‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 167 sur 408 · LA FOI VICTORIEUSE DU MONDE · texte numérisé non relu

LA FOI VICTORIEUSE DU MONDE

cessaire, ou pour la nourriture, ou pour le vêtement , ou pour la demeure. A cet éclat et à ces honneurs dont le monde est si jaloux, et dont il cherche à repaître si agréahlement son orgueil , ils ont préféré l'obscurité de la retraite , si opposée à Tambition naturelle , et se sont condamnés à vivre inconnus et dans Toubli. A toutes les délicatesses et toutes les commodités du monde, ils ont préféré la pénitence du doltre et les plus dures pratiques de la mortification religieuse, aussi ennemis d*euxmémes et de leur chair, qu*on en est communément esclave et idolâtre. Qui leur a inspiré ce renoncement, ce détachement, et qui les a soutenus dans un genre de vie si contraire au penchant de la nature et à Fesprit du monde? c'est la foi dont ils étaient remplis et dont ils suivaient les divines impressions. En vain le monde étalait-il devant eux ses pompes les plus brillantes, et en vain pour les attirer leur faisait-il voir une carrière semée de fleurs : la foi dissipait tous ces prestiges, et rien ne les touchait que le grand sentiment de l'apôtre : Peur moi, Dieu me garde de me giorifier jamais en oMcune autre chose que dans la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ y par qui le monde m'est crucifié et je suis crucifié au monde. (Calai., 6. ) III. Outre ses erreurs et ses douceurs , le monde a encore ses rigueurs. Ce sont ces persécutions qu' il suscite à la vertu, et où elle a besoin d'une force supérieure. Car Tapôtre a bien eu raison de dire que ceux qui veulent vivre saintement selon Jésus- Christ doivent s'attendre à de rudes combats. On a des railleries à essayer, et mille respects humains à surmonter. On Mroidit un ami et on l'indispose , en refiisant d'entrer dans ses intrigues, et de s'engager dans ses entreprises criminelles. On devient un objet de contradiction pour toute une famille, pour toute une société, pour tout un pays , parce qu'on veut y établir la règle, y maintenir l'ordre, y rendre la justice : ainsi de tant d'autres sujets. Voilà ce qui fait un des plus grands dangers du monde, et ce qui cause dans la vie humaine tant de désordres. Car il est diflicile de tenir ferme en de pareilles rencontres, et nous voyons aussi qu'on y succombe tous les jours et presque malgré soi. Un homme gémit de l'esclavage où il est, et un fonds d'équité, de droiture, de conscience, qu'il a dans l'âme, lui fait désirer cent fois de secouer le joug et de s'affranchir d'une telle tyrannie; mais le courage lui manque, et quand il en faut venir à l'exéeution , toutes ses résolutions l'abandonnent. Or qui peut le déterminer, l'affermir, le mettre à toute épreuve? c'est la religion. Avec les armes de la foi , il parc à tous les coups; il résiste à toutes les attaques, il est invincible. Il n'y a ni amitié qu'il ne rompe, ni société dont il ne s'éloigne, ni menaces ça7J ne m^ise, ni espérances , ni intérêts , ni

