VRAIE OBÉISSANCE A L'EGLISE
dilemeiit le notre. Je demanderais volontiers à des
SOS : Pourquoi ce partage que vous faites , et pourquoi, contre la défense du Saint-Esprit, avez-vous
QD poids et on poids? Ou soumettez- vous à Tau-
torité de l'Église en tout ce qui concerne la foi , ou
ne TOUS y soumettez en rien, et retirez-vous. Car
e*est la même autorité qui délinit un article aussi
bien que Tautre, et elle n'est pas plus digne, ou ,
pour mieux dire, elle est aussi digne de créance sur
rua que sur l'autre.
En efifet, dès que nous entreprendrons d'examiner
les décisions de l'Église, et que nous nous croirons
CD droit de discerner les uns des autres ; dès que
nous Youdrons , pour ainsi dire, partager notre sou-
missioii , et que selon notre sens nous recevrons celles qui nous plairont, ou nous rejetterons celles qui
ne nous plairons pas, nous détruirons l'autorité de
«souverain tribunal, et la foi que nous y avons.
Cai la foi que nous devons avoir aux oracles de
rÉglîse , cette foi ferme et inébranlable , n'est fondée que sur son infaillibilité, de même que son in- JEûllibilité est établie sur cette promesse de Jésus- Christ : f^oUà que je suis avec vous en tout temps jusqu'àlaconsommation des siècles, (iMatth., 28.) Or, du moment que nous refuserons notre créance k un seul point décidé par le jugement de l'Église, nous ne la regarderons plus comme infaillible, puisque nous prétendrons qu'en ce point particulier, Don-seulement elle a pu faillir, mais qu'elle a failli en effet. Nous adhérerons, je le veux, à tous les autres ; mais ce qui nous y déterminera , ce ne sera point précisément l'Église, ni son témoignage. Nous y souscrirons, parce qu'ils se trouveront conformes à nos raisonnements et à nos principes : de sorte que, dans notre adhésion et notre soumission, nous ne nous réglerons point tant sur ce que l'Église aura jugé, que sur ce que nous aurons jugé nousmêmes.
Car si l'autorité de l'Église était, comme elle doit rétre, la règle de notre obéissance, quoi qu'elle prononçât , nous n'aurions là-dessus ni doutes à former, ni difficultés à opposer. Il nous suffirait de savoir qu'elle a parlé : sa parole fixerait toutes nos incertitudes, et arrêterait toutes les contestations. Peut-être sur tel article ou sur tel autre, notre esprit naturellement indocile aurait-il de la peine à plier, et peut-être, préoccupé de ses opinions, serait-il porté à disputer et à se défendre ; mais bientôt nous le réduirions sous le joug et nous réprimerions ses révoltes. Nous nous dirions à nousmêaies : En cette décision, ou c'est TËglise qui se trompe, ou, malgré mes prétendues connaissances et mes préjugés, c'est moi qui suis dans l'erreur et qui m'égare. Il n'y a point de milieu. Or, de penser que, sur aucun point qui appartienne aux doginesdelareligion età la doctrinechrétienne, l'Église
47S i de Dieu, l'épouse de Jésus^hrîst , l'organe vivant et l'interprète de l'esprit de vérité, ait pu se méprendre et ait manqué de lumière, c'est de quoi, dans une sainte catholicité , je ne puis avoir le moindre soupçon. Par conséquent c'est moi qui me suis trompé jusques à cette heure, et non point l'Église, toujours éclairée d'en haut. Elle a pris soin de s'expliquer; cela suffit. Pourquoi me persuaderai-je que l'assisUnce du ciel, dans la question présente, lui ait été refusée, et que Dieu, dans cette conjoncture particulière, l'ait abandonnée? Comment irais-je jusqu'à cet excès de présomption, de m'imaginer que je suis mieux instruit qu'elle du sujet dont elle vient de connaître ; que je l'ai mieux approfondi, et que j'en ai une notion plus juste? Avant qu'elle se déclarât, et tandis que la question était entière , je pouvais raisonner à ma façon ; je pouvais réfléchir, méditer, user de recherches, alléguer mes preuves, et m'y attacher; mais maintenant il faut que l'autorité l'emporte, et si la raison ose encore tenir et ne veut pas se soumettre, il faut que ce soit une raison aveugle, prévenue, éblouie d'une fausse lueur qui la séduit, ou que ce soit une raison opiniâtre et inflexible dans son obstination. Voilà, dlsje, les leçons qu'on se ferait à soi-même; et , conformément à ces leçons , on ne prendrait plus garde si ce sont nos sentiments que l'Église a proscrits, ou si ce sont ceux d'autrui ; si c'est ceci, ou si c'est cela. On s'humilierait sous le poids d'une autorité si respectable et si vénérable. On y reconnaîtrait l'autorité de Dieu même , et l'on aurait dans son obéissance un mérite d'autant plus excellent, qu'elle nous coûterait un sacrifice plus difficile et plus contraire à l'orgueil de l'homme , qui est celui de notre propre jugement et de nos pensées.
