient révoltés , et à peine se persuadait-on qu'on y pût faire quelques pas ; mais du moment qu*on y est entré avec une ferme confiance, les épines, si j'ose user de ces figures, se changent en fleurs, et les chemins les plus raboteux s'aplanissent : j4hl Seigneur , s'écriait un grand saint, rou< m'avez Jieureusement trompé, £n m'enrôlant dans votre milice, je m'attendais, selon les principes de votre Évangile , à des assauts et à une guerre où je craignais que ma faiblesse ne succombât. Je me figurais une vie triste, pé<* nible, ennuyeuse, sans repos , sans goût; et jamais mon cœur ne fut plus content, ni mon esprit plus cft plus libre. Combien d'autres ont rendu le témoignage? mais le mal est qu'on ne les en

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croit pas, et qu*on ne veut pas se eonvainere p« une épreuve personnelle et par son propre sentiment.

SOIR DU SALUT, ET l'eXTBÉMB NéOLIOBlia AYSC LAQUELLE ON Y TBAYAILLS DAHS U MONDE.

Cherchez premièrement le royaume de Dieu H sajmtice. (Luc, 12.) En ce peu de paroles, le Sauveur du monde nous donne une juste idée de la eonduite que nous devons tenir à l'égard du saloU Ce salut , ce royaume de Dieu , c'est dans l'étemîté que nous le devons posséder, c'est à la mort que nous k devons trouver; mais <^est dans la vie qae ooiis le devons chercher. Si donc je ne le cherche pas dans la vie, je ne le trouverai pas à la mort; et si f ai le malheur de ne le pas trouver à la mort , je ne le trouverai jamais; et dans l'éternité j'anrai Taffireux désespoir d'avoir pu le posséder, et de ne le pouvoir plus.

C'est, dis-je, dans la vie qu'il le faut ébter^bn : car l'unique voie pour y arriver et pour le trouver* ce sont les bonnes œuvres , c'est la sainteté. Or ces bonnes œuvres, où les peut-on pratiquer? en eette vie , et non en l'autre. Cette sainteté, où la peot-eo acquérir? dans le temps présent, et non dans Féto^ nité; sur la terre, non dans le ciel. En effet, il y a cette différence h remarquer entre le ciel et la terre : la terre fait les saints , mais elle ne fait pas les bienheureux ; et au contraire , le ciel fait les bienheureox, mais il ne fait pas les saints. Supposez de tons les saints celui que Dieu aura élevé au plus haut point de gloire dans le ciel , tout l'éclat de sa gloire n'ajoutera pas un seul degré à sa sainteté : cet état de gloire couronnera sa sainteté, confirmera sa samteté , consommera sa sainteté ; mais il ne rangneotera pas : il la rendra plus durable, puisqu'il la rendra éternelle , mais il ne la rendra ni plus méritoiie, ni plus parfaite.

C'est donc dès maintenant, et sans différer qeo nous devons donner nos soins à chercher le toyuum de Dieu : mais encore, comment le &ttt-il climfaer? PremièremerU ; c'est-à-dire que nous devons ftirs du salut notre première affaire; pourquoi ? perœqM c'est notre plus grande affaire. Règle divine, poisque c'est le Fils même de Dieu qui nous Ta traeée; règle la plus droite , la plus équitable , puisqu'elle est fondée sur la nature des choses , et qn'il est bien juste que le principal l'emporte sur l'accessoire; rè» gle fixe et inviolable , puisque c'est une loi émanés d'en haut, et un ordre que Dieu a établi, et qu'il ne changera jamais. Hais nous, toutefois, noos pré tendons renverser cet ordre ^ nous entreprenons de contredire cette loi, nous voulons substituer à eette règle une règle tout opposée. Car Jésus-Christ nous

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