avantages qu'il ne sacrifie à Dieu et à ton devoir. Telles sont , dis-je, les dispositions d'on homme animé de l'esprit du christianisme et soutenu de k foi qu'il professe. C'est ainsi qu'il pense, et c'est ainsi qu'U agit. La raison est, qu'étant duréciea, il ne reconnaît point, à proprement parler, d'autre maître que Dieu , ou que, reconnaissant d'antres puissances, il ne les r^arde que comme des puissances subordonnées au Tou^Puîssant , lequel doit être mis au-dessus de tout sans exception. Ce sentiment sans doute est généreux; mais il ne fut pas se persuader que ce soit un pur sentioMot, ni une spéisulation sans conséquence et sans effet. Il n'y a rien là à quoi la pratique n'ait répondu, et dont elle n'ait confirmé mille fois la vérité. Combien de discours et de jugements , combien de mépris et d'outrages ont essuyés tant de vrais serri- ' teurs et de vraies servantes de Dieu , plutôt que de se départir de la vie r^;ulière qu'ils avaient embrassée, et des saintes observances qu'ils i^ étaient prescrites ? Combien d'efforts, de reproches, d'oppositions, ont surmonté de tendres enfonls, et avec quelle constance ont-ils résisté à des pères et à des mères qui leur tendaient les bras pour les retenir dans le monde, et les détourner de l'état religieux? A combien de disgrâces, de haines , d'anmosités, de revers, se sont exposés, ou dosages vierges qu'on n'a pu gagner par les plus pressantes sollicitations, ou des juges intègres qu'on n'a pn résoudre par les plus fortes instances à vendre le bon droit; ou de vertueux officiers, des subalternes, des domestiques que nulle autorité n*a pu corrompre, ni retirer des voies d'une exacte probité? Quels tourmenu ont endurés des millions de martyrs? Rien ne les a étonnés : ni les arréu des magistrats , ni la fureur des tyrans , ni la n^ des bi»urreaux, ni l'obscurité des prisons , ni les rones, ni les chevaleu, ni le fer, ni le £bu. Que l'antiquité nous vante ses héros , jamais ces héros que le planisme a tant exaltés, et dont il a consacré la mémoire, firent-ils voir une telle force? Or, d'où venait-elle ? d'où venait , dis^'e, àces glorieux soldats de Jésus-Christ, cette fermeté inébranlable, si œ n'est de la religion, qu'ils portaient vivement empreinte dans le cœur? Elle les accompagnait partout; partout die leur servait de bouclier et de sauvegarde : miracle dont les ennemis mêmes de hi foi chrétienne et ses persécuteurs étaient frappés. Mais nous, de tout ceci , que devons-nous conclure à notre confusion? la conséquence, hélas! n'est que trop évidente, et que trop aisée à tirer. C'est qu'étant si préoccupés des erreiurs du monde, si épris des douceurs du monds, si timides et si faibles contre les respecu et les considérations du monde, il faut, ou que nous ayons bien peu de foi, ou que notre foi même soit tout à fait morte ?

riNCEEDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME.

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le moyen d^allier ensemble dans un même eu eboses aussi peu compatibles entre elles, mit une foi vive qui nous détrompe de touerreurs du monde; et cependant ces mêmes iftellementimpriméesdans nosesprits, qu*eijeoneot la règle de tons nos jugemenU et de lotre conduite? Comment avec une foi qui, I morale, ne tend qu'au crucifiement de la t à Fabulation de soi-même, accorder une te perpétuelle des douceurs du monde, de sses joies, et de ses voluptés même les plus elles ? Enfin , par quel assemblage une foi qui pprend à tenir ferme pour la cause de Dieu tous les raisonnements du monde, contre 8 mépris et tous ses efforts , peut-elle convee une crainte pusillanime qui cède a la moin- !ole, et qui asservit la conscience à de vains et à des intérêts tout profanes? Sont-ce Ht loires que la foi a remportées avec tant d*é- Mtt les premiers siècles de FÊglise? a-^elle i dans la suite des temps ; et si elle est ton- I même, pourquoi n'opère-trclle pas les mêirades? Car au lieu que la foi était alors vicie du monde, il n*est maintenant que trop ire au monde de remporter sur la foi , d*imnlenee à la foi , de triompher de la foi. Nous oavons imaginer d*autre cause , sinon que la it affaiblie à mesure que l'iniquité s*est fortit parce que Tiniquité jamais ne fut plus abonqu'elle Test, ni plus dominante, de là vient lœ la foi jamais ne fut plus languissante , ni agissante. Encore, combien y en a-t-il chez e est absolument éteinte! et doit-on s'étonprès cela, que cette foi qui produisait autre- 1 si beaux fruits de sainteté soit si stérile BOUS? Prions le Seigneur quil la ranime, I ressuscite , et qu'il lui fasse reprendre dans a première vertu. Travaillons nous-mêmes h sîUer par de fréquentes et de solides réflexions, ndons-nous de toutes nos faiblesses , et re- MBS-nous amèrement devant Dieu Tascendant insavons laissé prendre sur nous au monde, l'avec une étincelle de foi nous pouvions rék ses plus violents assauts , et repousser tous lits. Le Fils de Dieu rendant raison à ses les pourquoi ils n'avaient pu chasser un déni guérir un enfant qui en était possédé, leur : Cett à cause de votre incrédulité (Matth., pnis, usant d'une comparaison assez singu- Si votre foi f ajoutait le même Sauveur, ëgia* fulementuti grain de sénevé ^ quelque petite ifiU^ elle vous suffirait pour transporter les ignes if un lieu à un autre , et tout vous deraitpouible. Que serait-ce doncsi nousavions N parfaite, et de quoi ne viendrai^on pas à

lOUaDàLOUE. " T. Ui.

