‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 240 sur 408 · BONHEUR DE L'ETAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

BONHEUR DE L'ETAT RELIGIEUX

votttSon religieuse comme d*un gage de prédestination et de salut, qu*on m*y fera reconnaître une ivédilection de Dieu, et une providence spéciale par rapport à mon salut, ah! c'est alors que je fn*écrierai avec le même saint Paul : Au milieu de mes tribulaUans et dans les plus rudes épreuves de mon état, je suis rempli de consolation, je suis comblé de joie. (2. Cor., 7.)

J'ajouterai encore, comme le prophète royal : Un Jour dans votre fnaison, ô mon Dieu! vaut mieux pour moi que mille années parmi les péekeièrs chi siècle. {Fsalm. 83.) Que j*y sois humilié, dans cette maison de mon Dieu, et que j'y occupe les dernières places; que j'y ressente toutes lea incommodités d*nne étroite pauvreté, et que j'y porte tout le poids d'une obéissance rigoureuse; que la nature avec toutes ses convoitises y soit oombattoe, domptée, immolée : il me suffit que ce soit une maison de salut , pour me la rendre , non-seulement supportable, mais agréable, mais aimable. Je n'y demande rien autre chose, et c'est là que je porte toutes mes prétentions. Traiter de la sorte le bonheur de la profession religieuse, c'est prendre dans le sujet ce qu'il y a de solide et de réel , et c'est toujours, dans chaque sujet , à ce qu'il y a de réel et de solide qu'un prédicateur doit ^arrêter; autrement il dira de belles paroles qui frapperont l'air, mais sans convaincre les esprits ni toudier les cœurs.

Et il ne faut point me répondre que l'Évangile , après tout, que tous les Pères de l'Église, fondés sur la parole de Jésus-Christ, promettent au religieux, non-seulement le centuple de l'autre vie, qui est le saint éternel, mais encore, dès cette vie présente, un centuple qui ne peut être autre chose que le repos dont on jouit et toutes les douceurs qui raccompagnent. Il est vrai que le Sauveur du monde a parlé de ce double centuple, l'un de la vie future , l'autre du temps présent , puisqu'il a dit dans les termes les plus formels : Personne ne qidUera pour moi sa maison , ou ses frères, ou ses soeurs y ou son père, ou sa mère, ou ses héritages, qui dés à présent ne reçoive cent fois autant, et qui, dans le siècle à venir, n'obtienne la vie étemelle. (Matth., 19.) Il n*est pas moins vrai que le centuple de cette vie ne peut être pour une âme religieuse, que la paix qu'elle goûte dans son état, et qui seule vaut cent fois mieux que tous les héritages et tous les biens auxquels elle a renoncé : car c'est ainsi que les interprètes vériGent ce beau passage de saint Marc, et qu'ils entendent la promesse du Fils de Dieu. Mais qu'est-ce que cette paix, voilà l'article essentiel et sur quoi de jeunes personnes peuvent être dans une erreur dont il est bon de les détromper, au lieu de les y entre-

tenir par des discours flatteurs et de vaines exagérations.

Quand Jésus-Christ donna la paix à ses disciples, il les avertit en même temps que ce n'était point une paix telle que le monde la conçoit ni qu'il la désire. Je vous donne ma paix, leur dit ce divin Maître : c'est la mienne et non point la paix du monde. Cette paix du monde, cette paix fausse et réprouvée, est une paix oisive, molle, fondée sur les aises et les commodités de la vie, sur tout ce qui plaît à la nature et qui satisfait l'amour-propre : mais la paix de l'âme religieuse est établie sur des principes tout contraires , sur la haine de soimême, sur un sacrifice perpétuel de ses appétits sensuels, de ses inclinations, de ses passions, do ses volontés. Tellement que le religieux ne peut être content dans sa retraite, qu'autant qu'il sait sliumilier, se crucifier, se vaincre, se rendre obéissant, pauvre, patient, assidu au travail, exacte ses devoirs, ne se dispensant de rien, ne se ménageant en rien, ne voulant être épargné sur rien. 11 lui en doit coûter pour cela : mais par une espèce de miracle, moins il se ménage, moins il s'épargne lui-même, et plus il sent l'abondance de la paix se répandre dans son coeur.

Et ne voyons-nous pas aussi que c'est justement dans les communautés les plus régulières et les plus austères, qu'on témoigne plus de satisfaction, et qu'on trouve le joug de Jésus-Christ plus doux et son fardeau plus léger? Tout contribue à ce consentement et à ceUe tranquillité d'une âme vraiment religieuse : l'indifférence où elle est à l'égard de toutes les choses humaines, et son dégagement de tous les intérêts qui causent aux mondains tant d'inquiétudes; l'entier abandonnement de sa personne entre les mains de ses supérieurs, pour se laisser conduire selon leur gré et selon leurs vues; le calme de la conscience , l'attente de cette souveraine béatitude où elle aspire uniquement, et vers laquelle elle travaille chaque jour à s'avancer par de nouveaux progrès; et surtout l'onction intérieure de la grâce divine qui la remplit. Car Dieu, fidèle à sa parole, a mille voies secrètes pour se communiquer à cette âme et pour la combler des plus pures délices.

A en juger par les dehors , on ne voit rien dans tout le plan de sa vie que de pénible et de rebutant : clôture, solitude, silence, dépendance continuelle, soumission aveugle, règle gênante, observances incommodes , fonctions laborieuses, exercices humiliants, abstinences, jeûnes, macérations de la chair. Mais sous ces dehors capables d'effrayer des âmes qui n'ont jamais pénétré plus avant, et qui n'ont appris par nulle épreuve à connaître les mystères de Dieu, coftibien y a-t-il de ces consolations cachées, suivant le témoicnage du prophète , et i^servées à

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