Telle fut l'obéissance des premiers chrétiens dans une célèbre matière qu'ils agitèrent entre eux , et que saint Luc rapporte au quinzième chapitre des Actes des apôtres. Le fait est mémorable , et pldt à Dieu que, dans toute la suite des temps , on eût profité de l'exemple de soumission que donnèrent pour lors les premiers fidèles. Il s'agissait de savoir si les Gentils convertis à la foi devaient être assujettis aux cérémonies judaïques ; s'ils devaient observer la loi de Moïse , et s'ils étaient obligés à la circoncision. Les esprits ne convenaient pas : il y avait des raisons de part et d'autre, et chacun s'arrêtait à celles qui le touchaient davantage. Dans cette diversité d'opinions, on contestait, on s'animait , et la chaleur de la dispute causait du bruit parmi le troupeau. Or, pour rendre la paix à l'Église, et pour rompre le cours d'ône controverse dont les suites étaient à craindre, quel parti prirent les apôtres? Ce fut de s'assembler à Jérusalem, de discuter à fond et de concert le point en question, d'en foire un examen juridique , et d'en donner une
ACTIONS DE GRACES D'UNE AME tlDËLE.
résolution solennelle, qui réunît tout le corps des fidèles, Juifs et gentils, dans une même créance et une même pratique. Tout s*exécute ainsi qu'on se rétait proposé. Sous la garde et la direction de ce divin Esprit qui préside à tous les conseils de TÉglise , Pierre, vicaire de Jésus-Christ, au nom duquel il s'énonce, se lève dans rassemblée, parle, non point en homme simplement, mais en homme plein de Dieu , qui Tinspireetqui l'autorise ; déclare où l'on s'en doit tenir, et résout en peu de mots toute la difliculté. Mes frères, dit-il. Dieu n'a mis nuliê différence entre nous et les Gentils y et ce n'est point par la loi de Moïse qu*ilpur\fie les coeurs, mais par la foi. Maintenant donc f continue l'apôtre , pourquoi tentez-vous le Seigneur, jusqu'à charger les disciples *d un Joug que nos pères fU nous n'avons pu porter? (Jet ., 25. )
C'était l'ancienne loi et toutes ses observances. Jacques , évéque de Jérusalem , prend ensuite la parole, et se Joint au prince des apôtres, qui tous ensemble jugent et décident comme lui. Le décret est envoyé au nom d'eux tous. Alors plus de dispute, consentement unanime de toute la multitude ; et c'est ce que l'historien sacré nous faitodmirablement entendre dans une parole des plus courtes, mais en même temps des plus énergiques : Jlors toute la multitude se tut. NUI qui entreprît de répliquer; nul qui se crût en droit de renouveler une affaire finie, tant on était persuadé qu'après le Jugement de TÉglise, il n'y a plus rien h revoir, et qu'elle est également incapable d>rreur, soit qu'elle décide pour nous , ou contre nous.
