‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 241 sur 408 · VOCATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

VOCATION RELIGIEUSE

ceux qui craignent le Seigneur? combien plus encore y en a-t-il pour ceux qui raiment et qui le servent en esprit et en vérité ?

De là vient, par une merveille que Thomme terrestre et animal ne comprend pas et ne comprendra jamais, mais qui se découvre à Thomme reli' gieux et spirituel par Texpérience et le goût le plus sensible; de là, dis-je, il arrive, qu'au lieu que les gens du monde, avec tous leurs biens, tous leurs bonneurs, tous leurs plaisirs, sont presque toujours mal contents et se plaignent incessamment de leur tort, le religieux, dans son dénûment, dans son obscurité, sous Tobédience la plus rigide et dans les pratiques les plus mortifiantes , ne cesse point de bénir sa condition, et fournit paisiblement toute sa carrière. La paix qu'il possède est la paix de Dieu ; et Tapotre, qui Tavait lui-même éprouvé, nous assure que la paix de Dieu est au-dessus de tous les sens et que rien eo ce monde ne l'égale. Or voilà , encore une fois, par où je veux qu'on représente aux personnes religieuses le bonheur de leur état. Voilà sur quo* je veux qu'on insiste, et ce qui servira à exciter leur zèle, leur vigilance , leur ferveur, en leur faisant conclure qu'elles ne seront heureuses que par là; mais que par là même aussi , elles le seront pleinement et constamment.

TOGATION RBLIGIEDSE : COMBIEN IL EST IttPOR- TANT BE s'y RENDRE FIDÀLS ET DE LA SUIVRE.

Ce n'est point une chose indifférente ni d'une légère importance, de manquera la vocation de Dieu quand il appelle à l'état religieux. Nous avons làdessus dans l'Ëvangile même un exemple , qui seul suffira pour nous faire entendre à quoi s'expose quiconque ferme l'oreille à la voix du Seigneur et résiste à l'attrait de sa grâce. Examinons-en toutes les circonstances , et il nous sera aisé de comprendre où peot enfin conduire une infidélité sur un point aussi essentiel que celui-ci , et quelles en sont les suites malheureuses.

Cet exemple si convaincant , c'est celui de ce jeune homme qui s'adressa au Fils de Dieu pour apprendre de ce divin Maître , comment il pourrait parvenir à la vie éternelle. Gardez les commandements (Matth., 19), lui répondit le Sauveur du monde. Sur quoi ce jeune homme répliqua : Seigneur y c'est ce que fat fait Jusqu'à présent, et ce que je fais encore. Sainte disposition où se trouvent communément ceux h qui Dieu inspire ledessein delà retraite et qu'il veut s'attacher plus étroitement dans la religion. Ce sont de jeunes gens dont les mœurs sont assez réglées , et dont le monde jusque-là n'a corrompu ni l'esprit ni le cœur. Quoi qu'il en soit, Jésus-Christ parut touché de la réponse du jeune homme qui lui parlait; il témoigna concevoir pour lui une affection particulière ; Il l'euTisagea d'un

œil de bienveillance, et, l'invitant à une sainteté plus relevée : Si vous coulez,\ui dit-il, étreparjaity allez, vendez tous vos biens, donnez-les auxpauvresy et suivez-moi. Voilà à peu près la vocation religieuse : mais c'est là même que le zèle de ce jeune homme commence à se refroidir. La proposition dn Fils^e Dieu l'étonné; il lui est dur d'abandonner tous ses héritages et de s'en défaire ; cette pensée l'attriste : il ne saurait s'y résoudre, il se retire. De là, que s'ensuit-il, et qu'en doit-on naturellement conclure, sinon que ce jeune homme quittait les voies de la perfection qui lui étaient ouvertes, sans quitter néanmoins les voies du salut, puisqu'il gardait les préceptes , et que , pour être sauvé , c'est assez de les avoir observés? Mais le Fils de Dieu conclut bien autrement : car, setotnrnant vers ses disciples : Je vous dis en vérité, s'écrie-MI , difficilement unriche entrera dans le royaume des deux, (Matth. , 19.) Quelle conclusion ! Quoiqu'elle re^ gardât tous les riches en général , elle avait un rapport particulier à ce jeune homme , qui possédait de grands biens , et qui , par attachement aux richesses temporelles , avait seulement refusé de tendre à une plus haute perfection que la simple pratique des commandeaients. D'où il semblait que le Sauveur du monde ne dût tirer d'autre cooséquence que celle-ci : difficilement un riche parviendra à la perfection de mon Évangile, Cependant il ne s'en tient pas là; mais il déclare expressément que ce riche de qui il s'agissait aurait bien de la peine à se sauver, et qu'il était fort à craindre qu'il ne se sauvât jamais : pourquoi ? parce que si la perfection qu'on lui avait proposée n'était pour les autres qu'un conseil, elle était devenue pour lui une obligation, en vertu delà grâce spéciale qui l'y «ppelait, et qu'il rendait inutile par sa résistance.

Il y va donc du salut : et en faut-il davantage pour déterminer une jeune personne que la vocation divine porte à la vie religieuse , et qui sur cela se croit sufQsamment instruite des volontés du Seigneur? C'est là qu'elle doit imiter, autant qu'il lui est possible la promptitude et l'ardeur de Madeleine qui , dans le moment, quitta tout dès qu'on vint lui dire : Le maître est ici , et il vous demande, (Jo an., 11.) Et parce qu'une telle résolution est quelquefois sujette, ou par une considération de fortune, ou par une affection naturelle , à de grandes contradictions de la part d'une famille, c'est là que lui est nonseulement permise, mais en quelque sorte ordonnée une pieuse dureté , pour voir, sans se troubler, le trouble d'un père, et, sans s'attendrir, les larmes d'une mère. Car 7e veux sauver mon àme, disait, dans une pareille conjoncture, la généreuse Paule. Cette seule raison répond à tout, et tout doit céder à un intérêt qui est au-dess^is de tout. De là même nous devons juger combien, de leur

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