‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 178 sur 408 · PENSÉES DIVERSES SUR LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR LA PÉNITENCE

Dieu. Je prétends que c*est là , de toutes les contradictious, la plus insensée et la plus monstrueuse. Pour mieux comprendre l'extrême folie et Taf freux dérèglement de raison où tombe ce pécheur, il n y a qu'à considérer la nature de la pénitence. Car qu'est-ce que la pénitence? c'est un repentir, mais un vrai repentir; c'est une douleur, mais une vraie douleur des offenses commises contre Dieu. Il faut que cette douleur mette le pénitent dans une telle disposition , qu'au prix de toutes choses il voudrait n'avoir jamais déplu à Dieu, ni jamais offensé Dieu.

Or, cela posé, voyons donc à quoi se réduit le raisonnement d'un pécheur qui se dit à lui-même : Je n'ai qu'à vivre de la manière que j'ai vécu jusqu'à présent , je n'ai qu'à demeurer dans mes habitudes, j'en ferai quelque jour pénitence. C'est comme s'il disait : Je n'ai qu'à vivre de la manière dont j'ai vécu jusqu'à présent : et pourquoi ? parce que je compte de me repentir quelque jour, et de me repentir véritablement d'avoir ainsi vécu. C'est comme s'il disait : Je n'ai qu'à demeurer dans mes habitudes : et pourquoi ? parce que je compte d'être touché quelque jour d'une véritable douleur de m'y être engagé, ou de ne les avoir pas quittées de bonne heure. C'est comme s'il disait : Rien ne me presse de retourner à Dieu : et pourquoi? parce que je compte de ressentir quelque jour une telle peine de m'étre séparé de lui , et de n'être pas retourné à lui dès à présent , que , dans la force de mon regret , je serais prêt de sacriOer tout pour n'avoir jamais eu le malheur de le perdre et d'être un moment hors de sa grâce. Est-ce là raisonner, ou n'est-ce pas se jouer de Dieu et de soi-même? Sans la passion qui l'aveugle , et sans la forte impression que fait sur lui l'objet présent qui Fentraîne, le pécheur raisonnerait tout autrement, et du même principe il tirerait des conséquences toutes contraires. Car la -maxime générale et universellement suivie de tout homme sage, c'est de ne rien faire dont on prévoie devoir un jour se repentir. De sorte qu'un des motifs les plus puissants que nous apportions à un ami pour le détourner dune chose qu'il entreprend , et sur quoi il nous consulte, est de lui dire : Vous en serez fâché dans la suite ; vous en aurez du chagrin; %'ous vous en repentirez. S'il voit en effet qu'il y ait là-dessus un juste sujet de crainte, et sll se laisse persuader que ce qu'on lui prédit arrivera , bien loin de poursuivre Fentreprise , il nT)ésite pas à l'abandonner. Ainsi l'apôtre écrivant aux Romains, leur disait en ce même sens : QMêl avantage y mes frères, €u:eZ'Vou* trouvé dans d^s choses dont tcus rougissez maintenant "Bom.y C, ; et si vous avez connu que vous en deviez rougir, fallait-il vous y porter et vous y obstiner?

Un faux pénitent ehercbe à se ménzs^er lahWnne dans sa pénitence: mais en se ménageant pour llieure

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présente, c'est justement par là quil s*o.\po$e à de cruelles peines dans la suite, et à de fâcheux re* tours. Car, pour peu qu'il soit instruit des devoirs de la pénitence, et qu'il ait do religion, il est difD* cile qu'il ne lui vienne pas dans la suite bien des ro< mords et des reproches intérieurs dont sa conscience est étrangement et continuellement troublée.

