PENSÉES DIVERSES SUR LA PRIÈRE
vont mnifiii ^pie Dieu n'ait pas exaucé nos prières , •Iqoa nous nous en fidsons une matière de scandale. 0 «Bt Trai : Jésus-Christ nous &it entendre que tout ee que nous demanderons en son nom , son Père BOUS raccordera : mais cette promesse, toute générale et tout absolue qu'elle paratt , est néanmoins conditionnelle ; c'est-à-dire qu'elle suppose que nous demanderons ee qu'il convient de demander , et que nous le demanderons comme il convient de le demander. Je dis cequ'il convient de demander, soit par rapport à la gloire de Dieu , soit par rapport aux Tues de la providence de Dieu , soit par rapport à DOOS-n)émes et à notre propre salut. J'ajoute , comme il convient de le demander : tellement que notre prière -soit accompagnée de toutes les dispositions intérieures et extérieures de l'esprit et du cœur, d'où dépend son efficace et sa vertu. Qu'une de ces iitax conditions vienne à manquer, la parole du Fils de Dieu n'est plus engagée pour nous; elle ne nous regarde plus.
De là il nous est aisé de voir combien nos murmures sont téméraires , toutes les fois que nous nous élevons contreDieu, parce qu'il semble n'avoir pas agréé nos demandes , et qu'il n'y a pas répondu selon que nous le souhaitons. Car, atiu que nos plaintes sur cela aient quelque apparence de raison , et que nous pmssions les croire en quelque sorte bien fondées, il faut que nous soyons persuadés de deux dioses : 1. que nous avons demandé ce qu'il convenait de demander; et par conséquent, que dans notre prière et dans la demande que nous avons fidte, nous avons parfaitement connu ce qui était eonvenable à l'honneur de Dieu, convenable aux desseins de sa sagesse , convenable à notre souverain intérêt et à notre prédestination étemelle ; que nous ne nous sommes point trompés là-dessus, mais que nous en avons su pénétrer tout le mystère et découvrir tout le secret; 2. que nous avons demandé comme il convenait de demander, en sorte que nous y avons apporté toute la préparation absolument requise; c'est-à-dire que nous avons prié avec des sentimental assez humbles , avec une réflexion assez attentive , avec une foi assez ferme , avec une ardeur assez affectueuse, avec un respect assez religieux, avec une persévérance assez constante pour rendre notre prière digne de Dieu et propre à le fléchir i voilà, dis-je , de quoi nous devons être convaincus, si nous prétendons être en droit de murmurer et d*en appeler à la parole de Jésus-Christ. Or compter surtout cela, n'est-ce pas une présomption insoutenable ? n'est-ce pas un orgueil seul capable d'ar^ réter les grâces de Dieu ?
Prions, et prions sans cesse, ainsi que l'ordonne i*apdtre : mais si notre prière demeure sans effet, gudoni-noiis de nous eji prendre à Dieu , et de nous
élever pour cela contre Dieu. Disons qu1l a des vues supérieures aux nôtres, et qu'il sait ce qu'il nous fsut beaucoup mieux que nous ne le pouvons savoir; disons qu'apparemment nous nous sommes trompés , en regardant comme un avantage la grâce que nous lui demandions ; et que s'H nous la refuse , c'est qu'il en pense tout autrement que nous , et que, suivant les sages dispositions de sa providence, il ne voit pas que ce soit un bien pour nous ; disons que c'est à nous de demander, mais à Dieu de rectifier nos demandes en y répondant, non pas toujours selon nos désirs , qui communément sont trèsaveugles, mais de la manière et dans le temps qu'il juge plus convenable; disons encore que si notre prière n'a pas été absolument défectueuse quant au fond , ii est bien à craindre qu'elle ne l'ait été quant aux conditions; en un nfiot, disons et confessons de bonne foi que , quoi que nous fassions ; nous sommes toujours indignes des faveurs divines. Nous ne pouvons mieux mériter l'accomplissement de nos vœux, qu'en reconnaissant que nous ne méritons rien.
Comme dans la vie humaine , et dans le commerce que nous avons entre nous, il y a des gens féconds en paroles, et qui nous font les plus longs discours sans rien dire , il y en a de même , par une espèce de comparaison, dans la vie chrétienne et dans le commerce que nous avons avec Dieu par la prière. Ils récitent de longs offices, ils y passent des heures entières , mais sans recueillement et sans dévotion. Qu'est-ce que cela? c'est parler beaucoup à Dieu, et ne le point prier.
Il y a une prière de l'esprit , du cœur, de la parole : de l'esprit par la réflexion , du cœur par l'affection, et de la parole par la prononciation. Mais outre ces trois sortes de prières, je puis encore ajouter qu'il y a une prière des œuvres par la pratique et l'action; et voici comment je ISentends, Saint Augustin disait : Celuirlà sait bien vivre, qui sait bien prier ; et je dis, en renversant la proposition : Celui-là sait bien prier, qui sait bien vivre. La pensée de ce saint docteur est que dans la prière et par la prière nous nous instruisons de tous les devoirs d'une vie chrétienne, nous nous y affectionnons et nous obtenons les grâces nécessaires pour les accomplir : et je veux dire, par un retour très-véritable, que d'accomplir fidèlement tous ses devoirs, que de s*occuper, de travailler, d'agir dans son état selon la volonté et le gré de Dieu , c'est prier : pourquoi ? parce que c'est tout à la fois , et honorer Dieu , et l'engager, en l'honorant de la sorte, à nous favoriser de ses dons , qui sont les fruits de la prière. Observation importante et bien consolante pour une infinité de personnes qui se plaignent de leur oondition , parce