‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 266 sur 408 · SDR LE JUGEMENT UNIVERSEL · texte numérisé non relu

SDR LE JUGEMENT UNIVERSEL

tique et l'esprit de rancienne loi, se faisait circoncire, était dès lors , et en conséquence de cette cir<> concision légale, étroitement obligé de garder tous les préceptes de la loi judaïque, ainsi dois-jc, avec la même assurance , non-seulement annoncer et déclarer, mais protester à tout homme honoré dans la loi nouvelle du caractère de chrétien , que du moment qu'il commença de renaître par l'eau et par le Saint-Esprit, il commença d'être soumis à la loi et à toute la loi du divin législateur dont la grâce lui fut communiquée; c'est-à-dire, que dès ce jour et dès cet instant il s'assujettit à l'indispensable obligation où nous sommes de professer cette loi , de ne rougir jamais de cette loi, de vivre selon cette loi , de persévérer jusqu'à la mort dans l'observation de cette loi, d'éviter tout ce que cette loi défend et de ne rien omettre de tout ce qu'elle ordonue. Et parce que l'eunemi commun de notre salut, parce que le monde , la chair, s'opposent continuellement dans nous à la pratique de cette loi , et qu'ils emploient tous leurs efforts à nous en détourner, c'est pour cela qu'en entrant dans la milice de Jésus- Chrrst, nous avons renoncé à Satan et à toutes ses illusions, au monde et à toutes ses pompes, à la chair et à toutes ses cupidités. D'où vient que, selon l'excellente morale des apôtres, cl les enseignements qu'ils nous ont laissés, avoir été baptisé en Jésus-Christ, c'est être mort au péché, mort à soi-même, à ses passions, à ses sens , à tous les désirs du siècle, pour ne mener sur la terre qu'une vie céleste.

Saints engagements , aussi solennels qu'ils sont étendus. Je dis engagements solennels, c'est l'autre article que j'ojoute. En effet, ces engagements du baptême , ce sont des promesses , mais des promesses faites à Dieu , faites au ministre de Dieu , faites dans le temple de Dieu , à la face des autels , au milieu des fidèles , les uns simples spectateurs , les autres garants des paroles qu'ils ont données en notre nom , et que nous-mêmes dans le cours des temps nous avons confirmées. Quand donc, par le dérèglement de nos mœurs , nous démentons des promesses si authentiques et si dignes du maître auquel nous nous sommes dévoués, voilà ce que les Pères ont traité de parjure , de désertion , d'apostasie. Or, n'est-ce pas le désordre presque général du christianisme ? Où en sommes-nous, et que sommes-nous.' Sommes-nous chrétiens, sommes-nous païens ? A le bien prendre, nous ne sommes ni l'un ni l'autre : ni païens , puisque nous croyons en chrétiens ; ni chrétiens , puisque nous vivons en païens. Quoi qu'il en soit, la sainteté de notre caractère en qualité de chrétiens, et la corruption de notre vie en qualité de pécheurs, c'est une alliance monstrueuse; c'est un abus sacrilège et une profanation.

Jille ne demeurera pas impunie. Ce saint carac-

tère que nous aurons profané, nous le conserverons jusque dans l'enfer. Le réprouvé l'aura toujours devant les yeux pour sa confusion et pour son désespoir : et Dieu en aura toujours le souvenir présent pour allumer sa colère et pour exciter ses vengeances. Car c'est de là en effet que les péchés d'un chrétien ont un degré de malice tout particulier, et c'est de là même aussi qu'ils doivent être punis plus rigoureusement. Nous mesurons la grièveté des péchés selon la sainteté des états; et, suivant cette règle très-juste et très-bien fondée, nous disons qu'un prêtre qui pèche est plus coupable qu'un simple laïque, parce qu'il est plus obligé , comme prêtre, à honorer son sacerdoce par la pureté de ses mœurs et par une conduite exemplaire. Rous disons delà même action qu'elle est plus criminelle et plus condamnable dans un religieux que dans un honmie du monde , parce que le religieux est appelé à une plus haute perfection que le séculier. Or, nous devons raisonner de même d'un chrétien , par comparaison avec tant de peuples nés dans les ténèbres de l'infidélité et privés de la grâce du baptême. Malheur à vous, disait le Sauveur des hommes, parlant aux Juifs, et leur reprochant tout ce qu'il avait fait pour eux dans le cours de ses prédications évangéliques, malheur à vous : car au jugement de Dieu vous serez traités avec plus de sévérité que ceux de Tyr et de Sidon ! pourquoi ? parce que ces idolâtres se seraient convertis , et qu'ils auraient fait pénitence sous le sac et sous la cendre , s'ils avaient été éclairés comme vous et prévenus des mêmes secours. Appliquons-nous à nous-mêmes cette terrible menace , et prenons garde qu'elle ne s'accomplisse un jour dans nous-mêmes , quand Dieu nous demandera compte du précieux talent qu'il nous a mis dans les mains. Comme il eût mieux valu pour Judas de n'être point né, que d'avoir trahi et vendu son maître , il vaudrait mieux alors pour nous de n'avoir jamais été initiés au christianisme , que de n'en avoir pas rempli les devoirs, et d'avoir violé des engagements aussi indispensables et aussi sacrés que le sont les promesses de notre baptême.

Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme juge de runlvers.

MEBCBEDI

Page 1