SUR LA GRACE
prend soin de la seconder, et s'il ne i*élève au-dessus d^elle-méme.
De là quatre conséquences qui doivent nous servir de règles dans toute la conduite de notre vie. Première conséquence : c'est de reconnaître Textréroe dépendance où nous sommes de la grc^ce de Dieu, et de son inGnie miséricorde; c'est de nous humilier dans cette vue , et de trembler sous la maio toute-puissante de Dieu ; c'est de ne nous glorifier de rien, ou de ne nous gloriGer qu'en Dieu, qui fait vouloir et exéaiter, {Philip, y 2), suivant sa Tolonté toute bienfaisante , et qui , selon que s'exprime saint Augustin , en cowonnant nos vertus, couronne ses dons, beaucoup plus que nos mérites. Seconde conséquence : c'est de lever sans eesse les yeux au ciel, pour attirer sur nous l'abondance des grâces divines. Car Dieu veut que nous les demandions : il veut que , sentant notre besoin , nous ayons recours à lui , que nous lui adressions nos vœux, que nous le sollicitions; et n'est-ce pas aussi sur la nécessité de la grâce qu'est particulièrement fondée la nécessité de la prière? Dans l'impuissance où nous réduit notre faiblesse , il ne nous reste que de nous écrier presqu'à chaque moment : Ah! Seigneur y sauvez-nous ; autrement nous allons périr. ( MÀTTH. , 8.) Troisième conséquence : c'est de bénir la bonté de Dieu , qui ne nous a point laissé jusques à présent manquer de grâce. Tant de fois il nous a prévenus ! tant de fois il nous a éclairés , pressés, excités! Voilà le sujet de notre reconnaissance, et voilà peut-être en même temps le sujet de notre confusion et de notre condamnation. Dieu nous a appelés; mais avons-nous prêté l'oreille à sa voix ? Il nous a inspirés; mais avons-nous répondu à ses inspirations? en avons-nous proûté ? Au contraire, combien de combats avons-nous livrés et soutenus pour nous défendre de sa grâce , et pour en arrêter les mouvements ? combien de temps l'avon^-nous laissé frapper à la porte de notre cœur? et maintenant même ne l'y laissons-nous pas encore sans lui ouvrir? C'est le reproche qu'il faisait à Jérusalem, et qu'il a bien droit de nous faire. Combien de fois , disait-il à ce peuple infidèle, ai-je voulu te recueillir dans mon sein et entre mes bras? mais tu ne l'as pas voulu; et ma grâce, mille fois redoublée, n'a servi qu'à redoubler tes révoltes, et qu'à te rendre plus criminel. Reproche suivi de la plus affreuse menace. Car, poursuivait le Seigneur, c'est pour cela, peuple rebelle, que tu seras abandonné; pour cela que cette grâce, si longtemps et si indignement rebutée, se retirera de toi. Or, sans le secours de ton Dieu , que feras-tu , que deviendras-tu ? Quatrième et dernière conséquence : c'est de ne plus recevoir en vain la grâce, quand il plaît à Dieu de nous la donner : de ne nous pas exposer, par nos reCardements et nos résistances, à perdre un
qui nous doit être d'autant plus cher, qu'il noua est plus nécessaire. S'il nous échappe, où le retrouverons-nous? Quelle autre ressource aurons-nous? Il n'est rien que nous négligions dès que la fortune ou que la vie en dépend; et nous négligeons, que dis-je?nous méprisons formellement, nous rejetons des grâces à quoi nous savons que le salut est attaché.
Second point. Avec la grâce nous pouvons tout. Qu'est-ce que la grâce ? un Recours de Dieu , qui agit dans l'homme et avec l'homme. Or, tout étant possible à Dieu, il s'ensuit que tout , avec le secours de Dieu , nous doit être possible. Allons par degrés : possible , quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent ; possible , jusqu'à devenir aisé et facile ; possible, jusqu'à devenir même doux et agréable. Quelle force ! Voyons de quelle manière la grâce opère toutes ces merveilles.
Possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent. Paul , ce vaisseau d'élection , en est un exemple bien marqué. Assailli de la tentation, il prie Dieu de l'en délivrer, et Dieu se contente de lui répondre : 3fa grâce te suffit. (Cor., 12.) Mais , Seigneur, l'attaque est violente ; c'est l'ange de Satan qui me poursuit sans relâche : Il n'importe; quand tout l'enfer serait déchaîné contre toi , ma grâce le suffit. Mais que suis-je, Seigneur, et que n'ai-je point à craindre de ma fragilité? Non , ne crains point; ma grâce te suffit^ et c'est dans l'infirmité même qu'elle éclate davantage et qu^eUe parait plus puissante. Qui peut dire en effet combien la grâce dans tous les temps a fait de miracles? miracles de conversion , miracles de sanctification. Qui peut dire combien d'endurcis elle a touchés , combien d'opiniâtres elle a soumis , combien de lâches et de paresseux elle a portés aux entreprises les plus héroïques ? Quelles sortes d'obstacles n'a-t-elle pas surmontés? Quelles sortes d'engagements n'a-t-elle pas rompus ? Demandons-le à Madeleine, à cette femme péclieresse, que tant de nœuds attachaient si fortement au monde, et qui, d'un premier effort de la grâce, brisa tous ses liens, renonça à tous les plaisirs et à toutes les pompes humaines , se dévoua pour jamais, et sans réserve, à Jésus-Christ. Demandonsle à saint Augustin , en qui la grâce , par un double triomphe , surmonta si heureusement , et l'obstination de l'hérésie , et la corruption du vice. Demandons-le à une multitude innombrable de pécheurs aussi fameux par l'éclat de leur pénitence , qu'ils l'avaient été par l'excès de leurs désordres.
Possible , jusqu'à devenir aisé et facile. Nous savons quels exercices et quelles austérités pratiquaient dans les déserts tant de solitaires , et dans les cloîtres tant de pénitents dont nous avons enporiar. Qu'était-ce que leur vie? Retraite,