‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 237 sur 408 · PENSÉES DIVERSES SUR L'EGLISE · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR L'EGLISE

c'est-à-dire que pour autoriser l'ardeur qu'ils témoignent à recherclier les dignités ecclésiastiques, ils se regardent volontiers comme des sujets utiles à l'Église, comme des gens capables de rendre à l'Église des services importants, et d'y faire beaucoup de bien. Hé! que ne sont-ils de meilleure foi, et que ne connaissent-ils mieux le fond de leur âme ! Leur vue directe et primitive n'est pas tant le bien qu'ils feront dans l'Église, que le bien et les revenus dont ils jouiront.

On ne peut trop respecter la primitive Église, mais la haute idée qu'on en a ne doit pas servir à nous faire mépriser l'Église des derniers siècles. Dans la primitive Église, parmi beaucoup de sainteté, il ne laissait pas de se glisser des relâchements; et dans l'Église des derniers siècles, parmi les relâchements qui s'y sont glissés, il ne laisse pas d'y avoir encore beaucoup de sainteté.

Oserai-je faire une comparaison ? Elle est odieuse, mais elle n'en est pas moins juste. Pï'avoir pour r Église et pour ses jugements qu'une soumission de respect, ne lui rendre qu'un honneur apparent et extérieur, ne déférer à ses oracles que par le silence, lorsqu'en secret on s'élève contre elle, lorsqu'on lui résiste dans le cœur, et même par les effets, n'est-ce pas traiter cette épouse de Jésus-Christ comme Jésus-Christ lui-même, son divin époux, fut traité des soldats auxquels on l'abandonna dans sa passion? ils le couronnèrent, ils lui mirent un sceptre dans la main, ils venaient tour à tour se prosterner à ses pieds et l'adorer : voilà de grands témoignages de respect; mais en même temps ils le frappaient au visage, et lui donnaient des soufflets.

Cette grande lumière du monde chrétien, ce docteur par excellence et ce défenseur de la grâce, cet homme d'un génie si élevé et d'une si haute réputation dans tous les siècles qui l'ont suivi, saiiit Augustin, en traitant des matières de religion, ne voulait pas qu'on le crût sur son autorité particulière, ni sur sa parole, mais il renvoyait au témoignage de l'Église. Aujourd'hui des troupes de femmes, faisant profession de piété, et conduites par un directeur qui certainement n'est rien moins que saint Augustin, se laissent tellement prévenir eu sa faveur, que dès qu'il a parlé, elles ne veulent déférer à ùul autre tribunal , quel qu'il soit. Ce seul homme , souvent d'un savoir très-superficiel , voilà leur évéque, leur pape , leur Église.

On me dira qu'elles agissent de bonne foi, et que leur simplicité les excuse. Qu'il y ait en cela de la simplicité , j'en conviens : mais il faut aussi convetair qu'il y a encore plus d'opiniâtreté. Or je doute

fort qu'une simplicité accompagnée d'un tel ahenrtement et de tant d'opiniâtreté, doive être traitée de bonne foi , ou qu'une telle bonne foi puisse être devant Dieu un titre de justification.

Je m'en tiens à ce que m'enseigne mon directeur: c'est le pasteur de mon âme : voilà ma règle., Mais selon cette règle, croyez- vous être en droit de reje* ter toutes les décisions de l'Église auxquelles ce directeur n'est pas soumis? conduite pitoyable et hors de toute raison. Car quand vous vous élevez contre l'Église pour vous attacher à ce directeur, cela montre que vous ne vous y attachez que par entête* ment, et non par le vrai principe, qui est un priocipe de la religion, puisque la même religion qui vous ordonne d'écouter ce pasteur particulier, vous ordonne encore beaucoup plus expressément d'écouter le commun pasteur des fidèles et le corps des évêques qui lui sont unis de communioa.

Dieu, par le prophète Isaîe, seplaintqu'ilaformé son peuple, qu'il a pris soin de les nourrir comme ses enfants, de les élever, et qu'ils l'ont méprhé. (IsAi., 1.) Les prédicateurs appliquent quelquefois ces paroles à l'Église, et lui font dire, dans un sens moral et spirituel , qu'elle nous a formés en Jésus- Christ; que dès notre naissance, et par la grâce de notre baptême, elle nous a reçus entre ses bras et dans son sein, qu'elle nous y a fait croître et qu'elle n'a point cessé pour cela de nous fournir une nourriture toute céleste, qui sont ses divines instructionj et ses sacrements ; mais que nous ne lui témoignons que du mépris , que nous la déshonorons, que nous la scandalisons par notre conduite et par une perpétuelle transgression de ses commandements. Cette application est juste , et cette plainte solide et bien fondée. Mais laissons ce sens spirituel et moral, et prenons la chose dans le sens des termes le plus littéral, dans le sens le plus propre; l'application n'en sera pas moins raisonnable. Et en effet, combien de gens ne sont distingués que par le rang qu'ils tiennent dans l'Église, ne sont riches que des biens de l'Église, ne vivent que du patrimoine de FÉglise, et sont toutefois les plus rebelles à l'Église , et les plus déclarés contre elle? C'est bien à leur styet, et bien à la lettre, que l'Église peut dire, des uns : Je les ai nourris {Enutrivi)^ et la subsistance qui peutêtre leur eût manqué dans le monde, ils l'ont trouvée à l'autel ; des autres : Je les ai élevés {Excdtaci)^ agrandis , et sans l'éclat qui leur vient de moi , peutêtre ne seraient-ils jamais sortis de l'obscurité et des ténèbres. Cependant leur reconnaissance, à quoi se réduit-elle ? à une obstination invincible contre mes plus ^ages et mes plus saintes ordonnances {Spreverunt me).

On voit des femmes d'un zèle menreiUeiix poor i

Page 1