PENSÉES DIVERSES SDR LA PÉNITENCE
plus grandes faveurs aux pécheurs pénitents, et qu'il leur donne l'avantage sur les justes qui néanmoins, fidèles à toutes ses ordonnances , ont toujours vécu dans la règle et dans le devoir. Parmi les Anges de Dieu, selon l'exprès témoignage du Sauveur des hommes , on se réjouit plus de la pénitence d'unpé^ cheur, que de la persévérance de quatre vingt-dixneuf justes. (Luc, 15.) En quelque sens que les interprètes expliquent ces paroles, elles nous représentent une vérité très-certaine, savoir, que Dieu , dans tous les temps , a favorisé les pécheurs , même les plus scandaleux , des grâces les plus singulières, quand ils se sont retirés de leur voies criminelles , et qu'ils ont embrassé son service.
Conduite de Dieu que nous devons adorer : conduite fondée sur plus d'une raison, et en voici quelques-unes : 1 . parce que Dieu se plaît à faire éclater les richesses de sa grâce : or il ne les fait jamais paraître avec plus d'éclat que dans ces sortes de pécheurs qui s'en sont rendus plus indignes ; 2. parce que les grâces de Dieu , surtout certaines grâces particulières, sont beaucoup plus à couvert des atteintes de l'orgueil dans les mains de ces pécheurs que dans les mains des justes. Que veiix-je dire' Un juste enrichi des dons célestes , et surtout de certains dons, peut plus aisément les attribuer en quelque manière à ses mérites, et, comme l'Ange superbe , se laisser éblouir de sa splendeur et de sa gloire; mais à quelque rang et à quelque degré qu'un pécheur soit élevé, il a , dans la vue de ses égarements passés, un contre poids qui le rabaisse, et qui lui sert de préservatif contre toutes les attaques d'une vaine estime de lui-même; 3. parce que Dieu veut s*attacher ces pécheurs, et leur adoucir, par les grâces qu'il leur communique , la pesanteur de son joug, auquel ils ne sont point accoutumés, et sous lequel il serait à craindre que leur faiblesse ne vint à succomber ; 4. parce que Dieu prétend enfin récompenser ces pécheurs du courage qu'ils ont eu à rompre les liens où ils étaient engagés, et des efforts qu'il leur en a coûté : car Dieu sait bien payer les sacrifices qu'on lui fait. Tout ceci, au reste, ne va point à déprimer les justes, ni à leur rien 6ter de la louange qui leur est due; à Dieu ne plaise : mais il est bon d'exciter par là les pécheurs et d'animer leur confiance. Le péché commence par le plaisir, mais la peine le suit de près; la pénitence, au contraire, commence parles larmes; mais elle est bientôt suivie des délices de l'âme les plus vives et les plus sensibles.
Il faut qu'un pécheur converti loue Dieu, et qu'il ait du zèle pour la gloire de Dieu, mais un zèlemo- . deste et humble; c'est-à-dire qu'il ne faut pas, dès le lendemain de sa conversion, qu'il s'érige en réformateur, qu'il devienne le censeur de tout le genre