Que n*en sommes-nous persuadés nous-mi^ines , et que ne portons-nous Jusque-là notre obéissance! Avec cette obéissance pleine et sans réserve, qu*on eût épargné jus(iu*à présent de combats à TÉglIse, et qu'on eût prévenu de scandales et de troubles parmi le peuple de Dieu ! Mais quel a été le désordre de tous les temps, et quel est encore celui de ces derniers siècles? C'est une chose merveilleuse de voir avec quels éloges et quel zèle on re<^oit dons les rencontres une décision qui paraît nous favoriser, et noter nos adversaires. On n*a point de termes assez forts pour en relever la sagesse , l'équité , la sainteté , et là-dessus on épuise toute son éloquence. On voudrait la foire retentir dans les quatre porties du monde , et qu'il n*y eût pas un enfant de l'Église qui n'en fût informé. Knfin , concluton , refuser de souscrire à une vérité si authentiquenient reconnue, ce serait une révolte , un attentat insoutenable. Tout cela est beau ; mais le mol est que tout cela ne se soutient pas ; et Toccosion ne le fait que trop connaître. Cor dans la suite et sur d'autres sujets , que TÉglise vienne h nous Juger nous- marnes , et h condamner nos opinions nou- Telles et erronées, c'est ossce pour la défigurer
tellement à nos yeux, qu'elle nous devient mécon^ naissable. Par quelque organe qu'elle taohe alors de se faire entendre, sa voix est trop faible, et ne peut parvenir Jusqu'à nos oreilles. Ce n'est plus, à nous en croire, cette voix si intelligible et si distincte : mais c'est une voie obscure et sombre, qu*il faut éclaircir. De là donc, cette autorité de TÉglise , qu*on portait si loin et qu'on faisait tant valoir, on la conteste, on la restreint, on lui prescrit des bornes, et des bornes très-étroites : c'està-dire qu'on prétend la régler selon son gré , et qu'au lieu de dépendre d'elle, on veut la faire dépendre de nous et de nos idées. £ti vérité, est-ce là obéir? et quelque soumis que l'on soit d'ailleurs ou qu'on le paraisse, n'est-ce pas ici qu'il faut dire avec saint Jacques : Celui qui pèche dans un point, se rend coupable sur tout le reste. ( J ac. , 3. >
ACTIONS DB GRACES d'uNB AMB FlDàtE ET IN- VIOLABLBMENT ATTACIIBB A l'ÊGLISB.
Grâces immortelles vous soient rendues. Seigneur, de m'avoir fait naître au milieu de votre Église, de m'avoir mis au nombre des enfants de votre Église, de m'avoir nourri du pain , Je veux dire de la doctrine de votre Église, de cette Église formée du sang de votre Fils adorable , son chef invisible, dont saint Pierre, et après lui ses successeurs, tiennent la place en qualité de chef visible; de cette Église catholique , apostolique , romaine , la seule vraie Église; decette Église, la colonne de la vérité, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer n'ont Jamais prévalu, ni ne prévaudront Jamais.
Voilà , mon Dieu , le choix qu'il vous a plu faire de moi , parmi tont d'autres que vous avez laissés dans les ténèbres do l'infidélité et de l'erreur; et voilà ce que Je dois regarder comme une marque de prédestination dont Je ne puis assez vous bénir ni vous témoigner assez ma reconnaissance. Combien de peuples sont nés dons l'idolâtrie , et ont reçu depuis leur naissance une éducation toute païenne! La nuit s'est répandue sur la terre; elle a enveloppé dans ses ombres les plus vastes contrées : les pères ont méconnu le vrai Dieu, et les enfants, instruits, où plutôt séduits par leurs pères, ont prodigué, comme eux, leur encens à de fausses divinités. Vous l'avez permis. Seigneur, et vous le permettez encore par un do ces Jugements où nos vues ne peuvent pénétrer, et où nous n'avons d'outre recberclie à foire que d'adorer en silence la profondeur de vos conseils,. Combien même, Jusques ou milieu du christianisme, sont nés dans l'hérésie, l'ont sucée avec le lait, y ont vécu, et ont eu lo malheur d'y mourir! Pourquoi n'ont-ili pas été éclairés de votre lumière comme rooi;ou pourquoi ne suis-Je pas tombé comme eux dans un sens réorbuvé? C'est une distinction que Je doit