‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 209 sur 408 · SOUDE GRANDEUR DE LHUMILITE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SOUDE GRANDEUR DE LHUMILITE CHRÉTIENNE

jneda da procbain : mais en cela qu'est-ce qu'il enringe ? est-ce rbomme? Non certes, puisqu'il n'at» tend ni ne veut rien de Thomme : mais dansrhomme Il n*envi88ge que Dieu. Cestà Dieu qu'il obéit en obéissant à rbonune ; c'est à Dieu qu'il offre son encens, en rendant hommage à l'homme; c'est devant Dieu qu'il se prosterne en s'indinant devant l'homme : Dieu est le seul objet de son culte, comme il en doit être l'unique récompense.

Un homme équitable dans ses jugements : et ▼oid, j'ose le dire, un des plus nobles efforts de rhumilité. Parce que nous sommes ordinairement préoccopés, soit en notre faveur par notre amourpropre , soit contre le procbain par une maligne envie, on ne peut guère compter sur l'équité des juge- BMnts que nous portons, ou de nous-mêmes, ou des autres. Biais, par une règle toute contraire, parce que l'humble chrétien est dégagé de ces préventions qui nous aveuglent, il est beaucoup plus en état déjuger sainement; et comme il ne sait point dissimuler ni trahir la vérité qu'il connaît, il parle selon qu'il pense, et communément il pense bien. Si donc il s'agit de lui-même, il ne cherdie point à se faire valoir au delà de son prix; et s'il est question du prochain , il lui fait une justice entière , et , bien loin de vouloir le rabaisser ni obscurcir ses avantages, il est le premier à les publier.

Nous en avons dans l'Évangile un exemple des plus célèbres, et quiconque examinera bien la conduite de Jean-Baptiste àTégard de Jésus-Christ, y trouvera une bonne foi , et dans cette bonne foi , un caractère de grandeur qu'on ne peut assez admirer. Jean prêchait aux peuples la pénitence ; toutes les rives du Jourdain retentissaient du bruit de son nom; on s'assemblait en foule autour de lui, et il s'était fait une nombreuse école, qui le suivait et recevait ses enseignemnts comme des oracles : jamais crédit ne fut à un plus haut point. Mais , après tout, Jean-Baptiste n'était que le précurseur du Messie, et il n'avait été envoyé qu'en cette qualité. Aussi est-ce à cette qualité seule que se borne toute ridée qu'il a de lui-même , et qu'il en donne à ces députés qui, de la part de la synagogue, viennent l'interroger pour savoir qui il est. Étes-vous le ChrUif lui dermndèreni'Ws; liies'vous Élie? Êtesvousprophètef(5oky.,l . ) Que l'occasion était délicate pour un homme qui eût été moins humble! Mais à ces demandes il répond, simplement et sans hésiter, qu'il n'est ni le Christ, ni Ëlie, ni prophète. Qui éies-vous donc? répliquent ces envoyés : Je suis, leur dit^ii, la voix de celui gui crie dans le désert : Préparez le chemin au Seigneur (Id. , v. 88): voilà tout ceque je puis vous apprendre de moi. Ce n'est point encore assez ; mais la même équité qui le fiait juger si modestement de lui-même lui fait rendre à Jésus-Christ, en cette rencontre et en

toutes les autres, le plus juste et le plus glorieux témoignage. 11 annonce aux députés de Jérusalem la venue de ce Messie : // est au milieu de vous; mais vous ne le connaissez point. C'est lui qui doit venir après moi, gui est avant moi, et dont Je ne suis pas digne de délier les souliers. (Joan., 2, v. 26.) Il s'écrie en le voyant, et l'appelle le Sauveur des hommes : roUà V Agneau de Dieu, voilà celui gui efface les péchés du monde. Il fait plus : quand ses disciples, s'apercevant que l'école de leur maître commençait à déchoir , et que celle de Jésus-Christ s'établissait de jour en jour et s'accréditait , témoignent là-dessus quelque jalousie, il leur déclare que désormais ils doivent s'attacher à ce nouveau mattre, il les lui envoie : car c'est à lui de croître , conclutil, et à moi de diminuer. (Id., 3.) Qu'on me dise s'il est rien de plus grand qu'un tel procédé, et si ce n'estpas ainsi que pensent les plus solides esprits , et les ccmirs les mieux placés?

De tout cela, il est aisé de comprendre comment un chrétien humble est indépendant de tous les respects humains, et des vaines opinions du monde, dès là qu'il ne se soucie ni de l'estime du monde, ni de sa faveur, et qu'il peut dire comme l'apôtre : Pour moi , il m'importe peu gue vous méjugiez , vous , ou guelgu' autre homme que ce soit : je n^ai gu'unjugCy à proprement parler, et ce juge c'est Dieu {t. Cor., 4); comment il garde toujours la même égalité d*âme et la même paix au milieu de toutes les vicissitudes où il est exposé, puisque ni l'une ni Tautre fortune ne fait impression sur lui ; conïment il endure les plus mauvais traitements avec une patience à l'épreuve de tout; parce qu'il n'y a point d^outrages dont il ne se croie digne, et que d'ailleurs il acquiert par là plus de ressemblance avec le sacré modèle qu'il fait gloire d'imiter, et qui lui est proposé dans la personne adorable de son Sauveur; comment on ne l'entend jamais faire parade de ses bonnes œuvres, vanter ses prétendus exploits, étaler en de longs récits les affaires où il a eu part, et de quelle manière il s'y est comporté, censurer celui-ci, railler de celui-là, entrer continuellement en dispute et s'ériger en homme habile et important ; comment au contraire on le voit à toute occasion se tenir , autant qu'il peut , à l'écart , user de réserve , donner à chacun une attention favorable , approuver , excuser, tourner les choses en bien , et devenir ainsi du meilleur commerce et de la société la plus aimable. Voilà, dis-je , ce qu'on ne doit point avoir de peine à comprendre, et voilà par où la même humilitéquinous abaisse sert à nous relever. Comme donc l'Ecclésiastique a dit : Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier (Eccli., 20), je ne &îs nulle difQculté de renverser la proposition , et sans altérer en aucune sorte cette divine panria, fiijoiit» : Piu$ vous vous kumiUsrw^tttiiêê

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