‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 231 sur 408 · VRAIE OBÉISSANCE A L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

VRAIE OBÉISSANCE A L'ÉGLISE

d'abandonner par une lâche désertion cette Eglise militante où nous vivons présentement, afin qu'éternellement nous régnions avec cette Église triomphante , que forment dans le ciel les élus de Dieu et les héritiers de sa gloire.

MARQUE ESSENTIELLE ET CONDITION NÉCBSSÀIBB d'une YRÀIB OBÉISSANCE A L'BGLISE.

Il en est de l'obéissance d'un fidèle à l'égard des décisions de l'Église, a peu près comme de l'obéissance d'un religieux à Tégard des ordres qu'il reçoit de son supérieur. Qu'un religieux obéisse quand on ne lui ordonne rien que de conforme à ses inclinations, c'est une obéissance très-équivoque, parce que la nature peut y avoir autant de part que l'esprit de Dieu; mais qu'il se montre également prompt à obéir lorsqu'on lui donne des ordres tout opposés à ses désirs, et qui le gênent, qui le mortifient, c'est là ce qu'on peut sûrement appeler une obéissance religieuse, puisqu'il n'y a qu'une vraie religion qui en puisse être le principe. D'où vient que ce graiid maître delà vie monastique et régulière, saint Bernard, donnait à ses religieuxcet important avis : Mes frères, ne vous abusez pas, et gardez-vous d'une illusion bien dangereuse et bien commune dans le cloître. Souvent on n'a de l'obéissance que le dehors et que le nom , sans en avoir la vertu ni le mérite. Quiconque, ou par adresse, ou par importunité, ou en quelque manière que ce soit, fait en sorte que ce qu'il souhaite et ce qui e^t de sa volonté propre, son supérieur le lui enjoigne, se trompe alors , et se flatte en vain d'être obéissant; car, a proprement parler, ce n'est point lui qui obéit au supérieur, mais le supérieur qui lui obéit.

Or, nous devons raisonner de même au regard de l'obéissance que nous rendons à l'Église. Qu'un fidèle , ou un homme réputé tel , se soumette aux décisions de l'Église, et qu'il les accepte, quand elles sont selon ses vues et selon son sens particulier, quoique sa soumission puisse être bonne et méritoire , elle n'est pas néanmoins à l'épreuve de tout soupçon; car ce peut être quelquefois autant une simple adhérence à son propre sentiment, qu'une véritable soumission au tribunal d'où ces définitions sont émanées. Mais que je voie cet homme aussi soumis d'esprit et de cœur, quand l'Église décide contre lui , quand elle prononce des jugements qui le condamnent , qui l'humilient , c'est alors que je canonise sa foi , et que je lui applique , avec toute la proportion convenable , ce que le Fils de Dieu dit au prince des apôtres : Fous êtes heureux daos votre obéissance,;t;t^£59t/e ce n* est point la chair nile sang qui vous l'a inspirée . mais qu'elle ne peut r^ nir que d'en haut, et de la grâce du Père céksU. (Matth., 16.)

Cette remarque regarde tous les temps, et spé-

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