PENSÉES DIVERSES SUR LA PRIËRE
plus dans le sentiment que dans le nisoimemeot On a donné bien des règles de l'oraison , on en a tracé bien des méthodes ; les livres en sont remplis, et on en a composé des volumes entiers. Cestàee sujet que les maîtres de la vie spirituelle se sont 8u^ tout attachés , et là-dessus ils ont déployé toute leur doctrine. Rien de plus solide que leurs enseignements , rien de plus sage ni de plus saint. Étudionsles , respectons-les , suivons-les ; mais du reste , sans rien rabattre de l'estime que nous leur devons, je ne feins point de dire que la grande méthode d'oraison, la méthode la plus efficace et la plus prompte, c'est d'aimer Dieu : non pas que j'entende ici un amour de Dieu, tel que l'ont conçu de nos jours de faux mystiques, justement condamnés et frappés des foudres de l'Église. Leurs principes font horreur, et les conséquences en sont affreuses ; mais j'entends un amour véritable, un amour chrétien ^ c'es^à•dire un amour ennemi de tout vice, un aflDOur agissant et fervent dans la pratique de toutes les vertus, un amour toujours aspirant à la possession de Dieu, et se nourrissant des espérances éternelles.
Avec cet amour on est tout à coup homme d'oraison. Car faire oraison , c'est s'occuper de Dieu, c'est converser avec Dieu, c'est s*unir à Dieu dans le fond de l'âme : or tout cela suit de l'amour de Dieu. Aimons Dieu : dès que nous Taimerons , nous irons à la prière avec joie, nous y resterons sans dégoût et même avec consolation; quelque tempe que nous y ayons employé, nous en sortirons avee peine , comme ce célèbre anachorète , saint Antoine, qui le matin se plaignait que le soleil en se levant vint troubler l'entretien qu'il avait eu avec Dieu pendant le cours de la nuit. Mais encore que dironsnous à Dieu? eh! que disons-nous à un ami ? Nous faut-\l beaucoup d'étude et de grands efforts d'imagination pour soutenir une conversation avec lui« et pour lui témoigner nos sentiments ? Nous dirons à Dieu tout ce que le cœur nous dictera : le eoeor, dès qu'il est touché, ne tarit point; réflexions , afifeetions , résolutions ne lui manquent point. Rien ne le distrait de son objet, rien ne l'en détourne : d*an premier vol, et conduit par la grâce, il s'y porte, il s'y élève et demeure étroitement attaché. Ne cherchons point d'autre guide dans les voies de l'oraison , ne cherchons point d'autre maître que le cœur ; nous apprendrons tout à son école , s'il est plein de l'amour de Dieu.
Quand nous prions, ce sont des grâces que nous demandons, et non des dettes que nous exigeons. Qu'avons-nous donc à nous plaindre, lorsqu'il ne plaît pas à Dieu de nous écouter? n'est-il pas mattre de ses grâces?
Étrange témérité de Thomme, quand nous troii>