SUR LE BAPTÊME
pauvreté, prières , jeûnes , veilles, travaux, macérations du corps, parfaite abnégation d'eux-mêmes. Tout cela leur semblait-il difiGcile? trouvaient-ils le joug trop pesant ? se plaignaient-ils que Jésus-Christ les eût trompés en les assurant que son fardeau est léger? (Matth., 11 .) Tous les chemins s'ouvraient devant leurs pas : et non-seulement ils marchaient ^ mais ils couraient ^ comme le prophète, dans les voies de Dieu : pourquoi? parce que la grâce leur dilatait le cœur {Psalm. 118), parce qu'elle leur aplanissait les sentiers les plus raboteux et les plus épineux , parce qu'elle les emportait sur ses ailes , et les enlevait. Sa vertu est toujours la même qu'elle était alors; et quoique la charité se soit refroidie de nos jours , il y a néanmoins encore de ces âmes ferventes à qui la grâce fait accomplir tous les devoirs de la justice chrétienne avec une facilité et une ardeur que rien n'arrête.
Possible, jusqu'à devenir même doux et agréable.' Cest le prodige que les siècles passés ont admiré dans les martyrs. Quel spectacle ! Des hommes livrés aux tourments les plus cruels, des hommes exposés aux bêtes féroces, attachés à des croix, étendus sur des brasiers, plongés dans des huiles bouillantes, et cependant remplis de joie, s'estimant heureux, goûtant les plus pures délices et les plus sensibles consolations! Voilà ce qu'on voyait, et où Ton reconnaissait le doigt de Dieu. Or ce doigt de Dieu , qu'était-ce autre chose que l'esprit de Dieu qui versait dans leurs cœurs l'onction de sa grâce ? Car tel est le caractère de la grâce , d'unir ensemble J'onction et la force, et de conduire les œuvres de Dieu avec autant de douceur que d'efficace.
De tout ceci quelle conclusion ? quelles résolutions à prendre ? quelles erreurs à corriger ? Le voici en trois mots. De ne plus tant écouter nos défiances et nos craintes naturelles, quand il est question d'obéir à Dieu , et de travailler à notre salut et à notre perfection. De n'en point juger par nos propres forces, mais par la force de la grâce; de nous abandonner à ses saints mouvements , et de compter que ce que nous aurons entrepris et commencé avec elle, elle nous le fera soutenir et achever ; de nous encoumger comme l'apôtre, et de nous affermir contre les répugnances et les révoltes de la nature par ce généreux sentiment : Je puis toutes choses en celui qui me fortifie. (Phil., 4.) Oui, je puis tout, mais en qui et par qui ? non point en moi-même , ni par moimême, puisque de moi-même je ne suis rien, et que n'étant rien, je ne puis rien : mais je puis tout dans le Tout-Puissant, et par le Tout-Puissant. Plus même je reconnaîtrai devant lui mon insuffisance, et je me confierai en lui dans la vue de ma faiblesse , plus je l'engagerai à verser sur moi les richesses de sa grâce, et à déployer en ma faveur toute sa vertu. Aura-t-elle pour moi moins de pouvoir que pour tant d'autres ?
I Le bras du Seigneur n'est point raccourci, et sa miséricorde, qui remplit toute la terre, est inépuisable.