SOUDE GRANDEUR DE ^HUMILITÉ CHRÉTIENNB
068 amertumes de cœur, ce fiel dont il se ronge, ces soupçons et ces ombrages qu*il prend d*un signe, d'une œillade, d'une parole jetée au hasard et sans dessein. En vérité, qu'est-ce que cela? et pour omettre cent autres articles, je vous demande si vous comprenez rien de plus mince et de plus étroit qu'une âme de cette trempe et un esprit disposé de la sorte?
Or voilà de quoi Thumilité chrétienne est le correctif le plus efficace et le plus certain. [De toutes ces faiblesses , il n'y en a pas une dont elle ne soit exempte, et qu'on puisse lui imputer. Qu'est-ce qu'un chrétien vraiment humble? c'est un homme sage et réglé dans toutes ses vues , ou n'en ayant point d'autres que les vues de Dieu et de son adorable providence ; un homme droit dans toutes ses voies et incapable de prendre aucunes mesures hors des lois de la fidélité la plus inviolable et de la plus exacte probité; un homme désintéressé et religieux dans ses abaissements volontaires, ennemi de la flatterie et de toute sujétion mercenaire et forcée ; un homme équitable dans ses jugements, sans prévention, sans envie, reconnaissant le mérite partout où il est, et se faisant un devoir de le révérer et de l'exalter, même à son propre préjudice; un homme indépendant de tous les respects humains et des vaines opinions du monde , parce qu'il ne cherche point à plaire au monde, et qu'il le compte pour rien. De là, toujours égal dans l'humiliation comme dans l'élévation, dans le blâme et dans la louange, dans la bonne et la mauvaise réputation ; soutenant l'une et l'autre avec une tranquillité inaltérable ; ne se laissant, ni éblouir par l'éclat d'une vie agissante et comblée d'éloges, ni contrister par l'obscurité d'une vie abjecte et inconnue. De là encore, et par la même conséquence, un homme patient dans les ii^jures, les pardonnant du cœur, plutôt prêt à faire des avances et à prévenir qu'à exiger de justes satisfactions : du reste, plein de retenue, de modestie dans ses entretiens, dans toutes ses manières ; ne disant rien de soi , si ce n'est pour se déprimer et pour s'avilir ; honnête , affable , paisible; ne contestant avec personne, ne voulant jamais l'emporter sur personne : et tout cela par des motifs supérieurs et divins, malgré les révoltes de lai^ature et son extrême sensibilité. Observez bien tous ces traits, et j'ose me promettre que vous conclurez avec moi qu'un homme de ce caractère doit être incontestablement réputé pour un grand homme. Mais reprenons.
Un homme sage et réglé dans toutes ses vues : c'est-à-dire, un homme qui s'en tient précisément à ce qu'il est selon l'ordre du ciel, et n'aspire point au delà; qui ne s'abandonne point à une ardeur usensée décroître, mais se renferme dans les bornes qu'il a plu à Dieu de lui marquer; qui dit comme
David : Seigneur, mon cceur ne s'est point élevé; Je ne me suis point évanoui dans mes pensées ni dans mes désirs, et Je n'ai point porté mes re» gards aurdessus de moi. {Pscùm. 130.) Ce n'est pas qu'il soit tout à fait 'à couvert des atteintes d'une secrète ambition. L'orgueil , qui nous est si naturel , veut toujours faire de nouveaux progrès , et d'un degré passer à un autre; il y a même des temps , des conjonctures où la tentation est difiScile à vaincre. Mais l'humble chrétien sait la réprimer, sait la surmonter, et par une sainte violence se rendre maître d'une passion dont l'empire néanmoins est si étendu. Il est ce que Dieu l'a fait naître , ce que Dieu veut qu'il soit : cela suffit, et que lui faut-il davantage? Si dans le cours des années la Providence l'appelle à quelque chose de plus, il la laisse agir, et attend en paix qu'elle se déclare. Jusque-là nul empressement, nulle inquiétude : point d'autre soin que de vivre selon Dieu dans son état, et de fournir saintement sa carrière. Dans une telle modération , qu'il y a déjà de force, et pour s'y maintenir qu'il y a de combats à livrer et de victoires à remporter sur soi-même!
Un homme droit dans toutes ses voies. Cest une suite immanquable de la disposition où il est de ne marcher que dans les voies de Dieu , et de ne s'en écarter jamais. Ne voulant rien être que selon le gré de Dieu, et de lui-même ne prétendant à rien autre chose, il n'a pour son avancement propre , ni projets à conduire, ni moyens à imaginer, ni ressorts à faire jouer : d'où il s'ensuit qu'il n'a besoin ni départis, ni d'industrie, ni de surprise. Il suit toujours une même ligne , et va toujours son che* min, sans détours et sans déguisements. D'ailleurs, instruit des maximes de l'Évangile, qui est la vérité même , il n'a garde , en quelque rencontre que ce soit, d'avoir recours au mensonge que l'Évangile condamne; et, libre de tout désir de se pousser qui pourrait le séduire et le corrompre, il est bien éloigné de mettre en œuvre de criminelles pratiques dont il voit tonte l'imposture et toute la honte.
Un liomme religieux et désintéressé dans ses abaissements volontaires. Car il y a une humilité prétendue qui n'a de l'humilité que les apparences, il y a de feints abaissements qui ne consistent qu'en de fausses démonstrations et des dehors trompeurs. Souvent le mondain s'humilie, il s'abaisse : mais pourquoi ? Je l'ai dit et je le répète : c'est par une fragile espérance, c'est par une flatterie basse, c'est par un vil et sordide esclavage. La religion inspire au chrétien humble, jusque dans ses soumissions les plus profondes, bien plus de générosité et plus de dignité. Il rend honneur au prochahi, il a potir le prochain toute la déférence, tous les ménagements et tous les égards possibles ; il ne refuserait pas , s'il le fallait, de ramper sur la poussière et sous les