‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 16 sur 408 · TL JE · texte numérisé non relu

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ET DE L'AME RELIGIEUSE

vie, toutes les douceurs que le monde peut leur fournir, et moi je n*en ai aucune, mais Dieu me suffit; 11 me suffit maintenant, il me suffira jusqu'à mon dernier soupir, il me suffira dans réternité ; car étant mon Dieu, il est mon tout, et tout ce qui n*est pas mon Dieu , ne m'est rien : Quid mihi est in c€bIo, et a te quid volui super terram f {Psalm. 72.) Enfin , pour cinquième et dernière vérité, je conclus que Dieu , en conséquence du choix que nous faisons de lui par la profession religieuse, devient singulièrement et spécialement notre Dieu, et voilà, heureuse épouse du Sauveur, ce qui doit vous rendre votre vocation également chère et vénérable : en conséquence de Faction que vous allez faire, le Seigneur que vous choisissez, sera votre Dieu avec toute la distinction qu'il peut l'être dans l'ordre de la grâce ; pourquoi ? parce qu'en conséquence du renoncement que vous faites à tout pour lui , il sera lui-même votre partage, votre héritage, votre possession , et que de cette sorte vous aurez sur lui , pour ainsi dire, tout le droit de propriété qu'une créature peut avoir sur son Dieu. Appliquez-vous à oc que je dis : quand Dieu divisa la terre. promise entre les tribus d'Israël , il ne donna , remarque l'Écriture, aucun partage à la tribu de Lévi, parce que la tribu de Lévi , toute dévouée à Dieu, ne devait point avoir d'autre partage que Dieu même : Quia ipse Dominus possessio ^us est. (Deut,, 10.) Excellente figure, ma chère sœur, de ce qui va se passer à votre égard; car vous allez être dans la loi de grâce cette âme choisie dont Dieu fera le partage, et à qui Dieu , comme Dieu , appartiendra tout autrement qu'il n'appartient aux chrétiens du siècle. £n effet , le chrétien du siècle peut bien dire comme David, Dominus pars hsereditaHs me». (Psalm. 15.) Le Seigneur est une portion de mon héritage; mais il ne peut pas dire absolument dans le même sens que Tâme religieuse, Dominus haerecUtas mea^ le Seigneur est mon héritage ; parce qu'avec Dieu , dit saint Bernard , il possède encore d'autres biens , et qu*en possédant ces autres biens avec Dieu, il en possède moins purement et moins parfaitement Dieu. C'est vous, fervente épouse de Jésus-Christ, qui, désormais ayant renoncé au monde, aurez droit de regarder Dieu comme un bien qui vous est uniquement propre, comme un bien qui vous est affecté, comme un bien d'autant plus votre bien que vous en faites votre seul bien. Au lieu que vos frères et vos sœurs selon la chair partageront entre eux un héritage temporel que vous leur abandonnez, et dont la mort les dépouillera; vous allez en acquérir un, lequel, quoique immense et infini, sera tout entier à vous , comme s'il n'était que pour vous ; et cet héritage, encore une fois, c'est Dieu même oui vous tiendra lieu de tout. Or vous tenir lieu de tout, c'est être non-seulement Dieu, mais spé-

cialement votre Dieu. Et voilà le sens littéral de ces belles paroles : Quia ipse Dominus possessio ejus est.

Revenons donc , mes chères sœurs , aux questions que j'ai d'abord proposées. Dieu ne serait-il pas notre Dieu , si nous ne le choisissions pas de la manière que je le viens d'expliquer? Écoutez sur cela saint Basile : Il serait notre Dieu , répond ce saint docteur, mais il ne le serait pas dans cette étendue et cette perfection qui suppose le sacrifice que nous lui faisons de nous-mêmes par les vœux de la religion : c'est-à-dire, il serait notre Dieu par la nécessité de son être, et par le droit inaliénable de sa souveraineté ; mais il ne le serait pas avec ce surcroît de domination et d'empire qu'il a sur nous quand nous nous dépouillons pour lui de notre liberté. Malgré nous, il serait le Dieu de toute la nature; mais il ne serait pas, au point qu'il l'est, le Dieu de notre cœur. Il dépend de nous en ce sens, qu'il soit notre Dieu; comme au contraire, quoique Dieu de l'univers , il n'est pas le Dieu des mondains , parce que les mondains se font volontairement, et de leur choix, d'autres divinités que lui. C'est lui-même qui le leur déclare : Et ego non ero Deus rester. Par conséquent il est plus notre Dieu, qu'il ne l'est du reste des hommes, puisqu'il l'est plus ou moins , selon que nous nous dévouons plus ou moins à son culte. Or y pouvons-nous être plus dévoués , que nous ne le sommes en qualité de religieux? D'où il s'ensuit qu'en nous consacrant à Dieu, nous ajoutons à tous les autres titres, en vertu desquels il était déjà notre Dieu , celui de notre choix, et celui du choix le plus parfait que nous puissions faire. Quel trésor de grâce pour nous, si nous savons connaître le don de Dieu et en profiter! Ils ont appelé ce peuple heureux, disait David, parce qu'il a des biens en abondance , parce qu'il jouit paisiblement des plaisirs de la vie, parce que le monde le loue et lui applaudit : Beatum dixe^ runt populum cui hœc sunt. {Psalm. 143.) Mais moi , ajoutait ce saint roi , j'ai dit : Bienheureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu : Beatui populus cujus Dominus Deus ((jus. (îbid.) Et voilà, digne épouse de Jésmp^rist , votre vocation : vous avez dioisi le Seigneur, afin qu'il soit singulièrement votre Dieu, Dominum eiegisti, ut sU tibi Deus ; et le Seigneur vous choisit aujourd'hui , afin que vous soyez singulièrement sa créature , en vous associant à une communauté de vierges, qui, dans le christianisme, est à la lettre son peuple particulier : Et Dominus elegit te hodie, ut sis ei populus pecuUaris. C'est le sujet de la seconde partie.

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