L'UfCBBDULB CONYAINCU PAS LDI-mAmB.

L'impie ne peut se résoudre à croire les vérités de 4'Évangile, tant elles lui semblent choquer le bon sens et la raison. Il les rejette avec le dernier mépris, et ne craint point de les traiter d'inventions humaines et de pures imaginations : car son impiété va jusque-là ; et s'il garde au dehors certaines mesures, et que dans les compagnies il n'ose pas s'expliquer si ouvertement ni en des termes si forte , il sait bien dans les entretiens particuliers se dédommager de son silence, et l'on n'est pas assez peu instruit pour ignorer quels sont ses discours devant d'autres libertins comme lui , dont la présence l'excite, bien loin de l'arrêter. A Tentendre, toute la religion n'est qu'une chimère, et tout ce qu'elle nous révèle ne sont que des visions. Il y trouve, à ce qu'il prétend, des difficultés invincibles, des contradictions évidentes, des impossibilités absolues. En un mot, diMI d'un ton décisif, tous ces mystères sont incroyables. Il le dit , mais en le disant il ne remarque pas, cet esprit rare, que par là il fournit des armes contre lui-même, et que de là il doit tirer pour sa conviction propre un argument personnel et des plus sensibles. Plus nos mystères lui semblent hors de toute croyance, plus il doit concevoir quel étonnant prodige c'a été dans le monde, que des mystères, selon lui si incroyables, aient été crus néanmoins si universeUement et qu'ils le soient encore.

Ceci ne suffit pas; mais , pour mieux convaincre rimpie par ses sentimente mêmes, et pour vous faire mieux sentir l'avantage qu'il me donne et l'embarras où il s'engage lorsqu'il parle si indignement des plus sainte mystères de notre foi, comme s'ilsétaient opposées à toute la lumière naturelle , je veux tàl sonner quelque temps avec lui, et entrer dans le déteil de certeines circonstenees qui serviront à fortifier la preuve qu'il me présente pour le combattre. Car, encore une fois, je ne veux le combattre que par lui-même; et peut-être apprendra-t-ii à devenir plus réservé dans ses paroles, et à en craindre, plus qu'il ne fait, les conséquences.

Je lui permete donc d'abord de former sur les mystères de la religion toutes les difficultés qu'il lui plaira, de les grossir et de les exagérer. J'irai même , s'il est besoin , jusqu'à tolérer ses mauvaises plaisanteries, je les laisserai passer, et là-dessus ja n'entreprendrai point de lui fermer la bouche; je consens qu'avec ses grandes exclamations, ou avee ses airs moqueurs, il me redise ce qu'il a dit cent fois : Eh ! qu'est-ce qu'un seul Dieu en trois personnes, et que ces trois personnes dans on seul Dieu? Eh ! qui peut s'imaginer on Diea tout esprit de sa nature et comme Dieu, mais revétn de notit diair et homme comme noua? Qjooil te IMm^^^mw^i^

UINCRËDULE CONYAINGD PAR LUMIÉBfE

(lit être d'uoe puissoDce, d'une grandeur, d^une majesté inûnie, je me figurerai qu'il est descendu sur la terre, qu'il y a pris une nature semblable à la nôtre , qu'il est né dans une étable, qu'il a vécu dans la misère et dans la souffrance, enfin qu'il est mort dans l'opprobre et dans l'ignominie de la croix? Tout cela est-il digne de lui? tout cela est-il croyable? Tel est le langage de l'impie, et je ne rapporterai point tout ce que lui suggère son libertinage sur la morale chrétienne, sur la Providence divine, sur l'immortalité de l'âme, sur la résurrection future, sur le jugement général, sur les peines éternelles de l'enfer. Car il n'épargne rien, et il ne veut convenir de rien. Le moyen , à son avis, de se mettre ces fantômes dans l'esprit? et peuvent-ils entrer dans la pensée d'un homme raisonnable ?

Il me serait aisé, en lui accordant que les mystères de la religion sont au-dessus de la raison , de lui répondre en même temps et de lui flaire voir que, bien loin d'être contre la raison , ils y sont au contraire très-conformes. Je dis très-conformes à une raison saine, à une raison épurée de la corruption du vice, aune raison dégagée de l'empire des sens et des passions, à une droite raison. Mais ce n'est point là présentement le sujet dont il s'agit entre lui et moi. Je me suis seulement proposé de lui montrer comment , en attaquant la vérité de nos mystères, et nous les représentant comme des mystères si rebutants et si difficiles à croire, il en affermit par là même la foi ; et que l'idée qu*i] s'en fait pour les mépriser et pour en railler, c'est justement ce qui le doit disposer à y reconnaître quelque chose de surnaturel et de divin.