Cependant, me direz-vous, combien dans le monde voyons-nous de gens tranquilles sur leurs pénitences passées, quelque lâches et quelque imparfaites qu'elles aient été? J'avoue qu'on no voit que trop de ces demi-pénitents, sans trouble et sans scrupule : mais ce que je regarde comme le souverain malheur pour eux, c'est cette paix même où ils vivent. La paix dans le péché est un grand mal ; mais un mal encore infiniment plus à craindre, c'est la paix dans la fausse pénitence. Car du moins la paix dans le péché ne nous ôte pas la connaissance du péché. Un pécheur, tout endurci qu'il est , ne peut ignorer après tout qu'il a perdu la grâce de Dieu , qu'il est hors des voies de Dieu et dans la haine de Dieu ; qu'à chaque moment qu'il passe dans cet état, il peut mourir et être réprouvé de Dieu. Or cette seule connaissance est toujours une ressource pour lui, quoique éloignée , et peut servir à le réveiller de son assoupissement : au lieu que la paix dans la fausse pénitence, par la plus dangereuse de toutes les illusions , nous cache le péché, nous persuade que le péché est détruit lorsqu'il vit en nous plus que jamais, lorsqu'il y agit , et qu'il y domine avec plus d'empire, lorsqu'il nous entraîne, sans que nous l'apercevions , dans l'affreuxablme d'une étemelledamnation. Car quelle espérance y a-t-il alors de ramener une âme égarée? Si c'est la vue de %eik offenses et le souvenir des désordres de sa vie qui se retrace quelquefois dans l'esprit de ce |)réti*ndu pénitent. Il se dira à luimême : J'ai péché, j'en conviens et je m'en confonds devant Dieu , mais enfin la pénitence effaea tout ; j'ai demandé pardon à Dieu , je me suis eonfessé, on m'a ordonné des prières, des anm^hief « et je m'en suis acquitté : que faut-il davantage? m Ton vient à lui représenter les jugements de Dieu et leur extrême rigueur, il répondra qu'il a pris set mesures, qu'il a eu recours aux prêtres et quil en a reçu l'abs^ilution; que Dieu ne juge pas deux fois, et par conséquent qu'il ne nous jugera point après que nous nous serons jugés mni»-mêmes. De eett« s^^rte sa pénitence n*a d*aotre eflfet que de le eenffr' mer dans une impénitenee rèéHie et "véritable. CNr pouvons-nous rien coneevoir de phfs fonefCe m cette rie et de plus terrible que de trouver la moft où Ton devait trouver le salut, et de se diMKr fir la pénitence même?

Do pIfB grand nul

grand bien ; et ce qui nous damne peut servir h nous sauver. Cette habitude vicieuse, voilà ce qui fait le dérèglement de votre vie, et ce qui vous mène plus directement à la perdition ; cette même habitude sacrifiée à Dieu , voilà ce qui peut faire votre prédestination , et vous élever au plus haut point de la gloire. Mais c*est une habitude honteuse. Il n'importe : toute honteuse qu'elle est, le sacrifice en est digne de Dieu et digne de vous.

Rien ne nous donne une idée plus juste de la conduite que doit tenir un pécheur, et des précautions qu'il doit prendre après sa conversion pour se préserver des rechutes, que le régime de vie qu*observe un malade dans l'état de la convalescence. Car, qu'est-ce, à proprement parler, qu'un pécheur pénitent? c'est un malade qui sort d'une maladie trèsdangereuse, et qui revient des portes de la mort, ou, pour mieux dire, des portes de l'enfer. Quoique sauvé du coup mortel dont il avait été attemt, il est encore dans une extrême faiblesse, et il se ressentira longtemps des mauvaises impressions de ses habitudes criminelles. Elles ont altéré toutes les puissances de son âme , et il ne peut faire un pas sans être en danger de tomber. Or que fait un malade qui pense à se rétablir et qui veut reprendre ses forces? Nous voyons avec quelle exactitude il obéit à toutes les ordonnances du médecin qui le gouverne; avec quelle attention il prend garde aux temps, aux heures, aux manières, à tout ce qui lui est marqué; avec quelle constance et quelle résolution il surmonte ses inclinations ou ses répugnances naturelles, il règle ses appétits, il mortifie 80 1 goût , il s'abstient de ce qui lui plairait le plus, il se prive de tout ce qui lui peut être nuisible : c'était un homme de bonne chère, et il devient sobre et tempérant; c'était un homme du monde, répandu dans le monde, et il devient retiré et solitaire; c'était un homme de plaisir, et il renonce à tous ses excès et à toutes ses débauches. Qu'on vienne lui parler là-dessus, le railler, le traiter d'esprit faible, le tenter tout de nouveau : il n'y a ni discours, ni respect humain qui le touchent. Il y va de la vie, dit-il; et, par cette seule réponse, il croit avoir pleinement justifié ses soins et toute la circonspection dont il use. Appliquons cela à un pécheur converti : car il n'y a pas un trait qui ne lui convienne. Voilà son modèle, et la comparaison doit être entière ; mais la pratique est bien différente, et c'est notre confusion. Le convalescent sacrifie tout à l'intérêt de sa santé : et combien de prétendus pénitents ne veulent rien sacrifier à l'intérêt de leur salut!

A consulter l'Évangile, et à s'en tenir précisément au texte et à la lettre, on dirait que Dieu réserve ses

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