SERMON SUR LE JUGEMENT UNIVERSEL
Cvjus venlilabrum in manu sua, et permundabit areatn suam.
Il a le van en main, et il nettoiera son aire. Matthieu, ch. 3.
Dans cette figure, qui ne reconnaît Jésus-Christ envoyé du ciel, non plus pour sauver le monde, mais
sua LE JUGEMENT UNIVERSEL.
pour k juger? Comme au temps de la moisson le se ferait chair, et que, dans cette chair empruntée
laboureur prend le van dans ses mains et nettoie de nous . il serait plus en état de faire comparaître
son aire, il viendra, ce jugedes vivants etdes morts , ' devant lui toutes les nations et d'appeler tout Tuni-
armé du glaiv^de sa justice , pour faire le discerne- ! vers à son tribunal.
ment des justes et des pécheurs , et pour rendre à chacun ce qui lui appartient. Jugement universel où cet Homme-Dieu présidera lui-même et en personne : pourquoi ? par trois raisons : afin que ce jugement soit plus sensible , c'est la première ; afin que ce jugement soit plus irréprochable , c'est la seconde ; afin que ce jugement soit plus rigoureux , c'est la troisième : et voilà le sujet des trois points.
Pbbmieb poikt. Jugement par Jésus-Christ, afin que ce soit un jugement plus sensible. Développons cette première pensée. C'est un mystère de notre religion que ce qui nous est déclaré en termes exprès dans TÉvangile au sujet du jugement général, savoir : que le Père céleste, tout Père et tout Dieu qu'il est , ne juge personne, mais qu'il a donné à son Fils toute lapuissance déjuger. (Jo an., 5. ) Et ce qui parait encore plus surprenant, c'est que l'Évangile ajoute que le Père a donné cette puissance à son Fils , non pas absolument et précisément parce qu'il est son Fils , mais parce qu'il est FUs de Vhomme. (Id.) Mystère qui ne nous est pas tellement révélé par la foi, qu'il ne se trouve en même temps fondé sur une très:importante raison. Car, il est vrai , c'est à Dieu'qull appartient de juger souverainement; mais, comme a fort bien remarqué, saint Augustin, Dieu, demeurant dans la forme et dans la nature de Dieu, était trop élevé au-dessus de nous , trop éloigné de notre vue et de nos sens, pour entreprendre d'exercer lui-même à notre égard un jugement public et réglé. Il a fallu qu'il s'humanisât, et, si je l'ose dire, qu'il se proportionnât à nous; c'est-à-dire, il a fallu qu'il se Ht homme, afin qu*ayanrt à juger des hommes, il pût se montrer sensiblement à eux et se faire entendre. Voilà ce qu'exprimait admirablement le saint patriarche Job , lorsque , parlant à Dieu , dans l'excès de sa douleur et dans l'amertume de son âme , il lui disait : Seigneur, ne me condamnez pas (Job., 10) : quelque coupaMe que je sois, ne me poursuivez pas dans la rigueur de votre justice : mais suspendezen les arrêts; et s*il est nécessaire, pour m'en dé- ^fendre, que je me prévale de ma faiblesse, en vous opposant votre propre grandeur et l'excellence de votre être, permettez-moi de vous demander s'il vous convient d'entrer en jugement avec moi? AveZ'fKms^ comme moi, des yeux de chair 7 voyeZ' vous les choses comme je les vois ? rox jours sont* ils semblables aux miens, et êtes- vous homme mortel comme je le suis? Sentiment, au rap(K)rt même de l'Écriture , dont Job était prévenu , dans la coni anticipée qu'il avait qu'en effet notre Dieu
Pïous le verrons donc, et nos yeux seront frappés de l'éclat de sa gloire. Nous le verrons , dis-je, ce Fils de l' homme , venir sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté, (Luc, 21. ) Quel spectacle, quel objet de terreur, quand , après les guerres, les famines, les pestes; après les tremblements de terre, les frémissements et les débordements de la mer; après la chute des étoiles, les éclipses de la lune; du soleil; après le bouleversement du monde et la résurrection générale des morts, il paraîtra accompagne de toute la milice du ciel , et qu'il s'assiéra sur son trône ! Les hommes en sécheront de peur. (Id.) Et qui ne tremblerait pas, à la présence de ce juge redoutable, devant qui toute distinction humaine disparaîtra, toute dignité sera abaissée, toute autorité détruite, toute grandeur anéantie.' Car il n'y aura plus là, à proprement parler, ni grands, ni petits, ni rois , ni sujets, ni riches , ni pauvres : tout sera confondu; et, d'homme à homme, il ne restera plus d'autre différence que le mérite des œuvres. Craignons dès maintenant celui qu'il ne sera plus temps de commencer à craindre , lorsqu'il se fera voir sensiblement à nous, le bras levé et prêt à lancer la foudre sur nos têtes. Uonorons-le et imitons-le dans les travaux et les humiliations de son premier avènement, si nous voulons nous le rendre favorable dans son avènement glorieux , et au grand jour de ses vengeances éternelles.
Second POINT. Jugement par Jésus-Christ, afin que ce soit un jugement plus irréprochable. Comme Dieu est la vérité même et la sainteté, c'est le caractère de tous ses jugements d'être saints et sans reproche. Dès que ce sont les jugements du Seigneur, dit le prophète, ils n'ont point besoin de justification, puisqu'ils se justifient assez par euxmêmes. Cependant, afin que ce dernier jugement, où tous les hommes seront cités et qui fera la consommation des siècles , fût encore, autant qu'il est possible, et dans le sens que nous devons l'entendre, un jugement plus irréprocliable, il fallait que Jésus-Christ même , rédempteur du monde , y tînt la place de juge, et qu'il y prononçât la sentence. La preuve en est évidente , et la voici : car, s'il y a un jugement qui soit à couvert de tout soupçon, c'est-à-dire, s'il y a un jugement qui ne puisse être suspect, ni de prévention , ni d'inimitié, ni d'antipathie, ni d'envie, ni d'intérêt propre, ni de toute disposition mauvaise et de toute autre passion, c'est sans doute celui d'un ami , celui d'un bienfaiteur, d'un patron , celui d'un frère uni à nous par les