SUR LE JUGEMENT UNIVERSEL
nœuds les plus étroits de la nature et du sang. Or, Jésus-Christ, en qualité de sauveur, est à notfeégard plus que tout cela; et quel droit, par conséquent, le pécheur aurait-il de le récuser? Qu'aura-t-il à lui opposer? Quelle plainte aura-t-il lieu déformer, ou de quelle excuse pourra-t-il s'autoriser?
Dira-t-il que c'est un juge préoccupé contre lui? mais de quel front oserait- il le dire, lorsqu'il verra ce Dieu fait homme pour lui ; lorsqu'il verra la croix où ce Dieu fait homme fut attaché pour lui : lorsqu'il verra sur le sacré corps de ce Dieu fait homme, les cicatrices des plaies qu'il reçut pour lui? Dira-t-il qu'il n'était pas instruit des voies du salut et qu'il ne les connaissait pas? Mais comment pourrait-il le dire, lorsque ce Dieu fait homme lui présentera la loi qu'il est venu, comme nouveau législateur, nous enseigner autant par ses exemples que par ses paroles, et qui tant de fois, au milieu du christianisme (car c'est à des chrétiens que je parle ici), lui a été annoncée, notifiée, expliquée? Dira-t-il que les grâces , et que les moyens lui ont manqué? Mais aurait-il l'assurance de le dire à ce Dieu fait homme, qui lui produira son sang comme une source inépuisable de secours spirituels dont il fut si abondamment pourvu , qui lui demandera compte de tant de lumières et de vues, de tant d'inspirations et de mouvements intérieurs , de tant de retours secrets et de remords de la conscience , de tant d'avertissements , de conseils, d'exhortations, de leçons-, qui lui fera le même reproche que Dieu faisait à Jérusalem et dans les mêmes termes : Réponds, âme ingrate, réponds. Qu'ai-Je pu faire pour toi y que je n'aie pas fait ? (Isai., 6) et de tout ce que t'a suggéré la malice de ton cœur, que n'as-tu pas fait contre moi ? de là cette conviction qui accablera le pécheur, forcé de reconnaître la multitude et l'énormité de ses iniquités; de là cette confusion qui le troublera, qui Finterdira , qui lui fermera la bouche. Hé! quelle pourrait être sa défense? Quoi qu'il voulût alléguer en sa faveur, l'univers assemblé le démentirait. Car c'est ainsi que le Saint-Esprit nous le fait entendre au livre de la Sagesse , et dans les termes les plus formels : // armera toutes les créatures pour tirer vengeance de *'€5 ennemis , et le monde entier combattra avec lui contre les insensés. {Sap.y 5.) Humilions-nous dès maintenant en sa présence. Ne cherchons point par de varnes excuses à nous justifier; mais confessons-nous coupables et dignes de ses chfttijments, afin que l'humilité de notre confession et la sincérité de notre repentir attirent sur nous ses miséricordes.
Tboistbme point. Jugement par Jésus-Clirist,
afin que ce soit un jugement plus rigoureux. Il pa-
r^ft étrange, et il semble d'abord que ce soit un
paradoxe, de dire que nous devons être jugés avec rnoins d'indulgence , parce que c'est un Dieu sauveur qui nous jugera. Nous comprenons sans peine la parole de saint Paul : Qu'il est tArible de tomberdans les mains du Dieu vivant. (Hebr.y 10.) Mais qu'il soit en quelque sorte plus terrible de tomber dans les mains d'un Dieu médiateur, d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut : voilà ce qui nous étonne et ce qui renverse toutes nos idées. Cette vérité néanmoins est une des plus constantes et des plus solidement établies : comment ? c'e^t qu'après avoir abusé des mérites d'un Dieu sauveur, et profané son sang précieux, le pécheur en sera plus criminel, et qu'une bonté négligée, offensée, outragée, devient le sujet de l'indighation la plus vive et de la plus ardente colère. Job disait à Dieu : Âh! Seigneur^ vous êtes changé pour moi dans un Dieu cruel. ( JoB, 30.) Funeste changement qu'éprouveront tant de libertins et de pécheurs , de la part de ce Dieu-Homme qu'ils auront, les uns méconnu en renonçant à la foL, les autres méprisé et déshonoré par la transgression de sa loi. Ce qui devait leur donner un accès plus facile auprès de lui , et leur faire trouver grâce, je veux dire les abaissements et les travaux de son humanité, sa passion, sa mort, c'est, par un effet tout contraire, ce qui l'aigrira, oe qui l'irritera, ce qui lui fera lancer sur eux les plus sévères arrêts et les anathèmes les plus foudroyants.
Juge d'autant plus inexorable qu'il aura été sauveur plus miséricordieux. Aussi est-il remarquable dans l'Écriture, qu'à ce dernier jour, qui sera son jour, il nous est représenté comme un agneau, mais un agneau en fureur {Apoc. y 6), qui répand de tous côtés la désolation et l'effroi. Telle est l'affreuse peinture que nous en fait le disciple bienaîmé , saint Jean , au chapitre sixième de son Apocalypse, lorsque annonçant par avance le dernier jugement de Dieu, dont il avait eu une vue anticipée, et le décrivant, il dit que les rois , les princes, les potentats de la terre, les conquérants, les riches, que tous les hommes, soit libres, soit esclaves , saisis d'épouvante et consternés , allèrent se cacher dans les cavernes et dans les rochers des montagnes , qu'ils s'écrièrent : Montagnes et rochers, tombez sur nous et dérobez-nous à la colère de l'Agneau : car le grand jour de sa colère est arrivé; et qui peut soutenir ses regards?
Il n'y aura donc point à lui remontrer, dans l'espérance de le fléchir, tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il a souffert pour nous; il s'en souviendra, mais pour régler par ce souvenir même la mesure de âes vengeances. Je le sais; j'ai tout fait pour vous, tout souffert pour vous ; mais vous en avez perdu tout le fruit. Or, il faut que j'en sois dédommagé, que j'en sois vengé* et pour cela : Retirez^vous