Voici donc ma réponse , età quoi je m'en tiens. Je prends ce beau passage de saint Paul dans la première épttre à Timothée : Ceséitn grand mystère de piété qui a été manifesté dans la chair, autorisé par V esprit, vu des anges, prêché aux gentils, cru dans le monde j et élevé à la gloire. ( 1. Tim., 8. ) Ce grand mystère, c'est le mystère de Jésus-Christ Dieu et homme tout ensemble, et l'auteur de la loi nouvelle. Que ce mystère ait été réellement et véritablement tnani/esté dans la chair; qu'il ait été autorisé par tesprii céleste, qui est l'esprit de Dieu; que les anges l'aient vu, et qu'enfin il ait été élevé à la gloire, voilà sur quoi l'impie se récriera contre moi , et s'inscrira en faux. Mais que ce même mystère , que ce grand mystère , et que tous lea mystères particuliers qui y ont rapport, et qui font le corps de la religion, aient été prêches aux gentils, et surtout qu'en vertu de cette prédication, ils aient été crus dans le monde , je ne pense pas que ni hii , ni tout autre libertin comme lui , soit assez aveugle et assez dépourvu de connaissance pour former sur cela le moindre doute. Ainsi jivMace, et pour mettre ma preuve dans tout son

jour et toute sa force, je lui fais faire avec nooi les observations suivantes , dont Je le défie de me contester en aucune sorte la certitude et l'évideim.

1. Que ces mystères qu'il prétend incroyablee oat été crus néanmoins dans le monde. On les y a piéehés eu y prêchant la loi chrétienne. On les a expliqués aux peuples, et on les en a instruits. Las peuples dociles et soumis ont reçu ces instmotmi, ont embrassé cette doctrine. La même foi les awib entre eux dans une même Église, et telle a été Porigine et la naissance du christianisme.

a. Que ces mystères qu'il prétend hieroyabics n'ont point seulement été cms dans un coin de la terre obscur et inconnu, ni par un petit nombre d'hommes ramassés au hasard , et plus cr^dolesqie les autres , mais qu'ils ont été crus dans tontes les parties du monde. Les prédicateurs qui fbnnt chargés d'annoncer l'Évangile le portèrent, sslan l'ordre exprès de leur Mattro, à toutes les natiooi. Dans l'orient, l'occident, le midi, le septeotrito, on entendit partout la parole du Seigneur, doat ils étaient les interprètes. Des troupes de prosélytn vinrent en foule pour être agrégés dans l'éeole de Jésus-Christ. Les disciples se multiplièrent, se répandirent de tous côtés; les villes, les provînen, les royaumes en furent remplis, et c'est ainsi qi'en très-peu de temps s'élevèrent de nombreoies et florissantes chrétientés.

8. Que ces mystères qu'il prétend incroyables n'ont point non plus été crus seulement par le simple peuple, par des sauvages et des barbares, par des esprits grossiers et ignorants, mais par les pkts grands génies, par les espriu du premier ordre, par des hommes d'une profonde érudition et d\ue prudence consommée : il n'y a done qu'à lire les ouvrages que les Pères nous ont laissés conne de sensibles monuments de la religion. A coosldérer précisément ces saints docteurs en qualité de savanU, en qualité d'écrivains et d'auteurs, il ftut n'avoir ni goût, ni discernement pour nepoimad* mirer l'étendue de leur doctrine , la pénétration de leurs vues, la sublimité de leurs pensées, la forte de leurs raisonnements , la sagesse et la sainteté de leur morale, la beauté et l'énergie de leurs ex* pressions, leurs tours noême éloquents et pathétiques, ou ingénieux et spirituels. Certaineatient ce n'étaient pas là de petits esprits , des esprits superstitieux, capables de donner sans examen dans l'illusion , ni à qui il fût aisé de faire aocroîre tout ce qu'on voulait.

4. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus , non point sur des préjugés de la naissance et de l'éducation, mais plutôt contre tous les préjugés de l'éducation et de la naissance. Pendant une longue suite d'années , qu'é^it-ce que le grand nombre des chrétiens? des gentils nés dans le pa-

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