SUR LE BAPTÊME
Dieu, selon notre naissance, que des objets de haine ei de colère; mais ce même Dieu, qui est riche en miséricorde, lorsque nous étions morts, nous a vivifiés en Jésus- Christ et avec Jésus-Christ, par l'excès de sa charité. {Ephes., 2.) C'est donc là que tout péché est effacé , que toute peine due au pccbé est remise ; là que Tâme est enrichie des trésors célestes, que la foi , Tespérance , la charité , que les habitudes des plus excellentes vertus lui sont infuses; là, pour ainsi dire, que le sceau de Dieu lui est imprimé, et qu'au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, elle reçoit un caractère ineffaçable , qui est le caractère de chrétien. Caractère plus glorieux mille fois que tous ces titres de noblesse dont le monde repatt son orgueil , et dont il tire tant de vanité. Caractère dont la dignité, si j'ose user du même langage que saint Léon, va jusqu^à nous rendre en quelque sorte participants de la nature divine. Caractère que nous porterons avec nous au tribunal de Dieu , pour y être reconnus comme les disciples de son Fils bien-aimé, comme son peuple , comme son troupeau.
Telle est, dis-je, la grâce du baptême; tels sont pour nous les avantages inestimables qu'elle renferme. Mais y pensons-nous ? est-ce par là que nous mesurons notre bonheur, et que nous nous^croyons favorisés du ciel? Si Dieu, par proportion, nous avait autant élevés selon le monde; s'il nous avait délivrés des misères du monde , et comblés de ses prospérités et de ses honneurs , peut-être alors serions-nous touchés de quelque reconnaissance. Du moins serions-nous sensibles et très-sensibles à l'éclat de cette fortune temporelle. Mais qu'il nous ait purifiés , mais qu'il nous ait réconciliés , mais qu'il nous ait sanctifiés , et que par cette sanctification du baptême nous soyons entrés dans nos droits à l'héritage éternel , ce sont des faveurs trop audessus des vues humaines, pour intéresser des mondains accoutumés à n'estimer les choses et à n'en juger que par les sens. O homme aveugle, et tout terrestre! ne prendrez-vous jamais des sentiments conformes à votre véritable grandeur.' ne la reconnattrez-vous jamais? Rendez grâces à la divine Providence des autres qualités dont il lui a plu vous bonoâ*er à l'égard de cette vie mortelle et présente ; j'y consens, et vous le devez. Quoique ce ne soient que des qualités passagères , et que toutes les gran- • deurs qui y sont attachées doivent périr , ce sont toujours des dons du Seigneur; mais de quel prix ces dons peuvent-ils être à vos yeux, dès que vous les mettrez en parallèle avec ce don parfait, comme parle l'apôtre , avec ce grand don qui descend spécialement du Père des lumières, et qui vous approche de votre Dieu par de si étroits et de si saiuts rapports? Avançons.
Mon-seulement grâce de salut et de sanctification, mais grâce de choix et de prédilection. Ce choix,
cette préférence nous plaît en tout et nous flatte. Or, elle est entière ici, et c'est une circonstance bien remarquable. On a formé jusques à présent et l'on forme tous les jours tant de raisonnements et de questions sur cette multitude d'enfants morts avant que de naître, et hors d'état, par cette mort prématurée, de parvenir à la grâce du baptême. On demande par quel malheur imprévu, ou quelle conduite de la Providence, d'autres heureusement nés et sur le point de recevoir la sainte ablution , ont été enlevés dans le moment qu'on s'y attendait le moins , et sans qu'on ait pu les pourvoir d'un sacrement si nécessaire. On demande pourquoi, dans des terres infidèles et dans les plus vastes empires , Dieu permet que des peuples entiers manquent de ce secours, et soient privés de ces sources de vie qui nous sont ouvertes. On fait là-dessus bien des recherches, on propose bien des difficultés, on imagine bien des convenances : et moi, sans prétendre m'ingérer dans les conseils de la sagesse éternelle, je me contente d'adorer la profondeur de ses jugements. Car à qui appartient-il de connaître les voies du Seigneur, et qui peut pénétrer dans ses pensées? Mais, du reste, le point capital à quoi je m'attache, c'est de faire un retour salutaire sur moi-même; c'est d'apprendre de l'infortune des autres et du triste abandonnenient où ils semblent être quel est donc le bien que je possède. Hé ! mon Dieu i où enserais-je, si vous m'aviez traité comme eux ; et pourquoi. Seigneur, avez-vous jeté sur moi un regard plus favorable? Qu'avaient-ils fait contre vous? qu'avais-je fait pour vous ? Mystère de grâce dont je suis redevable à votre miséricorde, et sur quoi je n'ai autre chose à dire, que de nfécricr avec le prophète royal , dans les mêmes sentiments d'admiration, d'amour et de gratitude: LeDieu d'Israël, le Dieu de l'univers n'en a pas usé de même envers toutes les nations; il ne les a pas distinguées comme moi , et ne leur a pas révélé ses commandements. {Psalm, 147.) Heureux si je sais lui rendre ce qu'il attend de ma fidélité!
Second point. Engagements du baptême. Le baptême est une grâce, nous n'en pouvons douter ; mais c'est en même temps une dette. Nous y avons contracté des engagements inviolables; et pour concevoir une juste idée de ces engagements du baptême, considérons-enJUans une courte exposition, et l'étendue, et la solennité. Engagements les plus étendus, puisqu'ils embrassent toute la loi. Engagements les plus solennels , puisque nous en avons pris Dieu même à témoin et toute son Église.
Je dis d'abord engagements les plus étendus : car comme l'apôtre, instruisant les Calâtes, leur déclarait, et afin de donner plus de force à ses paroles, leur protestait que quiconque, selon la pra-